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CPGE scientifiquesMP≈ 3 h 30

Devoir maison de mathématiques · Calcul différentiel discret : formule de Newton

Le calcul différentiel discret

Construire pas à pas un analogue discret du calcul différentiel : une différence qui abaisse le degré, des « monômes » adaptés, une formule de Taylor-Newton qui reconstruit un polynôme sur une grille, puis des primitives discrètes qui transforment les sommes finies en télescopages exacts.

PolynômesAlgèbre linéaireCoefficients binomiauxSuites et sommes finies

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • Construire l'opérateur de différence finie et comprendre son action sur les polynômes
  • Découvrir une base polynomiale adaptée aux différences finies
  • Établir une formule de Taylor-Newton discrète et reconstruire un polynôme à partir de ses valeurs entières
  • Construire des primitives discrètes et calculer exactement des sommes polynomiales
  • Caractériser les suites polynomiales par l'annulation de leurs différences itérées

Avant de commencer

Prérequis utiles

Il n’est pas nécessaire de tout maîtriser parfaitement, mais ces notions doivent être déjà connues pour que le devoir reste un travail de raisonnement plutôt qu’un rattrapage de cours.

  • Polynômes de R[X], degré et coefficient dominant
  • Bases et applications linéaires en dimension finie
  • Formule du binôme et coefficients binomiaux
  • Sommes télescopiques
  • Formule de Taylor polynomiale

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 3 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Pour aller avec ce devoir

Énoncé en ligne

Le problème, directement en HTML

Le contenu ci-dessous reprend le sujet du devoir. La version PDF reste disponible pour l’impression et le travail hors ligne ; le corrigé reste séparé pour préserver une vraie phase de recherche.

Sur une droite continue, la dérivée compare des valeurs infiniment proches. Sur la grille des entiers, il existe une autre comparaison naturelle : regarder ce qui change lorsqu'on avance exactement d'un pas. Ce devoir propose de construire, avec les outils de MPSI, un véritable petit calcul différentiel adapté à cette situation. On découvrira qu'il possède ses propres « monômes », sa formule de Taylor et ses primitives — et qu'il explique de façon structurelle pourquoi les sommes de puissances sont encore des polynômes.

Dans tout le problème, on travaille dans R[X]\mathbb R[X]. Pour tout polynôme PP, on définit sa différence finie en avant de pas 11 par

ΔP(X)=P(X+1)P(X).\Delta P(X)=P(X+1)-P(X).

Pour kNk\in\mathbb N, on note Δ0=Id\Delta^0=\operatorname{Id} et, pour k1k\geqslant1, Δk=ΔΔk1\Delta^k=\Delta\circ\Delta^{k-1}.

La Methodus differentialis de Newton, imprimée en 1711, est l'une des sources historiques importantes de l'interpolation par différences finies. Le présent problème n'en reproduit pas le texte : il reconstruit, avec des notations modernes et un pas fixé à 11, les mécanismes algébriques qui conduisent à la formule de Newton et à la sommation discrète.

I — Une dérivée sans limite ?

  1. Calculer ΔP\Delta P lorsque PP vaut successivement 11, XX, X2X^2 puis X3X^3. Comparer les résultats avec les dérivées usuelles de ces quatre polynômes.

  2. Soient P,QR[X]P,Q\in\mathbb R[X] et λ,μR\lambda,\mu\in\mathbb R.

(a) Montrer que Δ\Delta est un endomorphisme de R[X]\mathbb R[X].

(b) Soit PP non constant, de degré d1d\geqslant1 et de coefficient dominant ada_d. Déterminer le degré et le coefficient dominant de ΔP\Delta P.

(c) Déterminer le noyau de Δ\Delta.

  1. La dérivation vérifie la règle de Leibniz.

(a) Déterminer une formule pour Δ(PQ)\Delta(PQ) faisant intervenir PP, QQ, ΔP\Delta P et ΔQ\Delta Q.

(b) En regroupant autrement les termes de la définition de Δ(PQ)\Delta(PQ), obtenir une seconde écriture utile. Comparer ces formules à la règle de Leibniz et préciser ce qui empêche Δ\Delta d'être une dérivation au sens usuel.

  1. Pour nNn\in\mathbb N, on note En=Rn[X]E_n=\mathbb R_n[X] l'espace vectoriel des polynômes de degré au plus nn.

(a) Montrer que Δ\Delta induit un endomorphisme de EnE_n.

(b) Pour n1n\geqslant1, déterminer ImΔ\operatorname{Im}\Delta dans EnE_n à l'aide du théorème du rang.

(c) Déterminer une puissance de Δ\Delta qui est nulle sur EnE_n. Si PEnP\in E_n a pour coefficient de XnX^n le réel ana_n, déterminer ΔnP\Delta^nP.

L'opérateur Δ\Delta abaisse donc le degré comme une dérivation. Mais, dans la base usuelle (1,X,,Xn)(1,X,\ldots,X^n), les formules deviennent vite chargées. Pour la dérivation, les puissances sont naturellement adaptées. Cherchons les « bons monômes » de Δ\Delta.

II — Les bons monômes du monde discret

Pour kNk\in\mathbb N, on définit le polynôme

B0(X)=1,B_0(X)=1,

et, pour k1k\geqslant1,

Bk(X)=X(X1)(Xk+1)k!.B_k(X)=\frac{X(X-1)\cdots(X-k+1)}{k!}.

On pourra aussi écrire (Xk)=Bk(X)\binom{X}{k}=B_k(X) : pour une variable réelle, cette notation désigne donc un polynôme et non un nombre de choix combinatoires. Lorsque mNm\in\mathbb N, sa valeur Bk(m)=(mk)B_k(m)=\binom{m}{k} coïncide avec le coefficient binomial usuel ; elle vaut automatiquement 00 lorsque k>mk>m.

  1. Soit nNn\in\mathbb N.

(a) Déterminer le degré et le coefficient dominant de BkB_k.

(b) En déduire que (B0,B1,,Bn)(B_0,B_1,\ldots,B_n) est une base de EnE_n.

(a) Calculer ΔB0\Delta B_0, ΔB1\Delta B_1, ΔB2\Delta B_2 et ΔB3\Delta B_3. Quelle régularité apparaît ?

(b) Formuler puis démontrer la relation générale suggérée par ces calculs.

  1. Soient j,kNj,k\in\mathbb N.

(a) Déterminer ΔjBk\Delta^jB_k en distinguant les positions relatives de jj et kk.

(b) Écrire la matrice de l'endomorphisme Δ\Delta de EnE_n dans la base (B0,,Bn)(B_0,\ldots,B_n).

(c) Comparer cette matrice à celle de la dérivation dans la base

(1,X,X22!,,Xnn!).\left(1,X,\frac{X^2}{2!},\ldots,\frac{X^n}{n!}\right).
  1. Réécrire la relation obtenue à la question 6 sous une forme reliant Bk(X+1)B_k(X+1) à des polynômes de la famille (Bj)(B_j). Que devient cette identité lorsqu'on l'évalue en un entier naturel ? Identifier la relation combinatoire obtenue.

La base (Bk)(B_k) transforme donc Δ\Delta en un simple décalage. C'est exactement la situation qui permet, pour la dérivation usuelle, d'obtenir la formule de Taylor. On va maintenant construire son analogue discret.

III — Une formule de Taylor sur une grille

  1. On étend ici la notation Δ\Delta à toute fonction f:RRf:\mathbb R\to\mathbb R par
Δf(x)=f(x+1)f(x).\Delta f(x)=f(x+1)-f(x).

(a) Exprimer Δ2f(x)\Delta^2f(x) puis Δ3f(x)\Delta^3f(x) uniquement à l'aide de valeurs de ff.

(b) Observer les coefficients obtenus. Conjecturer une formule générale exprimant Δkf(x)\Delta^kf(x) à partir de f(x),f(x+1),,f(x+k)f(x),f(x+1),\ldots,f(x+k). La formule proposée devra aussi être cohérente pour k=0k=0.

(c) Démontrer la formule conjecturée.

  1. Soit PEnP\in E_n. Comme (B0,,Bn)(B_0,\ldots,B_n) est une base, il existe d'uniques réels a0,,ana_0,\ldots,a_n tels que
P=k=0nakBk.P=\sum_{k=0}^{n}a_kB_k.

(a) Pour j{0,,n}j\in\{0,\ldots,n\}, exprimer ΔjP(0)\Delta^jP(0) en fonction de a0,,ana_0,\ldots,a_n.

(b) En déduire les coordonnées de PP dans la base (B0,,Bn)(B_0,\ldots,B_n) à partir de ses différences successives en 00. Écrire la formule de reconstruction obtenue.

(c) Mettre cette formule en parallèle avec la formule de Taylor polynomiale en 00. Quel rôle jouent ici les BkB_k ?

(a) À l'aide de la question 9, exprimer les coordonnées obtenues à la question 10 uniquement à partir des valeurs P(0),P(1),P(0),P(1),\ldots nécessaires.

(b) En déduire qu'un polynôme de degré au plus nn est entièrement déterminé par ses n+1n+1 valeurs

P(0),P(1),,P(n).P(0),P(1),\ldots,P(n).
  1. On considère les valeurs
P(0)=2,P(1)=3,P(2)=8,P(3)=23,P(0)=2,\qquad P(1)=3,\qquad P(2)=8,\qquad P(3)=23,

et l'on sait que PP est de degré au plus 33.

(a) Construire la table des différences successives associée à ces quatre valeurs.

(b) En déduire PP d'abord dans la base (B0,B1,B2,B3)(B_0,B_1,B_2,B_3), puis sous forme développée.

Cette écriture n'est pas seulement un outil d'interpolation. Elle rend également très simple l'opération inverse de Δ\Delta.

IV — Primitives discrètes et sommes exactes

On appelle primitive discrète d'un polynôme PP tout polynôme QQ tel que

ΔQ=P.\Delta Q=P.
  1. Soit PR[X]P\in\mathbb R[X], écrit sous la forme
P=k=0nakBk.P=\sum_{k=0}^{n}a_kB_k.

(a) Construire une primitive discrète de PP.

(b) Montrer que deux primitives discrètes d'un même polynôme diffèrent d'une constante.

(c) Si PP est non nul de degré dd, déterminer le degré de ses primitives discrètes et relier leur coefficient dominant à celui de PP.

  1. Soient a,bZa,b\in\mathbb Z avec a<ba<b, et soit QQ une primitive discrète de PP.

(a) Exprimer la somme

m=ab1P(m)\sum_{m=a}^{b-1}P(m)

uniquement à l'aide de QQ et des bornes a,ba,b.

(b) Comparer la formule obtenue au théorème fondamental de l'analyse pour une primitive usuelle.

  1. Pour k,nNk,n\in\mathbb N, calculer exactement
m=0n1Bk(m).\sum_{m=0}^{n-1}B_k(m).

Simplifier le résultat sous une forme combinatoire familière.

(a) À l'aide de la question 10, déterminer les coordonnées de XX, X2X^2 et X3X^3 dans la base (Bk)(B_k).

(b) En déduire, pour tout nNn\in\mathbb N, les trois sommes

m=0n1m,m=0n1m2,m=0n1m3.\sum_{m=0}^{n-1}m, \qquad \sum_{m=0}^{n-1}m^2, \qquad \sum_{m=0}^{n-1}m^3.
  1. Soit PP un polynôme non nul de degré dd. Montrer que la fonction
nm=0n1P(m)n\longmapsto \sum_{m=0}^{n-1}P(m)

coïncide sur N\mathbb N avec un polynôme. Déterminer son degré et son coefficient dominant en fonction de ceux de PP.

Il reste une dernière question : l'annulation des différences successives est-elle seulement une conséquence du caractère polynomial, ou le caractérise-t-elle ?

  1. Soit dNd\in\mathbb N. Pour une suite réelle u=(un)n0u=(u_n)_{n\geqslant0}, on définit
(Δu)n=un+1un,(\Delta u)_n=u_{n+1}-u_n,

puis les différences itérées de la même manière.

(a) Si un=P(n)u_n=P(n) pour un polynôme PP de degré au plus dd, que peut-on dire de Δd+1u\Delta^{d+1}u ?

(b) Réciproquement, supposons Δd+1u=0\Delta^{d+1}u=0. En vous inspirant de la formule de reconstruction de la partie III, construire un polynôme RRd[X]R\in\mathbb R_d[X] à partir des différences initiales de uu, puis démontrer que

un=R(n)u_n=R(n)

pour tout nNn\in\mathbb N.

(c) Formuler sous forme d'équivalence le critère structurel obtenu dans les deux questions précédentes.

Vous avez ainsi construit un calcul différentiel adapté à la grille des entiers. La base (Bk)(B_k) y joue le rôle des monômes divisés, la reconstruction de Newton remplace Taylor, et les primitives discrètes transforment les sommes finies en différences de valeurs aux extrémités. Surtout, le dernier résultat montre que l'annulation d'un nombre fini de différences ne constitue pas seulement une propriété des suites polynomiales : elle les caractérise.

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