Devoir maison de mathématiques · Calcul différentiel discret : formule de Newton
Le calcul différentiel discret
Construire pas à pas un analogue discret du calcul différentiel : une différence qui abaisse le degré, des « monômes » adaptés, une formule de Taylor-Newton qui reconstruit un polynôme sur une grille, puis des primitives discrètes qui transforment les sommes finies en télescopages exacts.
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- Construire l'opérateur de différence finie et comprendre son action sur les polynômes
- Découvrir une base polynomiale adaptée aux différences finies
- Établir une formule de Taylor-Newton discrète et reconstruire un polynôme à partir de ses valeurs entières
- Construire des primitives discrètes et calculer exactement des sommes polynomiales
- Caractériser les suites polynomiales par l'annulation de leurs différences itérées
Avant de commencer
Prérequis utiles
Il n’est pas nécessaire de tout maîtriser parfaitement, mais ces notions doivent être déjà connues pour que le devoir reste un travail de raisonnement plutôt qu’un rattrapage de cours.
- Polynômes de R[X], degré et coefficient dominant
- Bases et applications linéaires en dimension finie
- Formule du binôme et coefficients binomiaux
- Sommes télescopiques
- Formule de Taylor polynomiale
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 3 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
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Énoncé en ligne
Le problème, directement en HTML
Le contenu ci-dessous reprend le sujet du devoir. La version PDF reste disponible pour l’impression et le travail hors ligne ; le corrigé reste séparé pour préserver une vraie phase de recherche.
Sur une droite continue, la dérivée compare des valeurs infiniment proches. Sur la grille des entiers, il existe une autre comparaison naturelle : regarder ce qui change lorsqu'on avance exactement d'un pas. Ce devoir propose de construire, avec les outils de MPSI, un véritable petit calcul différentiel adapté à cette situation. On découvrira qu'il possède ses propres « monômes », sa formule de Taylor et ses primitives — et qu'il explique de façon structurelle pourquoi les sommes de puissances sont encore des polynômes.
Dans tout le problème, on travaille dans . Pour tout polynôme , on définit sa différence finie en avant de pas par
Pour , on note et, pour , .
La Methodus differentialis de Newton, imprimée en 1711, est l'une des sources historiques importantes de l'interpolation par différences finies. Le présent problème n'en reproduit pas le texte : il reconstruit, avec des notations modernes et un pas fixé à , les mécanismes algébriques qui conduisent à la formule de Newton et à la sommation discrète.
I — Une dérivée sans limite ?
-
Calculer lorsque vaut successivement , , puis . Comparer les résultats avec les dérivées usuelles de ces quatre polynômes.
-
Soient et .
(a) Montrer que est un endomorphisme de .
(b) Soit non constant, de degré et de coefficient dominant . Déterminer le degré et le coefficient dominant de .
(c) Déterminer le noyau de .
- La dérivation vérifie la règle de Leibniz.
(a) Déterminer une formule pour faisant intervenir , , et .
(b) En regroupant autrement les termes de la définition de , obtenir une seconde écriture utile. Comparer ces formules à la règle de Leibniz et préciser ce qui empêche d'être une dérivation au sens usuel.
- Pour , on note l'espace vectoriel des polynômes de degré au plus .
(a) Montrer que induit un endomorphisme de .
(b) Pour , déterminer dans à l'aide du théorème du rang.
(c) Déterminer une puissance de qui est nulle sur . Si a pour coefficient de le réel , déterminer .
L'opérateur abaisse donc le degré comme une dérivation. Mais, dans la base usuelle , les formules deviennent vite chargées. Pour la dérivation, les puissances sont naturellement adaptées. Cherchons les « bons monômes » de .
II — Les bons monômes du monde discret
Pour , on définit le polynôme
et, pour ,
On pourra aussi écrire : pour une variable réelle, cette notation désigne donc un polynôme et non un nombre de choix combinatoires. Lorsque , sa valeur coïncide avec le coefficient binomial usuel ; elle vaut automatiquement lorsque .
- Soit .
(a) Déterminer le degré et le coefficient dominant de .
(b) En déduire que est une base de .
(a) Calculer , , et . Quelle régularité apparaît ?
(b) Formuler puis démontrer la relation générale suggérée par ces calculs.
- Soient .
(a) Déterminer en distinguant les positions relatives de et .
(b) Écrire la matrice de l'endomorphisme de dans la base .
(c) Comparer cette matrice à celle de la dérivation dans la base
- Réécrire la relation obtenue à la question 6 sous une forme reliant à des polynômes de la famille . Que devient cette identité lorsqu'on l'évalue en un entier naturel ? Identifier la relation combinatoire obtenue.
La base transforme donc en un simple décalage. C'est exactement la situation qui permet, pour la dérivation usuelle, d'obtenir la formule de Taylor. On va maintenant construire son analogue discret.
III — Une formule de Taylor sur une grille
- On étend ici la notation à toute fonction par
(a) Exprimer puis uniquement à l'aide de valeurs de .
(b) Observer les coefficients obtenus. Conjecturer une formule générale exprimant à partir de . La formule proposée devra aussi être cohérente pour .
(c) Démontrer la formule conjecturée.
- Soit . Comme est une base, il existe d'uniques réels tels que
(a) Pour , exprimer en fonction de .
(b) En déduire les coordonnées de dans la base à partir de ses différences successives en . Écrire la formule de reconstruction obtenue.
(c) Mettre cette formule en parallèle avec la formule de Taylor polynomiale en . Quel rôle jouent ici les ?
(a) À l'aide de la question 9, exprimer les coordonnées obtenues à la question 10 uniquement à partir des valeurs nécessaires.
(b) En déduire qu'un polynôme de degré au plus est entièrement déterminé par ses valeurs
- On considère les valeurs
et l'on sait que est de degré au plus .
(a) Construire la table des différences successives associée à ces quatre valeurs.
(b) En déduire d'abord dans la base , puis sous forme développée.
Cette écriture n'est pas seulement un outil d'interpolation. Elle rend également très simple l'opération inverse de .
IV — Primitives discrètes et sommes exactes
On appelle primitive discrète d'un polynôme tout polynôme tel que
- Soit , écrit sous la forme
(a) Construire une primitive discrète de .
(b) Montrer que deux primitives discrètes d'un même polynôme diffèrent d'une constante.
(c) Si est non nul de degré , déterminer le degré de ses primitives discrètes et relier leur coefficient dominant à celui de .
- Soient avec , et soit une primitive discrète de .
(a) Exprimer la somme
uniquement à l'aide de et des bornes .
(b) Comparer la formule obtenue au théorème fondamental de l'analyse pour une primitive usuelle.
- Pour , calculer exactement
Simplifier le résultat sous une forme combinatoire familière.
(a) À l'aide de la question 10, déterminer les coordonnées de , et dans la base .
(b) En déduire, pour tout , les trois sommes
- Soit un polynôme non nul de degré . Montrer que la fonction
coïncide sur avec un polynôme. Déterminer son degré et son coefficient dominant en fonction de ceux de .
Il reste une dernière question : l'annulation des différences successives est-elle seulement une conséquence du caractère polynomial, ou le caractérise-t-elle ?
- Soit . Pour une suite réelle , on définit
puis les différences itérées de la même manière.
(a) Si pour un polynôme de degré au plus , que peut-on dire de ?
(b) Réciproquement, supposons . En vous inspirant de la formule de reconstruction de la partie III, construire un polynôme à partir des différences initiales de , puis démontrer que
pour tout .
(c) Formuler sous forme d'équivalence le critère structurel obtenu dans les deux questions précédentes.
Vous avez ainsi construit un calcul différentiel adapté à la grille des entiers. La base y joue le rôle des monômes divisés, la reconstruction de Newton remplace Taylor, et les primitives discrètes transforment les sommes finies en différences de valeurs aux extrémités. Surtout, le dernier résultat montre que l'annulation d'un nombre fini de différences ne constitue pas seulement une propriété des suites polynomiales : elle les caractérise.
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