Devoir maison de mathématiques · Dimension de boîte et preuve fractale de l’infinité des nombres premiers
Une dimension fractale détecte l’infinité des nombres premiers
Un DM de L3 inspiré de la preuve de Kota Saito : les étudiants construisent la dimension supérieure de boîte, démontrent son comportement sous produit, calculent la dimension de l’ensemble {1/n}, puis transforment la factorisation des entiers en contradiction géométrique pour prouver l’infinité des nombres premiers. Un prolongement facultatif généralise le calcul à {n^{-α}}.
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- Construire la dimension supérieure de boîte à partir de nombres de recouvrement à petite échelle
- Comparer la taille géométrique d’un intervalle, d’un ensemble fini et d’une suite géométrique
- Démontrer la sous-additivité de la dimension supérieure de boîte pour les produits d’ensembles
- Traduire une hypothèse de finitude des nombres premiers en factorisation géométrique de l’ensemble des inverses des entiers
- Calculer exactement la dimension supérieure de boîte de {1/n : n ≥ 1} et en déduire l’infinité des nombres premiers
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Suites, logarithmes et calculs de limites usuels
- Notion de limite supérieure (limsup)
- Ensembles bornés de la droite réelle et manipulations d’inégalités
- Existence d’une décomposition d’un entier en produit de nombres premiers (fournie dans le sujet)
- Théorème des accroissements finis uniquement pour le prolongement facultatif
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 3 h 30 à 4 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Un ensemble peut être infini et pourtant extrêmement mince. Pour rendre cette intuition mesurable, on va construire une notion de taille qui observe un ensemble à des échelles de plus en plus fines. Cette géométrie conduira ensuite à une question inattendue : la factorisation des entiers impose-t-elle une forme particulière à l'ensemble de leurs inverses ?
Dans tout le problème, les ensembles considérés sont des sous-ensembles non vides et bornés de . Pour , on note le nombre minimal d'intervalles fermés de longueur nécessaires pour recouvrir .
I — Mesurer un ensemble à l'échelle
(a) Soit un ensemble fini contenant points. Montrer que, pour tout ,
(b) Pour , montrer que
(c) Montrer qu'il existe une constante , indépendante de , telle que
pour tout assez petit.
Les deux exemples précédents suggèrent de mesurer non pas le nombre lui-même, mais la puissance de qui décrit sa croissance. On définit la dimension supérieure de boîte de par
(a) Montrer que tout ensemble fini non vide a une dimension supérieure de boîte nulle et que
(b) Montrer que tout ensemble borné non vide vérifie
(c) Soit fixé. Montrer que
Interpréter brièvement ce résultat.
II — Une infinité de points peut avoir une dimension nulle
Pour , on considère
(a) Établir, pour assez petit,
(b) Montrer que
[IDÉE] L'ensemble est infini, mais ses points se concentrent si vite près de que le nombre d'intervalles nécessaires ne croît que logarithmiquement. La dimension de boîte distingue donc la cardinalité d'un ensemble de la vitesse à laquelle ses points s'accumulent à petite échelle.
III — Multiplier des ensembles sans faire exploser leur dimension
Pour deux ensembles , on définit leur produit par
(a) Soient et bornés et tel que . Pour , poser . Montrer que, si et vérifient
alors
(b) Montrer que
(a) Montrer que
(b) Montrer que, pour des ensembles bornés ,
(c) Déterminer la dimension supérieure de boîte d'un produit fini d'ensembles ayant chacun une dimension supérieure de boîte nulle.
IV — Ce que prédirait un nombre fini de nombres premiers
On pose désormais
On pourra utiliser sans démonstration le fait que tout entier peut s'écrire comme un produit de nombres premiers. L'unicité d'une telle écriture n'est pas supposée.
(a) Supposons, par l'absurde, qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers . Montrer que
(b) Montrer que cette hypothèse imposerait
[IDÉE] La factorisation des entiers vient de se transformer en une factorisation géométrique de l'ensemble . Sous l'hypothèse de finititude des nombres premiers, cette factorisation prédit que doit être extrêmement mince. Il reste à mesurer directement .
V — La géométrie réelle de
(a) Pour , poser
Montrer qu'un intervalle de longueur ne peut contenir deux points distincts de
(b) Montrer que
[IDÉE] Cette minoration suffit déjà à obtenir la contradiction finale. Dans son article, Kota Saito rappelle la valeur exacte , mais ne redémontre que la minoration nécessaire à sa preuve. Nous allons ici établir aussi la majoration afin de déterminer exactement la dimension de .
(a) Montrer qu'il existe une constante telle que, pour tout assez petit,
(b) Déterminer la valeur exacte de .
(a) Conclure qu'il existe une infinité de nombres premiers.
(b) La preuve utilise-t-elle l'unicité de la décomposition en facteurs premiers ? Justifier précisément.
Prolongement facultatif - indépendant de la preuve principale
Pour , on pose
Ce prolongement n'est pas nécessaire à la démonstration précédente ; il étudie la même question géométrique pour une famille plus générale de suites.
(a) À l'aide du théorème des accroissements finis, montrer que, pour tout ,
(b) Établir
(c) Déterminer .
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