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Corrigé détaillé · L3

Sur la possibilité de diviser par zéro

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Correction en ligne

Solution détaillée et rédaction

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I — Repartir de la construction des fractions

  1. Pour tout (a,b)A×S(a,b)\in A\times S, on a ab=baab=ba, donc (a,b)(a,b)(a,b)\sim(a,b) : la relation est réflexive. Elle est manifestement symétrique.

Pour la transitivité, supposons

(a,b)(c,d),(c,d)(e,f).(a,b)\sim(c,d),\qquad (c,d)\sim(e,f).

Alors

ad=bc,cf=de.ad=bc,\qquad cf=de.

En multipliant la première égalité par ff et la seconde par bb, on obtient

adf=bcf=bde.adf=bcf=bde.

Comme dSd\in S, on a d0d\neq0 ; l'intégrité de AA permet de simplifier par dd, d'où af=beaf=be. Ainsi (a,b)(e,f)(a,b)\sim(e,f) et \sim est bien une relation d'équivalence.

Pour vérifier la bonne définition des opérations, supposons

(a,b)(a,b),(c,d)(c,d).(a,b)\sim(a',b'),\qquad(c,d)\sim(c',d').

On a donc

ab=ab,cd=cd.ab'=a'b,\qquad cd'=c'd.

Pour l'addition,

(ad+bc)bd=abdd+bbcd=abdd+bbcd=(ad+bc)bd.\begin{aligned} (ad+bc)b'd' &=ab'dd'+bb'cd'\\ &=a'bdd'+bb'c'd\\ &=(a'd'+b'c')bd. \end{aligned}

Les deux représentants proposés pour la somme sont donc équivalents. Pour le produit,

(ac)bd=abcd=abcd=(ac)bd,(ac)b'd'=ab'cd'=a'bc'd=(a'c')bd,

ce qui donne également l'équivalence voulue. Les deux opérations sont bien définies sur le quotient.

  1. Supposons a/b=c/da/b=c/d dans KK. Alors ad=bcad=bc, donc
f(a)f(d)=f(b)f(c).f(a)f(d)=f(b)f(c).

Comme f(b)f(b) et f(d)f(d) sont inversibles,

f(a)f(b)1=f(c)f(d)1.f(a)f(b)^{-1}=f(c)f(d)^{-1}.

La formule de l'énoncé ne dépend donc pas du représentant.

Les identités

f~(ab+cd)=f(ad+bc)f(bd)1=f(a)f(b)1+f(c)f(d)1\widetilde f\left(\frac ab+\frac cd\right) =f(ad+bc)f(bd)^{-1} =f(a)f(b)^{-1}+f(c)f(d)^{-1}

et

f~(abcd)=f(ac)f(bd)1=f~(ab)f~(cd)\widetilde f\left(\frac ab\frac cd\right) =f(ac)f(bd)^{-1} =\widetilde f\left(\frac ab\right)\widetilde f\left(\frac cd\right)

montrent que f~\widetilde f est un morphisme d'anneaux. De plus,

f~(a1)=f(a)f(1)1=f(a).\widetilde f\left(\frac a1\right)=f(a)f(1)^{-1}=f(a).

Soit maintenant g:KBg:K\to B un morphisme d'anneaux tel que g(a/1)=f(a)g(a/1)=f(a) pour tout aAa\in A. Pour b0b\neq0,

ab=a1(b1)1.\frac ab=\frac a1\left(\frac b1\right)^{-1}.

Comme un morphisme d'anneaux envoie un élément inversible sur un élément inversible et préserve son inverse,

g(ab)=f(a)f(b)1.g\left(\frac ab\right) =f(a)f(b)^{-1}.

Ainsi g=f~g=\widetilde f. La factorisation est unique.

[IDÉE] C'est la propriété universelle usuelle du corps des fractions : le quotient est caractérisé par la possibilité, et l'unicité, de prolonger tout morphisme qui rend les dénominateurs inversibles.

  1. Sur A2A^2, la relation définie par ad=bcad=bc donne
(1,0)(0,0)(1,0)\sim(0,0)

car 10=001\cdot0=0\cdot0, et

(0,0)(0,1)(0,0)\sim(0,1)

car 01=000\cdot1=0\cdot0.

En revanche,

11001\cdot1\neq0\cdot0

puisque AA est non nul. Donc (1,0)(1,0) n'est pas relié à (0,1)(0,1).

La transitivité échoue. Le couple (0,0)(0,0) est précisément le point qui relie artificiellement des couples qui ne devraient pas être identifiés : lorsqu'il est autorisé, l'égalité croisée ad=bcad=bc n'est plus une relation d'équivalence.

II — Un quotient qui accepte le dénominateur nul

  1. Pour tout (a,b)A2(a,b)\in A^2,
1(a,b)=1(a,b),1(a,b)=1(a,b),

avec 1S1\in S, donc (a,b)(a,b)(a,b)\approx(a,b).

La symétrie est immédiate : si s(a,b)=t(c,d)s(a,b)=t(c,d), alors t(c,d)=s(a,b)t(c,d)=s(a,b).

Pour la transitivité, supposons

s(a,b)=t(c,d),u(c,d)=v(e,f),s(a,b)=t(c,d),\qquad u(c,d)=v(e,f),

avec s,t,u,vSs,t,u,v\in S. Alors

us(a,b)=ut(c,d)=tv(e,f).us(a,b)=ut(c,d)=tv(e,f).

Comme AA est intègre, usus et tvtv sont encore non nuls, donc appartiennent à SS. Ainsi (a,b)(e,f)(a,b)\approx(e,f). La relation \approx est une relation d'équivalence.

  1. Supposons d'abord b,dSb,d\in S et (a,b)(c,d)(a,b)\approx(c,d). Il existe s,tSs,t\in S tels que
sa=tc,sb=td.sa=tc,\qquad sb=td.

Alors

sad=tcd,sad=tcd,

et, en multipliant sb=tdsb=td par cc,

sbc=tcd.sbc=tcd.

D'où s(adbc)=0s(ad-bc)=0. Comme s0s\neq0 et AA est intègre,

ad=bc.ad=bc.

Réciproquement, si ad=bcad=bc, alors

d(a,b)=(da,db)=(bc,bd)=b(c,d),d(a,b)=(da,db)=(bc,bd)=b(c,d),

avec b,dSb,d\in S. Ainsi (a,b)(c,d)(a,b)\approx(c,d).

Pour la classe du couple nul, si (a,b)(0,0)(a,b)\approx(0,0), il existe s,tSs,t\in S tels que

s(a,b)=t(0,0)=(0,0).s(a,b)=t(0,0)=(0,0).

Donc sa=sb=0sa=sb=0. L'intégrité et s0s\neq0 imposent a=b=0a=b=0. La classe de (0,0)(0,0) est donc le singleton {(0,0)}\{(0,0)\}.

Enfin, les quatre éléments ,0,1,\bot,0,1,\infty sont distincts. Par exemple, si [0,1]=[1,1][0,1]=[1,1], il existerait s,tSs,t\in S tels que (0,s)=(t,t)(0,s)=(t,t), donc t=0t=0, impossible. Si [1,0]=[1,1][1,0]=[1,1], on aurait (s,0)=(t,t)(s,0)=(t,t) et donc t=0t=0. Si [0,1]=[1,0][0,1]=[1,0], on aurait (0,s)=(t,0)(0,s)=(t,0) et donc s=t=0s=t=0. La classe \bot ne peut coïncider avec aucune des trois autres puisque sa classe est réduite au couple nul, alors que (0,1)(0,1), (1,1)(1,1) et (1,0)(1,0) sont non nuls.

  1. Si [a,b]=[c,d][a,b]=[c,d], il existe s,tSs,t\in S tels que
s(a,b)=t(c,d).s(a,b)=t(c,d).

En échangeant les coordonnées,

s(b,a)=t(d,c),s(b,a)=t(d,c),

ce qui montre [b,a]=[d,c][b,a]=[d,c]. L'application ι\iota est bien définie.

Pour tout [a,b]W(A)[a,b]\in W(A),

(ιι)([a,b])=ι([b,a])=[a,b].(\iota\circ\iota)([a,b])=\iota([b,a])=[a,b].

Donc ι2=idW(A)\iota^2=\operatorname{id}_{W(A)}. Enfin,

ι(0)=ι([0,1])=[1,0]=,\iota(0)=\iota([0,1])=[1,0]=\infty, ι()=0,\iota(\infty)=0,

et

ι()=.\iota(\bot)=\bot.

[IDÉE] L'inversion n'est pas ajoutée après coup : elle est déjà présente dans la symétrie des coordonnées du quotient.

III — Une droite projective, et un point de plus

  1. Si [a,b]=[c,d][a,b]=[c,d] dans W(A){}W(A)\setminus\{\bot\}, il existe s,tSs,t\in S tels que
s(a,b)=t(c,d).s(a,b)=t(c,d).

Dans KK, cela donne

(c,d)=st(a,b),(c,d)=\frac{s}{t}(a,b),

avec s/tKs/t\in K^*. Les deux couples définissent donc le même point projectif. Ainsi Θ\Theta est bien définie.

Supposons maintenant

Θ([a,b])=Θ([c,d]).\Theta([a,b])=\Theta([c,d]).

Il existe λK\lambda\in K^* tel que

(c,d)=λ(a,b).(c,d)=\lambda(a,b).

Écrivons λ=p/q\lambda=p/q avec p,qSp,q\in S. Alors

q(c,d)=p(a,b),q(c,d)=p(a,b),

ce qui est exactement la relation (a,b)(c,d)(a,b)\approx(c,d). Donc [a,b]=[c,d][a,b]=[c,d] et Θ\Theta est injective.

Enfin, soit [x:y]P1(K)[x:y]\in\mathbf P^1(K). Écrivons

x=as,y=bt,x=\frac a s,\qquad y=\frac b t,

avec a,bAa,b\in A et s,tSs,t\in S. Alors

[x:y]=[at:bs][x:y]=[at:bs]

car (at,bs)=st(x,y)(at,bs)=st(x,y). Le couple (at,bs)(at,bs) n'est pas nul puisque (x,y)(x,y) ne l'est pas. Le point [x:y][x:y] est donc l'image de [at,bs]W(A){}[at,bs]\in W(A)\setminus\{\bot\}. Ainsi Θ\Theta est surjective.

  1. Si y0y\neq0, alors
[x:y]=[xy1:1].[x:y]=[xy^{-1}:1].

Si [u:1]=[v:1][u:1]=[v:1], il existe λK\lambda\in K^* tel que (v,1)=λ(u,1)(v,1)=\lambda(u,1). La seconde coordonnée impose λ=1\lambda=1, puis u=vu=v. L'écriture [x:1][x:1] est donc unique.

Si la seconde coordonnée est nulle, un point projectif s'écrit [x:0][x:0] avec x0x\neq0, et

[x:0]=[1:0][x:0]=[1:0]

après multiplication par x1x^{-1}. Il y a donc un unique tel point.

On obtient alors

P1(K)K{},\mathbf P^1(K)\simeq K\sqcup\{\infty\},

et la question 7 donne

W(A){}P1(K).W(A)\setminus\{\bot\}\simeq\mathbf P^1(K).

Par conséquent,

W(A)K{,}\boxed{W(A)\simeq K\sqcup\{\infty,\bot\}}

comme ensembles.

Il faut distinguer les deux points ajoutés : \infty appartient déjà à la complétion projective de la droite affine, alors que \bot provient précisément du couple nul que la définition de l'espace projectif exclut.

IV — Les opérations de fractions survivent-elles ?

  1. Supposons
s(a,b)=t(a,b),u(c,d)=v(c,d),s(a,b)=t(a',b'),\qquad u(c,d)=v(c',d'),

avec s,t,u,vSs,t,u,v\in S. On a alors

sa=ta,sb=tb,uc=vc,ud=vd.sa=ta',\quad sb=tb',\quad uc=vc',\quad ud=vd'.

Pour l'addition,

su(ad+bc)=(sa)(ud)+(sb)(uc)=(ta)(vd)+(tb)(vc)=tv(ad+bc),\begin{aligned} su(ad+bc) &=(sa)(ud)+(sb)(uc)\\ &=(ta')(vd')+(tb')(vc')\\ &=tv(a'd'+b'c'), \end{aligned}

et

su(bd)=(sb)(ud)=(tb)(vd)=tv(bd).su(bd)=(sb)(ud)=(tb')(vd')=tv(b'd').

Comme su,tvSsu,tv\in S, les deux sommes sont équivalentes. L'addition est bien définie.

Pour la multiplication,

su(ac)=(sa)(uc)=(ta)(vc)=tv(ac)su(ac)=(sa)(uc)=(ta')(vc')=tv(a'c')

et, comme ci-dessus, su(bd)=tv(bd)su(bd)=tv(b'd'). La multiplication est donc bien définie.

Enfin, si s(a,b)=t(a,b)s(a,b)=t(a',b'), alors

s(a,b)=(sa,sb)=(ta,tb)=t(a,b),s(-a,b)=(-sa,sb)=(-ta',tb')=t(-a',b'),

ce qui montre que la négation est bien définie.

La commutativité de ++ et de \cdot est immédiate sur les formules. Pour l'associativité, si x=[a,b]x=[a,b], y=[c,d]y=[c,d] et z=[e,f]z=[e,f], alors

(x+y)+z=[adf+bcf+bde,bdf]=x+(y+z),(x+y)+z=[adf+bcf+bde,bdf]=x+(y+z),

et

(xy)z=[ace,bdf]=x(yz).(xy)z=[ace,bdf]=x(yz).

Par ailleurs,

[a,b]+[0,1]=[a,b],[a,b][1,1]=[a,b].[a,b]+[0,1]=[a,b],\qquad [a,b][1,1]=[a,b].

Ainsi (W(A),+,0)(W(A),+,0) et (W(A),,1)(W(A),\cdot,1) sont deux monoïdes commutatifs.

En revanche, la négation n'est pas en général l'inverse pour l'addition. On a =[1,0]=[1,0]=-\infty=[-1,0]=[1,0]=\infty, car 1S-1\in S, et donc

+()=+=0.\infty+(-\infty)=\infty+\infty=\bot\neq0.

C'est une autre manifestation du fait que la structure additive globale n'est pas un groupe.

  1. Si a/b=c/da/b=c/d dans KK, alors ad=bcad=bc. Comme b,d0b,d\neq0, la question 5(a) donne (a,b)(c,d)(a,b)\approx(c,d). L'application jj est donc bien définie.

Réciproquement, si j(a/b)=j(c/d)j(a/b)=j(c/d), la même question 5(a) donne ad=bcad=bc, donc a/b=c/da/b=c/d dans KK. Ainsi jj est injective.

Les formules définissant les opérations dans W(A)W(A) sont exactement celles des fractions ordinaires. On a donc

j(0)=0,j(1)=1,j(0)=0,\qquad j(1)=1, j(x+y)=j(x)+j(y),j(xy)=j(x)j(y),j(x)=j(x).j(x+y)=j(x)+j(y),\qquad j(xy)=j(x)j(y),\qquad j(-x)=-j(x).

Enfin, si x=a/b0x=a/b\neq0, alors a0a\neq0 et

ι(j(x))=ι([a,b])=[b,a]=j(ba)=j(x1).\iota(j(x))=\iota([a,b])=[b,a] =j\left(\frac ba\right)=j(x^{-1}).
  1. Écrivons x=[a,b]Kx=[a,b]\in K, donc b0b\neq0.

Pour l'addition,

x+=[a,b]+[1,0]=[b,0].x+\infty=[a,b]+[1,0]=[b,0].

Comme b0b\neq0,

[b,0]=[1,0]=.[b,0]=[1,0]=\infty.

En revanche,

+=[1,0]+[1,0]=[0,0]=.\infty+\infty=[1,0]+[1,0]=[0,0]=\bot.

Pour la multiplication,

x=[a,b][1,0]=[a,0].x\infty=[a,b][1,0]=[a,0].

Si x0x\neq0, alors a0a\neq0, donc [a,0]=[a,0]=\infty. Mais

0=[0,1][1,0]=[0,0]=,0\infty=[0,1][1,0]=[0,0]=\bot,

et

2=[1,0][1,0]=[1,0]=.\infty^2=[1,0][1,0]=[1,0]=\infty.

Enfin,

x+=[a,b]+[0,0]=[0,0]=,x+\bot=[a,b]+[0,0]=[0,0]=\bot,

et

x=[a,b][0,0]=[0,0]=.x\bot=[a,b][0,0]=[0,0]=\bot.

Le point \bot est donc absorbant pour l'addition et la multiplication dans cette construction.

  1. Pour z=[a,b]z=[a,b],
0z=[0,1][a,b]=[0,b].0z=[0,1][a,b]=[0,b].

Si b0b\neq0, la question 5(a) donne [0,b]=[0,1]=0[0,b]=[0,1]=0.

Si b=0b=0, alors [0,b]=[0,0]=0[0,b]=[0,0]=\bot\neq0. Ainsi

0z=0b0.0z=0\quad\Longleftrightarrow\quad b\neq0.

Les classes qui admettent un représentant à dénominateur non nul sont précisément celles provenant de KK par jj. Par conséquent

R=j(K)K=S1A.\boxed{R=j(K)\simeq K=S^{-1}A.}

[IDÉE] L'extension totale ne remplace pas la localisation ordinaire : elle la contient exactement comme partie régulière.

  1. Prenons
x=[a,b],y=[c,d],z=[e,f].x=[a,b],\qquad y=[c,d],\qquad z=[e,f].

On calcule

(x+y)z=[(ad+bc)e,bdf](x+y)z=[(ad+bc)e,bdf]

et

0z=[0,f].0z=[0,f].

Donc

(x+y)z+0z=[(ad+bc)ef,bdf2].(x+y)z+0z=[(ad+bc)ef,bdf^2].

D'autre part,

xz=[ae,bf],yz=[ce,df],xz=[ae,bf],\qquad yz=[ce,df],

puis

xz+yz=[aedf+cebf,bdf2]=[(ad+bc)ef,bdf2].xz+yz=[aedf+cebf,bdf^2] =[(ad+bc)ef,bdf^2].

Les représentants sont même identiques. Ainsi

(x+y)z+0z=xz+yz.\boxed{(x+y)z+0z=xz+yz.}

Si zRz\in R, alors 0z=00z=0, d'où

(x+y)z=xz+yz.(x+y)z=xz+yz.

En revanche, avec x=1x=1, y=0y=0 et z=z=\infty,

(1+0)=,(1+0)\infty=\infty,

alors que

1+0=+=.1\infty+0\infty=\infty+\bot=\bot.

Comme \infty\neq\bot, la distributivité ordinaire échoue dans W(A)W(A).

V — Une propriété de factorisation

  1. Supposons [a,b]=[c,d][a,b]=[c,d]. Il existe s,tSs,t\in S tels que
s(a,b)=t(c,d).s(a,b)=t(c,d).

Dans MM, en utilisant la commutativité et l'hypothèse φ(s)φ(s)=1\varphi(s)\varphi(s)^*=1,

φ(sa)φ(sb)=φ(s)φ(a)(φ(s)φ(b))=φ(s)φ(s)φ(a)φ(b)=φ(a)φ(b).\begin{aligned} \varphi(sa)\varphi(sb)^* &=\varphi(s)\varphi(a)\bigl(\varphi(s)\varphi(b)\bigr)^*\\ &=\varphi(s)\varphi(s)^*\,\varphi(a)\varphi(b)^*\\ &=\varphi(a)\varphi(b)^*. \end{aligned}

De même,

φ(tc)φ(td)=φ(c)φ(d).\varphi(tc)\varphi(td)^*=\varphi(c)\varphi(d)^*.

Or sa=tcsa=tc et sb=tdsb=td, donc les membres de gauche sont égaux. Ainsi

φ(a)φ(b)=φ(c)φ(d),\varphi(a)\varphi(b)^*=\varphi(c)\varphi(d)^*,

et φ^\widehat\varphi est bien définie.

Pour la multiplication,

φ^([a,b][c,d])=φ^([ac,bd])=φ(ac)φ(bd)=φ(a)φ(b)φ(c)φ(d)=φ^([a,b])φ^([c,d]).\begin{aligned} \widehat\varphi([a,b][c,d]) &=\widehat\varphi([ac,bd])\\ &=\varphi(ac)\varphi(bd)^*\\ &=\varphi(a)\varphi(b)^*\,\varphi(c)\varphi(d)^*\\ &=\widehat\varphi([a,b])\widehat\varphi([c,d]). \end{aligned}

De plus,

φ^(1)=φ^([1,1])=1,\widehat\varphi(1)=\widehat\varphi([1,1])=1,

et

φ^(ι([a,b]))=φ^([b,a])=φ(b)φ(a)=(φ(a)φ(b))=φ^([a,b]).\begin{aligned} \widehat\varphi(\iota([a,b])) &=\widehat\varphi([b,a])\\ &=\varphi(b)\varphi(a)^*\\ &=\bigl(\varphi(a)\varphi(b)^*\bigr)^*\\ &=\widehat\varphi([a,b])^*. \end{aligned}

Ainsi φ^\widehat\varphi est un morphisme de monoïdes à involution. Enfin,

(φ^η)(a)=φ^([a,1])=φ(a)φ(1)=φ(a).(\widehat\varphi\circ\eta)(a) =\widehat\varphi([a,1]) =\varphi(a)\varphi(1)^* =\varphi(a).

Tout élément de W(A)W(A) vérifie

η(a)ι(η(b))=[a,1][1,b]=[a,b].\eta(a)\,\iota(\eta(b)) =[a,1][1,b]=[a,b].

Si F:W(A)MF:W(A)\to M est un morphisme de monoïdes à involution tel que Fη=φF\circ\eta=\varphi, alors

F([a,b])=F(η(a)ι(η(b)))=F(η(a))F(ι(η(b)))=φ(a)φ(b).\begin{aligned} F([a,b]) &=F\bigl(\eta(a)\,\iota(\eta(b))\bigr)\\ &=F(\eta(a))\,F(\iota(\eta(b)))\\ &=\varphi(a)\,\varphi(b)^*. \end{aligned}

Donc F=φ^F=\widehat\varphi. L'extension est unique.

Dans la question 2, on imposait que chaque φ(s)\varphi(s) devienne un élément inversible et l'on utilisait son inverse multiplicatif. Ici, on impose plutôt

φ(s)φ(s)=1,\varphi(s)\varphi(s)^*=1,

c'est-à-dire que l'involution fournisse, pour les éléments de SS, un inverse multiplicatif. La construction W(A)W(A) est alors universelle pour cette exigence au niveau du monoïde multiplicatif muni de son involution.

[IDÉE] Cette formulation est volontairement concrète. Dans l'article de Carlström, elle apparaît comme la propriété universelle de la construction multiplicative sous-jacente ; l'étude complète des wheels ajoute les opérations additives et conduit à un énoncé catégorique plus riche.

VI — Une autre totalisation locale

  1. Si x0x\neq0, alors x=x10x^\dagger=x^{-1}\neq0, donc
(x)=(x1)1=x.(x^\dagger)^\dagger=(x^{-1})^{-1}=x.

Si x=0x=0, alors (x)=0=0=x(x^\dagger)^\dagger=0^\dagger=0=x. Ainsi

(x)=x(x^\dagger)^\dagger=x

pour tout xKx\in K.

Si x0x\neq0,

x(xx)=x(xx1)=x,x(xx^\dagger)=x(xx^{-1})=x,

et, si x=0x=0, les deux membres sont nuls. On a donc également

x(xx)=xx(xx^\dagger)=x

pour tout xKx\in K.

Avec la convention x/y=xyx/y=x\,y^\dagger,

10=10=0.\frac10=1\cdot0^\dagger=0.

Cette totalisation conserve donc d'autres identités globales que la wheel construite dans le problème, au prix d'un choix différent pour l'inversion de 00.

Bilan culturel

Le problème a suivi la construction de fractions proposée par Jesper Carlström pour les wheels : la relation d'équivalence est modifiée de façon à ne pas s'effondrer lorsque le dénominateur nul est autorisé, et la structure obtenue contient la localisation ordinaire comme partie régulière. La question 14 isole la propriété universelle de la construction multiplicative qui accompagne ce quotient.

Dans une autre direction, Jan A. Bergstra, John V. Tucker et leurs collaborateurs ont développé la théorie des meadows, où l'inversion est totale et satisfait notamment les deux identités de la question 15, ce qui force 01=00^{-1}=0. Les common meadows, introduits par Bergstra et Alban Ponse puis étudiés notamment par Bergstra et Tucker, utilisent au contraire une valeur d'erreur supplémentaire qui se propage dans les calculs. Il s'agit de structures définies par des choix axiomatiques différents, adaptés à des propriétés algébriques ou calculatoires différentes.

Conclusion

La construction ordinaire des fractions part de couples (a,b)(a,b) avec b0b\neq0 et d'une relation d'équivalence qui encode le produit en croix. Dès que le couple nul est autorisé, cette relation cesse d'être transitive ; la modification de Carlström rétablit un quotient non trivial. Hors du couple nul, ce quotient est exactement la droite projective P1(K)\mathbf P^1(K) : il contient donc la droite affine KK, son point à l'infini, puis un point supplémentaire \bot issu de (0,0)(0,0).

Les opérations usuelles de fractions descendent au quotient, l'inversion devient l'échange des coordonnées, et le corps K=S1AK=S^{-1}A réapparaît exactement comme la partie sur laquelle 0z=00z=0. Enfin, la propriété de factorisation de la question 14 montre que la construction multiplicative n'est pas une convention arbitraire une fois fixée l'exigence d'une involution fournissant les inverses des éléments de SS. C'est en ce sens précis — relatif aux propriétés que l'on demande de préserver — que la construction apparaît naturellement.

Sources

[SOURCE] Jesper Carlström, Wheels — on division by zero, Mathematical Structures in Computer Science 14 (2004), 143–184. Lien direct

[SOURCE] Jesper Carlström, Wheels — on division by zero, Stockholm University Research Report 11 (2001), version originale du rapport. Lien direct

[SOURCE] Jan A. Bergstra et John V. Tucker, The Rational Numbers as an Abstract Data Type, Journal of the ACM 54 (2007). Lien direct

[SOURCE] Jan A. Bergstra, Yoram Hirshfeld et John V. Tucker, Meadows and the equational specification of division, Theoretical Computer Science 410 (2009), 1261–1271. Lien direct

[SOURCE] Jan A. Bergstra et Alban Ponse, Division by zero in common meadows (2014/2015). Lien direct

[SOURCE] Jan A. Bergstra et John V. Tucker, A Complete Finite Axiomatisation of the Equational Theory of Common Meadows. Lien direct