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DM n°01 · Agrégation de mathématiques · Agrégation interne

Relations polynomiales, réduction des puissances et récurrences linéaires · Suites récurrentes linéaires · Matrices et endomorphismes · Polynômes d’endomorphismes · Théorème de Cayley-Hamilton · Polynôme minimal

Théorème de Cayley-Hamilton, puissances de matrices et suites récurrentes

Un problème progressif de préparation à l’agrégation interne : à partir d’un système de suites accessible, on fait émerger une relation polynomiale sur une matrice, puis les polynômes d’endomorphismes, Cayley-Hamilton, la réduction de puissances et le lien général avec les suites récurrentes linéaires. La dernière partie précise le rôle du polynôme minimal et la dimension de K[u].

Temps indicatif
≈ 4 h 30
Chapitres
Suites récurrentes linéaires · Matrices et endomorphismes · Polynômes d’endomorphismes · Théorème de Cayley-Hamilton · Polynôme minimal

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Passer d’une récurrence concrète à une dynamique matricielle et revenir au langage des suites
  • 02Comprendre comment un polynôme annulateur réduit toutes les puissances d’un endomorphisme à un espace de dimension finie
  • 03Utiliser le théorème de Cayley-Hamilton pour calculer des puissances sans diagonalisation
  • 04Distinguer polynôme annulateur, polynôme minimal et polynôme caractéristique
  • 05Relier la dimension de K[u] au degré du polynôme minimal

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Calcul algébrique et polynômes
  • Suites définies par récurrence
  • Systèmes linéaires simples
  • Produit de matrices 2 × 2
  • Notions élémentaires d’espace vectoriel, réactivées dans le sujet

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 4 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Une récurrence semble demander de connaître indéfiniment les termes précédents ; une puissance AnA^n semble, elle aussi, demander un nombre de multiplications qui augmente avec nn. Pourtant, lorsqu'une dynamique est linéaire et vit dans un espace de dimension finie, cette impression est trompeuse.

Le problème part d'un exemple élémentaire pour comprendre progressivement ce phénomène. Les notions d'algèbre linéaire nécessaires sont rappelées ou introduites au moment où elles deviennent utiles.

I — D'un système de suites à une relation entre matrices

On définit deux suites réelles (xn)(x_n) et (yn)(y_n) par

x0=1,y0=0x_0=1,\qquad y_0=0

et, pour tout n0n\geq0,

{xn+1=2xn+yn,yn+1=xn+yn.\begin{cases} x_{n+1}=2x_n+y_n,\\ y_{n+1}=x_n+y_n. \end{cases}
  1. Deux suites, une même récurrence

(a) Calculer les quatre premiers couples (xn,yn)(x_n,y_n).

(b) Montrer que les deux suites satisfont la même relation

zn+2=3zn+1zn.z_{n+2}=3z_{n+1}-z_n.

(c) Expliquer pourquoi deux termes consécutifs d'une suite satisfaisant cette relation déterminent tous les suivants.

On cherche maintenant à comprendre pourquoi la même relation apparaît simultanément pour xnx_n et yny_n.

Pour

A=(2111),Un=(xnyn),A=\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix}, \qquad U_n=\begin{pmatrix}x_n\\y_n\end{pmatrix},

on rappelle que

(abcd)(xy)=(ax+bycx+dy).\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix} \begin{pmatrix}x\\y\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}ax+by\\cx+dy\end{pmatrix}.

On note I2I_2 la matrice identité.

  1. Changer de langage

Montrer que

Un+1=AUn,U_{n+1}=AU_n,

puis que

Un=AnU0U_n=A^nU_0

pour tout n0n\geq0.

Le calcul de UnU_n semble donc avoir été remplacé par celui de AnA^n. Il reste à savoir si ce changement est réellement utile.

  1. Toutes les puissances sont-elles vraiment nouvelles ?

Calculer A2A^2 et chercher une relation linéaire entre I2I_2, AA et A2A^2.

En déduire une relation satisfaite par la suite de matrices

(I2,A,A2,A3,).(I_2,A,A^2,A^3,\ldots).
  1. Une compression explicite

On définit

p0=0,p1=1,pn+2=3pn+1pn.p_0=0,\qquad p_1=1,\qquad p_{n+2}=3p_{n+1}-p_n.

Montrer que, pour tout n1n\geq1,

An=pnApn1I2.A^n=p_nA-p_{n-1}I_2.

En déduire des expressions de xnx_n et yny_n à l'aide de la seule suite (pn)(p_n).

Ainsi, une infinité de matrices AnA^n est contenue dans l'espace engendré par seulement deux matrices.

  1. Le phénomène en dimension 2

Soit désormais

B=(abcd)M2(R).B=\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}\in M_2(\mathbb R).

On pose

tr(B)=a+d,det(B)=adbc.\operatorname{tr}(B)=a+d, \qquad \det(B)=ad-bc.

(a) Montrer directement que

B2tr(B)B+det(B)I2=0.B^2-\operatorname{tr}(B)B+\det(B)I_2=0.

(b) En déduire que, pour tout n0n\geq0,

Bn+2=tr(B)Bn+1det(B)Bn.B^{n+2}=\operatorname{tr}(B)B^{n+1}-\det(B)B^n.

(c) Soit V0R2V_0\in\mathbb R^2 et Vn=BnV0V_n=B^nV_0. Montrer que chacune des deux coordonnées de VnV_n satisfait une même récurrence linéaire d'ordre au plus 2, que l'on précisera.

La partie suivante cherche à comprendre ce que devient cette observation lorsque la dimension n'est plus égale à 2.

II — Polynômes d'un endomorphisme et relations d'annulation

Dans toute la suite, KK désigne un corps commutatif — on peut garder K=RK=\mathbb R en tête — et EE un KK-espace vectoriel de dimension finie d1d\geq1.

Un endomorphisme de EE est une application linéaire de EE dans lui-même. On note End(E)\operatorname{End}(E) l'ensemble de ces endomorphismes,

u0=IdE,un+1=uun.u^0=\operatorname{Id}_E, \qquad u^{n+1}=u\circ u^n.

Après choix d'une base de EE, un endomorphisme est représenté par une matrice d×dd\times d ; en particulier,

dimEnd(E)=d2.\dim\operatorname{End}(E)=d^2.
  1. Donner un sens à P(u)P(u)

Pour

P(X)=a0+a1X++arXrK[X],P(X)=a_0+a_1X+\cdots+a_rX^r\in K[X],

on définit

P(u)=a0IdE+a1u++arur.P(u)=a_0\operatorname{Id}_E+a_1u+\cdots+a_ru^r.

(a) Montrer que, pour tous P,QK[X]P,Q\in K[X],

(P+Q)(u)=P(u)+Q(u)(P+Q)(u)=P(u)+Q(u)

et

(PQ)(u)=P(u)Q(u).(PQ)(u)=P(u)\circ Q(u).

(b) En déduire que deux endomorphismes de la forme P(u)P(u) et Q(u)Q(u) commutent toujours.

On appelle polynôme annulateur de uu tout polynôme non nul PK[X]P\in K[X] tel que

P(u)=0.P(u)=0.
  1. Pourquoi un polynôme annulateur existe-t-il toujours ?

(a) Réinterpréter la relation trouvée à la question 3 comme l'annulation de la matrice AA par un polynôme.

(b) Montrer que tout multiple d'un polynôme annulateur est encore annulateur.

(c) En utilisant uniquement

dimEnd(E)=d2,\dim\operatorname{End}(E)=d^2,

montrer que tout endomorphisme de EE possède au moins un polynôme annulateur non nul.

(d) Quel contrôle cette démonstration donne-t-elle sur le degré d'un tel polynôme ? Expliquer ce qu'elle ne dit pas encore.

On rappelle la division euclidienne dans K[X]K[X] : si P0P\neq0, alors pour tout QK[X]Q\in K[X], il existe un unique couple (S,R)(S,R) tel que

Q=SP+R,Q=SP+R,

avec R=0R=0 ou degR<degP\deg R<\deg P.

  1. Réduire toutes les puissances à un nombre fini d'entre elles

Soit

P(X)=Xr+ar1Xr1++a1X+a0P(X)=X^r+a_{r-1}X^{r-1}+\cdots+a_1X+a_0

un polynôme annulateur unitaire de uu.

(a) Soit QK[X]Q\in K[X] et soit RR le reste de la division euclidienne de QQ par PP. Montrer que

Q(u)=R(u).Q(u)=R(u).

(b) En déduire que toutes les puissances de uu appartiennent à

Vect(IdE,u,,ur1).\operatorname{Vect}\bigl(\operatorname{Id}_E,u,\ldots,u^{r-1}\bigr).

(c) Montrer plus précisément que

un+r+ar1un+r1++a0un=0u^{n+r}+a_{r-1}u^{n+r-1}+\cdots+a_0u^n=0

pour tout n0n\geq0.

Soit maintenant vEv\in E et soit :EK\ell:E\to K une forme linéaire. On définit

sn=(un(v)).s_n=\ell(u^n(v)).

Montrer que (sn)(s_n) satisfait la récurrence linéaire

sn+r+ar1sn+r1++a0sn=0.s_{n+r}+a_{r-1}s_{n+r-1}+\cdots+a_0s_n=0.

III — Le théorème de Cayley-Hamilton

Soit uEnd(E)u\in\operatorname{End}(E). Si AA est sa matrice dans une base de EE, on définit

χu(X)=det(XIdA).\chi_u(X)=\det(XI_d-A).
  1. Le polynôme caractéristique

(a) Si A=S1ASA'=S^{-1}AS est la matrice de uu dans une autre base, montrer que

det(XIdA)=det(XIdA).\det(XI_d-A')=\det(XI_d-A).

La définition de χu\chi_u ne dépend donc pas de la base choisie.

(b) Montrer que χu\chi_u est un polynôme unitaire de degré dd.

  1. Retrouver la dimension 2

Pour BM2(K)B\in M_2(K), établir

χB(X)=X2tr(B)X+det(B).\chi_B(X)=X^2-\operatorname{tr}(B)X+\det(B).

Comparer alors la question 5 avec l'égalité

χB(B)=0.\chi_B(B)=0.

Le phénomène découvert en dimension 2 est général.

Théorème de Cayley-Hamilton. Pour tout endomorphisme uu d'un espace vectoriel de dimension finie, χu(u)=0\chi_u(u)=0. La démonstration générale du théorème n'est pas demandée dans ce problème.

  1. Ce que Cayley-Hamilton apporte

(a) Pour tout n0n\geq0, soit RnR_n le reste de la division euclidienne de XnX^n par χu\chi_u. Montrer que

un=Rn(u)u^n=R_n(u)

et que

degRn<d.\deg R_n<d.

(b) Si

χu(X)=Xd+cd1Xd1++c0,\chi_u(X)=X^d+c_{d-1}X^{d-1}+\cdots+c_0,

écrire la relation de récurrence satisfaite par les puissances unu^n.

(c) Comparer ce résultat à l'existence obtenue à la question 7. Quelle information supplémentaire essentielle apporte Cayley-Hamilton ?

  1. Une puissance élevée sans diagonalisation

On considère

M=(001101010).M=\begin{pmatrix} 0&0&1\\ 1&0&1\\ 0&1&0 \end{pmatrix}.

(a) Calculer son polynôme caractéristique.

(b) En déduire une relation entre I3I_3, MM et M3M^3.

(c) Calculer le reste de X20X^{20} dans la division par

X3X1,X^3-X-1,

en cherchant à éviter vingt multiplications successives.

(d) En déduire M20M^{20}.

IV — Suites récurrentes et systèmes linéaires : deux langages

Nous avons montré qu'une relation polynomiale sur un endomorphisme engendre des récurrences. On établit maintenant une réciproque.

Soient r1r\geq1 et

P(X)=Xr+ar1Xr1++a0.P(X)=X^r+a_{r-1}X^{r-1}+\cdots+a_0.

On considère une suite (sn)(s_n) vérifiant

sn+r+ar1sn+r1++a0sn=0.s_{n+r}+a_{r-1}s_{n+r-1}+\cdots+a_0s_n=0.
  1. Transformer une récurrence en dynamique matricielle

On pose

Vn=(snsn+1sn+r1).V_n= \begin{pmatrix} s_n\\ s_{n+1}\\ \vdots\\ s_{n+r-1} \end{pmatrix}.

Pour r=1r=1, on lit simplement C=(a0)C=(-a_0). Pour r2r\geq2, on pose

C=(010000100001a0a1a2ar1).C= \begin{pmatrix} 0&1&0&\cdots&0\\ 0&0&1&\cdots&0\\ \vdots&&&\ddots&\vdots\\ 0&0&0&\cdots&1\\ -a_0&-a_1&-a_2&\cdots&-a_{r-1} \end{pmatrix}.

(a) Montrer que

Vn+1=CVn.V_{n+1}=CV_n.

(b) En déduire

Vn=CnV0.V_n=C^nV_0.

Si π1\pi_1 désigne la première coordonnée, montrer alors que

sn=π1(CnV0).s_n=\pi_1(C^nV_0).

(c) Mettre ce résultat en regard de la dernière question de la partie II : quel lien général obtient-on entre suites récurrentes linéaires et itérations d'applications linéaires en dimension finie ?

  1. Toute dynamique linéaire finie produit des récurrences

Soit AMd(K)A\in M_d(K) et V0KdV_0\in K^d. On définit la suite (Vn)(V_n) par

Vn+1=AVn.V_{n+1}=AV_n.

Si

χA(X)=Xd+cd1Xd1++c0,\chi_A(X)=X^d+c_{d-1}X^{d-1}+\cdots+c_0,

montrer que chacune des coordonnées de VnV_n, et plus généralement toute combinaison linéaire fixe de ces coordonnées, satisfait

sn+d+cd1sn+d1++c0sn=0.s_{n+d}+c_{d-1}s_{n+d-1}+\cdots+c_0s_n=0.

Retrouver ainsi la récurrence de la question 1 à partir du polynôme caractéristique de la matrice AA de la première partie.

  1. Un autre observateur : la trace des puissances

Pour une matrice AMd(K)A\in M_d(K), on pose

tn=tr(An).t_n=\operatorname{tr}(A^n).

Montrer que (tn)(t_n) satisfait elle aussi la récurrence associée à χA\chi_A.

Expliquer pourquoi ce résultat relève exactement du même principe que les questions précédentes, bien que la suite (tn)(t_n) n'ait pas été présentée initialement comme une coordonnée d'un vecteur AnvA^nv.

V — Jusqu'où peut-on comprimer ?

Cayley-Hamilton assure qu'un endomorphisme d'un espace de dimension dd est annulé par un polynôme de degré dd. Mais cette borne n'est pas toujours optimale.

On appelle polynôme minimal de uu un polynôme annulateur unitaire de plus petit degré ; on le note μu\mu_u.

  1. La dimension réellement nécessaire

(a) Montrer que tout polynôme annulateur de uu est divisible par μu\mu_u. En déduire l'unicité de μu\mu_u.

(b) Déduire du théorème de Cayley-Hamilton que

μuχu.\mu_u\mid\chi_u.

(c) Si m=degμum=\deg\mu_u, montrer que

(IdE,u,,um1)\bigl(\operatorname{Id}_E,u,\ldots,u^{m-1}\bigr)

est une famille libre et qu'elle engendre tous les polynômes en uu.

En notant

K[u]={P(u)PK[X]},K[u]=\{P(u)\mid P\in K[X]\},

conclure que

dimK[u]=degμu.\dim K[u]=\deg\mu_u.

(d) Sur E=R2E=\mathbb R^2, prendre

u=2IdE.u=2\operatorname{Id}_E.

Déterminer χu\chi_u et μu\mu_u, puis donner un troisième polynôme annulateur qui ne soit égal ni à l'un ni à l'autre.

(e) Expliquer précisément, dans cet exemple puis dans le cas général, la différence entre les trois expressions :

  • « un polynôme annulateur » ;
  • « le polynôme minimal » ;
  • « le polynôme caractéristique ».

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