Corrigé détaillé · MPSI / MP2I
Deux coordonnées, un seul objet
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Solution détaillée et rédaction
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I — Le produit cartésien vu par les applications
- On définit
Alors, pour tout , et . Donc et .
Si vérifie les mêmes égalités, alors pour tout ,
Ainsi . L’application est unique.
[IDÉE] Dans un produit cartésien, connaître les deux coordonnées d’un élément le détermine entièrement. Toute la suite du problème va reformuler cette évidence sous une forme qui ne dépend plus de l’écriture explicite des couples.
-
La question 1 donne . On a bien, pour tout , et . Donc les deux projections de sont égales à .
-
Avec , la construction de la question 1 donne .
Si , l’égalité des premières coordonnées donne immédiatement . L’application est donc injective, sans aucune hypothèse d’injectivité sur .
Son image est
c’est-à-dire le graphe de .
II — Reconnaître un produit sans voir ses couples
-
C’est exactement le résultat de la question 1 : pour tout et toutes applications , , il existe une unique application dont les deux projections sont et .
-
On définit naturellement
Ainsi et .
La propriété de , appliquée à et aux applications et , fournit une unique application telle que et .
Considérons . Ses deux projections valent
et
L’identité vérifie exactement les mêmes deux égalités. Par l’unicité démontrée à la question 1,
De même,
L’identité vérifie également ces deux égalités. Cette fois, l’unicité à utiliser est celle de pour le triplet , avec . On obtient
Ainsi et sont réciproques ; est bijective.
[IDÉE] Le point délicat est de ne pas supposer implicitement que est déjà un produit cartésien. L’égalité utilise l’unicité du produit usuel ; l’égalité utilise l’unicité propre au triplet abstrait .
- La propriété de , appliquée à et aux applications , , fournit une unique application telle que et .
De même, la propriété de fournit une unique application telle que et .
Alors
L’identité de vérifie les mêmes égalités. Par unicité, . De la même manière, . Donc est une bijection, de réciproque . Son unicité était déjà garantie par la première application de .
III — Pourquoi le mot « unique » est indispensable
- Soient un ensemble et , . Définissons
Alors et . Il existe donc au moins une application convenable : possède .
- Comme et sont non vides, choisissons et . Prenons un singleton et les applications constantes , .
Les deux applications distinctes
vérifient toutes deux les contraintes imposées par et . L’unicité échoue : le triplet ne possède pas .
- Supposons d’abord . Fixons et . Prenons un singleton , avec les applications constantes et . La propriété fournit une unique application . L’élément est alors l’unique élément de tel que et . Ainsi est vraie.
Réciproquement, supposons . Soient , et . Pour chaque , il existe un unique tel que et . On peut donc définir . Alors et .
Si possède les mêmes deux propriétés, alors pour tout les éléments et ont la même image par et par . L’unicité dans impose , donc .
Ainsi
IV — Le produit de deux applications
- Par définition, est l’unique application dont les deux coordonnées sont et . Pour ,
On en déduit immédiatement .
Pour la composition, les deux membres envoient sur
d’où
Si et sont injectives et , alors et , donc et .
Si et sont surjectives, tout admet des antécédents et , donc .
Le cas bijectif découle des deux précédents et
V — La construction miroir : réunir sans confondre
- Les sous-ensembles et sont disjoints. On peut donc définir sans ambiguïté
Alors et .
Si vérifie les mêmes égalités, ses valeurs sont imposées sur tous les éléments de et de . Ces deux sous-ensembles forment tout , donc . L’application est unique.
- La propriété de , appliquée avec le but et les applications , , fournit une unique application telle que et .
De même, la propriété de fournit une unique application telle que et .
Alors et . L’identité vérifie les mêmes relations. Par unicité, . De même, .
Ainsi est bijective, de réciproque , et elle est unique par construction.
- Pour , on part de deux applications ayant le même domaine, et , et on les rassemble en une unique application .
Pour , on part de deux applications ayant le même codomaine, et , et on les rassemble en une unique application .
La propriété universelle ne cherche donc pas à dire de quoi un objet est « fait », mais ce qu’il permet de faire de manière unique avec les applications qui l’entourent. Dans le monde des ensembles, le produit cartésien et l’union disjointe sont deux modèles élémentaires de cette idée. Cette manière de décrire des constructions par les relations qu’elles entretiennent avec les autres objets joue un rôle central en théorie des catégories, un domaine qui cherche notamment à reconnaître des schémas communs à des structures mathématiques très différentes.
Sources
[SOURCE] Tom Leinster, Basic Category Theory, Cambridge University Press. Lien direct