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DM n°01 · CPGE scientifiques · MP / MPI

Différences finies, base adaptée et formule de Newton · Polynômes · Algèbre linéaire · Coefficients binomiaux · Suites et sommes finies

Le calcul différentiel discret

Ce DM de MP/MPI étudie l'opérateur de différence finie ΔP(X)=P(X+1)-P(X) sur les polynômes. On détermine ses noyaux et ses images, on construit la base binomiale dans laquelle Δ agit par décalage, puis on obtient la formule de Newton, des formules de sommes et une caractérisation des suites polynomiales.

Temps indicatif
≈ 3 h 30
Chapitres
Polynômes · Algèbre linéaire · Coefficients binomiaux · Suites et sommes finies

Ce devoir convient aux niveaux MP / MPI.

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Étudier un endomorphisme en combinant noyaux, images, itérés et comportement sur le degré
  • 02Choisir une base adaptée pour rendre une opération algébrique presque élémentaire
  • 03Passer entre des valeurs discrètes d’un polynôme et sa représentation algébrique
  • 04Reconnaître quand un problème de sommes ou de suites se ramène à l’inversion d’un opérateur

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Polynômes de R[X], degré et coefficient dominant
  • Bases et applications linéaires en dimension finie
  • Formule du binôme et coefficients binomiaux
  • Sommes télescopiques
  • Dérivation formelle et formule de Taylor polynomiale

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 3 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Sur une droite continue, la dérivée mesure une variation infinitésimale. Sur la grille des entiers, une autre comparaison s’impose naturellement : regarder ce qui change lorsqu’on avance exactement d’un pas. Ce devoir construit l’algèbre de cette opération, puis l’utilise pour reconstruire des polynômes et calculer des sommes finies.

Dans tout le problème, on travaille dans R[X]\mathbb R[X]. Pour tout polynôme PP, on définit sa différence finie en avant de pas 11 par

ΔP(X)=P(X+1)−P(X).\Delta P(X)=P(X+1)-P(X).

Pour k∈Nk\in\mathbb N, on note Δ0=Id⁡\Delta^0=\operatorname{Id} et, pour k⩾1k\geqslant1,

Δk=Δ∘Δk−1.\Delta^k=\Delta\circ\Delta^{k-1}.

I — Un opérateur qui abaisse le degré

  1. Calculer ΔP\Delta P lorsque PP vaut successivement 11, XX, X2X^2 puis X3X^3. Comparer brièvement avec la dérivation usuelle.

  2. Montrer que Δ\Delta est un endomorphisme de R[X]\mathbb R[X]. Si PP est non constant, de degré dd et de coefficient dominant ada_d, déterminer le degré et le coefficient dominant de ΔP\Delta P. En déduire ker⁡Δ\ker\Delta.

  3. Pour n∈Nn\in\mathbb N, on note

En=Rn[X].E_n=\mathbb R_n[X].

Un endomorphisme uu d’un espace vectoriel est dit nilpotent lorsqu’il existe un entier r⩾1r\geqslant1 tel que ur=0u^r=0 ; le plus petit tel entier est appelé son indice de nilpotence.

Montrer que Δ\Delta induit un endomorphisme de EnE_n, puis déterminer son indice de nilpotence. Plus généralement, déterminer, pour 0⩽k⩽n+10\leqslant k\leqslant n+1, les espaces

ker⁡(Δk)etIm⁡(Δk)\ker(\Delta^k) \qquad\text{et}\qquad \operatorname{Im}(\Delta^k)

sur EnE_n. On adoptera la convention E−1={0}E_{-1}=\{0\}.

Si le coefficient de XnX^n dans P∈EnP\in E_n est ana_n, déterminer en particulier ΔnP\Delta^nP.

Dans la base usuelle (1,X,…,Xn)(1,X,\ldots,X^n), les expressions de ΔP\Delta P se chargent vite. On va chercher une base dans laquelle l’action de Δ\Delta devient aussi simple que possible.

II — Une base adaptée aux différences finies

Pour k∈Nk\in\mathbb N, on définit

B0(X)=1,B_0(X)=1,

et, pour k⩾1k\geqslant1,

Bk(X)=X(X−1)⋯(X−k+1)k!.B_k(X)=\frac{X(X-1)\cdots(X-k+1)}{k!}.

On pourra aussi noter Bk(X)=(Xk)B_k(X)=\binom Xk. Pour XX réel, cette écriture désigne un polynôme. Lorsque m∈Nm\in\mathbb N, sa valeur Bk(m)B_k(m) est le coefficient binomial usuel (mk)\binom mk ; elle vaut en particulier 00 si k>mk>m.

  1. Montrer que (B0,…,Bn)(B_0,\ldots,B_n) est une base de EnE_n et déterminer ΔBk\Delta B_k pour tout kk. En déduire que, pour tout m∈Nm\in\mathbb N et tout entier k⩾1k\geqslant1,
(m+1k)=(mk)+(mk−1).\binom{m+1}{k}=\binom{m}{k}+\binom{m}{k-1}.
  1. Écrire la matrice de Δ\Delta dans la base (B0,…,Bn)(B_0,\ldots,B_n). La comparer à la matrice de la dérivation dans la base
(1,X,X22!,…,Xnn!).\left(1,X,\frac{X^2}{2!},\ldots,\frac{X^n}{n!}\right).

Expliquer en quoi cette comparaison éclaire les résultats de la question 3.

Cette base transforme donc la différence finie en un simple décalage d’indice. Elle permet maintenant de reconstruire un polynôme à partir de ses valeurs sur une grille.

III — Reconstruire un polynôme sur une grille

  1. On étend dans cette question la notation Δ\Delta à toute fonction f:R→Rf:\mathbb R\to\mathbb R par
Δf(x)=f(x+1)−f(x).\Delta f(x)=f(x+1)-f(x).

Calculer Δ2f(x)\Delta^2f(x) et Δ3f(x)\Delta^3f(x). À partir des coefficients observés, conjecturer puis démontrer une formule générale exprimant Δkf(x)\Delta^kf(x) à l’aide de

f(x),f(x+1),…,f(x+k).f(x),f(x+1),\ldots,f(x+k).

La formule devra inclure le cas k=0k=0.

  1. Soit P∈EnP\in E_n. Déterminer les coordonnées de PP dans la base (B0,…,Bn)(B_0,\ldots,B_n) à l’aide des nombres
P(0),ΔP(0),…,ΔnP(0).P(0),\quad \Delta P(0),\quad\ldots,\quad\Delta^nP(0).

En déduire une formule de reconstruction de PP, puis montrer que les seules valeurs

P(0),P(1),…,P(n)P(0),P(1),\ldots,P(n)

déterminent déjà entièrement PP.

  1. On sait qu’un polynôme PP est de degré au plus 33 et que
P(0)=2,P(1)=3,P(2)=8,P(3)=23.P(0)=2,\qquad P(1)=3,\qquad P(2)=8,\qquad P(3)=23.

Déterminer PP d’abord dans la base (B0,B1,B2,B3)(B_0,B_1,B_2,B_3), puis sous forme développée.

L’opération Δ\Delta peut aussi être inversée sur les polynômes. Cette inversion transforme les sommes finies en différences de valeurs aux extrémités.

IV — Inverser Δ\Delta et sommer

On appelle primitive discrète d’un polynôme PP tout polynôme QQ tel que

ΔQ=P.\Delta Q=P.
  1. Décrire toutes les primitives discrètes d’un polynôme PP. Si PP est non nul, relier le degré et le coefficient dominant de ses primitives à ceux de PP.

Puis, pour des entiers a<ba<b, exprimer

∑m=ab−1P(m)\sum_{m=a}^{b-1}P(m)

à l’aide d’une primitive discrète de PP.

  1. Pour k,n∈Nk,n\in\mathbb N, calculer
∑m=0n−1Bk(m).\sum_{m=0}^{n-1}B_k(m).

En utilisant la base (Bk)(B_k), en déduire les trois identités

∑m=0n−1m,∑m=0n−1m2,∑m=0n−1m3.\sum_{m=0}^{n-1}m, \qquad \sum_{m=0}^{n-1}m^2, \qquad \sum_{m=0}^{n-1}m^3.
  1. Soit PP un polynôme non nul de degré dd et de coefficient dominant aa. Montrer que la fonction
n⟼∑m=0n−1P(m),n∈N,n\longmapsto\sum_{m=0}^{n-1}P(m), \qquad n\in\mathbb N,

coïncide sur N\mathbb N avec un polynôme. Déterminer son degré et son coefficient dominant.

V — Quand les différences finissent par s’annuler

Pour une suite réelle u=(un)n⩾0u=(u_n)_{n\geqslant0}, on définit

(Δu)n=un+1−un,(\Delta u)_n=u_{n+1}-u_n,

puis les différences itérées de la même manière.

  1. Soit d∈Nd\in\mathbb N. Démontrer l’équivalence
Δd+1u=0⟺∃P∈Rd[X], ∀n∈N, un=P(n).\Delta^{d+1}u=0 \quad\Longleftrightarrow\quad \exists P\in\mathbb R_d[X],\ \forall n\in\mathbb N,\ u_n=P(n).

Lorsque ces conditions sont vérifiées, déterminer explicitement l’unique polynôme PP à partir des différences initiales

u0,(Δu)0,…,(Δdu)0.u_0,\quad (\Delta u)_0,\quad\ldots,\quad(\Delta^d u)_0.

Le même opérateur relie ainsi plusieurs phénomènes : il abaisse le degré, devient un décalage dans une base adaptée, reconstruit un polynôme à partir de valeurs équidistantes et transforme les sommes finies en télescopages. L’annulation d’une différence itérée caractérise finalement les suites données par un polynôme.

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