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Corrigé détaillé · Reprendre les maths

Des premiers calculs à une preuve générale · Divisibilité · Nombres premiers · Raisonnement logique

Les nombres premiers s’arrêtent-ils un jour ?

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

Ce corrigé reprend le raisonnement étape par étape. Les encadrés « À retenir » isolent les résultats essentiels, et les encadrés « Idée » mettent en évidence les mécanismes qui seront réutilisés plus loin.

I — Retrouver quelques repères

Dire que aa divise 1818 signifie qu'il existe un entier kk tel que

18=a×k.18=a\times k.

Autrement dit, la division de 1818 par aa doit « tomber juste » : le quotient doit être un entier, ou, si l'on effectue une division euclidienne, le reste doit être nul.

Pour 22, 33 et 66, on trouve immédiatement

18=2×9,18=3×6,18=6×3.18=2\times9,\qquad 18=3\times6,\qquad 18=6\times3.

Les nombres 22, 33 et 66 divisent donc 1818.

Regardons maintenant 44 et 55. Les divisions euclidiennes donnent

18=4×4+2,18=5×3+3.18=4\times4+2, \qquad 18=5\times3+3.

Dans le premier cas, le quotient est 44 et le reste est 22 ; dans le second, le quotient est 33 et le reste est 33. Les restes ne sont pas nuls. Cela signifie qu'il n'existe pas d'entier kk tel que 18=4k18=4k, ni d'entier kk tel que 18=5k18=5k.

On peut dire la même chose avec la division ordinaire : 18/4=4,518/4=4{,}5 et 18/5=3,618/5=3{,}6 ne sont pas des entiers.

À retenir — 22, 33 et 66 divisent 1818 ; 44 et 55 ne divisent pas 1818.

[IDÉE] Trois formulations disent ici la même chose : « aa divise nn », « n/an/a est un entier », « dans la division euclidienne de nn par aa, le reste est 00 ». Suivant la situation, on peut utiliser la formulation la plus pratique.

Commençons par distinguer deux types de vérification.

  • Pour montrer qu'un entier est composé, il suffit de trouver une seule factorisation en deux entiers strictement supérieurs à 11.
  • Pour montrer qu'un entier n>1n>1 est premier, il faut au contraire vérifier qu'aucun entier de 22 à n1n-1 ne le divise. C'est une vérification finie : il n'y a qu'un nombre fini de candidats à tester.

Pour 77, les seuls candidats autres que 11 et 77 sont 2,3,4,5,62,3,4,5,6. On peut effectuer les divisions euclidiennes :

7=2×3+1,7=3×2+1,7=4×1+3,7=5×1+2,7=6×1+1.\begin{aligned} 7&=2\times3+1, & 7&=3\times2+1,\\ 7&=4\times1+3, & 7&=5\times1+2,\\ 7&=6\times1+1. \end{aligned}

Aucun reste n'est nul. Aucun des entiers 2,3,4,5,62,3,4,5,6 ne divise donc 77. Ses seuls diviseurs positifs sont 11 et 77 : 77 est premier.

Pour 1212, une seule égalité suffit :

12=3×4.12=3\times4.

Comme 3>13>1 et 4>14>1, 1212 possède des diviseurs autres que 11 et lui-même : il est composé.

Pour 1717, on pourrait de la même manière tester successivement les divisions de 1717 par

2,3,4,,16.2,3,4,\ldots,16.

Aucune ne donne un quotient entier, c'est-à-dire qu'aucune division euclidienne n'a un reste nul. Il n'y a donc pas de diviseur positif de 1717 autre que 11 et 1717 : 1717 est premier. Nous ne recopions pas ici les quinze divisions, mais c'est bien cette vérification finie qui justifie l'affirmation.

Enfin,

21=3×7,21=3\times7,

donc 2121 est composé.

À retenir — 77 et 1717 sont premiers ; 1212 et 2121 sont composés.

[IDÉE] Il existe des méthodes qui réduisent fortement le nombre de divisions nécessaires pour tester si un entier est premier. Pour le raisonnement présent, il suffit de savoir que la vérification porte sur un nombre fini de candidats.

II — Un nombre premier finit toujours par apparaître

(a) Nous devons d'abord justifier deux choses : qu'il existe bien au moins un diviseur de NN strictement supérieur à 11, puis que l'on peut parler du plus petit d'entre eux.

Puisque NN est un entier strictement supérieur à 11, on a

N=N×1.N=N\times1.

Ainsi NN divise NN. Le nombre NN lui-même est donc un diviseur de NN strictement supérieur à 11 : la liste que nous considérons n'est pas vide.

Ensuite, un diviseur positif dd de NN ne peut pas être plus grand que NN. En effet, si dd divise NN, alors il existe un entier positif kk tel que

N=d×k.N=d\times k.

Comme k1k\ge1, on a nécessairement dNd\le N.

Tous les diviseurs positifs de NN sont donc pris parmi la liste finie

1,2,3,,N.1,2,3,\ldots,N.

Les diviseurs strictement supérieurs à 11 forment ainsi une liste finie et non vide. Dans une liste finie non vide de nombres entiers, on peut toujours repérer le plus petit élément. C'est ce plus petit diviseur que nous appelons dd.

[IDÉE] Exemple : si N=35N=35, les diviseurs positifs sont 1,5,7,351,5,7,35. Ceux qui sont strictement supérieurs à 11 sont 5,7,355,7,35, et le plus petit est 55. Le raisonnement précédent garantit que cette situation — une liste finie non vide avec un plus petit élément — existe pour tout entier N>1N>1.

(b) Supposons maintenant que dd soit composé. Cela signifie qu'il peut s'écrire comme un produit de deux entiers strictement supérieurs à 11 :

d=a×b.d=a\times b.

Le sujet nous place dans le cas 1<a<d1<a<d.

Comme dd divise NN, il existe un entier kk tel que

N=d×k.N=d\times k.

En remplaçant dd par a×ba\times b, on obtient

N=(a×b)×k.N=(a\times b)\times k.

Par associativité de la multiplication,

N=a×(bk).N=a\times(bk).

Or bb et kk sont des entiers, donc leur produit bkbk est encore un entier. Nous avons donc écrit NN sous la forme

N=a×(un entier).N=a\times\text{(un entier)}.

C'est exactement la définition de « aa divise NN ». Ainsi aa divise NN.

[IDÉE] On vient d'utiliser une propriété très naturelle : si aa divise dd et si dd divise NN, alors aa divise NN. L'égalité N=a(bk)N=a(bk) permet de la retrouver directement.

(c) Nous avons trouvé un diviseur aa de NN tel que

1<a<d.1<a<d.

Mais dd avait précisément été choisi comme le plus petit diviseur de NN strictement supérieur à 11. Il ne peut donc pas exister un autre diviseur de NN strictement compris entre 11 et dd.

Nous obtenons une contradiction. L'hypothèse « dd est composé » est donc impossible. Comme d>1d>1, la seule possibilité restante est que dd soit premier.

À retenir — Tout entier strictement supérieur à 11 possède au moins un diviseur premier.

[IDÉE] Ce résultat est essentiel pour la suite. Nous n'aurons jamais besoin de savoir à l'avance si le nombre construit est premier. Il suffira de savoir qu'étant strictement supérieur à 11, il possède quelque part au moins un diviseur premier.

III — Une expérience qui fonctionne... puis qui nous piège

On a

30=2×3×5et31=30+1.30=2\times3\times5 \qquad\text{et}\qquad 31=30+1.

Les nombres 22, 33 et 55 divisent donc tous 3030.

Il y a deux manières complémentaires de voir qu'ils ne divisent pas 3131.

Première lecture : les divisions euclidiennes

Effectuons les divisions euclidiennes de 3131 par 22, 33 et 55 :

31=2×15+1,31=3×10+1,31=5×6+1.31=2\times15+1, \qquad 31=3\times10+1, \qquad 31=5\times6+1.

Pour la division par 22, le quotient est 1515 et le reste est 11 ; pour la division par 33, le quotient est 1010 et le reste est 11 ; pour la division par 55, le quotient est 66 et le reste est 11.

Dans les trois cas, le reste vaut 11 et non 00. Par le critère rappelé à la question 1, cela signifie que 22, 33 et 55 ne divisent pas 3131.

Deuxième lecture : la différence de deux multiples

Cette seconde lecture est celle qui sera utile pour généraliser.

Prenons par exemple 22. Nous savons que 22 divise 3030. Supposons, pour voir ce qui se passerait, que 22 divise aussi 3131. Il existerait alors deux entiers uu et vv tels que

30=2uet31=2v.30=2u \qquad\text{et}\qquad 31=2v.

En soustrayant les deux égalités,

3130=2v2u=2(vu).31-30=2v-2u=2(v-u).

Donc 1=2(vu)1=2(v-u). Comme vuv-u est un entier, cela signifierait que 22 divise 11, ce qui est impossible : aucun multiple entier de 22 ne vaut 11.

Le même raisonnement vaut avec 33 ou 55 à la place de 22.

À retenir — 22, 33 et 55 ne divisent pas 3131.

[IDÉE] Le mécanisme général est maintenant explicite : si un entier m>1m>1 divise un nombre AA, il ne peut pas diviser en même temps A+1A+1. S'il divisait les deux, alors il diviserait leur différence (A+1)A=1(A+1)-A=1, ce qui est impossible.

Comme 31>131>1, le résultat de la partie II garantit que 3131 possède au moins un diviseur premier. Appelons ce diviseur premier qq.

La question 4 nous a montré que 22, 33 et 55 ne divisent pas 3131. Le nombre premier qq, qui lui divise 3131, ne peut donc être ni 22, ni 33, ni 55. Il s'agit nécessairement d'un nombre premier absent de la liste de départ.

Dans cet exemple particulier, le nombre 3131 est lui-même premier. Comment pourrait-on le vérifier si on voulait le faire complètement ? On testerait les divisions de 3131 par tous les entiers

2,3,4,,30.2,3,4,\ldots,30.

Aucune ne donne un quotient entier, donc aucun de ces entiers ne divise 3131 ; ses seuls diviseurs positifs sont alors 11 et 3131. Cette vérification n'est toutefois pas nécessaire au raisonnement principal : l'existence d'au moins un diviseur premier de 3131 suffit.

À retenir — À partir de la liste 2,3,52,3,5, la construction fait apparaître au moins un nombre premier qui n'était pas dans la liste.

(a) La règle proposée disait : « le produit de plusieurs nombres premiers, puis +1+1, est toujours premier ». Pour réfuter une affirmation contenant le mot toujours, un seul contre-exemple suffit. Or

30031=59×509.30031=59\times509.

Les deux facteurs 5959 et 509509 sont strictement supérieurs à 11, donc cette égalité est une factorisation non triviale de 3003130031. Le nombre 3003130031 est composé. La règle « toujours premier » est donc fausse.

[IDÉE] Attention : Il ne faut pas remplacer la bonne idée par une règle fausse. La construction ne garantit pas que le nombre obtenu soit premier ; elle garantit que les nombres premiers déjà présents dans la liste ne le divisent pas.

(b) On a

30030=2×3×5×7×11×13,30030=2\times3\times5\times7\times11\times13,

donc chacun des six nombres 2,3,5,7,11,132,3,5,7,11,13 divise 3003030030 : chacun apparaît comme facteur du produit.

Prenons l'un quelconque de ces nombres et appelons-le pp. Comme pp divise 3003030030, il existe un entier uu tel que

30030=pu.30030=pu.

Supposons que pp divise aussi 3003130031. Il existerait alors un entier vv tel que

30031=pv.30031=pv.

En soustrayant,

1=3003130030=p(vu).1=30031-30030=p(v-u).

Cela signifierait que pp divise 11. Or pp est un nombre premier, donc p2p\ge2, et aucun entier supérieur à 11 ne divise 11.

Cette contradiction montre que pp ne divise pas 3003130031. Comme pp pouvait désigner n'importe lequel des six nombres de la liste, aucun des six ne divise 3003130031.

(c) 30031>130031>1. La partie II garantit donc l'existence d'au moins un diviseur premier de 3003130031 ; appelons-le qq. Or aucun des six nombres premiers de la liste ne divise 3003130031. Le diviseur premier qq ne peut donc être aucun d'eux :

q{2,3,5,7,11,13}.q\notin\{2,3,5,7,11,13\}.

Il existe donc au moins un nombre premier nouveau par rapport à la liste de départ.

La factorisation 30031=59×50930031=59\times509 sert seulement à montrer que 3003130031 est composé. Pour conclure à l'existence d'un diviseur premier nouveau, nous n'avons pas besoin de déterminer lequel : le résultat de la partie II s'en charge.

(d) La formulation correcte de la construction est donc la suivante.

À retenir — Si l'on multiplie les nombres premiers d'une liste finie puis que l'on ajoute 11, le nombre obtenu possède au moins un diviseur premier qui n'appartient pas à la liste de départ.

IV — La même expérience, quelle que soit la liste

Prenons par exemple les quatre nombres premiers

2,3,5,7.2,3,5,7.

Leur produit vaut

2×3×5×7=210,2\times3\times5\times7=210,

et nous construisons

211=210+1.211=210+1.

Chacun des nombres 2,3,5,72,3,5,7 divise 210210. Prenons l'un d'eux, noté pp. Si pp divisait aussi 211211, alors, comme dans la question 4, pp diviserait la différence

211210=1,211-210=1,

ce qui est impossible puisque p>1p>1. Aucun des quatre nombres premiers de départ ne divise donc 211211.

Comme 211>1211>1, la partie II garantit que 211211 possède au moins un diviseur premier qq. Ce qq ne peut être aucun des quatre nombres premiers de départ, puisqu'aucun d'eux ne divise 211211.

À retenir — La liste 2,3,5,72,3,5,7 n'était donc pas « terminée » : la construction garantit l'existence d'au moins un nombre premier absent de cette liste.

[IDÉE] Le nombre construit n'a toujours pas besoin d'être premier. Avec la liste 3,5,7,113,5,7,11, on obtient 3×5×7×11=11553\times5\times7\times11=1155, puis 1156=342=22×1721156=34^2=2^2\times17^2. Le nombre obtenu est composé, mais ses facteurs premiers 22 et 1717 sont absents de la liste de départ.

Nous passons maintenant du cas numérique au cas général. Imaginons une liste finie non vide quelconque de nombres premiers, et appelons PP le produit de tous les nombres de cette liste.

(a) Prenons un nombre premier quelconque de la liste et appelons-le pp. Puisque pp apparaît comme l'un des facteurs du produit PP, on peut écrire

P=p×M,P=p\times M,

MM est le produit des autres facteurs de la liste ; en particulier, MM est un entier. Cela montre directement que pp divise PP.

Supposons maintenant que pp divise aussi P+1P+1. Il existerait alors un entier KK tel que

P+1=pK.P+1=pK.

Comme P=pMP=pM, on peut soustraire les deux égalités :

(P+1)P=pKpM=p(KM).(P+1)-P=pK-pM=p(K-M).

Le membre de gauche vaut 11, donc

1=p(KM).1=p(K-M).

Or KMK-M est un entier. Cette égalité dirait donc que pp divise 11, ce qui est impossible puisque pp est premier et donc p2p\ge2.

Ainsi pp ne divise pas P+1P+1. Comme pp était n'importe quel nombre premier de la liste, aucun nombre premier de la liste ne divise P+1P+1.

[IDÉE] Les lettres ne changent rien au mécanisme. Dans la question 4, PP valait 3030, P+1P+1 valait 3131 et pp pouvait être 22, 33 ou 55. Ici, les lettres permettent simplement de refaire le même raisonnement sans choisir une liste particulière.

(b) Le nombre PP est un produit de nombres premiers positifs, donc P2P\ge2. En particulier,

P+1>1.P+1>1.

La partie II s'applique : P+1P+1 possède au moins un diviseur premier. Appelons ce diviseur premier qq.

(c) Nous savons deux choses :

  • qq divise P+1P+1 ;
  • aucun nombre premier de la liste de départ ne divise P+1P+1.

Si qq appartenait à la liste de départ, il serait précisément l'un des nombres premiers que nous venons de montrer incapables de diviser P+1P+1. C'est impossible. Donc qq n'appartient pas à la liste.

À retenir — À partir de n'importe quelle liste finie non vide de nombres premiers, on peut toujours trouver au moins un nombre premier qui n'est pas dans cette liste.

Cette phrase est la clé du problème : aussi longue soit-elle, une liste finie de nombres premiers peut toujours être dépassée.

V — Peut-il alors exister un dernier nombre premier ?

Supposons qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers.

Le mot fini signifie qu'il existe un entier rr donnant leur nombre total. On pourrait alors, au moins en principe, tous les ranger dans une liste

p1,p2,,pr.p_1,p_2,\ldots,p_r.

Cette notation ne dit pas que nous connaissons effectivement ces nombres ni que la liste est courte ; elle exprime seulement l'hypothèse selon laquelle il y en aurait un nombre fini et que la liste serait complète.

Appliquons la question 8 à cette liste supposée contenir tous les nombres premiers. Posons

P=p1p2prP=p_1p_2\cdots p_r

et considérons P+1P+1.

La question 8 montre que P+1P+1 possède un diviseur premier qq qui n'appartient pas à la liste p1,,prp_1,\ldots,p_r.

Mais la liste avait été supposée complète. Dire qu'elle contient tous les nombres premiers signifie précisément que tout nombre premier, donc qq, devrait appartenir à cette liste.

Nous sommes donc forcés d'affirmer simultanément :

  • qq est un nombre premier, donc il devrait être dans la liste complète ;
  • qq n'est pas dans cette liste, d'après la construction.

Ces deux affirmations sont incompatibles. C'est la contradiction recherchée.

À retenir — L'hypothèse « il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers » est impossible. Il existe donc une infinité de nombres premiers.

[IDÉE] Une contradiction n'est pas un calcul faux : c'est le signe que l'hypothèse de départ ne peut pas être vraie, parce qu'elle conduit logiquement à deux conclusions incompatibles.

Voici une rédaction autonome possible, suivie d'une lecture détaillée.

Supposons, par l'absurde, qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers. On peut alors les écrire tous dans une liste finie

p1,p2,,pr.p_1,p_2,\ldots,p_r.

Considérons leur produit

P=p1p2prP=p_1p_2\cdots p_r

et le nombre

N=P+1.N=P+1.

Pour chaque nombre premier pip_i de la liste, pip_i divise PP puisque pip_i est l'un des facteurs du produit PP.

Supposons que pip_i divise aussi N=P+1N=P+1. Il existe alors des entiers AA et BB tels que

P=piAetN=piB.P=p_iA \qquad\text{et}\qquad N=p_iB.

En soustrayant,

1=NP=pi(BA).1=N-P=p_i(B-A).

Comme BAB-A est entier, cela signifierait que pip_i divise 11, ce qui est impossible puisque pi>1p_i>1. Ainsi aucun nombre premier de la liste ne divise NN.

Or N=P+1>1N=P+1>1. D'après le résultat démontré à la partie II, tout entier strictement supérieur à 11 possède au moins un diviseur premier. Il existe donc un nombre premier qq qui divise NN.

Puisqu'aucun nombre premier de la liste ne divise NN, le nombre premier qq n'appartient pas à la liste. Nous avons donc construit un nombre premier absent de la liste supposée contenir tous les nombres premiers. C'est une contradiction.

Par conséquent, il n'existe pas de liste finie contenant tous les nombres premiers. Il existe donc une infinité de nombres premiers.

Comment lire cette preuve sans perdre le fil ?

La démonstration comporte cinq mouvements.

  • On suppose le contraire du résultat recherché : il n'y aurait qu'un nombre fini de nombres premiers.
  • Cette hypothèse permet d'imaginer une liste finie complète p1,,prp_1,\ldots,p_r.
  • On fabrique le produit PP de tous les nombres de la liste, puis le nombre voisin P+1P+1.
  • Aucun nombre premier de la liste ne divise P+1P+1, mais P+1>1P+1>1 possède malgré tout un diviseur premier qq.
  • Ce qq devrait être dans la liste parce qu'elle est supposée complète, et il ne peut pas y être parce qu'il divise P+1P+1. Contradiction.

[IDÉE] Attention : La contradiction ne vient jamais de l'affirmation « P+1P+1 est premier ». Cette affirmation est fausse en général. La preuve utilise seulement le fait, démontré en partie II, que P+1>1P+1>1 possède au moins un diviseur premier.

Un exemple miniature avant de relire les lettres

Imaginons, à tort, que les seuls nombres premiers soient 22, 33 et 55. Leur produit vaut 3030, puis on construit 31=30+131=30+1.

Les divisions euclidiennes

31=2×15+1,31=3×10+1,31=5×6+131=2\times15+1,\qquad31=3\times10+1,\qquad31=5\times6+1

montrent qu'aucun des trois nombres de la prétendue liste complète ne divise 3131. Pourtant 31>131>1 possède un diviseur premier. Ce diviseur premier est nécessairement hors de la liste 2,3,52,3,5 : la liste ne pouvait donc pas être complète.

La preuve générale fait exactement la même chose. Elle remplace simplement 2,3,52,3,5 par une liste finie quelconque p1,,prp_1,\ldots,p_r et 3030 par leur produit PP.

Un très ancien raisonnement

La preuve moderne est souvent présentée sous forme de raisonnement par l'absurde. Le texte d'Euclide, au livre IX, proposition 20 des Éléments, est organisé un peu différemment : il part d'une collection donnée de nombres premiers et montre directement qu'on peut en trouver davantage. Le coeur mathématique est le même : une collection finie ne peut jamais épuiser tous les nombres premiers.

La dernière surprise du sujet

Une infinité de nombres premiers ne signifie pas qu'ils apparaissent à intervalles réguliers. Par exemple,

24,25,26,27,2824,25,26,27,28

sont cinq nombres composés consécutifs, car

24=2×12,25=5×5,26=2×13,27=3×9,28=4×7.24=2\times12,\quad25=5\times5,\quad26=2\times13,\quad27=3\times9,\quad28=4\times7.

Pour chacun d'eux, une factorisation non triviale suffit à montrer qu'il est composé.

Il n'y a aucune contradiction avec l'infinité des nombres premiers. « Il existe une infinité de nombres premiers » signifie qu'il n'existe pas de dernier nombre premier. Cette affirmation n'impose pas qu'ils soient régulièrement espacés. Un autre problème pourra montrer comment construire des suites de nombres composés consécutifs aussi longues que l'on veut.

Sources

[SOURCE] Euclide, Éléments, livre IX, proposition 20, traduction anglaise de T. L. Heath, Perseus Digital Library — Lien direct

[SOURCE] Euclide, Éléments, livre VII, proposition 31, traduction anglaise de T. L. Heath — Lien direct