Aller au contenu

DM n°06 · Agrégation de mathématiques · Agrégation interne

De la meilleure approximation géométrique aux équations normales et à l’approximation de fonctions · Orthogonalité et projection orthogonale · Moindres carrés et équations normales · Matrices de Gram · Ajustement affine · Approximation de fonctions

Projection orthogonale et méthode des moindres carrés

Un problème progressif qui part d’un ajustement affine de trois points pour construire la projection orthogonale, interpréter géométriquement les moindres carrés et leurs équations normales, étudier les matrices de Gram, puis retrouver la même structure dans l’ajustement de données et l’approximation de fonctions.

Temps indicatif
≈ 4 h 30
Chapitres
Orthogonalité et projection orthogonale · Moindres carrés et équations normales · Matrices de Gram · Ajustement affine · Approximation de fonctions

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Caractériser une projection orthogonale par l’orthogonalité du résidu et par une propriété de meilleure approximation
  • 02Passer d’un problème de moindres carrés à une projection sur l’image d’une application linéaire et interpréter les équations normales
  • 03Relier l’inversibilité d’une matrice de Gram à l’indépendance des vecteurs du modèle et distinguer unicité du vecteur ajusté et unicité des paramètres
  • 04Reconnaître l’ajustement affine et l’approximation de fonctions comme deux applications d’une même géométrie

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Calcul vectoriel et produit scalaire dans le plan et l’espace
  • Systèmes linéaires et calcul matriciel élémentaire
  • Intégration de fonctions polynomiales

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 4 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Trois mesures ne sont pas toujours exactement compatibles avec le modèle que l’on souhaite leur imposer. Il faut alors préciser ce que signifie « approcher au mieux ». À partir d’un ajustement élémentaire, on fera apparaître une propriété géométrique du résidu. Cette propriété conduira à la projection orthogonale, puis aux équations normales des moindres carrés, avant d’être retrouvée dans l’approximation de fonctions.

I — Ajuster trois points

On considère les trois points

A(1,1),B(0,1),C(1,2).A(-1,1),\qquad B(0,1),\qquad C(1,2).

On cherche à les approcher par le graphe d’une fonction affine

xαx+β.x\longmapsto \alpha x+\beta.
  1. Montrer qu’il n’existe aucun couple (α,β)R2(\alpha,\beta)\in\mathbb R^2 tel que les trois points AA, BB, CC appartiennent au graphe de xαx+βx\mapsto \alpha x+\beta.

  2. On mesure l’erreur d’un couple (α,β)(\alpha,\beta) par

S(α,β)=(α+β1)2+(β1)2+(α+β2)2.S(\alpha,\beta)=(-\alpha+\beta-1)^2+(\beta-1)^2+(\alpha+\beta-2)^2.

Déterminer le minimum de SS sur R2\mathbb R^2 et le couple (α,β)(\alpha,\beta) pour lequel il est atteint.

  1. Dans R3\mathbb R^3, muni du produit scalaire usuel, on pose
X=(101),U=(111),Y=(112),F=Vect(X,U).X=\begin{pmatrix}-1\\0\\1\end{pmatrix},\qquad U=\begin{pmatrix}1\\1\\1\end{pmatrix},\qquad Y=\begin{pmatrix}1\\1\\2\end{pmatrix},\qquad F=\operatorname{Vect}(X,U).

(a) Calculer αX+βU\alpha X+\beta U et montrer que

S(α,β)=Y(αX+βU)2.S(\alpha,\beta)=\|Y-(\alpha X+\beta U)\|^2.

En déduire que minimiser SS revient à chercher, parmi les vecteurs de FF, celui qui est le plus proche de YY.

(b) Montrer que XX et UU sont linéairement indépendants. En déduire la dimension de FF.

(c) Pour le couple obtenu à la question 2, calculer

P=αX+βU,R=YP,P=\alpha X+\beta U,\qquad R=Y-P,

puis montrer que RR est orthogonal à FF.

  1. Soit ZFZ\in F.

(a) Montrer que YPY-P et PZP-Z sont orthogonaux. En déduire une relation entre YZ2\|Y-Z\|^2, YP2\|Y-P\|^2 et PZ2\|P-Z\|^2.

(b) Comparer YZ\|Y-Z\| et YP\|Y-P\| lorsque ZZ parcourt FF, et déterminer le cas d’égalité. Que peut-on en conclure pour le minimum de SS ?

II — Projection orthogonale

Dans cette partie, EE est un espace vectoriel réel de dimension finie, muni d’un produit scalaire ,\langle\cdot,\cdot\rangle. On note

x=x,x.\|x\|=\sqrt{\langle x,x\rangle}.

Une partie FEF\subset E est un sous-espace vectoriel de EE lorsque

0Fet(u,v)F2, (λ,μ)R2,λu+μvF.0\in F \qquad\text{et}\qquad \forall (u,v)\in F^2,\ \forall(\lambda,\mu)\in\mathbb R^2, \quad \lambda u+\mu v\in F.

Autrement dit, FF contient le vecteur nul et est stable par combinaisons linéaires.

Soit désormais FF un sous-espace vectoriel de EE. On définit

F={xE ; yF, x,y=0}.F^\perp=\{x\in E\ ;\ \forall y\in F,\ \langle x,y\rangle=0\}.
  1. Montrer que FF^\perp est un sous-espace vectoriel de EE, puis que
FF={0}.F\cap F^\perp=\{0\}.
  1. On admet que tout sous-espace vectoriel de dimension finie possède une base orthonormée. Soit (e1,,er)(e_1,\ldots,e_r) une base orthonormée de FF. Pour xEx\in E, on pose
q=i=1rx,eiei.q=\sum_{i=1}^r \langle x,e_i\rangle e_i.

(a) Montrer que qFq\in F et que xqFx-q\in F^\perp.

(b) Montrer que toute décomposition x=p+rx=p+r', avec pFp\in F et rFr'\in F^\perp, est unique. En déduire que, pour tout xEx\in E, il existe un unique pFp\in F tel que xpFx-p\in F^\perp. On note ce vecteur PF(x)P_F(x) et on l’appelle projeté orthogonal de xx sur FF.

  1. Soit xEx\in E et p=PF(x)p=P_F(x).

(a) Pour tout zFz\in F, établir

xz2=xp2+pz2,\|x-z\|^2=\|x-p\|^2+\|p-z\|^2,

puis montrer que pp est l’unique élément de FF minimisant la distance à xx.

(b) Réciproquement, soit pFp\in F tel que

xpxzpour tout zF.\|x-p\|\leq \|x-z\|\qquad\text{pour tout }z\in F.

Montrer que xpFx-p\in F^\perp.

(c) En déduire que, pour pFp\in F, les trois assertions suivantes sont équivalentes :

  • p=PF(x)p=P_F(x) ;
  • xpFx-p\in F^\perp ;
  • pp est l’unique élément de FF minimisant la distance à xx.

(a) Montrer que PF:EEP_F:E\to E est linéaire et que PF2=PFP_F^2=P_F. Déterminer Im(PF)\operatorname{Im}(P_F) et ker(PF)\ker(P_F).

(b) Compléter une base orthonormée de FF en une base orthonormée de EE, puis donner la matrice de PFP_F dans cette base.

(c) Montrer que, pour tous x,yEx,y\in E,

PF(x),y=x,PF(y).\langle P_F(x),y\rangle=\langle x,P_F(y)\rangle.

Montrer ensuite que PF(x)x\|P_F(x)\|\leq\|x\| et caractériser le cas d’égalité.

III — Le problème des moindres carrés

On munit désormais Rm\mathbb R^m et Rn\mathbb R^n de leurs produits scalaires usuels. Soient

AMm,n(R),yRm.A\in\mathcal M_{m,n}(\mathbb R),\qquad y\in\mathbb R^m.

On cherche à minimiser sur Rn\mathbb R^n la fonction

Φ(x)=Axy2.\Phi(x)=\|Ax-y\|^2.

(a) Identifier l’ensemble des vecteurs AxAx, lorsque xx parcourt Rn\mathbb R^n, et reformuler la minimisation de Φ\Phi comme un problème de meilleure approximation dans Rm\mathbb R^m.

(b) En utilisant la partie II, montrer que Φ\Phi admet toujours un minimum et que le vecteur ajusté AxAx est le même pour tous les minimiseurs.

(c) Si x0x_0 est un minimiseur, montrer que l’ensemble des minimiseurs est

x0+kerA.x_0+\ker A.

En déduire une condition nécessaire et suffisante d’unicité du paramètre minimisant xx.

  1. On rappelle que ATA^T désigne la transposée de AA.

(a) Montrer que, pour tous xRnx\in\mathbb R^n et zRmz\in\mathbb R^m,

Ax,z=x,ATz.\langle Ax,z\rangle=\langle x,A^Tz\rangle.

(b) En déduire

(ImA)=ker(AT).(\operatorname{Im}A)^\perp=\ker(A^T).

(c) Montrer que xx minimise Φ\Phi si et seulement si

AT(Axy)=0,A^T(Ax-y)=0,

c’est-à-dire si et seulement si

ATAx=ATy.A^TAx=A^Ty.

Ces relations sont appelées équations normales du problème des moindres carrés.

  1. On note a1,,ana_1,\ldots,a_n les colonnes de AA.

(a) Montrer que

(ATA)ij=ai,aj.(A^TA)_{ij}=\langle a_i,a_j\rangle.

Ainsi, ATAA^TA est la matrice de Gram de la famille (a1,,an)(a_1,\ldots,a_n).

(b) Montrer que

ker(ATA)=kerA.\ker(A^TA)=\ker A.

(c) En déduire l’équivalence entre les trois propriétés suivantes : ATAA^TA est inversible ; kerA={0}\ker A=\{0\} ; les colonnes de AA sont linéairement indépendantes.

(d) Sous ces hypothèses, déterminer l’unique minimiseur x^\widehat x et en déduire la matrice de la projection orthogonale sur ImA\operatorname{Im}A.

  1. On considère
A=(1100),y=(11).A=\begin{pmatrix}1&1\\0&0\end{pmatrix},\qquad y=\begin{pmatrix}1\\1\end{pmatrix}.

(a) Déterminer tous les vecteurs xR2x\in\mathbb R^2 minimisant Axy2\|Ax-y\|^2.

(b) Déterminer le vecteur ajusté AxAx et le résidu yAxy-Ax pour un minimiseur.

(c) Écrire les équations normales. Vérifier qu’elles caractérisent bien tous les minimiseurs trouvés en (a), bien que ATAA^TA ne soit pas inversible.

IV — Ajuster une droite à NN observations

Soient N2N\geq2 et (x1,y1),,(xN,yN)(x_1,y_1),\ldots,(x_N,y_N) des points du plan. On suppose que les xix_i ne sont pas tous égaux. On cherche la fonction affine xax+bx\mapsto ax+b qui minimise

i=1N(yiaxib)2.\sum_{i=1}^N( y_i-ax_i-b)^2.

On pose

X=(x1xN),1=(11),Y=(y1yN).X=\begin{pmatrix}x_1\\ \vdots\\ x_N\end{pmatrix},\qquad \mathbf 1=\begin{pmatrix}1\\ \vdots\\ 1\end{pmatrix},\qquad Y=\begin{pmatrix}y_1\\ \vdots\\ y_N\end{pmatrix}.

(a) Construire une matrice AMN,2(R)A\in\mathcal M_{N,2}(\mathbb R) telle que

A(ab)=aX+b1.A\begin{pmatrix}a\\b\end{pmatrix}=aX+b\mathbf1.

(b) Montrer que les deux colonnes de AA sont linéairement indépendantes si et seulement si les xix_i ne sont pas tous égaux.

(c) En déduire l’existence et l’unicité du couple (a,b)(a,b) recherché.

  1. On note
xˉ=1Ni=1Nxi,yˉ=1Ni=1Nyi.\bar x=\frac1N\sum_{i=1}^N x_i, \qquad \bar y=\frac1N\sum_{i=1}^N y_i.

(a) Écrire les deux équations normales sous la forme de sommes portant sur les xix_i et les yiy_i.

(b) Montrer que

b=yˉaxˉ.b=\bar y-a\bar x.

(c) En déduire

a=i=1N(xixˉ)(yiyˉ)i=1N(xixˉ)2,b=yˉaxˉ.a=\frac{\displaystyle\sum_{i=1}^N(x_i-\bar x)(y_i-\bar y)}{\displaystyle\sum_{i=1}^N(x_i-\bar x)^2}, \qquad b=\bar y-a\bar x.

(d) Montrer que la droite ajustée passe par le point (xˉ,yˉ)(\bar x,\bar y).

  1. On pose Xc=Xxˉ1X_c=X-\bar x\,\mathbf1.

(a) Montrer que Xc1X_c\perp\mathbf1 et que

Vect(X,1)=Vect(Xc,1).\operatorname{Vect}(X,\mathbf1)=\operatorname{Vect}(X_c,\mathbf1).

(b) À l’aide de Xc1X_c\perp\mathbf1, écrire directement la projection orthogonale de YY sur Vect(Xc,1)\operatorname{Vect}(X_c,\mathbf1). En déduire les coefficients aa et bb obtenus à la question 14.

(c) Appliquer ce calcul aux trois points de la partie I pour retrouver le résultat de la question 2. Expliquer aussi, à partir de XUX\perp U, pourquoi le développement de S(α,β)S(\alpha,\beta) ne contient aucun terme en αβ\alpha\beta.

V — Approximer des fonctions

On considère l’espace vectoriel

H=C([1,1],R)H=C([-1,1],\mathbb R)

et, pour f,gHf,g\in H,

f,g=11f(t)g(t)dt.\langle f,g\rangle=\int_{-1}^1 f(t)g(t)\,dt.

(a) Montrer que cette formule définit un produit scalaire sur HH.

On note

F={tat+b ; (a,b)R2}.F=\{t\mapsto at+b\ ;\ (a,b)\in\mathbb R^2\}.

(b) Montrer que FF est de dimension 22. Justifier que, même si HH n’est pas de dimension finie, la construction de la question 6 permet de projeter tout élément de HH sur FF.

(c) Déterminer la fonction affine pFp\in F qui minimise

11(t2p(t))2dt,\int_{-1}^1\bigl(t^2-p(t)\bigr)^2\,dt,

puis calculer la valeur minimale.

  1. Soit maintenant HH un espace vectoriel réel muni d’un produit scalaire et soit (φ0,,φd)(\varphi_0,\ldots,\varphi_d) une famille linéairement indépendante de HH. On pose
F=Vect(φ0,,φd).F=\operatorname{Vect}(\varphi_0,\ldots,\varphi_d).

Pour fHf\in H, on écrit son projeté sur FF sous la forme

p=j=0dcjφj.p=\sum_{j=0}^d c_j\varphi_j.

(a) À partir de fpFf-p\in F^\perp, montrer que les coefficients cjc_j vérifient le système

Gc=D,Gij=φi,φj,Di=f,φi.Gc=D, \qquad G_{ij}=\langle\varphi_i,\varphi_j\rangle, \qquad D_i=\langle f,\varphi_i\rangle.

(b) Montrer que, pour tout c=(c0,,cd)Tc=(c_0,\ldots,c_d)^T,

cTGc=j=0dcjφj2.c^TGc=\left\|\sum_{j=0}^d c_j\varphi_j\right\|^2.

En déduire que GG est définie positive et inversible.

(a) Lorsque (φ0,,φd)(\varphi_0,\ldots,\varphi_d) est orthonormée, déterminer directement les coefficients du projeté de ff.

(b) En prenant pour les φj\varphi_j les colonnes d’une matrice AA, retrouver le système des équations normales.

(c) Dans C([1,1],R)C([-1,1],\mathbb R) muni du produit scalaire de la question 16, prendre F=Rd[X]F=\mathbb R_d[X]. Justifier que toute fonction continue possède une unique meilleure approximation polynomiale de degré au plus dd pour la norme associée. Montrer enfin qu’une base orthonormée de FF permet d’en obtenir les coefficients par de simples produits scalaires, contrairement à la base monomiale (1,X,,Xd)(1,X,\ldots,X^d).

Pour aller avec ce devoir

Continuer

Explorer d’autres devoirs