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Corrigé détaillé · MP

Diviser par zéro : vraiment impossible ?

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Correction en ligne

Solution détaillée et rédaction

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Le point essentiel du problème est de distinguer deux affirmations : dans un corps non trivial, 00 ne peut pas avoir d’inverse multiplicatif ; mais on peut agrandir l’univers et modifier certaines identités de façon cohérente pour rendre le réciproque total. La construction ci-dessous est la spécialisation à K=RK=\mathbb R ou C\mathbb C d’une wheel de fractions.

I — Ce que « impossible » signifie vraiment

(a) Pour tout xKx\in K, la distributivité donne

0x=(0+0)x=0x+0x.0x=(0+0)x=0x+0x.

En ajoutant l’opposé de 0x0x aux deux membres, on obtient

0=0x.0=0x.

Ainsi 0x=00x=0 pour tout xKx\in K.

(b) S’il existait uKu\in K tel que 0u=10u=1, la question précédente donnerait simultanément 0u=00u=0 et 0u=10u=1, donc 0=10=1, ce qui est impossible dans R\mathbb R ou C\mathbb C.

(c) La démonstration de (a) n’a utilisé que la distributivité et l’existence des opposés pour l’addition. Dès lors, une structure non triviale qui conserverait ces propriétés ne pourrait pas imposer 0u=10u=1. Pour rendre le réciproque total, il faudra donc éviter de demander que le réciproque de 00 soit un inverse multiplicatif au sens habituel, ou modifier certaines lois algébriques.

(a) Pour tout (a,b)K2(a,b)\in K^2, on a ab=baab=ba, donc (a,b)R(a,b)(a,b)\mathcal R(a,b) : la relation est réflexive. Si (a,b)R(c,d)(a,b)\mathcal R(c,d), alors ad=bcad=bc, donc cb=dacb=da par commutativité, et ainsi (c,d)R(a,b)(c,d)\mathcal R(a,b) : elle est symétrique.

(b) Posons

u=(1,0),v=(0,0),w=(0,1).u=(1,0),\qquad v=(0,0),\qquad w=(0,1).

On a uRvu\mathcal Rv car 1×0=0×01\times0=0\times0, et vRwv\mathcal Rw car 0×1=0×00\times1=0\times0. En revanche,

1×10×0,1\times1\neq0\times0,

si bien que uu n’est pas en relation avec ww. La relation R\mathcal R n’est donc pas transitive.

(c) Le couple (0,0)(0,0) satisfait automatiquement l’égalité du produit en croix avec tout couple : pour tout (a,b)(a,b),

0b=0a.0\cdot b=0\cdot a.

Il se trouve donc relié à tous les couples, alors que deux couples quelconques ne sont pas nécessairement reliés entre eux. C’est précisément ce qui détruit la transitivité.

[IDÉE] Le problème n’est pas « le dénominateur zéro » à lui seul : le couple nul est le point où la règle ad=bcad=bc cesse de distinguer des directions différentes.

II — Des fractions qui gardent leur direction

(a) La relation \sim est réflexive car (a,b)=1(a,b)(a,b)=1\cdot(a,b) et 1K1\in K^*. Elle est symétrique : si (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b) avec λK\lambda\in K^*, alors (a,b)=λ1(c,d)(a,b)=\lambda^{-1}(c,d) avec λ1K\lambda^{-1}\in K^*. Enfin, elle est transitive : si (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b) et (e,f)=μ(c,d)(e,f)=\mu(c,d) avec λ,μK\lambda,\mu\in K^*, alors (e,f)=μλ(a,b)(e,f)=\mu\lambda(a,b) et μλK\mu\lambda\in K^*. C’est donc une relation d’équivalence.

(b) Si (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b) avec λ0\lambda\neq0, alors ad=a(λb)=λab=(λa)b=bcad=a(\lambda b)=\lambda ab=(\lambda a)b=bc.

Réciproquement, supposons (a,b)(a,b) et (c,d)(c,d) non nuls et ad=bcad=bc.

Si b0b\neq0, alors d0d\neq0 : sinon bc=0bc=0, donc c=0c=0, ce qui donnerait (c,d)=(0,0)(c,d)=(0,0). En posant λ=d/bK\lambda=d/b\in K^*, on a, grâce à ad=bcad=bc,

λa=adb=c,λb=d.\lambda a=\frac{ad}{b}=c, \qquad \lambda b=d.

Donc (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b).

Si b=0b=0, alors a0a\neq0. L’égalité ad=bc=0ad=bc=0 donne d=0d=0. Comme (c,d)(c,d) est non nul, c0c\neq0 ; avec λ=c/aK\lambda=c/a\in K^*, on obtient encore (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b).

Ainsi, pour deux couples non nuls,

(a,b)(c,d)ad=bc.(a,b)\sim(c,d)\quad\Longleftrightarrow\quad ad=bc.

(c) Si (a,b)(0,0)(a,b)\sim(0,0), il existe λK\lambda\in K^* tel que (0,0)=λ(a,b)(0,0)=\lambda(a,b). Comme λ0\lambda\neq0, cela impose a=b=0a=b=0. La classe de (0,0)(0,0) est donc le singleton {(0,0)}\{(0,0)\}.

(a) Si b0b\neq0, alors

(ab,1)=1b(a,b),\left(\frac ab,1\right)=\frac1b(a,b),

avec 1/bK1/b\in K^*. Ainsi

[a,b]=[ab,1]=ι(ab).[a,b]=\left[\frac ab,1\right]=\iota\left(\frac ab\right).

Pour l’unicité, si [t,1]=[s,1][t,1]=[s,1], il existe λK\lambda\in K^* tel que (s,1)=λ(t,1)(s,1)=\lambda(t,1). La seconde coordonnée donne 1=λ1=\lambda, puis la première donne s=ts=t.

(b) Si a0a\neq0, (1,0)=(1/a)(a,0)(1,0)=(1/a)(a,0), donc [a,0]=[1,0][a,0]=[1,0]. Tous les couples non nuls de la forme (a,0)(a,0) définissent la même classe.

(c) La classe [1,0][1,0] ne peut être égale à un [t,1][t,1], car une multiplication par un scalaire non nul ne peut transformer une seconde coordonnée nulle en une seconde coordonnée égale à 11. De même, [0,0][0,0] est une classe singleton d’après 3(c), donc elle est distincte de [1,0][1,0] et de tous les [t,1][t,1].

(d) Tout couple (a,b)(a,b) relève exactement d’un des trois cas :

  • si b0b\neq0, sa classe est un unique ι(t)\iota(t) ;
  • si b=0b=0 et a0a\neq0, sa classe est =[1,0]\infty=[1,0] ;
  • si a=b=0a=b=0, sa classe est =[0,0]\bot=[0,0].

Ces trois parties sont deux à deux disjointes. Par conséquent,

W=ι(K){}{}.W=\iota(K)\sqcup\{\infty\}\sqcup\{\bot\}.

(a) Si [a,b]=[c,d][a,b]=[c,d]\neq\bot, il existe λK\lambda\in K^* tel que (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b). Or multiplier un vecteur non nul par un scalaire non nul ne change pas la droite vectorielle qu’il engendre :

Vect(c,d)=Vect(λa,λb)=Vect(a,b).\operatorname{Vect}(c,d)=\operatorname{Vect}(\lambda a,\lambda b)=\operatorname{Vect}(a,b).

Ainsi LL est bien définie.

(b) Soit DDD\in\mathcal D. Comme DD est de dimension 11, il existe un vecteur non nul (a,b)(a,b) qui l’engendre. Alors [a,b][a,b]\neq\bot et L([a,b])=DL([a,b])=D. Donc LL est surjective.

Supposons maintenant L([a,b])=L([c,d])L([a,b])=L([c,d]) avec les deux couples non nuls. Les deux vecteurs engendrent la même droite, donc il existe λK\lambda\in K^* tel que (c,d)=λ(a,b)(c,d)=\lambda(a,b). Ainsi [a,b]=[c,d][a,b]=[c,d]. L’application LL est injective, donc bijective.

(c) Pour tKt\in K,

L(ι(t))=Vect(t,1),L(\iota(t))=\operatorname{Vect}(t,1),

alors que

L()=Vect(1,0).L(\infty)=\operatorname{Vect}(1,0).

Toute droite autre que Vect(1,0)\operatorname{Vect}(1,0) contient un vecteur dont la seconde coordonnée est non nulle ; après normalisation de cette coordonnée à 11, elle s’écrit de manière unique Vect(t,1)\operatorname{Vect}(t,1). La droite Vect(1,0)\operatorname{Vect}(1,0) est donc exactement la direction qui manque à ce paramétrage par tKt\in K.

[IDÉE] L’ensemble W{}W\setminus\{\bot\} est ainsi la droite projective P1(K)\mathbb P^1(K), introduite ici uniquement comme l’ensemble des droites vectorielles de K2K^2. Le point \bot correspond au couple nul, qui ne détermine aucune direction.

III — Faire du calcul sans choisir de représentant

  1. Prenons d’autres représentants des mêmes classes : (a,b)=λ(a,b)(a',b')=\lambda(a,b) et (c,d)=μ(c,d)(c',d')=\mu(c,d) avec λ,μK\lambda,\mu\in K^*.

Pour l’addition,

ad+cb=λμ(ad+bc),bd=λμbd.a'd'+c'b'=\lambda\mu(ad+bc), \qquad b'd'=\lambda\mu bd.

Le nouveau couple obtenu est donc λμ\lambda\mu fois l’ancien. Comme λμK\lambda\mu\in K^*, il représente la même classe.

Pour la multiplication,

(ac,bd)=λμ(ac,bd),(a'c',b'd')=\lambda\mu(ac,bd),

ce qui donne encore la même classe. Enfin (b,a)=λ(b,a)(b',a')=\lambda(b,a), donc ρ([a,b])=[b,a]\rho([a,b])=[b,a] ne dépend pas non plus du représentant. Les trois opérations sont bien définies sur WW.

(a) Les formules sont symétriques en (a,b)(a,b) et (c,d)(c,d), puisque KK est commutatif : addition et multiplication sont commutatives.

Pour x=[a,b]x=[a,b],

[a,b]+[0,1]=[a,b][a,b]+[0,1]=[a,b]

et

[a,b][1,1]=[a,b].[a,b][1,1]=[a,b].

Ainsi 0W=[0,1]0_W=[0,1] est neutre pour l’addition et 1W=[1,1]1_W=[1,1] pour la multiplication.

(b) Soient x=[a,b]x=[a,b], y=[c,d]y=[c,d] et z=[e,f]z=[e,f]. Alors

(x+y)+z=[ad+bc,bd]+[e,f]=[adf+bcf+bde,bdf].(x+y)+z=[ad+bc,bd]+[e,f]=[adf+bcf+bde,bdf].

D’autre part,

x+(y+z)=[a,b]+[cf+de,df]=[adf+bcf+bde,bdf].x+(y+z)=[a,b]+[cf+de,df]=[adf+bcf+bde,bdf].

L’addition est associative.

Pour la multiplication,

(xy)z=[ac,bd][e,f]=[ace,bdf](xy)z=[ac,bd][e,f]=[ace,bdf]

et

x(yz)=[a,b][ce,df]=[ace,bdf].x(yz)=[a,b][ce,df]=[ace,bdf].

Elle est donc associative.

(c) On a immédiatement

ρ(ρ([a,b]))=ρ([b,a])=[a,b].\rho(\rho([a,b]))=\rho([b,a])=[a,b].

De plus,

ρ(xy)=ρ([ac,bd])=[bd,ac],\rho(xy)=\rho([ac,bd])=[bd,ac],

alors que

ρ(x)ρ(y)=[b,a][d,c]=[bd,ac].\rho(x)\rho(y)=[b,a][d,c]=[bd,ac].

Ainsi ρ(ρ(x))=x\rho(\rho(x))=x et ρ(xy)=ρ(x)ρ(y)\rho(xy)=\rho(x)\rho(y).

  1. Si ι(s)=ι(t)\iota(s)=\iota(t), alors [s,1]=[t,1][s,1]=[t,1] ; l’unicité démontrée en 4(a) donne s=ts=t. Donc ι\iota est injective.

Ensuite,

ι(s)+ι(t)=[s,1]+[t,1]=[s+t,1]=ι(s+t),\iota(s)+\iota(t)=[s,1]+[t,1]=[s+t,1]=\iota(s+t),

et

ι(s)ι(t)=[s,1][t,1]=[st,1]=ι(st).\iota(s)\iota(t)=[s,1][t,1]=[st,1]=\iota(st).

Enfin ι(0)=[0,1]=0W\iota(0)=[0,1]=0_W et ι(1)=[1,1]=1W\iota(1)=[1,1]=1_W. L’identification de KK à son image dans WW respecte donc l’addition et la multiplication.

(a) Si aKa\in K^*,

ρ(a)=ρ([a,1])=[1,a]=[1/a,1]=1a.\rho(a)=\rho([a,1])=[1,a]=[1/a,1]=\frac1a.

Pour les trois éléments particuliers,

ρ(0)=,ρ()=0,ρ()=.\rho(0)=\infty, \qquad \rho(\infty)=0, \qquad \rho(\bot)=\bot.

(b) Pour aKa\in K,

a+=[a,1]+[1,0]=[1,0]=,a+\infty=[a,1]+[1,0]=[1,0]=\infty,

et

a+=[a,1]+[0,0]=[0,0]=.a+\bot=[a,1]+[0,0]=[0,0]=\bot.

Enfin,

+=[1,0]+[1,0]=[0,0]=.\infty+\infty=[1,0]+[1,0]=[0,0]=\bot.

(c) Si aKa\in K^*,

a=[a,1][1,0]=[a,0]=.a\infty=[a,1][1,0]=[a,0]=\infty.

En revanche,

0=[0,1][1,0]=[0,0]=.0\infty=[0,1][1,0]=[0,0]=\bot.

On a aussi 2=[1,0][1,0]=[1,0]=\infty^2=[1,0][1,0]=[1,0]=\infty. Enfin, si x=[a,b]x=[a,b],

x=[a,b][0,0]=[0,0]=.x\bot=[a,b][0,0]=[0,0]=\bot.

L’élément \bot est donc absorbant pour la multiplication, comme il l’était pour l’addition d’après (b).

(d) Par définition,

10=1ρ(0)=,00=0ρ(0)=,1=1ρ()=0.\frac10=1\rho(0)=\infty, \qquad \frac00=0\rho(0)=\bot, \qquad \frac1\infty=1\rho(\infty)=0.

Ces égalités ne sont pas des conventions ajoutées : elles ont été déduites de la construction par classes et des opérations de fractions.

IV — Les lois usuelles résistent-elles ?

  1. Comme 0+1=10+1=1 dans la copie de KK,
(0+1)=1=.(0+1)\infty=1\infty=\infty.

Mais

0+1=+=.0\infty+1\infty=\bot+\infty=\bot.

Or \infty\neq\bot. La distributivité usuelle (x+y)z=xz+yz(x+y)z=xz+yz n’est donc pas une identité de WW.

  1. Écrivons x=[a,b]x=[a,b], y=[c,d]y=[c,d] et z=[e,f]z=[e,f]. On a d’abord
(x+y)z=[ad+bc,bd][e,f]=[e(ad+bc),bdf].(x+y)z=[ad+bc,bd][e,f]=[e(ad+bc),bdf].

Par ailleurs,

0Wz=[0,1][e,f]=[0,f].0_Wz=[0,1][e,f]=[0,f].

Ainsi

(x+y)z+0Wz=[e(ad+bc),bdf]+[0,f]=[ef(ad+bc),bdf2].(x+y)z+0_Wz=[e(ad+bc),bdf]+[0,f]=[ef(ad+bc),bdf^2].

De l’autre côté,

xz=[ae,bf],yz=[ce,df],xz=[ae,bf], \qquad yz=[ce,df],

donc

xz+yz=[aedf+cebf,bdf2]=[ef(ad+bc),bdf2].xz+yz=[aedf+cebf,bdf^2]=[ef(ad+bc),bdf^2].

Les deux représentants sont même égaux, donc

(x+y)z+0Wz=xz+yz.(x+y)z+0_Wz=xz+yz.

[IDÉE] Le terme 0Wz0_Wz mesure exactement le défaut de la distributivité usuelle. Lorsque 0Wz=0W0_Wz=0_W, l’identité précédente redevient la distributivité familière.

(a) Si x=[a,b]x=[a,b], alors

x=(1)x=[1,1][a,b]=[a,b].-x=(-1)x=[-1,1][a,b]=[-a,b].

Par conséquent,

xx=[a,b]+[a,b]=[0,b2].x-x=[a,b]+[-a,b]=[0,b^2].

D’autre part, x2=[a2,b2]x^2=[a^2,b^2], puis

0Wx2=[0,1][a2,b2]=[0,b2].0_Wx^2=[0,1][a^2,b^2]=[0,b^2].

Donc

xx=0Wx2.x-x=0_Wx^2.

(b) On a [0,b2]=[0,1][0,b^2]=[0,1] exactement lorsque b0b\neq0 : si b0b\neq0, les deux couples diffèrent par le facteur non nul 1/b21/b^2 ; si b=0b=0, on obtient [0,0]=0W[0,0]=\bot\neq0_W.

Ainsi xx=0Wx-x=0_W si et seulement si xx possède un représentant dont le dénominateur est non nul, c’est-à-dire, d’après la question 4, si et seulement si xKx\in K.

  1. Soit x=[a,b]x=[a,b]. On a
xx=xρ(x)=[a,b][b,a]=[ab,ab].\frac{x}{x}=x\rho(x)=[a,b][b,a]=[ab,ab].

D’abord 0Wx=[0,b]0_Wx=[0,b]. Donc

0Wxx=[0,b][b,a]=[0,ab].\frac{0_Wx}{x}=[0,b][b,a]=[0,ab].

Puis

1W+0Wxx=[1,1]+[0,ab]=[ab,ab].1_W+\frac{0_Wx}{x}=[1,1]+[0,ab]=[ab,ab].

Ainsi

xx=1W+0Wxx.\frac{x}{x}=1_W+\frac{0_Wx}{x}.

La classe [ab,ab][ab,ab] vaut 1W=[1,1]1_W=[1,1] exactement lorsque ab0ab\neq0. Si ab=0ab=0, le couple est (0,0)(0,0) et la classe vaut \bot. Donc x/x=1Wx/x=1_W exactement pour les éléments xKx\in K^*.

  1. Par définition de la division,
xz=xρ(z),yz=yρ(z).\frac{x}{z}=x\rho(z), \qquad \frac{y}{z}=y\rho(z).

Appliquons l’identité de la question 11 avec ρ(z)\rho(z) à la place de zz :

(x+y)ρ(z)+0Wρ(z)=xρ(z)+yρ(z).(x+y)\rho(z)+0_W\rho(z)=x\rho(z)+y\rho(z).

C’est exactement

x+yz+0Wz=xz+yz.\frac{x+y}{z}+\frac{0_W}{z}=\frac{x}{z}+\frac{y}{z}.

(a) Si zKz\in K^*, alors ρ(z)=1/zK\rho(z)=1/z\in K et 0W/z=0W0_W/z=0_W. On retrouve donc

xz+yz=x+yz.\frac{x}{z}+\frac{y}{z}=\frac{x+y}{z}.

(b) Pour x=y=1x=y=1 et z=0z=0,

10+10=+=,\frac10+\frac10=\infty+\infty=\bot,

alors que

1+10=20=.\frac{1+1}{0}=\frac20=\infty.

La règle sans terme correctif donnerait donc deux éléments différents. En revanche,

20+00=+=,\frac20+\frac00=\infty+\bot=\bot,

ce qui rétablit bien l’identité démontrée.

V — Où se cache le corps de départ ?

(a) Si x=[a,b]x=[a,b], alors

0Wx=[0,1][a,b]=[0,b].0_Wx=[0,1][a,b]=[0,b].

Si b0b\neq0, on a [0,b]=[0,1]=0W[0,b]=[0,1]=0_W, car (0,1)=(1/b)(0,b)(0,1)=(1/b)(0,b). Si b=0b=0, alors [0,b]=[0,0]=0W[0,b]=[0,0]=\bot\neq0_W. Ainsi

xWregb0.x\in W_{\mathrm{reg}}\quad\Longleftrightarrow\quad b\neq0.

Cette condition ne dépend pas du représentant puisque le changement de représentant multiplie bb par un scalaire non nul.

(b) La question 4(a) a montré que les classes possédant un représentant à seconde coordonnée non nulle sont exactement les classes ι(t)\iota(t) avec tKt\in K. Par conséquent,

Wreg=ι(K).W_{\mathrm{reg}}=\iota(K).

Avec l’identification de la question 8, cela s’écrit simplement Wreg=KW_{\mathrm{reg}}=K.

(c) La question 8 donne déjà, pour s,tKs,t\in K, les lois usuelles d’addition et de multiplication lorsqu’on calcule dans WW. De même, s=(1)s-s=(-1)s est l’opposé usuel. Les trois opérations restreintes à WregW_{\mathrm{reg}} sont donc exactement celles du corps KK.

Si xKx\in K^*, alors la question 9 donne ρ(x)=1/xK\rho(x)=1/x\in K^*, et la question 13 donne x/x=1Wx/x=1_W. En revanche,

ρ(0)=Wreg.\rho(0)=\infty\notin W_{\mathrm{reg}}.

On retrouve donc exactement l’arithmétique du corps sur la partie régulière : les lois usuelles y fonctionnent comme avant, et le réciproque ordinaire reste une opération définie seulement sur KK^* lorsqu’on exige qu’il demeure dans cette partie.

[IDÉE] La wheel n’abolit pas le corps de départ : elle le contient comme région où les « termes de zéro » s’annulent. C’est précisément le phénomène mis en avant dans la théorie générale des wheels.

VI — On pouvait choisir autrement

(a) Si x0x\neq0, alors

xjc(x)x=x1xx=x.x\,j_c(x)\,x=x\frac1x x=x.

Si x=0x=0, alors 0jc(0)0=0c0=00\,j_c(0)\,0=0\cdot c\cdot0=0. Ainsi, pour tout cKc\in K et tout xKx\in K,

xjc(x)x=x.x\,j_c(x)\,x=x.

(b) Supposons d’abord c=0c=0. Si x0x\neq0, alors j0(x)=1/x0j_0(x)=1/x\neq0 et j0(j0(x))=j0(1/x)=xj_0(j_0(x))=j_0(1/x)=x. Pour x=0x=0, j0(j0(0))=j0(0)=0j_0(j_0(0))=j_0(0)=0. Donc j0j_0 est une involution.

Réciproquement, supposons jcj_c involutive. En appliquant l’identité à x=0x=0,

0=jc(jc(0))=jc(c).0=j_c(j_c(0))=j_c(c).

Si c0c\neq0, alors jc(c)=1/c0j_c(c)=1/c\neq0, contradiction. Il faut donc c=0c=0.

Ainsi

jc est une involutionc=0.j_c\text{ est une involution}\quad\Longleftrightarrow\quad c=0.

Le choix c=0c=0 conduit à la totalisation 01=00^{-1}=0 utilisée dans les champs zéro-totalisés et dans les meadows involutifs. La construction principale du devoir fait un choix structurel différent : elle agrandit l’ensemble et fait apparaître \infty et \bot. Dans les common meadows, on adjoint plutôt un élément d’erreur, image de 00 par le réciproque, qui se propage dans les opérations. D’autres arithmétiques totales, comme certaines constructions transréelles, distinguent des infinis signés ++\infty et -\infty. Aucun de ces choix n’est une « correction » de la valeur ordinaire de 1/01/0 : ce sont des extensions différentes, conçues pour préserver des familles différentes d’identités.

Sources

[SOURCE] Jesper Carlström, Wheels — On Division by Zero, Mathematical Structures in Computer Science 14(1), 143–184, 2004. Article publié : Lien direct.

[SOURCE] Jesper Carlström, Wheels — On Division by Zero, Research Reports in Mathematics 11, Stockholm University, 2001. Version complète à l’origine de la construction : Lien direct.

[SOURCE] Jan A. Bergstra et John V. Tucker, Division Safe Calculation in Totalised Fields, Theory of Computing Systems 43, 410–424, 2008. Lien direct.

[SOURCE] Jan A. Bergstra, Yoram Hirshfeld et John V. Tucker, Meadows and the Equational Specification of Division, Theoretical Computer Science 410, 1261–1271, 2009. Lien direct.

[SOURCE] Jan A. Bergstra et Alban Ponse, Division by Zero in Common Meadows, dans Software, Services, and Systems, LNCS 8950, 46–61, 2015. Lien direct. Version auteur : Lien direct.

[SOURCE] Jan A. Bergstra et John V. Tucker, The Wheel of Rational Numbers as an Abstract Data Type, LNCS 12669, 13–30, 2021. Lien direct.

[SOURCE] Jan A. Bergstra et John V. Tucker, On The Axioms Of Common Meadows: Fracterm Calculus, Flattening And Incompleteness, The Computer Journal 66(7), 1565–1572, 2023. Cette synthèse compare notamment plusieurs choix de totalisation, dont wheels et systèmes à infinis signés. Lien direct.

[SOURCE] Programme officiel de mathématiques MP/MP*, Bulletin officiel n°31 du 26 août 2021, annexe 1. Lien direct.

L’adaptation pédagogique du devoir est volontairement plus élémentaire que la construction générale de Carlström : pour K=RK=\mathbb R ou C\mathbb C, la relation par changement d’échelle non nul est exactement la spécialisation de la congruence de fractions pertinente au cas d’un corps. Les identités des questions 11 à 13 reprennent des identités caractéristiques des wheels de fractions ; la progression par produit en croix, interprétation projective et récupération de la partie régulière est ici organisée pour un DM de niveau MP.