Devoir maison de mathématiques · Division par zéro, fractions et wheels
Diviser par zéro : vraiment impossible ?
Pourquoi la division par zéro est-elle impossible dans un corps, et comment les wheels changent-elles précisément le cadre ? Ce DM de MP part des fractions, fait émerger naturellement un infini et un élément singulier, construit une wheel, puis retrouve l’arithmétique ordinaire dans sa partie régulière.
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- Comprendre précisément pourquoi zéro n’est pas inversible dans un corps non trivial
- Construire une extension à partir de couples de fractions sans exclure les dénominateurs nuls
- Faire émerger l’infini et l’élément singulier par un quotient de K²
- Vérifier que des opérations définies sur des représentants sont bien définies sur des classes
- Identifier les lois algébriques qui subsistent et les identités correctives propres aux wheels
- Retrouver le corps de départ comme partie régulière de la structure
Avant de commencer
Prérequis utiles
Il n’est pas nécessaire de tout maîtriser parfaitement, mais ces notions doivent être déjà connues pour que le devoir reste un travail de raisonnement plutôt qu’un rattrapage de cours.
- Calcul dans R et C
- Distributivité, opposé et inverse multiplicatif
- Relations d’équivalence
- Sous-espaces vectoriels et droites vectorielles
- Raisonnement sur des lois de composition
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 4 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
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Énoncé en ligne
Le problème, directement en HTML
Le contenu ci-dessous reprend le sujet du devoir. La version PDF reste disponible pour l’impression et le travail hors ligne ; le corrigé reste séparé pour préserver une vraie phase de recherche.
On apprend très tôt que l’on ne peut pas « diviser par zéro ». Mais ce verdict ne signifie pas qu’un symbole comme porterait en lui une contradiction : il signifie d’abord que l’on ne peut pas donner à un inverse tout en conservant toutes les règles d’un corps non trivial. Ce problème propose de repartir de la construction des fractions elle-même et de demander ce qui se passe si l’on cesse, au départ, d’interdire les dénominateurs nuls.
Dans tout le problème, désigne ou , et . Les seules notions extérieures éventuellement rencontrées seront définies dans l’énoncé. Pour , on pensera au couple comme à une écriture homogène de la fraction , sans supposer pour l’instant que est non nul.
I — Ce que « impossible » signifie vraiment
- Dans , on dispose de l’addition, de la multiplication et de la distributivité usuelles.
(a) Montrer, en utilisant seulement ces lois, que pour tout .
(b) En déduire qu’il n’existe aucun tel que .
(c) Expliquer pourquoi toute extension non triviale dans laquelle on voudrait imposer devrait nécessairement renoncer à au moins une des lois utilisées en (a).
- Pour des fractions ordinaires à dénominateurs non nuls, l’égalité se lit . Tentons d’utiliser cette règle sur tout : on définit une relation par
(a) Montrer que est réflexive et symétrique.
(b) En considérant les trois couples , et , montrer que n’est pas transitive.
(c) Identifier précisément le rôle joué par le couple dans cet échec.
La règle du produit en croix fonctionne donc parfaitement tant que l’on reste dans les fractions ordinaires, mais elle devient trop permissive au contact du couple nul. Cherchons une relation qui conserve l’idée la plus élémentaire d’une fraction : multiplier simultanément son numérateur et son dénominateur par un même scalaire non nul ne doit rien changer.
II — Des fractions qui gardent leur direction
- On définit sur la relation par
(a) Montrer que est une relation d’équivalence sur .
(b) Montrer que, si et sont tous deux non nuls, alors
(c) Montrer que la classe de est réduite au seul couple .
On note désormais
l’ensemble des classes d’équivalence, et la classe du couple .
- On définit par .
(a) Montrer que tout avec s’écrit de manière unique sous la forme .
(b) Montrer que tous les couples avec appartiennent à une même classe.
(c) Montrer que cette classe et sont distinctes entre elles et distinctes de toutes les classes .
(d) On pose seulement maintenant
Montrer que est la réunion disjointe de , de et de .
- Voici une interprétation géométrique qui ne suppose aucune connaissance de géométrie projective. Soit l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension de . Pour , on pose
(a) Montrer que ne dépend pas du représentant choisi.
(b) Montrer que définit une bijection de sur .
(c) Déterminer pour et . Expliquer en quel sens est la « direction manquante » lorsqu’on paramètre ces droites par .
Nous avons obtenu les nombres de , une direction supplémentaire, et un point singulier. Il reste à savoir si les règles habituelles de calcul des fractions descendent réellement aux classes que nous venons de construire.
III — Faire du calcul sans choisir de représentant
Pour et , on propose les formules
et une opération de réciproque
On pose aussi
-
Montrer que les deux lois binaires et l’application sont bien définies sur les classes : leur résultat ne dépend pas des représentants choisis.
-
Les calculs suivants doivent être faits dans , à partir des représentants.
(a) Montrer que l’addition et la multiplication sont commutatives, et que et sont respectivement leurs éléments neutres.
(b) Montrer que l’addition et la multiplication sont associatives.
(c) Montrer que
pour tout , puis que
- Montrer que est injective et que, pour tous ,
avec et .
Dans la suite, on identifiera donc et .
- Déterminer les valeurs suivantes.
(a) Pour , calculer , puis calculer , et .
(b) Pour , calculer et , puis .
(c) Pour , calculer , puis , et pour un quelconque.
(d) On définit désormais la division sur tout par
Calculer , et .
IV — Les lois usuelles résistent-elles ?
- La distributivité usuelle serait l’identité . Calculer séparément
Que peut-on conclure ?
- Montrer cependant que, pour tous ,
On pourra choisir des représentants , et et comparer directement les deux classes obtenues.
- On définit
(a) Montrer que, pour tout ,
(b) Caractériser les pour lesquels .
- Montrer que, pour tout ,
Caractériser les pour lesquels .
- Montrer que, pour tous ,
(a) Retrouver la règle usuelle de mise au même dénominateur lorsque .
(b) Avec et , vérifier directement que le terme correctif ne peut pas être supprimé.
Les règles singulières ne sont donc pas des exceptions ajoutées après coup : elles sont les conséquences des mêmes formules de fractions, appliquées à des classes que l’arithmétique d’un corps écartait auparavant.
V — Où se cache le corps de départ ?
On appelle partie régulière de l’ensemble
(a) Si , montrer que
En déduire que si et seulement si .
(b) Montrer que
avec l’identification de la question 8.
(c) Montrer que l’addition, la multiplication et l’opposé restreints à sont exactement ceux de . Montrer aussi que, si , alors et , tandis que .
La structure construite est un exemple de wheel : une structure algébrique où addition, multiplication et réciproque sont partout définies, au prix d’une modification contrôlée de certaines identités familières. Ici, le corps n’a pas disparu : il est exactement la partie régulière de la wheel.
VI — On pouvait choisir autrement
- Revenons un instant au corps seul. Pour un paramètre fixé , on définit une application totale par
(a) Montrer que, quel que soit , on a pour tout
(b) Déterminer les valeurs de pour lesquelles est une involution, c’est-à-dire
pour tout .
Cette dernière construction montre qu’il n’existe pas une unique manière de rendre le réciproque total. Les wheels, développées notamment par Jesper Carlström, privilégient une extension où apparaissent un infini non signé et un élément singulier. Bergstra, Tucker et leurs collaborateurs ont étudié d’autres choix axiomatiques : dans les meadows usuels, , tandis que les common meadows font apparaître un élément d’erreur qui se propage dans les opérations. D’autres systèmes distinguent encore des infinis signés. Ces théories ne cherchent pas une valeur indépendante du cadre pour : elles répondent à des exigences structurelles différentes sur les opérations que l’on souhaite rendre totales.
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