Adultes · Reprendre les maths · ≈ 1 h 30
Des premiers calculs à une preuve générale · Divisibilité · Nombres premiers · Raisonnement logique
Les nombres premiers s’arrêtent-ils un jour ?
Un problème progressif conçu pour les adultes qui reprennent les maths : repartir de calculs simples, réactiver la divisibilité et les nombres premiers, puis reconstruire pas à pas la preuve de l’infinité des nombres premiers.
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- 01Réactiver progressivement les notions de diviseur, multiple, nombre premier et nombre composé
- 02Passer d’expériences numériques à un raisonnement général sur une liste finie de nombres premiers
- 03Comprendre pourquoi le produit des nombres premiers d’une liste, augmenté de 1, possède un facteur premier nouveau
- 04Reconstruire et rédiger une preuve de l’infinité des nombres premiers
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Opérations élémentaires sur les nombres entiers
- Aucun ancien cours à reprendre : les notions utiles sont réintroduites dans le problème
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 1 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Les nombres premiers commencent par On peut continuer à en chercher et en trouver beaucoup d'autres. Mais trouver toujours plus d'exemples ne répond pas à la question essentielle : comment savoir que cette liste ne finira jamais ? Ce problème propose de repartir de calculs très simples, puis de faire peu à peu apparaître une idée générale jusqu'à obtenir une véritable démonstration.
Vous pouvez vous lancer si...
Vous savez effectuer les opérations élémentaires sur les nombres entiers. Une calculatrice peut être utilisée pour les calculs : l'essentiel du problème est ailleurs. Les mots diviseur, multiple, nombre premier, nombre composé et factorisation seront remis en place au moment où ils deviennent utiles.
I — Retrouver quelques repères
On dit qu'un entier divise un entier lorsqu'on peut écrire
avec entier. Par exemple, , donc divise . On peut dire la même chose dans l'autre sens : est un multiple de .
- Parmi les nombres , lesquels divisent ? Pour chacun de ceux que vous retenez, écrivez sous la forme d'un produit qui justifie votre réponse.
Un nombre premier est un entier strictement supérieur à qui n'a que deux diviseurs positifs : et lui-même. Ainsi, est premier.
Un entier strictement supérieur à qui n'est pas premier est appelé composé. Par exemple, , donc est composé. Écrire un nombre sous la forme d'un produit s'appelle une factorisation.
- Parmi , repérez les nombres premiers et les nombres composés. Pour chaque nombre composé, donnez une factorisation qui le montre immédiatement.
II — Un nombre premier finit toujours par apparaître
Nous allons établir un petit résultat qui sera utilisé plusieurs fois ensuite.
Prenons un entier strictement supérieur à . Pour parler de n'importe quel entier de ce type sans en choisir un en particulier, nous allons utiliser une lettre et l'appeler .
[IDÉE] La lettre ne représente pas un nombre mystérieux : elle signifie simplement « un entier strictement supérieur à , quel qu'il soit ». Utiliser une lettre permet de raisonner en une seule fois sur tous les entiers concernés. Par exemple, si , le plus petit diviseur de strictement supérieur à est .
Parmi les diviseurs de strictement supérieurs à , choisissons le plus petit et appelons-le .
(a) Pourquoi est-on certain qu'il existe au moins un diviseur de strictement supérieur à ?
(b) Imaginons que soit composé. Il pourrait alors s'écrire avec . Comme divise , on peut également écrire pour un certain entier . En remplaçant par , montrez que divise lui aussi .
(c) Pourquoi cela est-il incompatible avec le choix de comme plus petit diviseur de strictement supérieur à ? Concluez : tout entier strictement supérieur à possède au moins un diviseur premier.
III — Une expérience qui fonctionne... puis qui nous piège
Commençons avec seulement trois nombres premiers :
Multiplions-les, puis ajoutons :
- On a et . Expliquez pourquoi , et ne peuvent pas diviser .
[IDÉE] Pour vous orienter : la différence de deux multiples d'un même entier est encore un multiple de cet entier. Ainsi, si un même entier divisait et , il devrait aussi diviser . Demandez-vous si cela est possible pour , ou .
- Le nombre est strictement supérieur à . D'après la partie II, il possède donc au moins un diviseur premier. Pourquoi ce diviseur premier ne peut-il être ni , ni , ni ? Qu'est-ce que cette construction nous a donc permis de découvrir à partir de la liste ?
Dans cet exemple, est lui-même premier. On pourrait être tenté d'en déduire la règle suivante :
« Si l'on multiplie plusieurs nombres premiers et que l'on ajoute , le résultat est toujours premier. »
Ce serait faux. En effet,
et
Le nombre est donc composé.
(a) Pourquoi cet exemple suffit-il à réfuter la règle proposée ci-dessus ?
(b) Pourtant, quelque chose d'essentiel dans notre première expérience reste vrai. Reprenez le raisonnement de la question 4 en observant que . Expliquez pourquoi aucun des nombres ne divise .
(c) possède au moins un diviseur premier. Que pouvez-vous affirmer sur ce diviseur premier par rapport aux six nombres premiers de la liste ?
(d) Reformulez avec vos propres mots ce que la construction « produit des nombres premiers de la liste » permet réellement d'obtenir.
IV — La même expérience, quelle que soit la liste
Avant de passer à un raisonnement complètement général, faisons encore un essai.
- Choisissez quatre nombres premiers. Si vous préférez ne pas choisir, vous pouvez prendre . Multipliez-les puis ajoutez . Sans chercher à savoir si le nombre obtenu est premier, reprenez le mécanisme de la question 4 : le produit et le nouveau nombre diffèrent de . Pourquoi aucun des quatre nombres premiers de départ ne divise-t-il le nouveau nombre ? Que peut-on alors affirmer sur au moins un de ses diviseurs premiers ?
Nous avons maintenant répété la même expérience avec plusieurs listes particulières. Il est temps de faire disparaître les valeurs numériques.
Imaginons n'importe quelle liste finie non vide de nombres premiers. Appelons simplement le produit de tous les nombres premiers présents dans cette liste.
[IDÉE] La lettre permet de ne plus choisir une liste particulière. Le raisonnement qui suit doit fonctionner pour quatre nombres premiers, pour cent, ou pour n'importe quel nombre fini d'entre eux. C'est le passage des exemples à une affirmation générale.
(a) On construit . Prenez n'importe quel nombre premier de la liste : il divise puisque est le produit de tous les nombres de la liste. Supposons, pour vous aider à raisonner, qu'il divise aussi . Que devrait-il alors diviser en considérant la différence ? Pourquoi est-ce impossible ?
(b) Pourtant, . Que nous garantit la partie II ?
(c) Que pouvez-vous en conclure sur au moins un diviseur premier de ? Complétez finalement l'idée suivante : « À partir de n'importe quelle liste finie non vide de nombres premiers, on peut toujours... »
V — Peut-il alors exister un dernier nombre premier ?
Supposons maintenant, pour voir où cette hypothèse nous conduit, qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers.
Ils pourraient être très nombreux, peut-être tellement nombreux qu'il serait irréaliste de les écrire tous effectivement. Mais le mot fini signifie qu'il y en aurait malgré tout un nombre déterminé.
-
Expliquez pourquoi, sous cette hypothèse, on pourrait au moins en principe imaginer une liste finie contenant tous les nombres premiers sans exception. Reprenez alors le résultat obtenu à la question 8. Que se passe-t-il si on applique la construction précédente à cette liste supposée complète ? Menez le raisonnement jusqu'à l'impossibilité.
-
Reformulez maintenant l'ensemble du raisonnement sous la forme d'une démonstration autonome, compréhensible par quelqu'un qui n'a pas lu les questions précédentes. Votre texte doit expliquer ce que l'on suppose au départ, quel nombre on construit, pourquoi aucun nombre premier de la liste supposée complète ne le divise, pourquoi il possède pourtant un diviseur premier, puis pourquoi cela conduit à une contradiction. Concluez clairement.
Un très ancien raisonnement
L'idée mathématique que vous venez de reconstruire apparaît dans les Éléments d'Euclide, écrits il y a plus de deux millénaires. Sa présentation n'est pas exactement celle que l'on rencontre souvent aujourd'hui : Euclide part lui aussi d'une collection finie de nombres premiers et montre qu'elle ne peut jamais constituer une liste définitive. Le passage des exemples particuliers à une liste arbitraire est donc véritablement au cœur du raisonnement.
Une dernière surprise
Le résultat obtenu signifie qu'il y aura toujours d'autres nombres premiers, aussi loin que l'on aille. Cela ne signifie pourtant pas qu'ils apparaissent à intervalles réguliers : on peut rencontrer des suites de nombres composés consécutifs aussi longues que l'on veut.
[IDÉE] Ce phénomène peut sembler contradictoire, mais il ne l'est pas. « Il existe une infinité de nombres premiers » signifie qu'il n'y en a pas de dernier ; cela n'empêche pas que deux zones contenant des nombres premiers puissent être séparées par une très longue suite d'entiers composés. Un autre problème pourra montrer comment fabriquer explicitement de telles suites.
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