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I — Coincer le cercle entre deux polygones
(a) Posons f(x)=x−sinx sur [0,π/2]. Alors
f′(x)=1−cosx≥0.
La fonction f est croissante et f(0)=0. Pour x>0, on a même f(x)>0. Ainsi
sinx<x.
(b) Posons g(x)=sinx−xcosx. On obtient
g′(x)=cosx−(cosx−xsinx)=xsinx.
Pour x∈]0,π/2[, g′(x)>0 et g(0)=0, donc g(x)>0. Ainsi sinx>xcosx. Comme cosx>0,
x<tanx.
(c) Finalement,
sinx<x<tanxpour 0<x<2π.
(a) Dans le polygone régulier inscrit, un côté sous-tend au centre un angle 2π/m. En coupant le triangle isocèle correspondant en deux, la demi-longueur d'un côté vaut sin(π/m). Le périmètre est donc
2msin(mπ)=2ℓm.
Pour le polygone circonscrit, le rayon mené au point de tangence est perpendiculaire au côté. Dans le demi-triangle rectangle obtenu, la demi-longueur d'un côté vaut tan(π/m). Le périmètre est donc
2mtan(mπ)=2um.
(b) Puisque m≥4,
0<mπ≤4π<2π.
La question 1 donne
sin(mπ)<mπ<tan(mπ).
En multipliant par m>0,
ℓm<π<um.
(c) Pour m=4,
ℓ4=22,u4=4.
En particulier, 22<π<4.
[IDÉE] Le principe géométrique est celui utilisé par Archimède dans La Mesure du cercle : encadrer la circonférence par des polygones réguliers inscrits et circonscrits, puis doubler le nombre de côtés. Dans sa proposition 3, Archimède part de l'hexagone et atteint 96 côtés ; nous partons ici du carré. Les formules trigonométriques employées sont une modernisation de ce principe, et non sa notation historique.
(a) Les formules d'addition donnent
sinx=2sin(2x)cos(2x)
et
1+cosx=2cos2(2x).
Ainsi
tan(2x)=1+cosxsinx.
(b) Posons x=π/m. Comme
sinx=mℓm,cosx=tanxsinx=umℓm,
on obtient
u2m=2mtan(2x)=1+ℓm/um2ℓm=ℓm+um2ℓmum.
(c) Toujours avec x=π/m,
ℓ2m2=4m2sin2(2x)=2m2(1−cosx).
D'autre part,
ℓmu2m=msinx×2mtan(2x)=2m2(1−cosx).
Toutes les quantités étant positives,
ℓ2m=ℓmu2m.
(a) On a
a0=22,b0=4.
Puis, puisque mn+1=2mn,
bn+1=an+bn2anbn,an+1=anbn+1.
Ces relations ne font plus intervenir π.
(b) Comme 0<an<bn,
bn+1>an⟺bn>an
et
bn+1<bn⟺an<bn.
Donc an<bn+1<bn. Or an+1=anbn+1 est strictement compris entre an et bn+1. Ainsi
an<an+1<bn+1<bn.
(c) Les intervalles [an,bn] sont emboîtés, tous contiennent π, leurs bornes inférieures augmentent et leurs bornes supérieures diminuent.
(a) L'identité 1−cosx=2sin2(x/2) et la question 1 appliquée à x/2 donnent
Or 0<π−an<bn−an et 0<bn−π<bn−an. Par encadrement,
an⟶πetbn⟶π.
(d) Comme π∈[an,bn], la distance entre π et le milieu cn est au plus la demi-largeur :
∣cn−π∣≤2bn−an<4n2.
En itérant les récurrences jusqu'à n=6, donc jusqu'à m6=256 côtés, on obtient
a6≈3,1415138011,b6≈3,1417503692.
La largeur est environ 2,36568×10−4. En arrondissant vers l'extérieur,
3,1415<π<3,1418.
II — Transformer un angle en somme calculable
(a) Sur ]−π/2,π/2[, cosx=0. Par dérivation d'un quotient,
tan′(x)=cos2xcos2x+sin2x=cos2x1=1+tan2x.
(b) On a
F′(z)=1+z21.
Pour u∈]0,π/4[,
dudF(tanu)=F′(tanu)tan′(u)=1+tan2u1(1+tan2u)=1.
(c) La fonction u↦F(tanu)−u a donc une dérivée nulle. Elle vaut 0 en u=0, donc, par continuité jusqu'à π/4,
F(tanu)=u.
Avec u=π/4 et tan(π/4)=1,
F(1)=∫011+t2dt=4π.
[IDÉE] La fonction F joue ici le rôle de la fonction réciproque de la tangente sur [0,π/4], sans qu'il soit nécessaire d'introduire l'arctangente comme nouvelle fonction.
(a) En multipliant la somme finie par 1+x2,
(1+x2)k=0∑n(−1)kx2k=1+(−1)nx2n+2.
Après ajout du terme de reste, on obtient exactement
1+x21=k=0∑n(−1)kx2k+(−1)n+11+x2x2n+2.
(b) En intégrant entre 0 et z,
F(z)=Tn(z)+Rn(z),
avec
Rn(z)=(−1)n+1∫0z1+x2x2n+2dx.
L'intégrande étant positive,
(−1)n+1Rn(z)≥0.
De plus 0≤x2n+2/(1+x2)≤x2n+2, donc
∣Rn(z)∣≤∫0zx2n+2dx=2n+3z2n+3.
(a) Comme π/4=F(1), le reste est négatif pour n=2p et positif pour n=2p+1. Ainsi
4T2p+1(1)<π<4T2p(1).
(b) Les deux sommes ne diffèrent que par le dernier terme :
T2p(1)−T2p+1(1)=4p+31.
La largeur de l'encadrement vaut donc
4p+34.
(c) On cherche 4/(4p+3)<10−3, soit 4p+3>4000. Le plus petit entier convenable est
p=1000.
Cette méthode directe exige donc environ deux mille termes pour cette seule garantie de largeur.
(a) Puisque F est croissante, F(z)∈[0,π/4]. La question 7 montre que F(tanu)=u sur cet intervalle ; la tangente y est strictement croissante et envoie [0,π/4] sur [0,1]. On en déduit
tan(F(z))=z.
(b) Les formules d'addition donnent, lorsque le dénominateur est non nul,
tan(α+β)=1−tanαtanβtanα+tanβ.
(c) Posons α=F(1/2) et β=F(1/3). Alors 0<α+β<π/2 et
tanα=21,tanβ=31.
Donc
tan(α+β)=1−1/61/2+1/3=1.
Sur ]0,π/2[, la tangente est strictement croissante et tan(π/4)=1. Ainsi
4π=F(21)+F(31).
[IDÉE] On n'a pas changé la valeur à calculer : on a remplacé une évaluation en 1 par deux évaluations en 1/2 et 1/3. Comme le reste contient une puissance z2n+3, cette réécriture va accélérer fortement l'approximation.
(a) D'après la question 8,
π−An=4(Rn(21)+Rn(31)).
Les deux restes ont le signe (−1)n+1. Donc
An>π si n est pair,An<π si n est impair.
(b) Par l'inégalité triangulaire,
∣An−π∣≤4(2n+3(1/2)2n+3+2n+3(1/3)2n+3),
soit
∣An−π∣≤2n+34(22n+31+32n+31).
(c) Le calcul donne
A5≈3,1415615879,A6≈3,1415993410.
Comme 5 est impair et 6 pair,
A5<π<A6.
En arrondissant vers l'extérieur,
3,14156<π<3,14160.
(d) À la question 9, le reste en z=1 ne décroissait que comme l'inverse du nombre de termes. Ici, les facteurs (1/2)2n+3 et (1/3)2n+3 décroissent géométriquement. Ce n'est donc pas l'identité finie de la question 8 qui a changé, mais la représentation de π/4 à laquelle on l'applique.
[IDÉE] La série alternée obtenue pour z=1 est attestée dans la tradition mathématique du Kerala et associée aux travaux de Mādhava. La preuve présentée ici, fondée sur une identité algébrique finie puis une intégration, est une dérivation moderne et autonome.
III — Transformer une aire en fréquence
(a) Le disque unité a pour aire π et le carré [−1,1]2 a pour aire 4. D'après le modèle uniforme donné dans l'énoncé,
P(X2+Y2≤1)=4π.
La variable B est donc une Bernoulli de paramètre
p=4π.
(b) Sur un grand nombre de répétitions, la fréquence des succès sert à estimer p. En la multipliant par 4, on obtient une estimation de 4p=π.
(a) Par linéarité de l'espérance,
E(πN)=N4i=1∑NE(Bi)=N4Np=4p=π.
(b) Les Bi sont indépendantes et ont chacune pour variance p(1−p). Donc
Var(πN)=N216Np(1−p)=N16p(1−p).
Or, pour p∈[0,1],
p(1−p)=41−(p−21)2≤41,
donc
Var(πN)≤N4.
(a) Bienaymé-Tchebychev appliquée à Z=πN donne, puisque E(Z)=π,
P(∣πN−π∣≥ε)≤ε2Var(πN)≤Nε24.
(b) Pour que le risque d'échec soit au plus α, il suffit que
Nε24≤α.
Une condition suffisante est donc
N≥αε24.
Alors l'intervalle aléatoire [πN−ε,πN+ε] contient π avec une probabilité au moins égale à 1−α.
(c) Pour ε=10−3 et α=0,05,
N≥0,05×10−64=80000000.
Ce nombre très élevé est une garantie suffisante issue d'une inégalité universelle ; il ne signifie pas que 80 millions de points sont en pratique nécessaires pour voir apparaître quelques décimales correctes.
(a) Dans le modèle usuel de simulation, random() est utilisé comme un tirage uniforme dans [0,1[. L'expression 2 * random() - 1 donne donc une coordonnée uniforme dans [−1,1[. Les deux appels fournissent les coordonnées du point. Le test x*x + y*y <= 1 compte les succès, donc la valeur renvoyée est
N4i=1∑NBi=πN.
(b) Une réalisation isolée est aléatoire. Même si elle tombe très près de π, cela ne démontre pas que son erreur est inférieure à une valeur fixée : une autre réalisation peut être plus éloignée. La question 14 contrôle une probabilité d'erreur avant l'expérience, et non un encadrement déterministe valable pour toute réalisation.
(c) La borne de Bienaymé-Tchebychev est beaucoup moins efficace numériquement ici que les deux garanties déterministes précédentes. Son intérêt est différent : elle s'applique à une procédure aléatoire très simple et fournit un contrôle du risque avec très peu d'informations sur la loi de l'erreur. Cette universalité se paie par une borne prudente.
[IDÉE] Il faut distinguer « la simulation donne souvent une bonne valeur » et « on sait démontrer une probabilité d'erreur ». Le premier constat est expérimental ; le second est un théorème.
IV — Trois approximations, trois garanties
(a) La question 5(d) donne
∣cn−π∣<4n2.
Pour n=5, ce majorant vaut environ 1,38×10−3>10−3 ; pour n=6, il vaut environ 3,45×10−4<10−3. Le plus petit indice garanti par ce majorant est donc
n=6,
ce qui correspond à m6=256 côtés.
(b) Pour n=3,
∣A3−π∣≤94(291+391)≈8,91×10−4<10−3.
Ainsi
n=3 suffit deˊjaˋ.
(c) La question 14(c) fournit, avec l'inégalité choisie et un risque de 5%,
N=80000000 tirages suffisent.
(d) Les paramètres précédents ne mesurent pas le même coût : un côté de polygone, un terme de somme et un tirage aléatoire ne représentent pas la même opération. La comparaison révèle néanmoins trois idées différentes.
La méthode géométrique encadre π entre les périmètres de deux familles de polygones et produit des suites emboîtées : la garantie est déterministe et chaque doublement du nombre de côtés resserre l'intervalle. La méthode analytique transforme π en intégrale puis en sommes finies ; surtout, elle montre qu'une identité bien choisie peut accélérer radicalement une approximation en remplaçant l'argument 1 par 1/2 et 1/3. Enfin, la méthode de Monte-Carlo relie π à une aire et à une fréquence : elle est très simple à programmer et conceptuellement générale, mais sa garantie est probabiliste et, avec le seul outil de Bienaymé-Tchebychev, beaucoup plus coûteuse pour une précision donnée.
Ainsi, « approcher π » peut signifier fabriquer un intervalle certain, contrôler un reste analytique ou accepter un risque quantifié. La qualité d'une approximation ne se mesure donc pas seulement au nombre de décimales affichées, mais aussi à la preuve qui accompagne ces décimales.
Sources
[SOURCE] T. L. Heath, Archimedes, chapitre « The Measurement of a Circle » : présentation de la proposition 3, des polygones inscrits et circonscrits et du calcul jusqu'aux 96 côtés. Lien direct
[SOURCE] T. Hayashi, T. Kusuba et M. Yano, « The Correction of the Mādhava Series for the Circumference of a Circle », Centaurus 33 (1990), 149–174. Lien direct