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Corrigé détaillé · Terminale · spécialité maths

Récurrence de Lyness · Suites · Récurrence · Calcul algébrique

Une récurrence qui boucle en cinq étapes

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — La surprise des cinq pas

  1. Pour n≥0n\ge 0, rappelons la proposition
Pn:« les termes u0,u1,…,un+1 sont deˊfinis et strictement positifs ».P_n:\quad \text{« les termes }u_0,u_1,\ldots,u_{n+1}\text{ sont définis et strictement positifs ».}

Initialisation. Pour n=0n=0, les deux termes

u0=aetu1=bu_0=a\qquad\text{et}\qquad u_1=b

sont définis par les données de l’énoncé. Comme a>0a>0 et b>0b>0, la proposition P0P_0 est vraie.

Hérédité. Soit n≥0n\ge 0. Supposons PnP_n vraie. Les termes u0,…,un+1u_0,\ldots,u_{n+1} sont donc déjà définis et strictement positifs. En particulier,

un>0,u_n>0,

donc un≠0u_n\ne 0. La formule

un+2=1+un+1unu_{n+2}=\frac{1+u_{n+1}}{u_n}

permet alors effectivement de définir le terme suivant. De plus,

1+un+1>0etun>0,1+u_{n+1}>0 \qquad\text{et}\qquad u_n>0,

donc

un+2>0.u_{n+2}>0.

Ainsi les termes u0,…,un+2u_0,\ldots,u_{n+2} sont définis et strictement positifs : c’est exactement la proposition Pn+1P_{n+1}.

Conclusion. Par récurrence, PnP_n est vraie pour tout n≥0n\ge 0. La construction ne se bloque donc à aucun rang : elle définit une suite (un)n≥0(u_n)_{n\ge 0} à tout rang, et

un>0pour tout n≥0.\boxed{u_n>0\quad\text{pour tout }n\ge 0.}

Éclairage. L’existence des termes et leur positivité sont établies simultanément. C’est précisément ce qui évite d’utiliser la relation de récurrence à un rang où le dénominateur n’aurait pas encore été justifié comme non nul.

  1. La relation de récurrence donne d’abord
u2=1+u1u0=1+ba.u_2=\frac{1+u_1}{u_0}=\frac{1+b}{a}.

Puis

u3=1+u2u1=1+1+bab=a+b+1ab.u_3=\frac{1+u_2}{u_1} =\frac{1+\frac{1+b}{a}}{b} =\frac{a+b+1}{ab}.

Pour u4u_4, on simplifie d’abord 1+u31+u_3 :

1+u3=1+a+b+1ab=ab+a+b+1ab=(a+1)(b+1)ab.1+u_3 =1+\frac{a+b+1}{ab} =\frac{ab+a+b+1}{ab} =\frac{(a+1)(b+1)}{ab}.

Ainsi

u4=1+u3u2=(a+1)(b+1)ab×ab+1=a+1b.u_4 =\frac{1+u_3}{u_2} =\frac{(a+1)(b+1)}{ab}\times\frac{a}{b+1} =\frac{a+1}{b}.

Ensuite,

u5=1+u4u3=1+a+1ba+b+1ab=a+b+1ba+b+1ab=a,u_5 =\frac{1+u_4}{u_3} =\frac{1+\frac{a+1}{b}}{\frac{a+b+1}{ab}} =\frac{\frac{a+b+1}{b}}{\frac{a+b+1}{ab}} =a,

puis

u6=1+u5u4=1+aa+1b=b.u_6 =\frac{1+u_5}{u_4} =\frac{1+a}{\frac{a+1}{b}} =b.

On obtient donc

u2=b+1a,u3=a+b+1ab,u4=a+1b,u5=a,u6=b.\boxed{ u_2=\frac{b+1}{a},\quad u_3=\frac{a+b+1}{ab},\quad u_4=\frac{a+1}{b},\quad u_5=a,\quad u_6=b. }

Éclairage. La factorisation ab+a+b+1=(a+1)(b+1)ab+a+b+1=(a+1)(b+1) fait apparaître les simplifications essentielles et évite des calculs inutilement lourds.

  1. Fixons un entier n≥0n\ge 0 et posons
x=un,y=un+1.x=u_n,\qquad y=u_{n+1}.

D’après la question 1, x>0x>0 et y>0y>0. La relation de récurrence donne

un+2=1+yx.u_{n+2}=\frac{1+y}{x}.

Ensuite,

un+3=1+un+2un+1=1+1+yxy=1+x+yxy.u_{n+3} =\frac{1+u_{n+2}}{u_{n+1}} =\frac{1+\frac{1+y}{x}}{y} =\frac{1+x+y}{xy}.

Puis

1+un+3=1+1+x+yxy=xy+x+y+1xy=(x+1)(y+1)xy.1+u_{n+3} =1+\frac{1+x+y}{xy} =\frac{xy+x+y+1}{xy} =\frac{(x+1)(y+1)}{xy}.

Donc

un+4=1+un+3un+2=(x+1)(y+1)xy×xy+1=x+1y.u_{n+4} =\frac{1+u_{n+3}}{u_{n+2}} =\frac{(x+1)(y+1)}{xy}\times\frac{x}{y+1} =\frac{x+1}{y}.

Enfin,

un+5=1+un+4un+3=1+x+1y1+x+yxy=1+x+yy1+x+yxy=x.u_{n+5} =\frac{1+u_{n+4}}{u_{n+3}} =\frac{1+\frac{x+1}{y}}{\frac{1+x+y}{xy}} =\frac{\frac{1+x+y}{y}}{\frac{1+x+y}{xy}} =x.

Comme x=unx=u_n, on a bien

un+5=unpour tout n≥0.\boxed{u_{n+5}=u_n\quad\text{pour tout }n\ge 0.}

La suite est donc 5-périodique.

Éclairage. La preuve ne dépend pas des valeurs particulières aa et bb : à n’importe quel rang, les deux termes consécutifs unu_n et un+1u_{n+1} jouent exactement le rôle des deux valeurs initiales.

(a) Si la suite est constante, égale à un réel c>0c>0, la relation de récurrence impose

c=1+cc.c=\frac{1+c}{c}.

Comme c>0c>0, on peut multiplier par cc :

c2=c+1,c^2=c+1,

soit

c2−c−1=0.c^2-c-1=0.

Le discriminant vaut

Δ=1+4=5.\Delta=1+4=5.

Les deux solutions sont

1−52et1+52.\frac{1-\sqrt5}{2} \qquad\text{et}\qquad \frac{1+\sqrt5}{2}.

La première est négative. L’unique solution strictement positive est donc

c=φ=1+52.\boxed{c=\varphi=\frac{1+\sqrt5}{2}.}

(b) Si (un)(u_n) est constante, alors u0=u1=cu_0=u_1=c. D’après (a), nécessairement c=φc=\varphi, donc

a=b=φ.a=b=\varphi.

Réciproquement, supposons

a=b=φ.a=b=\varphi.

Comme φ\varphi vérifie φ2=φ+1\varphi^2=\varphi+1, on a

1+φφ=φ2φ=φ.\frac{1+\varphi}{\varphi} =\frac{\varphi^2}{\varphi} =\varphi.

Considérons la propriété

Rn:un=un+1=φ.R_n:\quad u_n=u_{n+1}=\varphi.

Elle est vraie pour n=0n=0. Si RnR_n est vraie, alors

un+2=1+un+1un=1+φφ=φ,u_{n+2}=\frac{1+u_{n+1}}{u_n} =\frac{1+\varphi}{\varphi} =\varphi,

donc Rn+1R_{n+1} est vraie. Par récurrence, tous les termes sont égaux à φ\varphi.

Ainsi

(un) est constante⟺a=b=1+52.\boxed{ (u_n)\text{ est constante} \Longleftrightarrow a=b=\frac{1+\sqrt5}{2}. }

II — Une quantité qui refuse de bouger

  1. On pose
z=1+yx.z=\frac{1+y}{x}.

(a) On a

1+z=1+1+yx=1+x+yx.1+z =1+\frac{1+y}{x} =\frac{1+x+y}{x}.

D’autre part,

1+y+z=1+y+1+yx=(1+y)(1+1x)=(1+x)(1+y)x.1+y+z =1+y+\frac{1+y}{x} =(1+y)\left(1+\frac1x\right) =\frac{(1+x)(1+y)}{x}.

Ainsi

1+z=1+x+yx,1+y+z=(1+x)(1+y)x.\boxed{ 1+z=\frac{1+x+y}{x}, \qquad 1+y+z=\frac{(1+x)(1+y)}{x}. }

(b) Par définition,

H(y,z)=(1+y)(1+z)(1+y+z)yz.H(y,z) =\frac{(1+y)(1+z)(1+y+z)}{yz}.

Or

yz=y1+yx=y(1+y)x.yz =y\frac{1+y}{x} =\frac{y(1+y)}{x}.

En utilisant les expressions de (a),

H(y,z)=(1+y)1+x+yx(1+x)(1+y)xy(1+y)x.H(y,z) = \frac{ (1+y) \frac{1+x+y}{x} \frac{(1+x)(1+y)}{x} }{ \frac{y(1+y)}{x} }.

On simplifie un facteur 1+y1+y ainsi qu’un facteur xx :

H(y,z)=(1+x)(1+y)(1+x+y)xy.H(y,z) = \frac{(1+x)(1+y)(1+x+y)}{xy}.

C’est exactement H(x,y)H(x,y). Donc

H ⁣(y,1+yx)=H(x,y).\boxed{ H\!\left(y,\frac{1+y}{x}\right)=H(x,y). }
  1. Pour tout n≥0n\ge 0,
un+2=1+un+1un.u_{n+2}=\frac{1+u_{n+1}}{u_n}.

La question 5 s’applique avec

x=un,y=un+1,z=un+2,x=u_n, \qquad y=u_{n+1}, \qquad z=u_{n+2},

car les termes de la suite sont strictement positifs. Elle donne

H(un+1,un+2)=H(un,un+1).H(u_{n+1},u_{n+2}) = H(u_n,u_{n+1}).

Autrement dit,

In+1=Inpour tout n≥0.I_{n+1}=I_n \qquad\text{pour tout }n\ge 0.

La suite (In)(I_n) est donc constante. Sa valeur est celle du premier terme :

In=I0=H(a,b).I_n=I_0=H(a,b).

Ainsi

In=(1+a)(1+b)(1+a+b)abpour tout n≥0.\boxed{ I_n= \frac{(1+a)(1+b)(1+a+b)}{ab} \qquad\text{pour tout }n\ge 0. }

Éclairage. Une quantité qui garde la même valeur au cours de l’évolution est appelée un invariant. Ici, cette conservation se vérifie directement à partir de la relation de récurrence.

(a) La question 6 montre que, pour tout n≥0n\ge 0,

H(un,un+1)=H(a,b).H(u_n,u_{n+1})=H(a,b).

Ainsi chaque point

(un,un+1)(u_n,u_{n+1})

appartient à la même courbe de niveau, celle de niveau H(a,b)H(a,b).

(b) Cette conservation ne suffit pas à elle seule à prouver la 5-périodicité. En effet, une courbe de niveau peut contenir beaucoup plus de cinq points. Savoir que tous les couples (un,un+1)(u_n,u_{n+1}) restent sur une même courbe indique où l’évolution peut se déplacer, mais ne dit pas qu’après cinq étapes on retrouve exactement le point de départ.

La relation

un+5=unu_{n+5}=u_n

a été obtenue dans la première partie grâce au calcul exact des itérations.

III — Pourquoi le nombre 1 est-il si spécial ?

Comme λ>0\lambda>0 et v0=v1=1>0v_0=v_1=1>0, le même raisonnement qu’à la question 1 montre successivement que chaque dénominateur est non nul, que le terme suivant est défini et qu’il reste strictement positif. La suite (vn)(v_n) est donc bien définie à tout rang.

  1. On a
v2=λ+v1v0=λ+1.v_2 =\frac{\lambda+v_1}{v_0} =\lambda+1.

Puis

v3=λ+v2v1=λ+(λ+1)=2λ+1.v_3 =\frac{\lambda+v_2}{v_1} =\lambda+(\lambda+1) =2\lambda+1.

Ensuite,

v4=λ+v3v2=λ+(2λ+1)λ+1=3λ+1λ+1.v_4 =\frac{\lambda+v_3}{v_2} =\frac{\lambda+(2\lambda+1)}{\lambda+1} =\frac{3\lambda+1}{\lambda+1}.

Enfin,

v5=λ+v4v3=λ+3λ+1λ+12λ+1.v_5 =\frac{\lambda+v_4}{v_3} =\frac{ \lambda+\frac{3\lambda+1}{\lambda+1} }{ 2\lambda+1 }.

On met le numérateur au même dénominateur :

λ+3λ+1λ+1=λ(λ+1)+3λ+1λ+1=λ2+4λ+1λ+1.\lambda+\frac{3\lambda+1}{\lambda+1} = \frac{\lambda(\lambda+1)+3\lambda+1}{\lambda+1} = \frac{\lambda^2+4\lambda+1}{\lambda+1}.

Donc

v2=λ+1,v3=2λ+1,v4=3λ+1λ+1,v5=λ2+4λ+1(λ+1)(2λ+1).\boxed{ v_2=\lambda+1,\quad v_3=2\lambda+1,\quad v_4=\frac{3\lambda+1}{\lambda+1},\quad v_5=\frac{\lambda^2+4\lambda+1}{(\lambda+1)(2\lambda+1)}. }
  1. Comme λ>0\lambda>0, on a
λ+1>0et2λ+1>0.\lambda+1>0 \qquad\text{et}\qquad 2\lambda+1>0.

Le dénominateur de v5v_5 est donc non nul. Ainsi

v5=1v_5=1

équivaut à

λ2+4λ+1=(λ+1)(2λ+1).\lambda^2+4\lambda+1 = (\lambda+1)(2\lambda+1).

Or

(λ+1)(2λ+1)=2λ2+3λ+1.(\lambda+1)(2\lambda+1) = 2\lambda^2+3\lambda+1.

Donc

v5=1⟺λ2+4λ+1=2λ2+3λ+1v_5=1 \Longleftrightarrow \lambda^2+4\lambda+1 = 2\lambda^2+3\lambda+1 ⟺λ2−λ=0⟺λ(λ−1)=0.\Longleftrightarrow \lambda^2-\lambda=0 \Longleftrightarrow \lambda(\lambda-1)=0.

Comme λ>0\lambda>0, le cas λ=0\lambda=0 est exclu. Finalement,

v5=1⟺λ=1.\boxed{v_5=1\Longleftrightarrow \lambda=1.}
  1. Fixons λ>0\lambda>0. Pour tous x>0x>0 et y>0y>0, le même raisonnement qu’à la question 1 garantit d’abord que la relation de récurrence définit une suite à tout rang et que tous ses termes restent strictement positifs.

Supposons d’abord λ=1\lambda=1. La suite définie par

w0=x,w1=y,wn+2=1+wn+1wnw_0=x,\qquad w_1=y,\qquad w_{n+2}=\frac{1+w_{n+1}}{w_n}

est exactement du type étudié dans la partie I. La question 3 montre donc que

wn+5=wnpour tout n≥0.w_{n+5}=w_n \qquad\text{pour tout }n\ge 0.

Ainsi A1\mathcal A_1 est vraie.

Réciproquement, supposons Aλ\mathcal A_\lambda vraie. Cette affirmation doit alors être vraie en particulier pour le choix

x=y=1.x=y=1.

La suite obtenue est précisément (vn)(v_n). Puisqu’elle est 5-périodique,

v5=v0=1.v_5=v_0=1.

D’après la question 9, cela impose

λ=1.\lambda=1.

On a donc

Aλ est vraie⟺λ=1.\boxed{ \mathcal A_\lambda\text{ est vraie} \Longleftrightarrow \lambda=1. }

Synthèse. Pour λ=1\lambda=1, le calcul explicite force le retour exact après cinq étapes, quelles que soient les deux valeurs initiales positives. L’invariant HH décrit en parallèle une grandeur conservée le long de l’évolution. Lorsque le paramètre change, la périodicité universelle disparaît : le cas initial v0=v1=1v_0=v_1=1 suffit déjà à le détecter.

Ouverture. La récurrence de Lyness est un exemple de système dynamique discret : l’état au rang nn peut être représenté par le couple (un,un+1)(u_n,u_{n+1}). Pour le paramètre étudié ici, tous les états positifs reviennent après cinq itérations. Dans des versions plus générales, les orbites peuvent au contraire parcourir des courbes invariantes sans être périodiques.

Sources

[SOURCE] R. C. Lyness — Cycles. Lien direct [SOURCE] Gasull, Mañosa et Xarles — Rational Periodic Sequences for the Lyness Recurrence. Lien direct