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Corrigé détaillé · Agrégation interne

Relations polynomiales, réduction des puissances et récurrences linéaires · Suites récurrentes linéaires · Matrices et endomorphismes · Polynômes d’endomorphismes · Théorème de Cayley-Hamilton · Polynôme minimal

Théorème de Cayley-Hamilton, puissances de matrices et suites récurrentes

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — D'un système de suites à une relation entre matrices

  1. Deux suites, une même récurrence

Les premiers couples sont

(x0,y0)=(1,0),(x1,y1)=(2,1),(x2,y2)=(5,3),(x3,y3)=(13,8).(x_0,y_0)=(1,0),\quad (x_1,y_1)=(2,1),\quad (x_2,y_2)=(5,3),\quad (x_3,y_3)=(13,8).

Pour xnx_n, on a

xn+2=2xn+1+yn+1.x_{n+2}=2x_{n+1}+y_{n+1}.

Or yn+1=xn+yny_{n+1}=x_n+y_n et yn=xn+12xny_n=x_{n+1}-2x_n. Ainsi

xn+2=2xn+1+xn+xn+12xn=3xn+1xn.x_{n+2}=2x_{n+1}+x_n+x_{n+1}-2x_n=3x_{n+1}-x_n.

De même,

yn+2=xn+1+yn+1.y_{n+2}=x_{n+1}+y_{n+1}.

Comme xn+1=2xn+ynx_{n+1}=2x_n+y_n et xn=yn+1ynx_n=y_{n+1}-y_n, on obtient

yn+2=3xn+2yn=3yn+1yn.y_{n+2}=3x_n+2y_n=3y_{n+1}-y_n.

Les deux suites vérifient donc

zn+2=3zn+1zn.\boxed{z_{n+2}=3z_{n+1}-z_n.}

Une fois z0z_0 et z1z_1 connus, cette relation détermine successivement z2,z3,z_2,z_3,\ldots ; une récurrence immédiate donne l'unicité de la suite correspondante.

IDÉEUne récurrence linéaire d'ordre 2 possède une mémoire de dimension 2 : deux termes consécutifs suffisent à déterminer toute la suite.

  1. Changer de langage

On a

AUn=(2111)(xnyn)=(2xn+ynxn+yn)=Un+1.AU_n= \begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix} \begin{pmatrix}x_n\\y_n\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}2x_n+y_n\\x_n+y_n\end{pmatrix} =U_{n+1}.

Ainsi Un+1=AUnU_{n+1}=AU_n. Par récurrence,

Un=AnU0.\boxed{U_n=A^nU_0.}

Le système de deux relations scalaires couplées devient une seule itération linéaire.

  1. Toutes les puissances sont-elles vraiment nouvelles ?

On calcule

A2=(5332).A^2= \begin{pmatrix}5&3\\3&2\end{pmatrix}.

Or

3AI2=(5332).3A-I_2= \begin{pmatrix}5&3\\3&2\end{pmatrix}.

Donc

A2=3AI2.\boxed{A^2=3A-I_2.}

En multipliant par AnA^n,

An+2=3An+1An\boxed{A^{n+2}=3A^{n+1}-A^n}

pour tout n0n\geq0.

  1. Une compression explicite

On montre par récurrence que

An=pnApn1I2.A^n=p_nA-p_{n-1}I_2.

Pour n=1n=1, l'égalité est immédiate. Supposons-la vraie à l'indice nn. Alors

An+1=pnA2pn1A=pn(3AI2)pn1A=(3pnpn1)ApnI2=pn+1ApnI2.\begin{aligned} A^{n+1} &=p_nA^2-p_{n-1}A\\ &=p_n(3A-I_2)-p_{n-1}A\\ &=(3p_n-p_{n-1})A-p_nI_2\\ &=p_{n+1}A-p_nI_2. \end{aligned}

Ainsi, pour tout n1n\geq1,

An=pnApn1I2.\boxed{A^n=p_nA-p_{n-1}I_2.}

Comme U0=(1,0)TU_0=(1,0)^T,

Un=pn(21)pn1(10).U_n=p_n\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}-p_{n-1}\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix}.

D'où

yn=pn,xn=2pnpn1=pn+1pn.\boxed{y_n=p_n,\qquad x_n=2p_n-p_{n-1}=p_{n+1}-p_n.}

Toutes les puissances de AA appartiennent à l'espace vectoriel engendré par I2I_2 et AA.

  1. Le phénomène en dimension 2

Pour

B=(abcd),B=\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix},

on a

B2=(a2+bcab+bdac+cdbc+d2).B^2= \begin{pmatrix} a^2+bc&ab+bd\\ ac+cd&bc+d^2 \end{pmatrix}.

D'autre part, (a+d)B(adbc)I2(a+d)B-(ad-bc)I_2 possède exactement les mêmes coefficients. Donc

B2tr(B)B+det(B)I2=0.\boxed{B^2-\operatorname{tr}(B)B+\det(B)I_2=0.}

En multipliant par BnB^n,

Bn+2=tr(B)Bn+1det(B)Bn.\boxed{B^{n+2}=\operatorname{tr}(B)B^{n+1}-\det(B)B^n.}

Si Vn=BnV0V_n=B^nV_0, alors

Vn+2=tr(B)Vn+1det(B)Vn.V_{n+2}=\operatorname{tr}(B)V_{n+1}-\det(B)V_n.

L'égalité étant vectorielle, chacune des coordonnées vérifie

sn+2=tr(B)sn+1det(B)sn.\boxed{s_{n+2}=\operatorname{tr}(B)s_{n+1}-\det(B)s_n.}

Cette relation peut avoir un ordre effectif inférieur à 2 dans des cas particuliers, par exemple lorsque BB est une matrice scalaire.

II — Polynômes d'un endomorphisme et relations d'annulation

  1. Donner un sens à P(u)P(u)

Si

P(X)=iaiXi,Q(X)=jbjXj,P(X)=\sum_i a_iX^i, \qquad Q(X)=\sum_j b_jX^j,

alors l'additivité est immédiate. Pour le produit,

P(u)Q(u)=i,jaibjui+j.P(u)\circ Q(u)=\sum_{i,j}a_ib_j u^{i+j}.

Les coefficients devant uku^k sont précisément ceux du produit PQPQ. Ainsi

(PQ)(u)=P(u)Q(u).\boxed{(PQ)(u)=P(u)\circ Q(u).}

Comme PQ=QPPQ=QP dans K[X]K[X],

P(u)Q(u)=Q(u)P(u).P(u)Q(u)=Q(u)P(u).

IDÉEUne identité polynomiale peut être transportée vers un endomorphisme en remplaçant XX par uu ; les polynômes en un même endomorphisme commutent entre eux.

  1. Pourquoi un polynôme annulateur existe-t-il toujours ?

La relation de la première partie s'C�crit

A23A+I2=0,A^2-3A+I_2=0,

c'est-à-dire P(A)=0P(A)=0 pour

P(X)=X23X+1.P(X)=X^2-3X+1.

Si P(u)=0P(u)=0 et QK[X]Q\in K[X], alors

(QP)(u)=Q(u)P(u)=0.(QP)(u)=Q(u)P(u)=0.

Tout multiple d'un polynôme annulateur est donc encore annulateur.

Comme End(E)\operatorname{End}(E) est de dimension d2d^2, la famille de d2+1d^2+1 endomorphismes

IdE,u,u2,,ud2\operatorname{Id}_E,u,u^2,\ldots,u^{d^2}

est liée. Il existe donc des scalaires a0,,ad2a_0,\ldots,a_{d^2}, non tous nuls, tels que

a0IdE+a1u++ad2ud2=0.a_0\operatorname{Id}_E+a_1u+\cdots+a_{d^2}u^{d^2}=0.

Le polynôme

P(X)=a0+a1X++ad2Xd2P(X)=a_0+a_1X+\cdots+a_{d^2}X^{d^2}

est non nul et vérifie P(u)=0P(u)=0.

Ainsi tout endomorphisme en dimension finie possède un polynôme annulateur. Cette preuve donne un annulateur de degré au plus d2d^2, mais elle ne fournit ni un polynôme privilégié ni une relation de degré dd.

  1. Réduire toutes les puissances

La division euclidienne donne

Q=SP+R,R=0 ou degR<r.Q=SP+R, \qquad R=0\ \text{ou}\ \deg R<r.

En évaluant en uu,

Q(u)=S(u)P(u)+R(u)=R(u),Q(u)=S(u)P(u)+R(u)=R(u),

car P(u)=0P(u)=0.

Il faut distinguer deux unicités : le reste RR est l'unique reste de la division euclidienne de QQ par le polynôme PP fixé ; si PP n'est pas minimal, il peut en revanche exister un autre polynôme de degré <r<r qui prenne la même valeur en uu.

En particulier, pour Q=XnQ=X^n,

unVect(IdE,u,,ur1).u^n\in\operatorname{Vect}(\operatorname{Id}_E,u,\ldots,u^{r-1}).

De plus,

P(u)=ur+ar1ur1++a0IdE=0.P(u)=u^r+a_{r-1}u^{r-1}+\cdots+a_0\operatorname{Id}_E=0.

En multipliant par unu^n,

un+r+ar1un+r1++a0un=0.\boxed{u^{n+r}+a_{r-1}u^{n+r-1}+\cdots+a_0u^n=0.}

Si sn=(un(v))s_n=\ell(u^n(v)), on applique cette égalité à vv, puis la forme linéaire \ell. On obtient

sn+r+ar1sn+r1++a0sn=0.\boxed{s_{n+r}+a_{r-1}s_{n+r-1}+\cdots+a_0s_n=0.}

IDÉEToute relation polynomiale satisfaite par un endomorphisme produit automatiquement des récurrences pour ses observations linéaires.

III — Le théorème de Cayley-Hamilton

  1. Le polynôme caractéristique

Si A=S1ASA'=S^{-1}AS, alors

XIdA=S1(XIdA)S.XI_d-A'=S^{-1}(XI_d-A)S.

Par multiplicativité du déterminant,

det(XIdA)=det(S1)det(XIdA)det(S)=det(XIdA).\det(XI_d-A')=\det(S^{-1})\det(XI_d-A)\det(S)=\det(XI_d-A).

Le polynôme caractéristique ne dépend donc pas de la base choisie.

Dans le développement de det(XIdA)\det(XI_d-A), le terme de plus haut degré provient du produit des dd termes XX de la diagonale ; son coefficient vaut 1. Ainsi

χu est unitaire de degreˊ d.\boxed{\chi_u\text{ est unitaire de degré }d.}
  1. Retrouver la dimension 2

Pour

B=(abcd),B=\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix},

on a

χB(X)=(Xa)(Xd)bc=X2(a+d)X+adbc.\begin{aligned} \chi_B(X) &=(X-a)(X-d)-bc\\ &=X^2-(a+d)X+ad-bc. \end{aligned}

Donc

χB(X)=X2tr(B)X+det(B).\boxed{\chi_B(X)=X^2-\operatorname{tr}(B)X+\det(B).}

La relation de la question 5 est exactement χB(B)=0\chi_B(B)=0 : le calcul direct en dimension 2 est un cas particulier du théorème général.

  1. Ce que Cayley-Hamilton apporte

La division euclidienne donne

Xn=Qnχu+Rn,degRn<d.X^n=Q_n\chi_u+R_n, \qquad \deg R_n<d.

Comme χu(u)=0\chi_u(u)=0,

un=Rn(u).\boxed{u^n=R_n(u).}

Ainsi

unVect(IdE,u,,ud1).\boxed{u^n\in\operatorname{Vect}(\operatorname{Id}_E,u,\ldots,u^{d-1}).}

Si

χu(X)=Xd+cd1Xd1++c0,\chi_u(X)=X^d+c_{d-1}X^{d-1}+\cdots+c_0,

Cayley-Hamilton donne

ud+cd1ud1++c0IdE=0.u^d+c_{d-1}u^{d-1}+\cdots+c_0\operatorname{Id}_E=0.

En multipliant par unu^n,

un+d+cd1un+d1++c0un=0.\boxed{u^{n+d}+c_{d-1}u^{n+d-1}+\cdots+c_0u^n=0.}

La question 7 assurait seulement l'existence d'un annulateur de degré au plus d2d^2. Cayley-Hamilton fournit un annulateur canonique, construit à partir de uu, unitaire et de degré exactement dd.

  1. Une puissance élevée sans diagonalisation

On calcule

XI3M=(X011X101X),XI_3-M= \begin{pmatrix} X&0&-1\\ -1&X&-1\\ 0&-1&X \end{pmatrix},

puis

χM(X)=X3X1.\boxed{\chi_M(X)=X^3-X-1.}

Cayley-Hamilton donne

M3=M+I3.\boxed{M^3=M+I_3.}

Modulo X3X1X^3-X-1, on a X3X+1X^3\equiv X+1, puis

X5X2+X+1.X^5\equiv X^2+X+1.

Par exponentiation rapide,

X10(X2+X+1)24X2+5X+3,X^{10}\equiv(X^2+X+1)^2\equiv4X^2+5X+3,

puis

X20(4X2+5X+3)2.X^{20}\equiv(4X^2+5X+3)^2.

En réduisant à nouveau avec X3X+1X^3\equiv X+1 et X4X2+XX^4\equiv X^2+X,

X2065X2+86X+49(modX3X1).\boxed{X^{20}\equiv65X^2+86X+49\pmod{X^3-X-1}.}

Donc

M20=65M2+86M+49I3.\boxed{M^{20}=65M^2+86M+49I_3.}

Or

M2=(010011101).M^2= \begin{pmatrix} 0&1&0\\ 0&1&1\\ 1&0&1 \end{pmatrix}.

Finalement,

M20=(496586861141516586114).\boxed{ M^{20}= \begin{pmatrix} 49&65&86\\ 86&114&151\\ 65&86&114 \end{pmatrix}.}

IDÉEPour calculer une grande puissance AnA^n, on peut calculer le reste de XnX^n modulo un polynôme annulateur de AA, puis remplacer XX par AA.

IV — Suites récurrentes et systèmes linéaires : deux langages

  1. Transformer une récurrence en dynamique matricielle

Pour r=1r=1, la matrice compagnon se réduit à C=(a0)C=(-a_0) et la vérification ci-dessous reste valable.

Par définition,

Vn+1=(sn+1sn+2sn+r).V_{n+1}= \begin{pmatrix} s_{n+1}\\s_{n+2}\\\vdots\\s_{n+r} \end{pmatrix}.

Les r1r-1 premières lignes de CVnCV_n décalent les coordonnées. La dernière vaut

a0sna1sn+1ar1sn+r1=sn+r-a_0s_n-a_1s_{n+1}-\cdots-a_{r-1}s_{n+r-1}=s_{n+r}

par la relation de récurrence. Ainsi

Vn+1=CVn.\boxed{V_{n+1}=CV_n.}

Par récurrence,

Vn=CnV0.\boxed{V_n=C^nV_0.}

La première coordonnée de VnV_n vaut sns_n, donc

sn=π1(CnV0).\boxed{s_n=\pi_1(C^nV_0).}

La question 8 montre qu'une identité polynomiale satisfaite par une dynamique linéaire produit des suites récurrentes ; ici, réciproquement, toute suite satisfaisant une récurrence linéaire à coefficients constants devient l'observation d'une dynamique linéaire en dimension finie.

  1. Toute dynamique linéaire finie produit des récurrences

Avec V0KdV_0\in K^d, on a Vn=AnV0V_n=A^nV_0. Cayley-Hamilton donne

An+d+cd1An+d1++c0An=0.A^{n+d}+c_{d-1}A^{n+d-1}+\cdots+c_0A^n=0.

En appliquant cette égalité à V0V_0,

Vn+d+cd1Vn+d1++c0Vn=0.V_{n+d}+c_{d-1}V_{n+d-1}+\cdots+c_0V_n=0.

Chaque coordonnée, et plus généralement toute forme linéaire appliquée à cette relation, vérifie donc

sn+d+cd1sn+d1++c0sn=0.\boxed{s_{n+d}+c_{d-1}s_{n+d-1}+\cdots+c_0s_n=0.}

Pour

A=(2111),A=\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix},

on a

χA(X)=X23X+1.\chi_A(X)=X^2-3X+1.

On retrouve donc

sn+2=3sn+1sn,\boxed{s_{n+2}=3s_{n+1}-s_n,}

ce qui redonne simultanément les récurrences de xnx_n et de yny_n.

  1. Un autre observateur : la trace des puissances

En prenant la trace dans

An+d+cd1An+d1++c0An=0,A^{n+d}+c_{d-1}A^{n+d-1}+\cdots+c_0A^n=0,

et en utilisant la linéarité de la trace, on obtient

tn+d+cd1tn+d1++c0tn=0.\boxed{t_{n+d}+c_{d-1}t_{n+d-1}+\cdots+c_0t_n=0.}

On peut lire ce résultat dans l'espace vectoriel Md(K)M_d(K) : l'application Btr(B)B\mapsto\operatorname{tr}(B) est une forme linéaire. De la même manière, chaque coefficient (An)ij(A^n)_{ij} satisfait une récurrence issue de χA\chi_A.

IDÉESuites récurrentes linéaires et itérations linéaires en dimension finie sont deux façons de décrire le même mécanisme : un état de dimension finie évolue linéairement, et toute observation linéaire de cet état satisfait une récurrence.

V — Jusqu'où peut-on comprimer ?

  1. La dimension réellement nécessaire

Soit μu\mu_u un polynôme annulateur unitaire de degré minimal. Si PP est un autre polynôme annulateur, effectuons la division euclidienne

P=Qμu+R,degR<degμu.P=Q\mu_u+R, \qquad \deg R<\deg\mu_u.

En évaluant en uu,

0=P(u)=Q(u)μu(u)+R(u)=R(u).0=P(u)=Q(u)\mu_u(u)+R(u)=R(u).

Si R0R\neq0, il serait un annulateur de degré strictement inférieur à celui de μu\mu_u, contradiction. Ainsi R=0R=0, donc

μuP.\boxed{\mu_u\mid P.}

Si deux polynômes unitaires de degré minimal existaient, chacun diviserait l'autre ; ils seraient donc égaux. Le polynôme minimal est unique.

Comme χu\chi_u est annulateur par Cayley-Hamilton,

μuχu.\boxed{\mu_u\mid\chi_u.}

Posons m=degμum=\deg\mu_u. Supposons qu'il existe une relation

a0I+a1u++am1um1=0a_0I+a_1u+\cdots+a_{m-1}u^{m-1}=0

avec des coefficients non tous nuls. Le polynôme correspondant serait un annulateur non nul de degré strictement inférieur à mm, contradiction. La famille

(IdE,u,,um1)(\operatorname{Id}_E,u,\ldots,u^{m-1})

est donc libre.

Par ailleurs, la division de tout PK[X]P\in K[X] par μu\mu_u donne un reste de degré <m<m, donc tout P(u)P(u) appartient à l'espace engendré par cette famille. Ainsi

(IdE,u,,um1) est une base de K[u]\boxed{(\operatorname{Id}_E,u,\ldots,u^{m-1})\text{ est une base de }K[u]}

et

dimK[u]=degμu.\boxed{\dim K[u]=\deg\mu_u.}

Pour u=2IEu=2I_E sur E=R2E=\mathbb R^2,

χu(X)=(X2)2,\chi_u(X)=(X-2)^2,

alors que

μu(X)=X2.\mu_u(X)=X-2.

Par exemple,

P(X)=(X2)(X+1)P(X)=(X-2)(X+1)

est également annulateur, puisqu'il est multiple de μu\mu_u.

On distingue donc :

  • un polynôme annulateur : tout polynôme non nul PP tel que P(u)=0P(u)=0.
  • le polynôme minimal : l'unique annulateur unitaire de plus petit degré ; il divise tout polynôme annulateur.
  • le polynôme caractéristique : det(XIA)\det(XI-A), polynôme canonique unitaire de degré dimE\dim E, qui annule uu par Cayley-Hamilton.

Ils ne coïncident pas en général.

IDÉEL'espace K[u]K[u] contient toutes les puissances de uu et sa dimension est exactement degμu\deg\mu_u. Cayley-Hamilton donne en particulier dimK[u]dimE\dim K[u]\leq\dim E.

Pour approfondir

[SOURCE] Agrégation interne de mathématiques 2025, première épreuve : exercice préliminaire 1, questions 1 à 4, puis partie III, questions 14 à 17 — prolongements des parties II, IV et V. Sujet officiel

[SOURCE] Agrégation interne de mathématiques 2022, première épreuve : exercice préliminaire, questions 2 et 3 — matrice compagnon et démonstration de Cayley-Hamilton, en prolongement des parties III et IV. Sujet officiel