Si l’arête e est orientée de i vers j, sa colonne dans B contient −1 en ligne i et +1 en ligne j. Ainsi
(B⊤p)e=pj−pi.
Pour x∈Rm, la ligne i de B contient +1 pour les arêtes orientées vers i, −1 pour celles orientées à partir de i, et 0 pour les autres. Donc
(Bx)i=e:e arrive en i∑xe−e:e part de i∑xe.
Le vecteur
1=(1,…,1)⊤
vérifie B⊤1=0, puisque chaque colonne de B contient un coefficient −1 et un coefficient +1.
Réciproquement, soit p∈ker(B⊤). Pour toute arête orientée i→j, la question 1 donne
pj−pi=0.
Deux sommets adjacents portent donc la même valeur. Le graphe étant connexe, deux sommets quelconques peuvent être reliés par un chemin ; toutes les coordonnées de p sont égales. Par conséquent
ker(B⊤)=Vect(1).
Ainsi
rgB=rg(B⊤)=n−1,
puis, par le théorème du rang appliqué à B:Rm→Rn,
dimkerB=m−n+1.
Pour p∈Rn et x∈Rm,
⟨B⊤p,x⟩=(B⊤p)⊤x=p⊤Bx=⟨p,Bx⟩.
Si x∈kerB, alors ce produit scalaire est nul pour tout p. On obtient donc
Im(B⊤)⊥kerB.
D’autre part,
dimIm(B⊤)+dimkerB=(n−1)+(m−n+1)=m.
Les deux sous-espaces orthogonaux ont donc des dimensions dont la somme vaut m :
Rm=Im(B⊤)⊕⊥kerB.
Par définition d’une somme directe, tout x∈Rm s’écrit d’une manière unique
x=g+c,g∈Im(B⊤),c∈kerB.
Si g=B⊤p, alors, pour tout λ∈R,
B⊤(p+λ1)=B⊤p.
Réciproquement, si B⊤p=B⊤q, alors
p−q∈ker(B⊤)=Vect(1).
Ainsi tous les vecteurs donnant le même g sont exactement
p+λ1,λ∈R.
II — Duels et meilleur score global
Appliquons la décomposition de la question 3 au vecteur y. Il existe un unique couple
g∈Im(B⊤),c∈kerB
tel que
y=g+c.
Choisissons p0 tel que g=B⊤p0. Pour tout p∈Rn,
y−B⊤p=c+B⊤(p0−p).
Les deux termes sont orthogonaux, donc
∥y−B⊤p∥2=∥c∥2+∥B⊤(p0−p)∥2.
La quantité est minimale exactement lorsque
B⊤p=B⊤p0=g.
D’après la question 3, tous les minimisateurs sont donc de la forme
p0+λ1,λ∈R.
On peut aussi les caractériser par une équation matricielle. En effet, au minimum,
y−B⊤p∈kerB,
donc
B(y−B⊤p)=0,
soit
BB⊤p=By.
Réciproquement, si cette équation est vérifiée, alors y−B⊤p∈kerB ; la décomposition orthogonale de la question 3 montre que B⊤p est nécessairement la composante g de y, donc p est bien un minimisateur.
Enfin, parmi les vecteurs p0+λ1, la somme des coordonnées vaut
i=1∑n(p0)i+nλ.
Il existe donc une unique valeur de λ pour laquelle cette somme est nulle. Ainsi
il existe un unique minimisateur de somme nulle.
Par définition,
L=BB⊤,
donc
L⊤=L.
La matrice L est symétrique. Pour tout p∈Rn,
p⊤Lp=p⊤BB⊤p=∥B⊤p∥2⩾0.
La question 1 donne plus précisément
p⊤Lp={i,j}∈E∑(pj−pi)2.
Si Lp=0, alors
0=p⊤Lp=∥B⊤p∥2,
donc B⊤p=0. La réciproque est immédiate. Par la question 2,
kerL=Vect(1).
Pour les coefficients, Lii est le produit scalaire de la ligne i de B avec elle-même. Chaque arête incidente à i y contribue pour 1, donc
Lii=deg(i).
Si i=j sont adjacents, l’unique colonne associée à l’arête {i,j} contient un −1 et un +1 sur les lignes i et j ; elle contribue donc pour −1. S’ils ne sont pas adjacents, aucune colonne ne contribue aux deux lignes. Ainsi
Lij=⎩⎨⎧deg(i)−10si i=j,si i=j sont adjacents,sinon.
Soit D la matrice diagonale de taille m dont tous les coefficients diagonaux valent 1, sauf celui associé à l’arête retournée, qui vaut −1. Après changement d’orientation,
B′=BD,y′=Dy.
Comme D⊤=D et D2=Im,
B′⊤p=DB⊤p.
Par conséquent
y′−B′⊤p=D(y−B⊤p).
Or D conserve la norme, donc
∥y′−B′⊤p∥=∥y−B⊤p∥
pour tout p. Les deux problèmes de minimisation ont donc exactement les mêmes minimisateurs et la même valeur minimale. En particulier, le minimisateur de somme nulle ne dépend pas du choix des orientations.
III — Un exemple complet à quatre objets
Dans l’ordre 12,13,14,23,24,34,
B=−1100−1010−10010−1100−10100−11.
On calcule
L=BB⊤=3−1−1−1−13−1−1−1−13−1−1−1−13=4I4−J,
où J désigne la matrice dont tous les coefficients valent 1.
Par ailleurs,
By=(−12,−4,4,12)⊤.
Le minimisateur recherché est de somme nulle. Sur l’hyperplan
p1+p2+p3+p4=0,
on a Jp=0, donc Lp=4p. L’équation de la question 4 devient
4p=By,
d’où
p=(−3,−1,1,3)⊤.
On en déduit
B⊤p=(2,4,6,2,4,2)⊤
et
c=y−B⊤p=(1,−1,0,1,0,0)⊤.
Ainsi
∥c∥2=3,
tandis que
∥y∥2=32+32+62+32+42+22=83.
Donc
∥y∥2∥c∥2=833.
Le vecteur c est non nul uniquement sur les arêtes 12, 13 et 23. Sur 12 et 23, son signe est positif ; sur 13, il est négatif. Avec les orientations 1→2, 1→3 et 2→3, ces signes correspondent au parcours
1→2→3→1.
La partie des données que le meilleur score global n’explique pas est donc ici entièrement portée par le triangle 123. Le rapport 3/83 compare sa norme carrée à celle des données initiales.
IV — Triangles et cycles qui leur échappent
Considérons une colonne ck de C, associée à un triangle parcouru dans un sens fixé. À chacun des trois sommets du triangle, une arête du parcours arrive et une autre repart. Les deux contributions correspondantes se compensent dans Bck. Ainsi
Bck=0.
Ceci vaut pour toute colonne, donc
BC=0.
Par conséquent
ImC⊂kerB.
La question 3 donne
Im(B⊤)⊥kerB,
donc en particulier
Im(B⊤)⊥ImC.
Par définition,
H=kerB∩ker(C⊤).
Or
ker(C⊤)=(ImC)⊥.
Ainsi H est exactement le sous-espace de kerB orthogonal à ImC, d’où
Ces trois vecteurs sont linéairement indépendants : dans une relation
αc123+βc124+γc134=0,
la coordonnée 23 impose α=0, la coordonnée 24 impose β=0, puis la coordonnée 34 impose γ=0.
Ainsi
rgC⩾3.
Mais ImC⊂kerB et, pour K4, m=6 et n=4, donc
dimkerB=6−4+1=3.
Par conséquent
rgC=3,ImC=kerB.
La formule de la question 8 donne alors
H={0}.
Le vecteur de la question 7 est exactement
c=(1,−1,0,1,0,0)⊤=c123.
Il appartient donc entièrement à ImC.
Dans l’ordre 12,23,34,14, avec les orientations 1→2, 2→3, 3→4 et 1→4,
B=−11000−11000−11−1001.
Ici n=m=4. Le graphe est connexe, donc
dimkerB=m−n+1=1.
Comme aucun triangle n’est sélectionné,
ImC={0},
et donc
H=kerB.
Le vecteur
h=(1,1,1,−1)⊤
vérifie immédiatement Bh=0. Il est non nul et kerB est de dimension 1, donc
H=Vect(h).
Dans K4, les vecteurs associés aux triangles sélectionnés engendrent tout kerB, de sorte que H={0}. Dans le carré sans diagonale, le cycle 1−2−3−4−1 ne peut pas être obtenu à partir de triangles sélectionnés ; il subsiste donc dans H.
La question 8 fournit directement, pour tout y∈Rm, une unique décomposition orthogonale
y=g+t+h
avec
g∈Im(B⊤),t∈ImC,h∈H.
Si g=B⊤p, tous les vecteurs p donnant ce même g diffèrent d’un multiple de 1. La condition
p1+⋯+pn=0
sélectionne donc un unique p.
Si t=Cα avec α∈Rq, alors α est unique exactement lorsque l’application linéaire
α⟼Cα
est injective, c’est-à-dire lorsque
kerC={0}.
Cela équivaut à dire que les colonnes de C sont linéairement indépendantes, ou encore que
rgC=q.
Dans le problème de classement :
g est la partie des comparaisons expliquée par des différences de scores globaux ;
t regroupe la partie expliquée par les triangles sélectionnés ;
h est la partie cyclique restante, orthogonale à tous ces triangles.
Sources
[SOURCE] L.-H. Lim — Hodge Laplacians on Graphs. Lien direct
[SOURCE] Jiang, Lim, Yao et Ye — Statistical Ranking and Combinatorial Hodge Theory. Lien direct