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Le même oscillateur est décrit successivement par une formule temporelle, une courbe d'énergie, une rotation complexe puis un système discret. Les trois premières descriptions sont exactes et se traduisent les unes dans les autres ; la dernière permet de voir ce qu'une approximation peut conserver, déformer ou détruire.
I — Première façon : connaître exactement le mouvement
1.
L'équation caractéristique associée à
x′′+ω2x=0
est r2+ω2=0. Les solutions réelles sont donc
x(t)=Ccos(ωt)+Dsin(ωt).
Les conditions initiales donnent
C=x0,D=ωv0,
d'où
x(t)=x0cos(ωt)+ωv0sin(ωt).
Posons
A=x02+ω2v02.
Si A=0, alors x0=v0=0 et x est identiquement nulle : c'est l'équilibre.
Supposons désormais A>0. On a
(Ax0)2+(ωAv0)2=1.
Il existe donc un réel φ, unique modulo 2π, tel que
cosφ=Ax0,sinφ=ωAv0.
Alors
x(t)=Acos(ωt−φ).
On en déduit
x′(t)=−Aωsin(ωt−φ).
Ainsi
x(R)=[−A,A],t∈Rmax∣x′(t)∣=ωA.
Comme A>0, la plus petite période strictement positive est obtenue lorsque l'argument du cosinus augmente de 2π :
T=ω2π.
Dans le cas d'équilibre, l'image est {0} et ∣x′∣=0. Tout réel strictement positif est alors une période, de sorte qu'il n'existe pas de plus petite période strictement positive.
II — Deuxième façon : découvrir ce qui ne change pas
Si β=αω2, cette dérivée est nulle pour toute solution.
Réciproquement, si Iα,β est constante pour toute solution, on peut choisir des conditions initiales telles que x0v0=0. À t=0,
0=Iα,β′(0)=2(β−αω2)x0v0,
donc nécessairement β=αω2.
Les invariants cherchés sont donc exactement les multiples de
x′(t)2+ω2x(t)2.
La normalisation usuelle consiste à poser
E(t)=21(x′(t)2+ω2x(t)2).
Sa valeur est
E(t)=E(0)=21(v02+ω2x02).
Avec le nombre A de la question 1,
E=2ω2A2.
3.
On pose y=x′/ω. L'invariant précédent devient
x2+y2=A2.
Ainsi, lorsque A>0, la trajectoire de
U(t)=(x(t)y(t))
est contenue dans le cercle de centre O et de rayon A.
Par définition de y et grâce à l'équation différentielle,
{x′=ωy,y′=−ωx.
On obtient
U⋅U′=xx′+yy′=x(ωy)+y(−ωx)=0.
Le vecteur vitesse est donc tangent au cercle. De plus,
∥U′(t)∥=ωx(t)2+y(t)2=ωA,
qui est constant et non nul.
Pour déterminer l'orientation sans utiliser la solution explicite, calculons le déterminant des deux vecteurs :
det(U,U′)=xy′−yx′=−ω(x2+y2)=−ωA2<0.
Le mouvement est donc partout orienté dans le sens horaire. Sur un cercle de rayon A, une vitesse tangentielle constante égale à ωA correspond à une vitesse angulaire de module ω ; toute la circonférence est parcourue uniformément.
La longueur d'un tour est 2πA, donc le temps nécessaire pour effectuer un tour vaut
ωA2πA=ω2π.
On retrouve la période sans utiliser la formule trigonométrique de la partie I.
Dans les coordonnées (x,x′), l'invariant s'écrit
x2+ω2x′2=A2,
soit, pour A>0,
A2x2+ω2A2x′2=1.
La trajectoire est une ellipse. Le changement y=x′/ω normalise précisément cette ellipse en un cercle : il met les deux coordonnées à la même échelle géométrique.
III — Troisième façon : trouver la bonne coordonnée complexe
4.
Pour c∈R∗,
zc=x+icx′.
On a
zc′=x′+icx′′=x′−icω2x.
Supposons qu'il existe λ∈C tel que, pour toute solution,
zc′=λzc.
Comme les valeurs de x et x′ à un instant peuvent être choisies arbitrairement par les conditions initiales, on identifie les coefficients de x et de x′ :
λ=−icω2,icλ=1.
La seconde égalité donne λ=−i/c. En comparant avec la première,
cω2=c1,
donc
c2ω2=1.
Puisque ω>0,
c=ω1ouc=−ω1.
Les valeurs correspondantes de λ sont
(c,λ)=(ω1,−iω)ou(−ω1,iω).
Le choix c=1/ω correspond à l'orientation horaire déjà observée.
5.
Avec
z=x+iωx′,
on a
z′=−iωz.
La dérivée de eiωtz(t) est nulle :
dtd(eiωtz(t))=iωeiωtz(t)+eiωtz′(t)=0.
Par conséquent,
z(t)=z(0)e−iωt.
Or
z(0)=x0+iωv0.
Dans le cas non constant, les relations de la question 1 donnent
z(0)=A(cosφ+isinφ)=Aeiφ.
Ainsi
z(t)=Aei(φ−ωt).
Cette seule formule contient les descriptions précédentes :
∣z(t)∣=A, donc x2+(x′/ω)2=A2 et l'invariant est conservé ;
l'argument vaut φ−ωt, ce qui code la phase ;
l'argument décroît à vitesse ω, donc le mouvement est horaire ;
un tour correspond à une variation d'argument de 2π, d'où T=2π/ω.
En prenant les parties réelles, on obtient, pour n≥1,
Xn+1ex=2cos(a)Xnex−Xn−1ex.
Aucune division par sina n'a été utilisée : la formule est valable pour tout réel a.
(c) Supposons Z0ex=0. La suite est périodique s'il existe q≥1 tel que
Zn+qex=Znex
pour tout n. Or
Zn+qex=e−iaqZnex.
Comme Znex=0 pour tout n, cela équivaut à
e−iaq=1,
c'est-à-dire
aq∈2πZ.
Ainsi la suite échantillonnée est périodique si et seulement si
2πa∈Q.
Si
2πa=qp
est irréductible avec q≥1, alors e−iaq=e−2πip=1. Si un entier 1≤k<q était aussi une période, on aurait pk/q∈Z, donc q∣k puisque p et q sont premiers entre eux, contradiction. La plus petite période en nombre de pas est donc
q.
Cette propriété illustre un phénomène propre à l'observation discrète : un mouvement continu périodique peut donner une suite échantillonnée non périodique si le pas n'est pas commensurable avec la période.
IV — Quatrième façon : discrétiser et tester la fidélité du modèle
Comme a>0, on a 1+a2>1. Pour toute donnée initiale non nulle,
Rn⟶+∞.
L'oscillateur continu conserve exactement x2+y2 ; Euler explicite crée au contraire une croissance géométrique de cette quantité. Même pour un petit pas fixé, l'erreur qualitative devient donc majeure à long terme.
8.
Le schéma (S) donne d'abord
Yn+1=−aXn+Yn.
Puis
Xn+1=Xn+aYn+1=(1−a2)Xn+aYn.
Ainsi
Sa=(1−a2−aa1).
Son déterminant vaut
detSa=(1−a2)+a2=1.
À l'étape précédente,
Xn=Xn−1+aYn,
donc
aYn=Xn−Xn−1.
En remplaçant dans l'expression de Xn+1,
Xn+1=(1−a2)Xn+Xn−Xn−1=(2−a2)Xn−Xn−1.
On obtient
Xn+1=(2−a2)Xn−Xn−1.(R)
9.
Posons
F(X,Y)=αX2+βXY+γY2.
Sous l'action de (S),
X′=(1−a2)X+aY,Y′=−aX+Y.
On veut l'identité polynomiale
F(X′,Y′)=F(X,Y)
pour tous X,Y.
Le coefficient de Y2 dans F(X′,Y′)−F(X,Y) vaut
a(αa+β).
Comme a>0, il doit être nul, donc
β=−aα.
Le coefficient de XY vaut
2a(α(1−a2)−aβ−γ).
En utilisant β=−aα, il devient
2a(α−γ),
donc
γ=α.
Le coefficient de X2 s'annule alors automatiquement. Les triplets cherchés sont donc exactement
(α,β,γ)=α(1,−a,1),α∈R.
En prenant α=1, on obtient l'invariant
Qa(X,Y)=X2+Y2−aXY.
Pour 0<a<2, l'inégalité 2∣XY∣≤X2+Y2 donne
Qa(X,Y)≥(1−2a)(X2+Y2).
Le coefficient 1−a/2 est strictement positif. Comme Qa(Xn,Yn) est constant,
Xn2+Yn2≤1−a/2Qa(X0,Y0).
Toutes les trajectoires sont donc bornées.
Pour voir la géométrie, posons
u=2X+Y,v=2X−Y.
Alors
Qa=(1−2a)u2+(1+2a)v2.
Lorsque 0<a<2, les deux coefficients sont strictement positifs : les niveaux Qa=c>0 sont des ellipses centrées en l'origine.
À a=2,
Q2(X,Y)=(X−Y)2,
qui ne contrôle plus X2+Y2. Pour a>2, Qa prend des valeurs positives et négatives : par exemple
Qa(1,1)=2−a<0.
Ainsi la conservation de cet invariant fournit à elle seule un contrôle de toutes les trajectoires exactement lorsque
0<a<2.
10.
La récurrence (R) a pour polynôme caractéristique
Pa(r)=r2−(2−a2)r+1.
Son discriminant vaut
Δ=(2−a2)2−4=a2(a2−4).
Cas 0<a<2.
On a Δ<0. Les deux racines sont complexes conjuguées et leur produit vaut 1. Elles ont donc toutes deux un module égal à 1. Toute solution réelle de la récurrence est une combinaison de termes oscillants et reste bornée.
Cas a=2.
On a
P2(r)=(r+1)2.
Les solutions sont de la forme
Xn=(C+Dn)(−1)n.
Elles ne sont pas toutes bornées. Par exemple, pour (X0,Y0)=(1,0),
X1=(1−4)X0+2Y0=−3.
On obtient C=1 et D=2, donc
Xn=(2n+1)(−1)n,
qui est non bornée.
Cas a>2.
On a Δ>0. Les deux racines sont réelles, leur produit vaut 1, et leur somme vaut
2−a2<−2.
Elles sont donc négatives et l'une d'elles a une valeur absolue strictement supérieure à 1. La récurrence possède alors des solutions croissant géométriquement en valeur absolue.
Comme a>0, toute paire (X0,X1) correspond à une unique valeur
Y0=aX1−(1−a2)X0,
donc ces solutions de la récurrence correspondent bien à de véritables trajectoires du schéma (S).
Finalement,
toutes les trajectoires de (S) sont borneˊes⟺0<a<2.
Cette conclusion coïncide exactement avec celle obtenue par l'invariant Qa.
En revanche, detSa=1 pour toute valeur de a. Le déterminant égal à 1 exprime une conservation d'aire orientée, mais il ne garantit pas que les orbites restent dans une région bornée. Les cas a≥2 montrent explicitement la différence entre préservation d'aire et stabilité.
11.
Dans le domaine stable 0<a<2, les deux racines peuvent s'écrire
r1=eiθ,r2=e−iθ,
avec θ∈(0,π). Leur somme vaut à la fois 2cosθ et 2−a2, donc
cosθ=1−2a2.
Comme
cos(2arcsin(a/2))=1−2(2a)2=1−2a2,
et comme 2arcsin(a/2)∈(0,π),
θ=2arcsin(2a).
Comparons θ à a. Pour a∈(0,2), posons
g(a)=cosa−1+2a2.
On a g(0)=0 et
g′(a)=a−sina>0
pour a>0. Ainsi
cosa>1−2a2=cosθ.
Or a,θ∈(0,π) et le cosinus y est strictement décroissant, donc
θ>a.
Par conséquent
ωh=hθ>ha=ω.
Le schéma oscille donc légèrement trop vite.
Au voisinage de 0,
arcsinu=u+6u3+o(u3).
Avec u=a/2,
θ=2arcsin(a/2)=a+24a3+o(a3).
Ainsi
ωωh=aθ=1+24a2+o(a2)=1+24ω2h2+o(h2).
La récurrence exacte de la question 6 est
Xn+1ex=2cos(a)Xnex−Xn−1ex,
tandis que le schéma (S) donne
Xn+1=(2−a2)Xn−Xn−1.
Or
2cosa=2−a2+12a4+o(a4).
Les coefficients coïncident donc jusqu'à l'ordre 2 et commencent à se séparer à l'ordre 4 :
2cosa−(2−a2)=12a4+o(a4).
Cette petite différence de coefficient correspond à une différence d'angle par pas
θ−a=24a3+o(a3),
qui s'accumule au fil des itérations : c'est précisément l'erreur de phase du schéma.
V — Synthèse : pourquoi changer de représentation ?
12.
Les quatre points de vue portent sur le même oscillateur mais ne mettent pas en avant les mêmes structures.
La solution temporelle représente l'état par la fonction réelle x(t). Elle donne directement la position à un instant donné, l'amplitude A, la phase φ et la période. Cette description est exacte.
La géométrie de l'énergie représente l'état par le point U=(x,x′/ω) du plan. L'invariant devient l'équation d'un cercle ; l'orientation et la vitesse de parcours deviennent des propriétés géométriques. Cette description est encore exacte.
La coordonnée complexe représente l'état par
z=x+iωx′.
Toute l'évolution se réduit à la multiplication par e−iωt. Le module code l'invariant, l'argument code la phase et la rotation code simultanément le sens et la période. L'échantillonnage exact de la question 6 reste lui aussi une description exacte de ce mouvement.
Enfin, le modèle discret numérique représente l'état par une suite de vecteurs et une matrice d'itération. Il rend visibles des propriétés qui n'ont pas d'analogue dans la simple formule exacte : croissance artificielle de l'énergie pour Euler explicite, invariant modifié pour (S), domaine de stabilité et erreur de phase. Ici, il s'agit d'approximations du mouvement continu.
Dans la première représentation, le problème est surtout un problème de résolution d'équation différentielle. Dans la deuxième, il devient un problème de géométrie d'une courbe de niveau. Dans la troisième, toute l'évolution est condensée en une rotation complexe. Dans la quatrième, la question centrale n'est plus seulement « quelle est la solution ? », mais « quelles structures du modèle continu survivent après discrétisation ? ».
Changer de représentation est donc ici une méthode mathématique : on ne change pas l'objet étudié, mais on choisit les coordonnées et le langage dans lesquels la propriété recherchée devient la plus simple à voir, à calculer ou à démontrer.
Sources
[SOURCE] Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Programme de mathématiques de PCSI, Bulletin officiel spécial n°1 du 11 février 2021 : Lien direct.
[SOURCE] Ernst Hairer, Christian Lubich et Gerhard Wanner, Geometric Numerical Integration: Structure-Preserving Algorithms for Ordinary Differential Equations, Springer, 2e éd., 2006 : Lien direct.