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Corrigé détaillé · MPSI / MP2I

Deux coordonnées, un seul objet

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Correction en ligne

Solution détaillée et rédaction

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I — Le produit cartésien vu par les applications

  1. On définit
h:XA×B,h(x)=(f(x),g(x)).h:X\to A\times B,\qquad h(x)=(f(x),g(x)).

Alors, pour tout xXx\in X, (π1h)(x)=f(x)(\pi_1\circ h)(x)=f(x) et (π2h)(x)=g(x)(\pi_2\circ h)(x)=g(x). Donc π1h=f\pi_1\circ h=f et π2h=g\pi_2\circ h=g.

Si k:XA×Bk:X\to A\times B vérifie les mêmes égalités, alors pour tout xXx\in X,

k(x)=(π1(k(x)),π2(k(x)))=(f(x),g(x))=h(x).k(x)=\bigl(\pi_1(k(x)),\pi_2(k(x))\bigr)=(f(x),g(x))=h(x).

Ainsi k=hk=h. L’application hh est unique.

[IDÉE] Dans un produit cartésien, connaître les deux coordonnées d’un élément le détermine entièrement. Toute la suite du problème va reformuler cette évidence sous une forme qui ne dépend plus de l’écriture explicite des couples.

  1. La question 1 donne Δ(a)=(a,a)\Delta(a)=(a,a). On a bien, pour tout aAa\in A, (π1Δ)(a)=a(\pi_1\circ\Delta)(a)=a et (π2Δ)(a)=a(\pi_2\circ\Delta)(a)=a. Donc les deux projections de Δ\Delta sont égales à idA\mathrm{id}_A.

  2. Avec g:ABg:A\to B, la construction de la question 1 donne γg(a)=(a,g(a))\gamma_g(a)=(a,g(a)).

Si γg(a1)=γg(a2)\gamma_g(a_1)=\gamma_g(a_2), l’égalité des premières coordonnées donne immédiatement a1=a2a_1=a_2. L’application γg\gamma_g est donc injective, sans aucune hypothèse d’injectivité sur gg.

Son image est

Im(γg)={(a,g(a))aA},\operatorname{Im}(\gamma_g)=\{(a,g(a))\mid a\in A\},

c’est-à-dire le graphe de gg.

II — Reconnaître un produit sans voir ses couples

  1. C’est exactement le résultat de la question 1 : pour tout XX et toutes applications f:XAf:X\to A, g:XBg:X\to B, il existe une unique application h:XA×Bh:X\to A\times B dont les deux projections sont ff et gg.

  2. On définit naturellement

Φ:PA×B,Φ(z)=(p(z),q(z)).\Phi:P\to A\times B,\qquad \Phi(z)=(p(z),q(z)).

Ainsi π1Φ=p\pi_1\circ\Phi=p et π2Φ=q\pi_2\circ\Phi=q.

La propriété (U)(U) de (P,p,q)(P,p,q), appliquée à X=A×BX=A\times B et aux applications π1\pi_1 et π2\pi_2, fournit une unique application Ψ:A×BP\Psi:A\times B\to P telle que pΨ=π1p\circ\Psi=\pi_1 et qΨ=π2q\circ\Psi=\pi_2.

Considérons ΦΨ:A×BA×B\Phi\circ\Psi:A\times B\to A\times B. Ses deux projections valent

π1ΦΨ=pΨ=π1,\pi_1\circ\Phi\circ\Psi=p\circ\Psi=\pi_1,

et

π2ΦΨ=qΨ=π2.\pi_2\circ\Phi\circ\Psi=q\circ\Psi=\pi_2.

L’identité idA×B\mathrm{id}_{A\times B} vérifie exactement les mêmes deux égalités. Par l’unicité démontrée à la question 1,

ΦΨ=idA×B.\Phi\circ\Psi=\mathrm{id}_{A\times B}.

De même,

pΨΦ=π1Φ=p,qΨΦ=π2Φ=q.p\circ\Psi\circ\Phi=\pi_1\circ\Phi=p,\qquad q\circ\Psi\circ\Phi=\pi_2\circ\Phi=q.

L’identité idP\mathrm{id}_P vérifie également ces deux égalités. Cette fois, l’unicité à utiliser est celle de (U)(U) pour le triplet (P,p,q)(P,p,q), avec X=PX=P. On obtient

ΨΦ=idP.\Psi\circ\Phi=\mathrm{id}_P.

Ainsi Φ\Phi et Ψ\Psi sont réciproques ; Φ\Phi est bijective.

[IDÉE] Le point délicat est de ne pas supposer implicitement que PP est déjà un produit cartésien. L’égalité ΦΨ=id\Phi\circ\Psi=\mathrm{id} utilise l’unicité du produit usuel ; l’égalité ΨΦ=id\Psi\circ\Phi=\mathrm{id} utilise l’unicité propre au triplet abstrait (P,p,q)(P,p,q).

  1. La propriété (U)(U) de (Q,r,s)(Q,r,s), appliquée à X=PX=P et aux applications p:PAp:P\to A, q:PBq:P\to B, fournit une unique application θ:PQ\theta:P\to Q telle que rθ=pr\circ\theta=p et sθ=qs\circ\theta=q.

De même, la propriété (U)(U) de (P,p,q)(P,p,q) fournit une unique application ρ:QP\rho:Q\to P telle que pρ=rp\circ\rho=r et qρ=sq\circ\rho=s.

Alors

pρθ=rθ=p,qρθ=sθ=q.p\circ\rho\circ\theta=r\circ\theta=p,\qquad q\circ\rho\circ\theta=s\circ\theta=q.

L’identité de PP vérifie les mêmes égalités. Par unicité, ρθ=idP\rho\circ\theta=\mathrm{id}_P. De la même manière, θρ=idQ\theta\circ\rho=\mathrm{id}_Q. Donc θ\theta est une bijection, de réciproque ρ\rho. Son unicité était déjà garantie par la première application de (U)(U).

III — Pourquoi le mot « unique » est indispensable

  1. Soient XX un ensemble et f:XAf:X\to A, g:XBg:X\to B. Définissons
h0(x)=((f(x),g(x)),0).h_0(x)=((f(x),g(x)),0).

Alors p~h0=f\widetilde p\circ h_0=f et q~h0=g\widetilde q\circ h_0=g. Il existe donc au moins une application convenable : (P~,p~,q~)(\widetilde P,\widetilde p,\widetilde q) possède (E)(E).

  1. Comme AA et BB sont non vides, choisissons a0Aa_0\in A et b0Bb_0\in B. Prenons un singleton X={}X=\{\ast\} et les applications constantes f()=a0f(\ast)=a_0, g()=b0g(\ast)=b_0.

Les deux applications distinctes

h0()=((a0,b0),0),h1()=((a0,b0),1)h_0(\ast)=((a_0,b_0),0),\qquad h_1(\ast)=((a_0,b_0),1)

vérifient toutes deux les contraintes imposées par p~\widetilde p et q~\widetilde q. L’unicité échoue : le triplet ne possède pas (U)(U).

  1. Supposons d’abord (U)(U). Fixons aAa\in A et bBb\in B. Prenons un singleton X={}X=\{\ast\}, avec les applications constantes f()=af(\ast)=a et g()=bg(\ast)=b. La propriété (U)(U) fournit une unique application h:XPh:X\to P. L’élément z=h()z=h(\ast) est alors l’unique élément de PP tel que p(z)=ap(z)=a et q(z)=bq(z)=b. Ainsi (S)(S) est vraie.

Réciproquement, supposons (S)(S). Soient XX, f:XAf:X\to A et g:XBg:X\to B. Pour chaque xXx\in X, il existe un unique zxPz_x\in P tel que p(zx)=f(x)p(z_x)=f(x) et q(zx)=g(x)q(z_x)=g(x). On peut donc définir h(x)=zxh(x)=z_x. Alors ph=fp\circ h=f et qh=gq\circ h=g.

Si k:XPk:X\to P possède les mêmes deux propriétés, alors pour tout xx les éléments h(x)h(x) et k(x)k(x) ont la même image par pp et par qq. L’unicité dans (S)(S) impose h(x)=k(x)h(x)=k(x), donc h=kh=k.

Ainsi

(U)(S).(U)\Longleftrightarrow(S).

IV — Le produit de deux applications

  1. Par définition, f×gf\times g est l’unique application dont les deux coordonnées sont fπ1f\circ\pi_1 et gπ2g\circ\pi_2. Pour (a,b)A×B(a,b)\in A\times B,
(f×g)(a,b)=(f(a),g(b)).(f\times g)(a,b)=(f(a),g(b)).

On en déduit immédiatement idA×idB=idA×B\mathrm{id}_A\times\mathrm{id}_B=\mathrm{id}_{A\times B}.

Pour la composition, les deux membres envoient (a,b)(a,b) sur

(f2(f1(a)),g2(g1(b))),\bigl(f_2(f_1(a)),g_2(g_1(b))\bigr),

d’où

(f2f1)×(g2g1)=(f2×g2)(f1×g1).(f_2\circ f_1)\times(g_2\circ g_1)=(f_2\times g_2)\circ(f_1\times g_1).

Si ff et gg sont injectives et (f×g)(a1,b1)=(f×g)(a2,b2)(f\times g)(a_1,b_1)=(f\times g)(a_2,b_2), alors f(a1)=f(a2)f(a_1)=f(a_2) et g(b1)=g(b2)g(b_1)=g(b_2), donc a1=a2a_1=a_2 et b1=b2b_1=b_2.

Si ff et gg sont surjectives, tout (a,b)A×B(a',b')\in A'\times B' admet des antécédents aAa\in A et bBb\in B, donc (a,b)=(f×g)(a,b)(a',b')=(f\times g)(a,b).

Le cas bijectif découle des deux précédents et

(f×g)1=f1×g1.(f\times g)^{-1}=f^{-1}\times g^{-1}.

V — La construction miroir : réunir sans confondre

  1. Les sous-ensembles A×{0}A\times\{0\} et B×{1}B\times\{1\} sont disjoints. On peut donc définir sans ambiguïté
h(a,0)=f(a),h(b,1)=g(b).h(a,0)=f(a),\qquad h(b,1)=g(b).

Alors hiA=fh\circ i_A=f et hiB=gh\circ i_B=g.

Si k:ABXk:A\sqcup B\to X vérifie les mêmes égalités, ses valeurs sont imposées sur tous les éléments de A×{0}A\times\{0\} et de B×{1}B\times\{1\}. Ces deux sous-ensembles forment tout ABA\sqcup B, donc k=hk=h. L’application est unique.

  1. La propriété (U)(U^\vee) de (C,i,j)(C,i,j), appliquée avec le but X=DX=D et les applications i:ADi':A\to D, j:BDj':B\to D, fournit une unique application η:CD\eta:C\to D telle que ηi=i\eta\circ i=i' et ηj=j\eta\circ j=j'.

De même, la propriété de (D,i,j)(D,i',j') fournit une unique application μ:DC\mu:D\to C telle que μi=i\mu\circ i'=i et μj=j\mu\circ j'=j.

Alors (μη)i=i(\mu\circ\eta)\circ i=i et (μη)j=j(\mu\circ\eta)\circ j=j. L’identité idC\mathrm{id}_C vérifie les mêmes relations. Par unicité, μη=idC\mu\circ\eta=\mathrm{id}_C. De même, ημ=idD\eta\circ\mu=\mathrm{id}_D.

Ainsi η\eta est bijective, de réciproque μ\mu, et elle est unique par construction.

  1. Pour (U)(U), on part de deux applications ayant le même domaine, XAX\to A et XBX\to B, et on les rassemble en une unique application XPX\to P.

Pour (U)(U^\vee), on part de deux applications ayant le même codomaine, AXA\to X et BXB\to X, et on les rassemble en une unique application CXC\to X.

La propriété universelle ne cherche donc pas à dire de quoi un objet est « fait », mais ce qu’il permet de faire de manière unique avec les applications qui l’entourent. Dans le monde des ensembles, le produit cartésien et l’union disjointe sont deux modèles élémentaires de cette idée. Cette manière de décrire des constructions par les relations qu’elles entretiennent avec les autres objets joue un rôle central en théorie des catégories, un domaine qui cherche notamment à reconnaître des schémas communs à des structures mathématiques très différentes.

Sources

[SOURCE] Tom Leinster, Basic Category Theory, Cambridge University Press. Lien direct