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Corrigé détaillé · PSI

Comparaisons par paires, projection orthogonale et cycles · Algèbre linéaire · Espaces euclidiens · Matrices · Projections orthogonales

Classements et cycles cachés

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — Incidence et orthogonalité

  1. Si l’arête ee est orientée de ii vers jj, sa colonne dans BB contient −1-1 en ligne ii et +1+1 en ligne jj. Ainsi
(B⊤p)e=pj−pi.(B^\top p)_e=p_j-p_i.

Pour x∈Rmx\in\mathbb R^m, la ligne ii de BB contient +1+1 pour les arêtes orientées vers ii, −1-1 pour celles orientées à partir de ii, et 00 pour les autres. Donc

(Bx)i=∑e : e arrive en ixe−∑e : e part de ixe.(Bx)_i =\sum_{e\,:\,e\text{ arrive en }i}x_e -\sum_{e\,:\,e\text{ part de }i}x_e.
  1. Le vecteur
1=(1,…,1)⊤\mathbf1=(1,\ldots,1)^\top

vérifie B⊤1=0B^\top\mathbf1=0, puisque chaque colonne de BB contient un coefficient −1-1 et un coefficient +1+1.

Réciproquement, soit p∈ker⁡(B⊤)p\in\ker(B^\top). Pour toute arête orientée i→ji\to j, la question 1 donne

pj−pi=0.p_j-p_i=0.

Deux sommets adjacents portent donc la même valeur. Le graphe étant connexe, deux sommets quelconques peuvent être reliés par un chemin ; toutes les coordonnées de pp sont égales. Par conséquent

ker⁡(B⊤)=Vect⁡(1).\boxed{\ker(B^\top)=\operatorname{Vect}(\mathbf1).}

Ainsi

rg⁡B=rg⁡(B⊤)=n−1,\operatorname{rg}B =\operatorname{rg}(B^\top) =n-1,

puis, par le théorème du rang appliqué à B:Rm→RnB:\mathbb R^m\to\mathbb R^n,

dim⁡ker⁡B=m−n+1.\boxed{\dim\ker B=m-n+1.}
  1. Pour p∈Rnp\in\mathbb R^n et x∈Rmx\in\mathbb R^m,
⟨B⊤p,x⟩=(B⊤p)⊤x=p⊤Bx=⟨p,Bx⟩.\langle B^\top p,x\rangle =(B^\top p)^\top x =p^\top Bx =\langle p,Bx\rangle.

Si x∈ker⁡Bx\in\ker B, alors ce produit scalaire est nul pour tout pp. On obtient donc

Im⁡(B⊤)⊥ker⁡B.\operatorname{Im}(B^\top)\perp\ker B.

D’autre part,

dim⁡Im⁡(B⊤)+dim⁡ker⁡B=(n−1)+(m−n+1)=m.\dim\operatorname{Im}(B^\top)+\dim\ker B =(n-1)+(m-n+1)=m.

Les deux sous-espaces orthogonaux ont donc des dimensions dont la somme vaut mm :

Rm=Im⁡(B⊤)⊕⊥ker⁡B.\boxed{\mathbb R^m =\operatorname{Im}(B^\top) \mathbin{\overset\perp\oplus}\ker B.}

Par définition d’une somme directe, tout x∈Rmx\in\mathbb R^m s’écrit d’une manière unique

x=g+c,g∈Im⁡(B⊤),c∈ker⁡B.x=g+c, \qquad g\in\operatorname{Im}(B^\top), \qquad c\in\ker B.

Si g=B⊤pg=B^\top p, alors, pour tout λ∈R\lambda\in\mathbb R,

B⊤(p+λ1)=B⊤p.B^\top(p+\lambda\mathbf1)=B^\top p.

Réciproquement, si B⊤p=B⊤qB^\top p=B^\top q, alors

p−q∈ker⁡(B⊤)=Vect⁡(1).p-q\in\ker(B^\top)=\operatorname{Vect}(\mathbf1).

Ainsi tous les vecteurs donnant le même gg sont exactement

p+λ1,λ∈R.\boxed{p+\lambda\mathbf1,\qquad \lambda\in\mathbb R.}

II — Duels et meilleur score global

  1. Appliquons la décomposition de la question 3 au vecteur yy. Il existe un unique couple
g∈Im⁡(B⊤),c∈ker⁡Bg\in\operatorname{Im}(B^\top), \qquad c\in\ker B

tel que

y=g+c.y=g+c.

Choisissons p0p_0 tel que g=B⊤p0g=B^\top p_0. Pour tout p∈Rnp\in\mathbb R^n,

y−B⊤p=c+B⊤(p0−p).y-B^\top p =c+B^\top(p_0-p).

Les deux termes sont orthogonaux, donc

∥y−B⊤p∥2=∥c∥2+∥B⊤(p0−p)∥2.\|y-B^\top p\|^2 =\|c\|^2+\|B^\top(p_0-p)\|^2.

La quantité est minimale exactement lorsque

B⊤p=B⊤p0=g.B^\top p=B^\top p_0=g.

D’après la question 3, tous les minimisateurs sont donc de la forme

p0+λ1,λ∈R.\boxed{p_0+\lambda\mathbf1,\qquad \lambda\in\mathbb R.}

On peut aussi les caractériser par une équation matricielle. En effet, au minimum,

y−B⊤p∈ker⁡B,y-B^\top p\in\ker B,

donc

B(y−B⊤p)=0,B(y-B^\top p)=0,

soit

BB⊤p=By.\boxed{BB^\top p=By.}

Réciproquement, si cette équation est vérifiée, alors y−B⊤p∈ker⁡By-B^\top p\in\ker B ; la décomposition orthogonale de la question 3 montre que B⊤pB^\top p est nécessairement la composante gg de yy, donc pp est bien un minimisateur.

Enfin, parmi les vecteurs p0+λ1p_0+\lambda\mathbf1, la somme des coordonnées vaut

∑i=1n(p0)i+nλ.\sum_{i=1}^n(p_0)_i+n\lambda.

Il existe donc une unique valeur de λ\lambda pour laquelle cette somme est nulle. Ainsi

il existe un unique minimisateur de somme nulle.\boxed{\text{il existe un unique minimisateur de somme nulle}.}
  1. Par définition,
L=BB⊤,L=BB^\top,

donc

L⊤=L.L^\top=L.

La matrice LL est symétrique. Pour tout p∈Rnp\in\mathbb R^n,

p⊤Lp=p⊤BB⊤p=∥B⊤p∥2⩾0.p^\top Lp =p^\top BB^\top p =\|B^\top p\|^2 \geqslant0.

La question 1 donne plus précisément

p⊤Lp=∑{i,j}∈E(pj−pi)2.\boxed{p^\top Lp =\sum_{\{i,j\}\in E}(p_j-p_i)^2.}

Si Lp=0Lp=0, alors

0=p⊤Lp=∥B⊤p∥2,0=p^\top Lp=\|B^\top p\|^2,

donc B⊤p=0B^\top p=0. La réciproque est immédiate. Par la question 2,

ker⁡L=Vect⁡(1).\boxed{\ker L=\operatorname{Vect}(\mathbf1).}

Pour les coefficients, LiiL_{ii} est le produit scalaire de la ligne ii de BB avec elle-même. Chaque arête incidente à ii y contribue pour 11, donc

Lii=deg⁡(i).L_{ii}=\deg(i).

Si i≠ji\neq j sont adjacents, l’unique colonne associée à l’arête {i,j}\{i,j\} contient un −1-1 et un +1+1 sur les lignes ii et jj ; elle contribue donc pour −1-1. S’ils ne sont pas adjacents, aucune colonne ne contribue aux deux lignes. Ainsi

Lij={deg⁡(i)si i=j,−1si i≠j sont adjacents,0sinon.\boxed{ L_{ij}=\begin{cases} \deg(i) & \text{si }i=j,\\ -1 & \text{si }i\neq j\text{ sont adjacents},\\ 0 & \text{sinon}. \end{cases}}
  1. Soit DD la matrice diagonale de taille mm dont tous les coefficients diagonaux valent 11, sauf celui associé à l’arête retournée, qui vaut −1-1. Après changement d’orientation,
B′=BD,y′=Dy.B'=BD, \qquad y'=Dy.

Comme D⊤=DD^\top=D et D2=ImD^2=I_m,

B′⊤p=DB⊤p.B'^\top p=DB^\top p.

Par conséquent

y′−B′⊤p=D(y−B⊤p).y'-B'^\top p =D(y-B^\top p).

Or DD conserve la norme, donc

∥y′−B′⊤p∥=∥y−B⊤p∥\|y'-B'^\top p\| =\|y-B^\top p\|

pour tout pp. Les deux problèmes de minimisation ont donc exactement les mêmes minimisateurs et la même valeur minimale. En particulier, le minimisateur de somme nulle ne dépend pas du choix des orientations.

III — Un exemple complet à quatre objets

  1. Dans l’ordre 12,13,14,23,24,3412,13,14,23,24,34,
B=(−1−1−1000100−1−1001010−1001011).B= \begin{pmatrix} -1&-1&-1&0&0&0\\ 1&0&0&-1&-1&0\\ 0&1&0&1&0&-1\\ 0&0&1&0&1&1 \end{pmatrix}.

On calcule

L=BB⊤=(3−1−1−1−13−1−1−1−13−1−1−1−13)=4I4−J,L=BB^\top= \begin{pmatrix} 3&-1&-1&-1\\ -1&3&-1&-1\\ -1&-1&3&-1\\ -1&-1&-1&3 \end{pmatrix} =4I_4-J,

où JJ désigne la matrice dont tous les coefficients valent 11.

Par ailleurs,

By=(−12,−4,4,12)⊤.By=(-12,-4,4,12)^\top.

Le minimisateur recherché est de somme nulle. Sur l’hyperplan

p1+p2+p3+p4=0,p_1+p_2+p_3+p_4=0,

on a Jp=0Jp=0, donc Lp=4pLp=4p. L’équation de la question 4 devient

4p=By,4p=By,

d’où

p=(−3,−1,1,3)⊤.\boxed{p=(-3,-1,1,3)^\top.}

On en déduit

B⊤p=(2,4,6,2,4,2)⊤B^\top p=(2,4,6,2,4,2)^\top

et

c=y−B⊤p=(1,−1,0,1,0,0)⊤.\boxed{c=y-B^\top p=(1,-1,0,1,0,0)^\top.}

Ainsi

∥c∥2=3,\|c\|^2=3,

tandis que

∥y∥2=32+32+62+32+42+22=83.\|y\|^2=3^2+3^2+6^2+3^2+4^2+2^2=83.

Donc

∥c∥2∥y∥2=383.\boxed{\frac{\|c\|^2}{\|y\|^2}=\frac3{83}.}

Le vecteur cc est non nul uniquement sur les arêtes 1212, 1313 et 2323. Sur 1212 et 2323, son signe est positif ; sur 1313, il est négatif. Avec les orientations 1→21\to2, 1→31\to3 et 2→32\to3, ces signes correspondent au parcours

1→2→3→1.1\to2\to3\to1.

La partie des données que le meilleur score global n’explique pas est donc ici entièrement portée par le triangle 123123. Le rapport 3/833/83 compare sa norme carrée à celle des données initiales.

IV — Triangles et cycles qui leur échappent

  1. Considérons une colonne ckc_k de CC, associée à un triangle parcouru dans un sens fixé. À chacun des trois sommets du triangle, une arête du parcours arrive et une autre repart. Les deux contributions correspondantes se compensent dans BckBc_k. Ainsi
Bck=0.Bc_k=0.

Ceci vaut pour toute colonne, donc

BC=0.\boxed{BC=0.}

Par conséquent

Im⁡C⊂ker⁡B.\operatorname{Im}C\subset\ker B.

La question 3 donne

Im⁡(B⊤)⊥ker⁡B,\operatorname{Im}(B^\top)\perp\ker B,

donc en particulier

Im⁡(B⊤)⊥Im⁡C.\operatorname{Im}(B^\top)\perp\operatorname{Im}C.

Par définition,

H=ker⁡B∩ker⁡(C⊤).H=\ker B\cap\ker(C^\top).

Or

ker⁡(C⊤)=(Im⁡C)⊥.\ker(C^\top)=(\operatorname{Im}C)^\perp.

Ainsi HH est exactement le sous-espace de ker⁡B\ker B orthogonal à Im⁡C\operatorname{Im}C, d’où

ker⁡B=Im⁡C⊕⊥H.\ker B =\operatorname{Im}C \mathbin{\overset\perp\oplus}H.

En combinant avec la question 3,

Rm=Im⁡(B⊤)⊕⊥Im⁡C⊕⊥H.\boxed{ \mathbb R^m =\operatorname{Im}(B^\top) \mathbin{\overset\perp\oplus}\operatorname{Im}C \mathbin{\overset\perp\oplus}H.}

Enfin,

dim⁡H=dim⁡ker⁡B−dim⁡Im⁡C.\dim H =\dim\ker B-\dim\operatorname{Im}C.

Comme dim⁡ker⁡B=m−n+1\dim\ker B=m-n+1,

dim⁡H=m−n+1−rg⁡C.\boxed{\dim H=m-n+1-\operatorname{rg}C.}
  1. Toujours dans l’ordre 12,13,14,23,24,3412,13,14,23,24,34,
c123=(1,−1,0,1,0,0)⊤,c_{123}=(1,-1,0,1,0,0)^\top, c124=(1,0,−1,0,1,0)⊤,c_{124}=(1,0,-1,0,1,0)^\top, c134=(0,1,−1,0,0,1)⊤.c_{134}=(0,1,-1,0,0,1)^\top.

Ces trois vecteurs sont linéairement indépendants : dans une relation

αc123+βc124+γc134=0,\alpha c_{123}+\beta c_{124}+\gamma c_{134}=0,

la coordonnée 2323 impose α=0\alpha=0, la coordonnée 2424 impose β=0\beta=0, puis la coordonnée 3434 impose γ=0\gamma=0.

Ainsi

rg⁡C⩾3.\operatorname{rg}C\geqslant3.

Mais Im⁡C⊂ker⁡B\operatorname{Im}C\subset\ker B et, pour K4K_4, m=6m=6 et n=4n=4, donc

dim⁡ker⁡B=6−4+1=3.\dim\ker B=6-4+1=3.

Par conséquent

rg⁡C=3,Im⁡C=ker⁡B.\boxed{\operatorname{rg}C=3,\qquad \operatorname{Im}C=\ker B.}

La formule de la question 8 donne alors

H={0}.\boxed{H=\{0\}.}

Le vecteur de la question 7 est exactement

c=(1,−1,0,1,0,0)⊤=c123.c=(1,-1,0,1,0,0)^\top=c_{123}.

Il appartient donc entièrement à Im⁡C\operatorname{Im}C.

  1. Dans l’ordre 12,23,34,1412,23,34,14, avec les orientations 1→21\to2, 2→32\to3, 3→43\to4 et 1→41\to4,
B=(−100−11−10001−100011).B= \begin{pmatrix} -1&0&0&-1\\ 1&-1&0&0\\ 0&1&-1&0\\ 0&0&1&1 \end{pmatrix}.

Ici n=m=4n=m=4. Le graphe est connexe, donc

dim⁡ker⁡B=m−n+1=1.\dim\ker B=m-n+1=1.

Comme aucun triangle n’est sélectionné,

Im⁡C={0},\operatorname{Im}C=\{0\},

et donc

H=ker⁡B.H=\ker B.

Le vecteur

h=(1,1,1,−1)⊤h=(1,1,1,-1)^\top

vérifie immédiatement Bh=0Bh=0. Il est non nul et ker⁡B\ker B est de dimension 11, donc

H=Vect⁡(h).\boxed{H=\operatorname{Vect}(h).}

Dans K4K_4, les vecteurs associés aux triangles sélectionnés engendrent tout ker⁡B\ker B, de sorte que H={0}H=\{0\}. Dans le carré sans diagonale, le cycle 1−2−3−4−11-2-3-4-1 ne peut pas être obtenu à partir de triangles sélectionnés ; il subsiste donc dans HH.

  1. La question 8 fournit directement, pour tout y∈Rmy\in\mathbb R^m, une unique décomposition orthogonale
y=g+t+h\boxed{y=g+t+h}

avec

g∈Im⁡(B⊤),t∈Im⁡C,h∈H.g\in\operatorname{Im}(B^\top), \qquad t\in\operatorname{Im}C, \qquad h\in H.

Si g=B⊤pg=B^\top p, tous les vecteurs pp donnant ce même gg diffèrent d’un multiple de 1\mathbf1. La condition

p1+⋯+pn=0p_1+\cdots+p_n=0

sélectionne donc un unique pp.

Si t=Cαt=C\alpha avec α∈Rq\alpha\in\mathbb R^q, alors α\alpha est unique exactement lorsque l’application linéaire

α⟼Cα\alpha\longmapsto C\alpha

est injective, c’est-à-dire lorsque

ker⁡C={0}.\boxed{\ker C=\{0\}.}

Cela équivaut à dire que les colonnes de CC sont linéairement indépendantes, ou encore que

rg⁡C=q.\boxed{\operatorname{rg}C=q.}

Dans le problème de classement :

  • gg est la partie des comparaisons expliquée par des différences de scores globaux ;
  • tt regroupe la partie expliquée par les triangles sélectionnés ;
  • hh est la partie cyclique restante, orthogonale à tous ces triangles.

Sources

[SOURCE] L.-H. Lim — Hodge Laplacians on Graphs. Lien direct [SOURCE] Jiang, Lim, Yao et Ye — Statistical Ranking and Combinatorial Hodge Theory. Lien direct