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Prouver l’infinité des nombres premiers : forcer de nouveaux facteurs
Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.
I — Sortir d'une liste finie
Supposons qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers et posons
(a) On a clairement . Pour tout , l'entier divise le produit . Ainsi
Le reste de la division de par est donc . En particulier, aucun des ne divise .
(b) Puisque , le résultat rappelé dans l'énoncé assure que possède au moins un diviseur premier ; notons-le . Si appartenait à la liste , on aurait pour un certain , donc , ce qui contredit la question précédente. Ainsi, n'appartient pas à la liste.
(c) Or cette liste était supposée contenir tous les nombres premiers. L'existence du nombre premier fournit donc une contradiction. Il existe ainsi une infinité de nombres premiers.
La preuve ne nécessite jamais que soit lui-même premier. L'exemple donné dans l'énoncé le confirme :
Ce qui importe est seulement l'existence d'au moins un diviseur premier de absent de la liste initiale.
II — Des nombres qui ne partagent pas leurs facteurs premiers
Par définition, . On obtient successivement
Calculons ensuite les premiers produits :
Or
Ces calculs conduisent à conjecturer que, pour tout ,
Démontrons cette identité par récurrence. Pour ,
La propriété est donc vraie au rang .
Supposons maintenant que, pour un certain entier ,
Alors
À partir de , on a . Ainsi,
Donc . Par récurrence,
pour tout entier .
Soient avec .
(a) D'après la question précédente,
Comme , le nombre figure parmi les facteurs du membre de droite. Ainsi,
(b) Posons . Comme et , on a . De plus, . Par conséquent,
Or tous les nombres de Fermat sont impairs ; leur PGCD est donc impair. Comme est positif et divise , on obtient nécessairement . Ainsi,
Les nombres de Fermat sont donc deux à deux premiers entre eux.
L'objectif est de faire apparaître un diviseur non trivial de . De , on déduit
En élevant cette congruence à la puissance ,
D'autre part, donne
En remplaçant dans la congruence précédente,
donc , soit
Or . Par conséquent,
Comme , ce diviseur est non trivial : n'est donc pas premier. En fait,
Ce calcul confirme que la suite des nombres de Fermat n'est pas une suite de nombres premiers ; seule leur coprimalité deux à deux sera utilisée dans la suite.
III — Le mécanisme général
Soient des entiers strictement supérieurs à , deux à deux premiers entre eux. Pour chaque , l'entier possède au moins un diviseur premier. Choisissons-en un, noté . Alors .
Montrons que les nombres sont tous distincts. Supposons que, pour deux indices distincts et , on ait . Ce nombre premier diviserait alors à la fois et , ce qui contredirait
Ainsi dès que . Nous avons donc obtenu nombres premiers distincts, chacun divisant . Ce produit possède donc au moins diviseurs premiers distincts.
Considérons une suite infinie d'entiers strictement supérieurs à , deux à deux premiers entre eux. Pour tout entier , les entiers
satisfont les hypothèses de la question précédente. Il existe donc au moins nombres premiers distincts.
Comme cette affirmation est vraie pour tout entier , le nombre de nombres premiers ne peut être fini. Il existe donc une infinité de nombres premiers.
Appliquons maintenant ce résultat aux nombres de Fermat. Pour tout , , et la question 4 a montré que les sont deux à deux premiers entre eux. La suite satisfait donc les hypothèses du résultat précédent. On en déduit à nouveau qu'il existe une infinité de nombres premiers.
Plus précisément, pour chaque entier , les nombres font nécessairement intervenir au moins facteurs premiers distincts.
Bilan
La preuve d'Euclide et celle fondée sur les nombres de Fermat ont donc un même ressort : construire des entiers dont les contraintes de divisibilité interdisent de réutiliser indéfiniment les mêmes facteurs premiers.
Sources
[SOURCE] Euclide, Éléments, livre IX, proposition 20. La preuve distingue explicitement le cas où l'entier auxiliaire est premier de celui où il est composé. Lien direct
[SOURCE] Leonhard Euler à Christian Goldbach, 25 juin 1730, correspondance Euler–Goldbach. Euler indique notamment qu'un terme de la suite de Fermat ne peut être divisible par un terme précédent et qu'un diviseur d'un terme ne peut diviser les suivants. Lien direct
[SOURCE] Christian Goldbach à Leonhard Euler, 20 juillet 1730, même correspondance. Goldbach explicite l'argument du reste qui conduit à la coprimalité deux à deux des nombres de Fermat. Lien direct
[SOURCE] Leonhard Euler, Observationes de theoremate quodam Fermatiano aliisque ad numeros primos spectantibus, rédigé en 1732 et publié en 1738. Euler y établit notamment la divisibilité de par . Lien direct