Aller au contenu

Corrigé détaillé · PCSI

Marche aléatoire sur le cube : symétries et temps d’atteinte · Géométrie dans l’espace · Probabilités conditionnelles · Variables aléatoires et espérance · Suites et récurrences · Dénombrement et symétries

Une marche aléatoire dans un cube

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

Le point central du problème est que les huit sommets ne jouent pas huit rôles différents. Les permutations des trois axes conservent le cube, le sommet de départ OO et le sommet opposé SS : elles permettent donc de remplacer l’étude des huit sommets par celle de quatre niveaux.

I — Du cube aux quatre niveaux

  1. (a) Dans le cube unité, deux sommets sont reliés par une arête exactement lorsque leurs coordonnées diffèrent en une seule position : une coordonnée passe de 00 à 11 ou de 11 à 00, tandis que les deux autres restent inchangées.

À chaque étape, le marcheur choisit donc l’une des trois coordonnées, chacune avec probabilité 1/31/3, et la remplace par son opposée dans {0,1}\{0,1\} :

0⟷1.0\longleftrightarrow1.

(b) Soit V=(x,y,z)V=(x,y,z). Pour aller de O=(0,0,0)O=(0,0,0) à VV, chacune des coordonnées égales à 11 doit être modifiée au moins une fois. Tout chemin utilise donc au moins x+y+zx+y+z arêtes.

Réciproquement, en modifiant une fois chacune des coordonnées égales à 11, on atteint VV en exactement x+y+zx+y+z étapes. Ainsi

δ(V)=x+y+z.\boxed{\delta(V)=x+y+z.}

(c) Dans le repère orthonormé,

OV2=x2+y2+z2.OV^2=x^2+y^2+z^2.

Comme x,y,z∈{0,1}x,y,z\in\{0,1\}, on a x2=xx^2=x, y2=yy^2=y et z2=zz^2=z. Donc

OV2=x+y+z=δ(V),OV^2=x+y+z=\delta(V),

et finalement

OV=δ(V).\boxed{OV=\sqrt{\delta(V)}.}
  1. (a) On obtient
C0={(0,0,0)},\mathcal C_0=\{(0,0,0)\}, C1={(1,0,0),(0,1,0),(0,0,1)},\mathcal C_1=\{(1,0,0),(0,1,0),(0,0,1)\}, C2={(1,1,0),(1,0,1),(0,1,1)},\mathcal C_2=\{(1,1,0),(1,0,1),(0,1,1)\},

et

C3={(1,1,1)}={S}.\mathcal C_3=\{(1,1,1)\}=\{S\}.

Leurs nombres d’éléments sont donc respectivement

1,3,3,1.1,\qquad3,\qquad3,\qquad1.

(b) Une permutation des coordonnées permute les trois axes du cube. Elle conserve donc les sommets et les arêtes, et elle fixe O=(0,0,0)O=(0,0,0) ainsi que S=(1,1,1)S=(1,1,1).

Dans C1\mathcal C_1, chaque sommet possède exactement une coordonnée égale à 11 : une permutation peut placer ce 11 dans n’importe quelle position. De même, dans C2\mathcal C_2, une permutation peut envoyer n’importe quelle paire de positions occupées par des 11 sur n’importe quelle autre. Les ensembles C0\mathcal C_0 et C3\mathcal C_3 ne contiennent chacun qu’un sommet.

Deux sommets d’un même Ck\mathcal C_k se déduisent donc l’un de l’autre par une permutation des coordonnées. Comme la règle de la marche traite les trois directions de la même manière, ils ont le même comportement probabiliste vis-à-vis de OO et de SS.

  1. Supposons Dn=kD_n=k. Le sommet XnX_n possède alors exactement kk coordonnées égales à 11 et 3−k3-k coordonnées égales à 00.

Si le marcheur choisit l’une des kk coordonnées égales à 11, celle-ci devient 00 et DnD_n diminue de 11. Si au contraire il choisit l’une des 3−k3-k coordonnées égales à 00, elle devient 11 et DnD_n augmente de 11. Ainsi

P(Dn+1=k−1∣Dn=k)=k3\boxed{\mathbb P(D_{n+1}=k-1\mid D_n=k)=\frac{k}{3}}

et

P(Dn+1=k+1∣Dn=k)=3−k3.\boxed{\mathbb P(D_{n+1}=k+1\mid D_n=k)=\frac{3-k}{3}}.

Pour les quatre niveaux, cela donne

0⟶1(1),0\longrightarrow1\quad(1), 1⟶0(13),1⟶2(23),1\longrightarrow0\quad\left(\frac13\right), \qquad 1\longrightarrow2\quad\left(\frac23\right), 2⟶1(23),2⟶3(13),2\longrightarrow1\quad\left(\frac23\right), \qquad 2\longrightarrow3\quad\left(\frac13\right),

et

3⟶2(1).3\longrightarrow2\quad(1).
  1. (a) À chaque étape, DnD_n augmente ou diminue de 11. Sa parité change donc à chaque étape. Comme D0=0D_0=0,
Dn≡n(mod2).\boxed{D_n\equiv n\pmod 2.}

(b) Après une étape, D1=1D_1=1. Depuis le niveau 11,

P(D2=0)=13,P(D2=2)=23.\mathbb P(D_2=0)=\frac13, \qquad \mathbb P(D_2=2)=\frac23.

À l’instant 33, la valeur 33 n’est possible que par le passage

1⟶2⟶3.1\longrightarrow2\longrightarrow3.

On obtient donc

P(D3=3)=23×13=29.\mathbb P(D_3=3)=\frac23\times\frac13=\frac29.

La seule autre valeur possible est 11, d’où

P(D3=1)=79.\mathbb P(D_3=1)=\frac79.

Comme C3={S}\mathcal C_3=\{S\},

P(X3=S)=29.\boxed{\mathbb P(X_3=S)=\frac29.}

(c) Pour aller de (0,0,0)(0,0,0) à (1,1,1)(1,1,1) en exactement trois étapes, chacune des trois coordonnées doit être modifiée exactement une fois. Il y a 3!=63!=6 ordres possibles parmi les 33=273^3=27 suites équiprobables de trois choix. Ainsi

P(X3=S)=627=29.\boxed{\mathbb P(X_3=S)=\frac6{27}=\frac29.}

II — Où est le marcheur après nn étapes ?

  1. À un instant impair, la parité montre que le marcheur est nécessairement dans C1\mathcal C_1 ou dans C3={S}\mathcal C_3=\{S\}.

Depuis C1\mathcal C_1, être dans SS deux étapes plus tard impose

1⟶2⟶3,1\longrightarrow2\longrightarrow3,

de probabilité

23×13=29.\frac23\times\frac13=\frac29.

Depuis S=C3S=\mathcal C_3, le premier pas conduit nécessairement à C2\mathcal C_2, puis le retour à C3\mathcal C_3 a probabilité 1/31/3. La probabilité d’être de nouveau dans SS deux étapes plus tard vaut donc 1/31/3.

À l’instant 2k+12k+1, les probabilités d’être respectivement dans C1\mathcal C_1 et dans C3\mathcal C_3 sont 1−qk1-q_k et qkq_k. Par conséquent

qk+1=29(1−qk)+13qk=29+19qk.q_{k+1}=\frac29(1-q_k)+\frac13q_k =\frac29+\frac19q_k.

De plus,

q0=P(X1=S)=0.q_0=\mathbb P(X_1=S)=0.

Pour résoudre la récurrence, on cherche son point fixe ℓ\ell :

ℓ=29+19ℓ,\ell=\frac29+\frac19\ell,

d’où ℓ=1/4\ell=1/4. Ainsi

qk+1−14=19(qk−14).q_{k+1}-\frac14=\frac19\left(q_k-\frac14\right).

La suite qk−1/4q_k-1/4 est géométrique de raison 1/91/9. Comme q0−1/4=−1/4q_0-1/4=-1/4,

qk=14(1−19k)\boxed{q_k=\frac14\left(1-\frac1{9^k}\right)}

pour tout k⩾0k\geqslant0.

  1. (a) Si nn est pair, DnD_n est pair alors que SS appartient au niveau 33, donc
P(Xn=S)=0.\mathbb P(X_n=S)=0.

Si n=2k+1n=2k+1 est impair, la question précédente donne

P(Xn=S)={0,n pair,14(1−19(n−1)/2),n impair.\boxed{ \mathbb P(X_n=S)= \begin{cases} 0,& n\text{ pair},\\[4pt] \displaystyle \frac14\left(1-\frac1{9^{(n-1)/2}}\right),& n\text{ impair}. \end{cases}}

(b) Pour n=3n=3,

14(1−19)=29,\frac14\left(1-\frac19\right)=\frac29,

ce qui redonne le résultat de la question 4. Pour n=5n=5,

P(X5=S)=14(1−181)=2081.\boxed{\mathbb P(X_5=S)=\frac14\left(1-\frac1{81}\right)=\frac{20}{81}.}

(c) Aux instants pairs,

P(Xn=S)=0.\mathbb P(X_n=S)=0.

Aux instants impairs,

lim⁡k→+∞P(X2k+1=S)=14.\lim_{k\to+\infty}\mathbb P(X_{2k+1}=S)=\frac14.

La suite complète ne converge donc pas.

Aux instants impairs, les quatre sommets accessibles sont les trois sommets de C1\mathcal C_1 et le sommet SS. Les trois sommets de C1\mathcal C_1 sont symétriques. Leur probabilité commune vaut

1−qk3⟶1−1/43=14.\frac{1-q_k}{3}\longrightarrow\frac{1-1/4}{3}=\frac14.

Les quatre sommets accessibles deviennent donc asymptotiquement équiprobables aux instants impairs.

III — Être au sommet opposé, ou l’atteindre pour la première fois

  1. (a) Pour atteindre S=(1,1,1)S=(1,1,1) depuis O=(0,0,0)O=(0,0,0), les trois coordonnées doivent avoir été modifiées un nombre impair de fois. Il faut donc au moins trois étapes. De plus, SS appartient au niveau 33, donc la parité de la question 4 impose que tout instant d’arrivée en SS soit impair. Ainsi
T⩾3etT est impair.\boxed{T\geqslant3\quad\text{et}\quad T\text{ est impair}.}

(b) À l’instant 33, aucune visite antérieure de SS n’est possible. Les événements {T=3}\{T=3\} et {X3=S}\{X_3=S\} coïncident donc. Par conséquent

P(T=3)=29.\boxed{\mathbb P(T=3)=\frac29.}

(c) Pour tout instant impair n>3n>3, le marcheur peut avoir atteint SS avant l’instant nn, l’avoir quitté, puis être revenu en SS à l’instant nn. Ainsi {T=n}\{T=n\} impose que l’on soit en SS à l’instant nn, mais l’événement {Xn=S}\{X_n=S\} n’impose pas qu’il s’agisse de la première visite.

On a donc, pour tout entier impair n>3n>3,

{T=n}⊊{Xn=S}.\boxed{\{T=n\}\subsetneq\{X_n=S\}.}
  1. Après une étape, le marcheur est nécessairement dans C1\mathcal C_1. Tant que SS n’a pas été atteint, tout instant impair correspond encore à un sommet de C1\mathcal C_1, puisque les seuls niveaux impairs sont 11 et 33 et que C3={S}\mathcal C_3=\{S\}.

Depuis C1\mathcal C_1, la probabilité d’atteindre SS exactement deux étapes plus tard vaut, comme à la question 5,

29.\frac29.

Il est impossible d’atteindre SS au premier de ces deux pas, car ce premier pas conduit au niveau 00 ou au niveau 22. Si le marcheur n’atteint pas SS au second pas, il se retrouve donc à nouveau dans C1\mathcal C_1 à un instant impair. La probabilité de ne pas atteindre SS pendant un tel bloc de deux étapes vaut

1−29=79.1-\frac29=\frac79.

Pour avoir T=2k+1T=2k+1, il faut échouer pendant les k−1k-1 premiers blocs de deux étapes, puis réussir au bloc suivant. Ainsi, pour tout k⩾1k\geqslant1,

P(T=2k+1)=(79)k−129.\boxed{\mathbb P(T=2k+1)=\left(\frac79\right)^{k-1}\frac29.}

Cette formule redonne bien P(T=3)=2/9\mathbb P(T=3)=2/9 pour k=1k=1.

  1. (a) Par la symétrie établie à la question 2, deux sommets d’un même niveau ont le même comportement vis-à-vis de SS. Le nombre moyen d’étapes restantes ne dépend donc que du niveau.

Si le marcheur est déjà en S=C3S=\mathcal C_3, aucune étape supplémentaire n’est nécessaire :

m3=0.\boxed{m_3=0.}

(b) Depuis C0\mathcal C_0, le premier pas mène nécessairement à C1\mathcal C_1. Une étape est consommée, puis il reste en moyenne m1m_1 étapes :

m0=1+m1.m_0=1+m_1.

Depuis C1\mathcal C_1, le premier pas mène à C0\mathcal C_0 avec probabilité 1/31/3 et à C2\mathcal C_2 avec probabilité 2/32/3. Ainsi

m1=1+13m0+23m2.m_1=1+\frac13m_0+\frac23m_2.

Depuis C2\mathcal C_2, le premier pas mène à C1\mathcal C_1 avec probabilité 2/32/3 et à C3\mathcal C_3 avec probabilité 1/31/3. On obtient donc

m2=1+23m1+13m3.m_2=1+\frac23m_1+\frac13m_3.

Avec m3=0m_3=0,

{m0=1+m1,m1=1+13m0+23m2,m2=1+23m1,m3=0.\boxed{ \begin{cases} m_0=1+m_1,\\ m_1=1+\dfrac13m_0+\dfrac23m_2,\\ m_2=1+\dfrac23m_1,\\ m_3=0. \end{cases}}

Le terme 11 présent dans les trois premières relations compte le premier pas qui vient d’être effectué.

(c) On remplace

m0=1+m1,m2=1+23m1m_0=1+m_1, \qquad m_2=1+\frac23m_1

dans l’équation de m1m_1 :

m1=1+13(1+m1)+23(1+23m1).m_1=1+\frac13(1+m_1)+\frac23\left(1+\frac23m_1\right).

Donc

m1=2+79m1,m_1=2+\frac79m_1,

et par conséquent

m1=9.\boxed{m_1=9.}

On en déduit

m0=10\boxed{m_0=10}

et

m2=7.\boxed{m_2=7.}

Le marcheur part de O∈C0O\in\mathcal C_0. Le nombre moyen d’étapes nécessaires pour atteindre SS est donc

E(T)=10.\boxed{\mathbb E(T)=10.}

La même réduction géométrique a ainsi servi trois fois : pour calculer une probabilité de position, pour déterminer la loi de la première arrivée et pour obtenir le temps moyen d’atteinte.

Sources

[SOURCE] Levin et Peres — Markov Chains and Mixing Times. Lien direct