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CPGE scientifiquesMP≈ 4 h

Devoir maison de mathématiques · Division par zéro, fractions et wheels

Diviser par zéro : vraiment impossible ?

Pourquoi la division par zéro est-elle impossible dans un corps, et comment les wheels changent-elles précisément le cadre ? Ce DM de MP part des fractions, fait émerger naturellement un infini et un élément singulier, construit une wheel, puis retrouve l’arithmétique ordinaire dans sa partie régulière.

Division par zéroFractions et classes d’équivalenceWheels et lois algébriquesEspaces vectoriels de dimension 2Lois de composition

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • Comprendre précisément pourquoi zéro n’est pas inversible dans un corps non trivial
  • Construire une extension à partir de couples de fractions sans exclure les dénominateurs nuls
  • Faire émerger l’infini et l’élément singulier par un quotient de K²
  • Vérifier que des opérations définies sur des représentants sont bien définies sur des classes
  • Identifier les lois algébriques qui subsistent et les identités correctives propres aux wheels
  • Retrouver le corps de départ comme partie régulière de la structure

Avant de commencer

Prérequis utiles

Il n’est pas nécessaire de tout maîtriser parfaitement, mais ces notions doivent être déjà connues pour que le devoir reste un travail de raisonnement plutôt qu’un rattrapage de cours.

  • Calcul dans R et C
  • Distributivité, opposé et inverse multiplicatif
  • Relations d’équivalence
  • Sous-espaces vectoriels et droites vectorielles
  • Raisonnement sur des lois de composition

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 4 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Pour aller avec ce devoir

Énoncé en ligne

Le problème, directement en HTML

Le contenu ci-dessous reprend le sujet du devoir. La version PDF reste disponible pour l’impression et le travail hors ligne ; le corrigé reste séparé pour préserver une vraie phase de recherche.

On apprend très tôt que l’on ne peut pas « diviser par zéro ». Mais ce verdict ne signifie pas qu’un symbole comme 1/01/0 porterait en lui une contradiction : il signifie d’abord que l’on ne peut pas donner à 00 un inverse tout en conservant toutes les règles d’un corps non trivial. Ce problème propose de repartir de la construction des fractions elle-même et de demander ce qui se passe si l’on cesse, au départ, d’interdire les dénominateurs nuls.

Dans tout le problème, KK désigne R\mathbb R ou C\mathbb C, et K=K{0}K^*=K\setminus\{0\}. Les seules notions extérieures éventuellement rencontrées seront définies dans l’énoncé. Pour (a,b)K2(a,b)\in K^2, on pensera au couple (a,b)(a,b) comme à une écriture homogène de la fraction a/ba/b, sans supposer pour l’instant que bb est non nul.

I — Ce que « impossible » signifie vraiment

  1. Dans KK, on dispose de l’addition, de la multiplication et de la distributivité usuelles.

(a) Montrer, en utilisant seulement ces lois, que 0x=00x=0 pour tout xKx\in K.

(b) En déduire qu’il n’existe aucun uKu\in K tel que 0u=10u=1.

(c) Expliquer pourquoi toute extension non triviale dans laquelle on voudrait imposer 0u=10u=1 devrait nécessairement renoncer à au moins une des lois utilisées en (a).

  1. Pour des fractions ordinaires à dénominateurs non nuls, l’égalité a/b=c/da/b=c/d se lit ad=bcad=bc. Tentons d’utiliser cette règle sur tout K2K^2 : on définit une relation R\mathcal R par
(a,b)R(c,d)ad=bc.(a,b)\mathcal R(c,d)\quad\Longleftrightarrow\quad ad=bc.

(a) Montrer que R\mathcal R est réflexive et symétrique.

(b) En considérant les trois couples (1,0)(1,0), (0,0)(0,0) et (0,1)(0,1), montrer que R\mathcal R n’est pas transitive.

(c) Identifier précisément le rôle joué par le couple (0,0)(0,0) dans cet échec.

La règle du produit en croix fonctionne donc parfaitement tant que l’on reste dans les fractions ordinaires, mais elle devient trop permissive au contact du couple nul. Cherchons une relation qui conserve l’idée la plus élémentaire d’une fraction : multiplier simultanément son numérateur et son dénominateur par un même scalaire non nul ne doit rien changer.

II — Des fractions qui gardent leur direction

  1. On définit sur K2K^2 la relation \sim par
(a,b)(c,d)λK, (c,d)=λ(a,b).(a,b)\sim(c,d) \quad\Longleftrightarrow\quad \exists\lambda\in K^*,\ (c,d)=\lambda(a,b).

(a) Montrer que \sim est une relation d’équivalence sur K2K^2.

(b) Montrer que, si (a,b)(a,b) et (c,d)(c,d) sont tous deux non nuls, alors

(a,b)(c,d)ad=bc.(a,b)\sim(c,d)\quad\Longleftrightarrow\quad ad=bc.

(c) Montrer que la classe de (0,0)(0,0) est réduite au seul couple (0,0)(0,0).

On note désormais

W=K2/ ⁣W=K^2/\!\sim

l’ensemble des classes d’équivalence, et [a,b][a,b] la classe du couple (a,b)(a,b).

  1. On définit ι:KW\iota:K\to W par ι(t)=[t,1]\iota(t)=[t,1].

(a) Montrer que tout [a,b][a,b] avec b0b\neq0 s’écrit de manière unique sous la forme ι(t)\iota(t).

(b) Montrer que tous les couples (a,0)(a,0) avec a0a\neq0 appartiennent à une même classe.

(c) Montrer que cette classe et [0,0][0,0] sont distinctes entre elles et distinctes de toutes les classes ι(t)\iota(t).

(d) On pose seulement maintenant

=[1,0],=[0,0].\infty=[1,0],\qquad \bot=[0,0].

Montrer que WW est la réunion disjointe de ι(K)\iota(K), de {}\{\infty\} et de {}\{\bot\}.

  1. Voici une interprétation géométrique qui ne suppose aucune connaissance de géométrie projective. Soit D\mathcal D l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension 11 de K2K^2. Pour x=[a,b]x=[a,b]\neq\bot, on pose
L(x)=Vect(a,b).L(x)=\operatorname{Vect}(a,b).

(a) Montrer que L(x)L(x) ne dépend pas du représentant (a,b)(a,b) choisi.

(b) Montrer que LL définit une bijection de W{}W\setminus\{\bot\} sur D\mathcal D.

(c) Déterminer L(ι(t))L(\iota(t)) pour tKt\in K et L()L(\infty). Expliquer en quel sens \infty est la « direction manquante » lorsqu’on paramètre ces droites par tKt\in K.

Nous avons obtenu les nombres de KK, une direction supplémentaire, et un point singulier. Il reste à savoir si les règles habituelles de calcul des fractions descendent réellement aux classes que nous venons de construire.

III — Faire du calcul sans choisir de représentant

Pour x=[a,b]x=[a,b] et y=[c,d]y=[c,d], on propose les formules

[a,b]+[c,d]=[ad+bc,bd],[a,b]+[c,d]=[ad+bc,bd], [a,b][c,d]=[ac,bd],[a,b]\,[c,d]=[ac,bd],

et une opération de réciproque

ρ([a,b])=[b,a].\rho([a,b])=[b,a].

On pose aussi

0W=[0,1],1W=[1,1].0_W=[0,1],\qquad 1_W=[1,1].
  1. Montrer que les deux lois binaires et l’application ρ\rho sont bien définies sur les classes : leur résultat ne dépend pas des représentants choisis.

  2. Les calculs suivants doivent être faits dans WW, à partir des représentants.

(a) Montrer que l’addition et la multiplication sont commutatives, et que 0W0_W et 1W1_W sont respectivement leurs éléments neutres.

(b) Montrer que l’addition et la multiplication sont associatives.

(c) Montrer que

ρ(ρ(x))=x\rho(\rho(x))=x

pour tout xWx\in W, puis que

ρ(xy)=ρ(x)ρ(y).\rho(xy)=\rho(x)\rho(y).
  1. Montrer que ι\iota est injective et que, pour tous s,tKs,t\in K,
ι(s+t)=ι(s)+ι(t),ι(st)=ι(s)ι(t),\iota(s+t)=\iota(s)+\iota(t), \qquad \iota(st)=\iota(s)\iota(t),

avec ι(0)=0W\iota(0)=0_W et ι(1)=1W\iota(1)=1_W.

Dans la suite, on identifiera donc tKt\in K et ι(t)W\iota(t)\in W.

  1. Déterminer les valeurs suivantes.

(a) Pour aKa\in K^*, calculer ρ(a)\rho(a), puis calculer ρ(0)\rho(0), ρ()\rho(\infty) et ρ()\rho(\bot).

(b) Pour aKa\in K, calculer a+a+\infty et a+a+\bot, puis +\infty+\infty.

(c) Pour aKa\in K^*, calculer aa\infty, puis 00\infty, 2\infty^2 et xx\bot pour un xWx\in W quelconque.

(d) On définit désormais la division sur tout WW par

xy=xρ(y).\frac{x}{y}=x\rho(y).

Calculer 1/01/0, 0/00/0 et 1/1/\infty.

IV — Les lois usuelles résistent-elles ?

  1. La distributivité usuelle serait l’identité (x+y)z=xz+yz(x+y)z=xz+yz. Calculer séparément
(0+1)et0+1.(0+1)\infty \qquad\text{et}\qquad 0\infty+1\infty.

Que peut-on conclure ?

  1. Montrer cependant que, pour tous x,y,zWx,y,z\in W,
(x+y)z+0Wz=xz+yz.(x+y)z+0_Wz=xz+yz.

On pourra choisir des représentants x=[a,b]x=[a,b], y=[c,d]y=[c,d] et z=[e,f]z=[e,f] et comparer directement les deux classes obtenues.

  1. On définit
x=(1)x,xy=x+(y).-x=(-1)x, \qquad x-y=x+(-y).

(a) Montrer que, pour tout xWx\in W,

xx=0Wx2.x-x=0_Wx^2.

(b) Caractériser les xWx\in W pour lesquels xx=0Wx-x=0_W.

  1. Montrer que, pour tout xWx\in W,
xx=1W+0Wxx.\frac{x}{x}=1_W+\frac{0_Wx}{x}.

Caractériser les xWx\in W pour lesquels x/x=1Wx/x=1_W.

  1. Montrer que, pour tous x,y,zWx,y,z\in W,
xz+yz=x+yz+0Wz.\frac{x}{z}+\frac{y}{z} = \frac{x+y}{z}+\frac{0_W}{z}.

(a) Retrouver la règle usuelle de mise au même dénominateur lorsque zKz\in K^*.

(b) Avec x=y=1x=y=1 et z=0z=0, vérifier directement que le terme correctif ne peut pas être supprimé.

Les règles singulières ne sont donc pas des exceptions ajoutées après coup : elles sont les conséquences des mêmes formules de fractions, appliquées à des classes que l’arithmétique d’un corps écartait auparavant.

V — Où se cache le corps de départ ?

On appelle partie régulière de WW l’ensemble

Wreg={xW0Wx=0W}.W_{\mathrm{reg}}=\{x\in W\mid 0_Wx=0_W\}.

(a) Si x=[a,b]x=[a,b], montrer que

0Wx=[0,b].0_Wx=[0,b].

En déduire que xWregx\in W_{\mathrm{reg}} si et seulement si b0b\neq0.

(b) Montrer que

Wreg=KW_{\mathrm{reg}}=K

avec l’identification de la question 8.

(c) Montrer que l’addition, la multiplication et l’opposé restreints à WregW_{\mathrm{reg}} sont exactement ceux de KK. Montrer aussi que, si xWreg{0}x\in W_{\mathrm{reg}}\setminus\{0\}, alors ρ(x)Wreg\rho(x)\in W_{\mathrm{reg}} et x/x=1Wx/x=1_W, tandis que ρ(0)Wreg\rho(0)\notin W_{\mathrm{reg}}.

La structure construite est un exemple de wheel : une structure algébrique où addition, multiplication et réciproque sont partout définies, au prix d’une modification contrôlée de certaines identités familières. Ici, le corps KK n’a pas disparu : il est exactement la partie régulière de la wheel.

VI — On pouvait choisir autrement

  1. Revenons un instant au corps KK seul. Pour un paramètre fixé cKc\in K, on définit une application totale jc:KKj_c:K\to K par
jc(x)={1/xsi x0,csi x=0.j_c(x)= \begin{cases} 1/x & \text{si }x\neq0,\\ c & \text{si }x=0. \end{cases}

(a) Montrer que, quel que soit cc, on a pour tout xKx\in K

xjc(x)x=x.x\,j_c(x)\,x=x.

(b) Déterminer les valeurs de cc pour lesquelles jcj_c est une involution, c’est-à-dire

jc(jc(x))=xj_c(j_c(x))=x

pour tout xKx\in K.

Cette dernière construction montre qu’il n’existe pas une unique manière de rendre le réciproque total. Les wheels, développées notamment par Jesper Carlström, privilégient une extension où apparaissent un infini non signé et un élément singulier. Bergstra, Tucker et leurs collaborateurs ont étudié d’autres choix axiomatiques : dans les meadows usuels, 01=00^{-1}=0, tandis que les common meadows font apparaître un élément d’erreur qui se propage dans les opérations. D’autres systèmes distinguent encore des infinis signés. Ces théories ne cherchent pas une valeur indépendante du cadre pour 1/01/0 : elles répondent à des exigences structurelles différentes sur les opérations que l’on souhaite rendre totales.

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