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DM n°02 · CPGE scientifiques · MP / MPI

Division par zéro, fractions et wheels · Division par zéro · Fractions et classes d’équivalence · Wheels et lois algébriques · Espaces vectoriels de dimension 2 · Lois de composition

Diviser par zéro : vraiment impossible ?

Pourquoi la division par zéro est-elle impossible dans un corps, et comment les wheels changent-elles précisément le cadre ? Ce DM de MP et MPI part des fractions, fait émerger naturellement un infini et un élément singulier, construit une wheel, puis retrouve l’arithmétique ordinaire dans sa partie régulière.

Temps indicatif
≈ 4 h
Chapitres
Division par zéro · Fractions et classes d’équivalence · Wheels et lois algébriques · Espaces vectoriels de dimension 2 · Lois de composition

Ce devoir convient aux niveaux MP / MPI.

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Identifier quels axiomes sont réellement responsables d’une impossibilité algébrique
  • 02Construire un quotient et vérifier qu’une loi définie sur des représentants est bien définie
  • 03Comparer une structure nouvelle à une structure connue en repérant exactement les identités conservées et perdues
  • 04Articuler lecture algébrique et lecture géométrique d’une même construction

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Calcul dans R et C
  • Distributivité, opposé et inverse multiplicatif
  • Relations d’équivalence
  • Sous-espaces vectoriels et droites vectorielles
  • Raisonnement sur des lois de composition

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 4 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

On apprend très tôt que l’on ne peut pas « diviser par zéro ». Mais ce verdict ne signifie pas qu’un symbole comme 1/01/0 porterait en lui une contradiction : il signifie d’abord que l’on ne peut pas donner à 00 un inverse tout en conservant toutes les règles d’un corps non trivial. Ce problème propose de repartir de la construction des fractions elle-même et de demander ce qui se passe si l’on cesse, au départ, d’interdire les dénominateurs nuls.

Dans tout le problème, KK désigne R\mathbb R ou C\mathbb C, et K∗=K∖{0}K^*=K\setminus\{0\}. Pour (a,b)∈K2(a,b)\in K^2, on pensera au couple (a,b)(a,b) comme à une écriture homogène de la fraction a/ba/b, sans supposer pour l’instant que bb est non nul.

I — Ce que « impossible » signifie vraiment

  1. Dans KK, on dispose des lois usuelles de l’addition et de la multiplication.

(a) Montrer que, pour tout x∈Kx\in K,

0x=0.0x=0.

(b) En déduire que 00 ne possède pas d’inverse multiplicatif dans KK.

(c) Identifier précisément les propriétés utilisées dans la démonstration de (a). Expliquer pourquoi elles empêchent d’imposer simultanément

0u=10u=1

dans une structure non triviale.

  1. Pour des fractions ordinaires à dénominateurs non nuls, l’égalité a/b=c/da/b=c/d se lit ad=bcad=bc. Tentons d’utiliser cette règle sur tout K2K^2 : on définit
(a,b)R(c,d)⟺ad=bc.(a,b)\mathcal R(c,d) \quad\Longleftrightarrow\quad ad=bc.

(a) Étudier la réflexivité et la symétrie de R\mathcal R.

(b) Étudier sa transitivité. Si elle échoue, construire un contre-exemple aussi simple que possible.

(c) Expliquer le rôle particulier joué par le couple (0,0)(0,0) dans cet échec.

La règle du produit en croix devient trop permissive au contact du couple nul. Conservons plutôt l’idée la plus élémentaire d’une fraction : multiplier simultanément son numérateur et son dénominateur par un même scalaire non nul ne doit rien changer.

II — Des fractions qui gardent leur direction

  1. On définit sur K2K^2 la relation ∼\sim par
(a,b)∼(c,d)⟺∃λ∈K∗, (c,d)=λ(a,b).(a,b)\sim(c,d) \quad\Longleftrightarrow\quad \exists\lambda\in K^*,\ (c,d)=\lambda(a,b).

(a) Montrer que ∼\sim est une relation d’équivalence sur K2K^2.

(b) Montrer que, pour deux couples non nuls (a,b)(a,b) et (c,d)(c,d),

(a,b)∼(c,d)⟺ad=bc.(a,b)\sim(c,d) \quad\Longleftrightarrow\quad ad=bc.

(c) Déterminer la classe du couple (0,0)(0,0).

On note désormais

W=K2/ ⁣∼W=K^2/\!\sim

l’ensemble des classes d’équivalence, et [a,b][a,b] la classe du couple (a,b)(a,b).

  1. On définit ι:K→W\iota:K\to W par
ι(t)=[t,1].\iota(t)=[t,1].

(a) Montrer que, si b≠0b\neq0, la classe [a,b][a,b] s’écrit de manière unique sous la forme ι(t)\iota(t). Déterminer tt en fonction de aa et bb.

(b) Montrer que tous les couples (a,0)(a,0) avec a≠0a\neq0 appartiennent à une même classe. On la note

∞=[1,0].\infty=[1,0].

On pose également

⊥=[0,0].\bot=[0,0].

Montrer que ces deux classes sont distinctes entre elles et distinctes de toutes les classes ι(t)\iota(t).

(c) En déduire la décomposition disjointe

W=ι(K)⊔{∞}⊔{⊥}.W=\iota(K)\sqcup\{\infty\}\sqcup\{\bot\}.
  1. Soit D\mathcal D l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension 11 de K2K^2. Pour x=[a,b]≠⊥x=[a,b]\neq\bot, on pose
L(x)=Vect⁡(a,b).L(x)=\operatorname{Vect}(a,b).

(a) Montrer que L(x)L(x) ne dépend pas du représentant (a,b)(a,b) choisi.

(b) Montrer que LL réalise une bijection de W∖{⊥}W\setminus\{\bot\} sur D\mathcal D.

(c) Montrer que, pour tout t∈Kt\in K,

L(ι(t))=Vect⁡(t,1),L(\iota(t))=\operatorname{Vect}(t,1),

et que

L(∞)=Vect⁡(1,0).L(\infty)=\operatorname{Vect}(1,0).

Expliquer en quel sens ∞\infty complète le paramétrage des droites obtenu avec t∈Kt\in K.

Nous avons obtenu les nombres de KK, une direction supplémentaire, et un élément singulier. Il reste à savoir si les règles habituelles de calcul des fractions descendent réellement aux classes.

III — Faire du calcul sans choisir de représentant

Pour x=[a,b]x=[a,b] et y=[c,d]y=[c,d], on propose

[a,b]+[c,d]=[ad+bc,bd],[a,b]+[c,d]=[ad+bc,bd], [a,b] [c,d]=[ac,bd],[a,b]\,[c,d]=[ac,bd],

ainsi qu’une opération de réciproque

ρ([a,b])=[b,a].\rho([a,b])=[b,a].

On pose enfin

0W=[0,1],1W=[1,1].0_W=[0,1], \qquad 1_W=[1,1].
  1. Montrer que l’addition, la multiplication et l’application ρ\rho sont bien définies sur les classes : leur résultat ne dépend pas des représentants choisis.

(a) Montrer que l’addition et la multiplication sont commutatives et que, pour tout x∈Wx\in W,

x+0W=x,x1W=x.x+0_W=x, \qquad x1_W=x.

(b) Montrer que l’addition et la multiplication sont associatives.

(c) Montrer que, pour tous x,y∈Wx,y\in W,

ρ(ρ(x))=x\rho(\rho(x))=x

et

ρ(xy)=ρ(x)ρ(y).\rho(xy)=\rho(x)\rho(y).

(a) Montrer que ι\iota est injective et que, pour tous s,t∈Ks,t\in K,

ι(s+t)=ι(s)+ι(t),ι(st)=ι(s)ι(t),\iota(s+t)=\iota(s)+\iota(t), \qquad \iota(st)=\iota(s)\iota(t),

avec

ι(0)=0W,ι(1)=1W.\iota(0)=0_W, \qquad \iota(1)=1_W.

Dans la suite, on identifiera donc KK à son image dans WW.

(b) Montrer que, pour tout a∈K∗a\in K^*,

ρ(a)=1a,\rho(a)=\frac1a,

puis établir

ρ(0)=∞,ρ(∞)=0,ρ(⊥)=⊥.\rho(0)=\infty, \qquad \rho(\infty)=0, \qquad \rho(\bot)=\bot.

(c) Établir les relations suivantes : pour tout a∈Ka\in K,

a+∞=∞,a+⊥=⊥,a+\infty=\infty, \qquad a+\bot=\bot,

et

∞+∞=⊥.\infty+\infty=\bot.

Pour tout a∈K∗a\in K^*,

a∞=∞,a\infty=\infty,

et l’on a aussi

0∞=⊥,∞2=∞,x⊥=⊥pour tout x∈W.0\infty=\bot, \qquad \infty^2=\infty, \qquad x\bot=\bot\quad\text{pour tout }x\in W.

(d) On définit désormais la division sur tout WW par

xy=xρ(y).\frac{x}{y}=x\rho(y).

Calculer

10,00,1∞.\frac10, \qquad \frac00, \qquad \frac1\infty.

IV — Ce qui casse, ce qui se répare

(a) Décider si la distributivité usuelle

(x+y)z=xz+yz(x+y)z=xz+yz

est valable pour tous x,y,z∈Wx,y,z\in W. Si ce n’est pas le cas, trouver un contre-exemple explicite.

(b) Montrer qu’en revanche, pour tous x,y,z∈Wx,y,z\in W,

(x+y)z+0Wz=xz+yz.(x+y)z+0_Wz=xz+yz.
  1. On définit
−x=(−1)x,x−y=x+(−y).-x=(-1)x, \qquad x-y=x+(-y).

(a) Montrer que, pour tout x∈Wx\in W,

x−x=0Wx2.x-x=0_Wx^2.

Caractériser exactement les x∈Wx\in W pour lesquels

x−x=0W.x-x=0_W.

(b) Montrer que, pour tout x∈Wx\in W,

xx=1W+0Wxx.\frac{x}{x}=1_W+\frac{0_Wx}{x}.

Caractériser exactement les x∈Wx\in W pour lesquels

xx=1W.\frac{x}{x}=1_W.
  1. On appelle partie régulière de WW l’ensemble
Wreg={x∈W∣0Wx=0W}.W_{\mathrm{reg}}=\{x\in W\mid 0_Wx=0_W\}.

(a) Si x=[a,b]x=[a,b], montrer que

0Wx=[0,b].0_Wx=[0,b].

En déduire que

Wreg=ι(K),W_{\mathrm{reg}}=\iota(K),

puis, avec l’identification de la question 8,

Wreg=K.W_{\mathrm{reg}}=K.

(b) Montrer que l’addition, la multiplication et l’opposé restreints à WregW_{\mathrm{reg}} sont exactement ceux de KK. Montrer aussi que, pour tout x∈K∗x\in K^*,

ρ(x)=1x∈K∗,xx=1W,\rho(x)=\frac1x\in K^*, \qquad \frac{x}{x}=1_W,

tandis que

ρ(0)=∞∉Wreg.\rho(0)=\infty\notin W_{\mathrm{reg}}.

La structure obtenue est un exemple de wheel : les opérations d’addition, de multiplication et de réciproque y sont partout définies, mais certaines identités familières doivent être remplacées par des identités qui restent valables jusque sur les éléments singuliers.

V — On pouvait choisir autrement

  1. Revenons un instant au corps KK seul. Pour un paramètre fixé c∈Kc\in K, on définit une application totale jc:K→Kj_c:K\to K par
jc(x)={1/xsi x≠0,csi x=0.j_c(x)= \begin{cases} 1/x & \text{si }x\neq0,\\ c & \text{si }x=0. \end{cases}

(a) Montrer que, quel que soit cc, on a, pour tout x∈Kx\in K,

x jc(x) x=x.x\,j_c(x)\,x=x.

(b) Déterminer les valeurs de cc pour lesquelles jcj_c est une involution, c’est-à-dire pour lesquelles

jc(jc(x))=xj_c(j_c(x))=x

pour tout x∈Kx\in K.

Cette dernière construction montre qu’il n’existe pas une unique manière de rendre le réciproque total. Les wheels, développées notamment par Jesper Carlström, privilégient une extension où apparaissent un infini non signé et un élément singulier. Dans les meadows usuels étudiés par Bergstra, Hirshfeld et Tucker, on choisit au contraire 0−1=00^{-1}=0 sans ajouter de nouvel élément ; les common meadows de Bergstra et Ponse font apparaître un élément d’erreur qui se propage dans les opérations. Ces théories ne cherchent donc pas une valeur indépendante du cadre pour 1/01/0 : elles répondent à des exigences algébriques différentes sur les opérations que l’on souhaite rendre totales.

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