Corrigé détaillé · PCSI
Inversion et théorème de Ptolémée · Nombres complexes · Trigonométrie · Géométrie plane · Inégalité triangulaire
Un cercle devient une droite
Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.
L’idée centrale est de ne pas chercher directement l’identité de Ptolémée sur le cercle. L’inversion transforme d’abord ce cercle en une droite ; sur cette droite, l’identité devient une simple addition de longueurs. La même transformation donnera ensuite l’inégalité générale et son cas d’égalité.
I — Changer un cercle en droite
(a) Comme
le quotient est un réel strictement positif. Les points et appartiennent donc à la même demi-droite issue de . De plus,
d’où
(b) L’inversion conserve la demi-droite issue de et remplace la distance à par son inverse. Une seconde inversion restitue donc le point initial :
Un point est fixe si et seulement si . Comme , cela équivaut à . Les points fixes sont exactement les points du cercle unité.
(c) On calcule
En prenant les modules,
Ainsi,
(a) Puisque passe par et a pour centre d’affixe , son rayon vaut . On a donc
En élevant au carré,
soit
Par conséquent,
(b) Si , on divise cette dernière égalité par et on utilise
On obtient
L’image de est donc contenue dans
Réciproquement, soit . On a nécessairement , puisque . Posons . L’involutivité donne ; en lisant le calcul précédent à l’envers, on obtient
Ainsi . L’inversion réalise bien une bijection de sur .
(a) On utilise
Comme , on a . Ainsi
et
Par conséquent,
(b) On lit directement
La fonction tangente est strictement croissante sur et . Donc, si ,
Tous les points inverses ayant la même partie réelle , l’ordre des paramètres correspond exactement à l’ordre vertical sur .
II — Ptolémée : une addition cachée
(a) Le cercle passant par , choisi comme centre de l’inversion, est transformé en une droite d’après la question 2. Les points sont donc alignés.
De plus,
La question 3 montre que le même ordre est conservé sur la droite des points inverses. Ainsi
On obtient donc l’addition de longueurs
(b) La formule de la question 1, appliquée avec pour centre d’inversion, donne
On remplace ces trois expressions dans l’égalité précédente :
En multipliant par , qui est strictement positif, on obtient
C’est le théorème de Ptolémée.
III — Deux conséquences
- Les diagonales d’un rectangle se coupent en leur milieu et ont même longueur. Leur point d’intersection est donc équidistant des quatre sommets : le rectangle est inscriptible dans un cercle.
Ses deux diagonales ont longueur , et ses côtés ont pour longueurs . Le théorème de Ptolémée donne
Ainsi
ce qui redonne le théorème de Pythagore.
- Prenons quatre sommets consécutifs du pentagone régulier. On a
et
Ptolémée donne donc
Comme , posons
Après division par ,
Les deux solutions sont
La seule solution positive est
Le nombre d’or apparaît ainsi comme le rapport entre la diagonale et le côté d’un pentagone régulier.
IV — Au-delà du cercle
(a) Pour trois points quelconques , l’inégalité triangulaire donne
En utilisant de nouveau la formule de la question 1 avec centre ,
Les quatre points étant distincts, , et sont strictement positifs. On peut donc multiplier par leur produit et obtenir
C’est l’inégalité de Ptolémée.
(b) Dans l’inégalité triangulaire
l’égalité a lieu exactement lorsque appartient au segment . Ici, l’unique inégalité utilisée est
Toutes les transformations algébriques qui suivent sont des multiplications par des nombres strictement positifs. Par conséquent,
si et seulement si
(a) Écrivons . Toute droite du plan admet une équation cartésienne
avec . Comme la droite ne passe pas par , on a . Posons
Alors et
L’équation de la droite devient donc
Elle est exactement de la forme de la question 2. Cette question a montré que l’inversion réalise une bijection
où est le cercle de centre d’affixe passant par . Comme l’inversion est involutive, elle réalise aussi une bijection
Ainsi l’image par inversion d’une droite ne passant pas par est un cercle passant par , privé du point lui-même.
(b) Supposons d’abord que l’égalité de Ptolémée soit vérifiée. D’après la question 7,
Les trois points appartiennent donc à une même droite . Cette droite ne passe pas par . En effet, si elle passait par , la question 1(a) montrerait que appartiennent eux aussi à cette même droite passant par , contrairement à l’hypothèse qu’aucun triplet n’est aligné.
D’après (a), l’image de par inversion est donc un cercle passant par , et appartiennent à ce cercle. Les quatre points sont cocycliques.
Pour déterminer l’ordre, on peut effectuer une rotation du repère afin que le centre de ce cercle ait une affixe réelle positive, puis, si nécessaire, une symétrie par rapport à l’axe réel. On se retrouve exactement dans le paramétrage de la question 3. Comme est entre et , la stricte monotonie obtenue en 3(b) montre que l’on rencontre sur le cercle soit
soit l’ordre inverse
Réciproquement, supposons les quatre points cocycliques dans l’ordre , ou dans l’ordre inverse. Le théorème de Ptolémée démontré à la question 4 s’applique et donne
Ainsi, sous l’hypothèse d’absence de triplet aligné, l’égalité dans l’inégalité de Ptolémée caractérise exactement les quadrilatères cycliques avec l’ordre correspondant.
Le même mécanisme explique donc à la fois l’identité et l’inégalité : sur les points inverses, Ptolémée n’est rien d’autre que l’inégalité triangulaire, et le cas cyclique est précisément celui où cette inégalité devient une égalité sur une droite.
Sources
[SOURCE] Coxeter et Greitzer — Geometry Revisited. Lien direct [SOURCE] Evan Chen — Euclidean Geometry in Mathematical Olympiads. Lien direct