Toutes les puissances de A appartiennent à l'espace vectoriel engendré par I2 et A.
Le phénomène en dimension 2
Pour
B=(acbd),
on a
B2=(a2+bcac+cdab+bdbc+d2).
D'autre part, (a+d)B−(ad−bc)I2 possède exactement les mêmes coefficients. Donc
B2−tr(B)B+det(B)I2=0.
En multipliant par Bn,
Bn+2=tr(B)Bn+1−det(B)Bn.
Si Vn=BnV0, alors
Vn+2=tr(B)Vn+1−det(B)Vn.
L'égalité étant vectorielle, chacune des coordonnées vérifie
sn+2=tr(B)sn+1−det(B)sn.
Cette relation peut avoir un ordre effectif inférieur à 2 dans des cas particuliers, par exemple lorsque B est une matrice scalaire.
II — Polynômes d'un endomorphisme et relations d'annulation
Donner un sens à P(u)
Si
P(X)=i∑aiXi,Q(X)=j∑bjXj,
alors l'additivité est immédiate. Pour le produit,
P(u)∘Q(u)=i,j∑aibjui+j.
Les coefficients devant uk sont précisément ceux du produit PQ. Ainsi
(PQ)(u)=P(u)∘Q(u).
Comme PQ=QP dans K[X],
P(u)Q(u)=Q(u)P(u).
IDÉEUne identité polynomiale peut être transportée vers un endomorphisme en remplaçant X par u ; les polynômes en un même endomorphisme commutent entre eux.
Pourquoi un polynôme annulateur existe-t-il toujours ?
La relation de la première partie s'C�crit
A2−3A+I2=0,
c'est-à-dire P(A)=0 pour
P(X)=X2−3X+1.
Si P(u)=0 et Q∈K[X], alors
(QP)(u)=Q(u)P(u)=0.
Tout multiple d'un polynôme annulateur est donc encore annulateur.
Comme End(E) est de dimension d2, la famille de d2+1 endomorphismes
IdE,u,u2,…,ud2
est liée. Il existe donc des scalaires a0,…,ad2, non tous nuls, tels que
a0IdE+a1u+⋯+ad2ud2=0.
Le polynôme
P(X)=a0+a1X+⋯+ad2Xd2
est non nul et vérifie P(u)=0.
Ainsi tout endomorphisme en dimension finie possède un polynôme annulateur. Cette preuve donne un annulateur de degré au plus d2, mais elle ne fournit ni un polynôme privilégié ni une relation de degré d.
Réduire toutes les puissances
La division euclidienne donne
Q=SP+R,R=0oudegR<r.
En évaluant en u,
Q(u)=S(u)P(u)+R(u)=R(u),
car P(u)=0.
Il faut distinguer deux unicités : le reste R est l'unique reste de la division euclidienne de Q par le polynôme P fixé ; si P n'est pas minimal, il peut en revanche exister un autre polynôme de degré <r qui prenne la même valeur en u.
En particulier, pour Q=Xn,
un∈Vect(IdE,u,…,ur−1).
De plus,
P(u)=ur+ar−1ur−1+⋯+a0IdE=0.
En multipliant par un,
un+r+ar−1un+r−1+⋯+a0un=0.
Si sn=ℓ(un(v)), on applique cette égalité à v, puis la forme linéaire ℓ. On obtient
sn+r+ar−1sn+r−1+⋯+a0sn=0.
IDÉEToute relation polynomiale satisfaite par un endomorphisme produit automatiquement des récurrences pour ses observations linéaires.
Le polynôme caractéristique ne dépend donc pas de la base choisie.
Dans le développement de det(XId−A), le terme de plus haut degré provient du produit des d termes X de la diagonale ; son coefficient vaut 1. Ainsi
χu est unitaire de degreˊd.
Retrouver la dimension 2
Pour
B=(acbd),
on a
χB(X)=(X−a)(X−d)−bc=X2−(a+d)X+ad−bc.
Donc
χB(X)=X2−tr(B)X+det(B).
La relation de la question 5 est exactement χB(B)=0 : le calcul direct en dimension 2 est un cas particulier du théorème général.
Ce que Cayley-Hamilton apporte
La division euclidienne donne
Xn=Qnχu+Rn,degRn<d.
Comme χu(u)=0,
un=Rn(u).
Ainsi
un∈Vect(IdE,u,…,ud−1).
Si
χu(X)=Xd+cd−1Xd−1+⋯+c0,
Cayley-Hamilton donne
ud+cd−1ud−1+⋯+c0IdE=0.
En multipliant par un,
un+d+cd−1un+d−1+⋯+c0un=0.
La question 7 assurait seulement l'existence d'un annulateur de degré au plus d2. Cayley-Hamilton fournit un annulateur canonique, construit à partir de u, unitaire et de degré exactement d.
Une puissance élevée sans diagonalisation
On calcule
XI3−M=X−100X−1−1−1X,
puis
χM(X)=X3−X−1.
Cayley-Hamilton donne
M3=M+I3.
Modulo X3−X−1, on a X3≡X+1, puis
X5≡X2+X+1.
Par exponentiation rapide,
X10≡(X2+X+1)2≡4X2+5X+3,
puis
X20≡(4X2+5X+3)2.
En réduisant à nouveau avec X3≡X+1 et X4≡X2+X,
X20≡65X2+86X+49(modX3−X−1).
Donc
M20=65M2+86M+49I3.
Or
M2=001110011.
Finalement,
M20=498665651148686151114.
IDÉEPour calculer une grande puissance An, on peut calculer le reste de Xn modulo un polynôme annulateur de A, puis remplacer X par A.
IV — Suites récurrentes et systèmes linéaires : deux langages
Transformer une récurrence en dynamique matricielle
Pour r=1, la matrice compagnon se réduit à C=(−a0) et la vérification ci-dessous reste valable.
Par définition,
Vn+1=sn+1sn+2⋮sn+r.
Les r−1 premières lignes de CVn décalent les coordonnées. La dernière vaut
−a0sn−a1sn+1−⋯−ar−1sn+r−1=sn+r
par la relation de récurrence. Ainsi
Vn+1=CVn.
Par récurrence,
Vn=CnV0.
La première coordonnée de Vn vaut sn, donc
sn=π1(CnV0).
La question 8 montre qu'une identité polynomiale satisfaite par une dynamique linéaire produit des suites récurrentes ; ici, réciproquement, toute suite satisfaisant une récurrence linéaire à coefficients constants devient l'observation d'une dynamique linéaire en dimension finie.
Toute dynamique linéaire finie produit des récurrences
Avec V0∈Kd, on a Vn=AnV0. Cayley-Hamilton donne
An+d+cd−1An+d−1+⋯+c0An=0.
En appliquant cette égalité à V0,
Vn+d+cd−1Vn+d−1+⋯+c0Vn=0.
Chaque coordonnée, et plus généralement toute forme linéaire appliquée à cette relation, vérifie donc
sn+d+cd−1sn+d−1+⋯+c0sn=0.
Pour
A=(2111),
on a
χA(X)=X2−3X+1.
On retrouve donc
sn+2=3sn+1−sn,
ce qui redonne simultanément les récurrences de xn et de yn.
Un autre observateur : la trace des puissances
En prenant la trace dans
An+d+cd−1An+d−1+⋯+c0An=0,
et en utilisant la linéarité de la trace, on obtient
tn+d+cd−1tn+d−1+⋯+c0tn=0.
On peut lire ce résultat dans l'espace vectoriel Md(K) : l'application B↦tr(B) est une forme linéaire. De la même manière, chaque coefficient (An)ij satisfait une récurrence issue de χA.
IDÉESuites récurrentes linéaires et itérations linéaires en dimension finie sont deux façons de décrire le même mécanisme : un état de dimension finie évolue linéairement, et toute observation linéaire de cet état satisfait une récurrence.
V — Jusqu'où peut-on comprimer ?
La dimension réellement nécessaire
Soit μu un polynôme annulateur unitaire de degré minimal. Si P est un autre polynôme annulateur, effectuons la division euclidienne
P=Qμu+R,degR<degμu.
En évaluant en u,
0=P(u)=Q(u)μu(u)+R(u)=R(u).
Si R=0, il serait un annulateur de degré strictement inférieur à celui de μu, contradiction. Ainsi R=0, donc
μu∣P.
Si deux polynômes unitaires de degré minimal existaient, chacun diviserait l'autre ; ils seraient donc égaux. Le polynôme minimal est unique.
Comme χu est annulateur par Cayley-Hamilton,
μu∣χu.
Posons m=degμu. Supposons qu'il existe une relation
a0I+a1u+⋯+am−1um−1=0
avec des coefficients non tous nuls. Le polynôme correspondant serait un annulateur non nul de degré strictement inférieur à m, contradiction. La famille
(IdE,u,…,um−1)
est donc libre.
Par ailleurs, la division de tout P∈K[X] par μu donne un reste de degré <m, donc tout P(u) appartient à l'espace engendré par cette famille. Ainsi
(IdE,u,…,um−1) est une base de K[u]
et
dimK[u]=degμu.
Pour u=2IE sur E=R2,
χu(X)=(X−2)2,
alors que
μu(X)=X−2.
Par exemple,
P(X)=(X−2)(X+1)
est également annulateur, puisqu'il est multiple de μu.
On distingue donc :
un polynôme annulateur : tout polynôme non nul P tel que P(u)=0.
le polynôme minimal : l'unique annulateur unitaire de plus petit degré ; il divise tout polynôme annulateur.
le polynôme caractéristique : det(XI−A), polynôme canonique unitaire de degré dimE, qui annule u par Cayley-Hamilton.
Ils ne coïncident pas en général.
IDÉEL'espace K[u] contient toutes les puissances de u et sa dimension est exactement degμu. Cayley-Hamilton donne en particulier dimK[u]≤dimE.
Pour approfondir
[SOURCE] Agrégation interne de mathématiques 2025, première épreuve : exercice préliminaire 1, questions 1 à 4, puis partie III, questions 14 à 17 — prolongements des parties II, IV et V. Sujet officiel
[SOURCE] Agrégation interne de mathématiques 2022, première épreuve : exercice préliminaire, questions 2 et 3 — matrice compagnon et démonstration de Cayley-Hamilton, en prolongement des parties III et IV. Sujet officiel