Aller au contenu

DM n°02 · CPGE scientifiques · MPSI / MP2I

Approcher π par polygones, intégrales et probabilités · Trigonométrie et géométrie · Calcul intégral · Probabilités · Suites et limites · Algorithmique

Trois façons d'approcher π

Construire trois procédures pour approcher π et quantifier leur erreur : polygones emboîtés, intégrale transformée en sommes rapidement convergentes, puis estimation de Monte-Carlo avec un risque contrôlé par Bienaymé-Tchebychev.

Temps indicatif
≈ 3 h 30
Chapitres
Trigonométrie et géométrie · Calcul intégral · Probabilités · Suites et limites · Algorithmique

Ce devoir convient aux niveaux MPSI / MP2I.

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Construire une approximation accompagnée d’un contrôle explicite de l’erreur
  • 02Transformer un problème continu en objets finis exploitables sans perdre la maîtrise du reste
  • 03Comprendre comment le choix d’une représentation ou d’une identité peut accélérer une méthode d’approximation
  • 04Comparer une garantie déterministe à une garantie probabiliste et interpréter correctement chacune

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Dérivation des fonctions sinus et cosinus
  • Suites, limites et encadrements
  • Intégrales et primitives
  • Variables de Bernoulli, espérance et variance
  • Boucles et fonctions simples en Python

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 3 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Approcher π\pi ne consiste pas seulement à produire des décimales : une approximation devient mathématiquement intéressante lorsqu'on sait expliquer d'où elle vient et ce que vaut son erreur. Dans ce problème, on construira trois procédés très différents — par des polygones, par une intégrale, puis par le hasard — avant de comparer la nature et le coût des contrôles d'erreur obtenus.

Dans tout le problème, on définit, pour x∈]−π2,π2[x\in\left]-\frac{\pi}{2},\frac{\pi}{2}\right[,

tan⁡x=sin⁡xcos⁡x.\tan x=\frac{\sin x}{\cos x}.

Aucune connaissance préalable sur la fonction tangente n'est supposée. On pourra utiliser les identités usuelles

sin⁡(a+b)=sin⁡acos⁡b+cos⁡asin⁡b,cos⁡(a+b)=cos⁡acos⁡b−sin⁡asin⁡b,\sin(a+b)=\sin a\cos b+\cos a\sin b, \qquad \cos(a+b)=\cos a\cos b-\sin a\sin b,

ainsi que sin⁡2x+cos⁡2x=1\sin^2x+\cos^2x=1.

I — Coincer le cercle entre deux polygones

  1. Établir, pour tout x∈]0,π2[x\in\left]0,\frac{\pi}{2}\right[,
sin⁡x<x<tan⁡x.\sin x<x<\tan x.

La preuve devra partir uniquement des propriétés usuelles de sin⁡\sin et cos⁡\cos et de la définition de tan⁡\tan donnée ci-dessus.

  1. On considère le cercle de rayon 11. Pour un entier m≥4m\geq4, on pose
ℓm=msin⁡(πm),um=mtan⁡(πm).\ell_m=m\sin\left(\frac{\pi}{m}\right), \qquad u_m=m\tan\left(\frac{\pi}{m}\right).

(a) Donner une interprétation géométrique de 2ℓm2\ell_m et 2um2u_m, puis établir un encadrement de π\pi à l'aide de ℓm\ell_m et umu_m.

(b) Calculer exactement ℓ4\ell_4 et u4u_4.

  1. Le calcul direct de sin⁡(π/m)\sin(\pi/m) et de tan⁡(π/m)\tan(\pi/m) ferait intervenir la constante que l'on cherche précisément à approcher. On souhaite donc passer de mm côtés à 2m2m côtés sans nouvelle évaluation trigonométrique.

Montrer que u2mu_{2m} et ℓ2m\ell_{2m} peuvent s'exprimer uniquement à l'aide de ℓm\ell_m et umu_m, et déterminer ces deux expressions.

  1. Pour n∈Nn\in\mathbb N, on pose
mn=4×2n,an=ℓmn,bn=umn.m_n=4\times2^n,\qquad a_n=\ell_{m_n},\qquad b_n=u_{m_n}.

(a) À partir de la question précédente, obtenir un procédé récurrent permettant de calculer (an+1,bn+1)(a_{n+1},b_{n+1}) à partir de (an,bn)(a_n,b_n). Étudier la position relative de quatre nombres

an,an+1,bn+1,bn,a_n,\qquad a_{n+1},\qquad b_{n+1},\qquad b_n,

et interpréter le résultat géométriquement.

(b) Obtenir une majoration de um−ℓmu_m-\ell_m de la forme

0<um−ℓm≤Cm2,0<u_m-\ell_m\leq\frac{C}{m^2},

où CC est une constante numérique indépendante de mm. On cherchera une constante explicite, sans souci d'optimalité.

En déduire la convergence de ana_n et bnb_n, puis un majorant explicite de l'erreur commise en prenant le milieu

cn=an+bn2c_n=\frac{a_n+b_n}{2}

comme approximation de π\pi.

  1. Sans utiliser de valeur approchée prédéfinie de π\pi, itérer le procédé de la question 4 jusqu'à obtenir pour la première fois un encadrement [an,bn][a_n,b_n] de largeur strictement inférieure à 10−410^{-4}.

Donner la valeur de nn, l'encadrement obtenu et comparer ce résultat numérique avec ce que garantit à lui seul le majorant général trouvé à la question 4(b).

La première méthode construit donc un intervalle déterministe autour de π\pi. La deuxième conservera cette idée de contrôle de l'erreur, mais remplacera les polygones par une intégrale puis par des sommes de nombres rationnels.

II — Transformer un angle en somme calculable

  1. Pour z∈[0,1]z\in[0,1], on définit
F(z)=∫0zdt1+t2.F(z)=\int_0^z\frac{dt}{1+t^2}.

Montrer que, pour tout z∈[0,1]z\in[0,1], F(z)F(z) est l'unique réel u∈[0,π/4]u\in[0,\pi/4] tel que

tan⁡u=z.\tan u=z.

En déduire une expression de π\pi sous la forme d'une intégrale sur [0,1][0,1].

  1. Pour n∈Nn\in\mathbb N et z∈[0,1]z\in[0,1], on pose
Tn(z)=∑k=0n(−1)kz2k+12k+1.T_n(z)=\sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^kz^{2k+1}}{2k+1}.

Comparer F(z)F(z) et Tn(z)T_n(z) en faisant apparaître un reste explicite. Déterminer le signe de ce reste et obtenir une majoration simple de sa valeur absolue, valable pour tout z∈[0,1]z\in[0,1].

  1. Exploiter le cas z=1z=1 pour construire une famille d'encadrements déterministes de π\pi.

Déterminer exactement leur largeur et en déduire le nombre minimal de termes de la somme à calculer pour obtenir une largeur strictement inférieure à 10−310^{-3}.

Cette première exploitation de l'intégrale converge lentement. Le contrôle du reste suggère cependant qu'une même somme devient beaucoup plus efficace lorsque son argument est strictement inférieur à 11.

  1. Chercher les entiers p,q≥2p,q\geq2 pour lesquels
F(1p)+F(1q)=F(1).F\left(\frac1p\right)+F\left(\frac1q\right)=F(1).

Déterminer tous les couples possibles et justifier l'identité obtenue.

On définit alors

An=4(Tn(12)+Tn(13)).A_n=4\left(T_n\left(\frac12\right)+T_n\left(\frac13\right)\right).

(a) Situer AnA_n par rapport à π\pi suivant la parité de nn, puis obtenir un majorant explicite de ∣An−π∣|A_n-\pi|.

(b) Déterminer le plus petit nn pour lequel ce majorant garantit une erreur strictement inférieure à 10−310^{-3}.

(c) En autorisant des ordres de troncature différents pour F(1/2)F(1/2) et F(1/3)F(1/3), obtenir un encadrement décimal de π\pi de largeur strictement inférieure à 10−410^{-4} avec le plus petit nombre total de termes possible. On comptera séparément les termes conservés dans les deux sommes.

(d) Expliquer précisément ce qui a été « accéléré » entre les questions 8 et 9.

III — Transformer une aire en fréquence

La troisième méthode change la nature du contrôle de l'erreur. On choisit au hasard des points dans le carré [−1,1]2[-1,1]^2. On admet le modèle suivant : pour un point choisi uniformément dans ce carré, la probabilité d'appartenir à une région est égale au quotient de l'aire de cette région par l'aire du carré.

  1. Soit (X,Y)(X,Y) un point choisi selon ce modèle et soit BB la variable aléatoire qui vaut 11 si X2+Y2≤1X^2+Y^2\leq1, et 00 sinon.

On répète l'expérience NN fois de façon indépendante et on obtient B1,…,BNB_1,\ldots,B_N.

Construire à partir de B1,…,BNB_1,\ldots,B_N un estimateur π^N\widehat\pi_N de π\pi dont l'espérance vaut exactement π\pi. Calculer sa variance et en donner un majorant simple ne faisant plus intervenir π\pi.

  1. On rappelle l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev : si une variable aléatoire ZZ possède une espérance et une variance, alors, pour tout ε>0\varepsilon>0,
P(∣Z−E(Z)∣≥ε)≤Var⁡(Z)ε2.\mathbb P\bigl(|Z-\mathbb E(Z)|\geq\varepsilon\bigr) \leq\frac{\operatorname{Var}(Z)}{\varepsilon^2}.

Pour une précision ε>0\varepsilon>0 et un risque α∈]0,1[\alpha\in]0,1[, obtenir une condition suffisante sur NN pour que l'intervalle aléatoire centré en π^N\widehat\pi_N et de rayon ε\varepsilon contienne π\pi avec une probabilité au moins égale à 1−α1-\alpha.

Appliquer le résultat à ε=10−3\varepsilon=10^{-3} et à un risque de 5%5\%.

  1. Écrire une courte fonction Python simulant NN points dans le carré [−1,1]2[-1,1]^2 et renvoyant l'estimateur construit à la question 10.

Expliquer ensuite pourquoi une exécution donnant plusieurs décimales correctes de π\pi ne constitue pas, à elle seule, un encadrement démontré de π\pi, et commenter la précision de la borne fournie par Bienaymé-Tchebychev.

IV — Trois approximations, trois contrôles de l'erreur

  1. On vise maintenant une erreur inférieure à 10−310^{-3}.

En vous fondant sur les majorants généraux obtenus aux questions 4(b), 9(a) et 11, déterminer ce qu'ils imposent quantitativement pour chacune des trois méthodes : niveau de subdivision des polygones, nombre total de termes pour la méthode analytique accélérée en reprenant la convention de comptage de la question 9(c), nombre de tirages pour Monte-Carlo avec une confiance d'au moins 95%95\%.

Présenter les résultats dans un tableau puis rédiger une courte synthèse répondant aux deux questions suivantes :

  • que révèle mathématiquement chacune des trois approches de π\pi ?
  • pourquoi les trois « coûts » obtenus ne sont-ils pas directement comparables, et en quoi une borne d'erreur déterministe diffère-t-elle d'un contrôle probabiliste du risque ?

Continuer

Explorer d’autres devoirs