Quantificateurs, norme sup, continuité, intégration, dérivation et critère de Cauchy uniforme · Suites de fonctions · Convergence simple et uniforme · Convergence uniforme sur tout compact · Passage à la limite sous l’intégrale · Dérivation d’une limite · Critère de Cauchy uniforme
Convergences simple et uniforme des suites de fonctions
Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.
C'est une fonction polynomiale. En t=2, cette expression vaut 0, comme la seconde branche de la définition ; ψ est donc continue sur [0,+∞[.
Pour 0<t<2,
ψ′(t)=4−8t+3t2=(t−2)(3t−2).
Ainsi ψ′>0 sur ]0,2/3[ et ψ′<0 sur ]2/3,2[. La fonction croît sur [0,2/3], décroît sur [2/3,2], puis reste nulle.
tψ′(t)ψ(t)00+↗3202732−↘2000⟶+∞0
(b) Le maximum est atteint en t=2/3 et vaut
ψ(32)=32(34)2=2732.
(c) Comme ψ est nulle sur [2,+∞[,
∫0+∞ψ(t)dt=∫02(4t−4t2+t3)dt=8−332+4=34.
(a) Puisque pn(x)=ψ(nx) et que ψ(t)=0 exactement pour 0<t<2,
pn(x)=0⟺0<x<n2.
La bosse se resserre donc vers 0. Le dessin suggère que sa hauteur reste fixe et que son sommet se rapproche de 0.
(b) Fixons x∈[0,1]. Si x=0, alors pn(0)=0 pour tout n. Si x>0, choisissons N>2/x. Pour tout n≥N, on a nx>2, donc pn(x)=0. Ainsi
pn(x)⟶0pour tout x∈[0,1].
(c) La variable nx parcourt [0,2] sur la partie non nulle de pn. Le maximum de pn est donc celui de ψ :
[0,1]maxpn=2732,xn=3n2.
On a xn→0 mais pn(xn)=32/27 pour tout n. Chaque point fixé finit donc par ne plus voir la bosse, tandis que le point où l'erreur est maximale se déplace avec n.
Pour tout x∈[0,1],
0≤rn(x)=n1pn(x)≤27n32.
Soit ε>0. Choisissons N tel que 32/(27N)<ε. Alors, pour tout n≥N et tout x∈[0,1],
∣rn(x)∣≤27n32≤27N32<ε.
Le même N convient donc à tous les points. À la question 2(b), au contraire, un choix naturel était N>2/x : le rang dépendait de x.
(a) Si x=0, qn(0)=0. Si x>0, alors pour n>2/x on a pn(x)=0, donc qn(x)=npn(x)=0. Par conséquent
qn(x)→0pour tout x∈[0,1].
(b) Par le changement de variable u=nx,
∫01qn(x)dx=n∫02/nψ(nx)dx=∫02ψ(u)du=34.
(c) Pour chaque point fixé, qn(x) tend vers 0, mais l'aire reste exactement égale à 4/3. La hauteur augmente pendant que la largeur diminue : la convergence point par point ne contrôle pas à elle seule l'aire totale.
(a) On a immédiatement Hn(0)=0. Si x≥2/n, tout le support de qn est contenu dans [0,x], donc
Hn(x)=43∫01qn(t)dt=43⋅34=1.
(b) Pour x=0, Hn(0)=0. Si x>0, dès que n>2/x, on a x>2/n et donc Hn(x)=1. La limite simple est
H(x)={0,1,x=0,0<x≤1.
(c) Chaque qn est continue ; la fonction x↦∫0xqn(t)dt est donc continue, et même dérivable. Chaque Hn est continue. En revanche
H(0)=0etx→0+limH(x)=1,
donc H est discontinue en 0.
II — Un même rang pour tous les points ?
(a) La convergence simple s'écrit
∀x∈E,∀ε>0,∃N,∀n≥N,∣fn(x)−f(x)∣<ε.
Le point x est fixé avant le choix de N ; ce rang peut donc dépendre de x.
La convergence uniforme s'écrit
∀ε>0,∃N,∀n≥N,∀x∈E,∣fn(x)−f(x)∣<ε.
Ici N est choisi avant x : il doit convenir simultanément à tous les points.
(b) Si la convergence est uniforme, fixons x∈E et ε>0. Le rang fourni par l'uniformité vérifie l'inégalité pour tous les points de E, donc en particulier pour ce x. La convergence est simple.
(c) La négation exacte est
∃ε0>0,∀N,∃n≥N,∃x∈E,∣fn(x)−f(x)∣≥ε0.
(d) Pour pn, la limite simple est 0. Prenons ε0=1. Pour tout N, choisissons n≥max(N,2) et
xn=3n2.
Alors
∣pn(xn)∣=2732≥1.
La négation précédente est satisfaite : (pn) ne converge pas uniformément vers 0.
Idée. Le point qui fait échouer l'uniformité est autorisé à dépendre de n. C'est exactement ce qui permet à une bosse de « fuir » vers le bord tout en restant haute.
(a) Supposons d'abord ∥fn−f∥∞,E→0. Alors, pour n assez grand,
∥fn−f∥∞,E<ε,
et donc, pour tout x∈E,
∣fn(x)−f(x)∣≤∥fn−f∥∞,E<ε.
La convergence est uniforme.
Réciproquement, supposons la convergence uniforme. Pour ε>0, appliquons la définition avec ε/2. Pour n assez grand et tout x,
∣fn(x)−f(x)∣<2ε.
En prenant le supremum,
∥fn−f∥∞,E≤2ε<ε.
Ainsi
fn→f uniformeˊment⟺∥fn−f∥∞,E→0.
Le passage par ε/2 évite de supposer que le supremum est atteint.
(b) D'après la question 2,
∥pn∥∞=2732.
Comme rn=pn/n,
∥rn∥∞=27n32→0.
Enfin qn=npn, donc
∥qn∥∞=2732n.
(c) Pour x>0, H(x)=1 et 0≤Hn(x)≤1, donc ∣Hn(x)−H(x)∣≤1. Lorsque x→0+, la continuité de Hn et Hn(0)=0 donnent
∣Hn(x)−H(x)∣=1−Hn(x)⟶1.
Ainsi
∥Hn−H∥∞,[0,1]=1.
Ce supremum n'est pas atteint : en 0 l'erreur vaut 0, et pour x>0 elle est strictement inférieure à 1.
(a) Soit a>0. Si n>2/a, alors pour tout x∈[a,1], nx>2. Donc
pn=qn=rn=0sur [a,1].
De plus x≥a>2/n, donc Hn(x)=1=H(x) sur [a,1].
(b) Soit K un compact non vide de ]0,1]. La fonction x↦x atteint sur K son minimum a>0. Alors K⊂[a,1], et la question précédente montre que les fonctions coïncident même exactement avec leurs limites sur K à partir d'un certain rang.
Il n'y a pas contradiction avec l'échec sur [0,1] : tous les défauts se concentrent près de 0, tandis qu'un compact de ]0,1] reste à une distance strictement positive de ce point.
III — Ce que permet la convergence uniforme
(a) Fixons x0∈[a,b] et ε>0. Par convergence uniforme, il existe N tel que
∥fN−f∥∞,[a,b]<3ε.
La fonction fN est continue en x0. Il existe donc δ>0 tel que
(b) Les fonctions Hn sont continues et convergent simplement vers la fonction H discontinue en 0. La convergence simple ne préserve donc pas la continuité.
(c) Le même indice N doit contrôler ∣f(x)−fN(x)∣ pour tous les x proches de x0 et aussi ∣f(x0)−fN(x0)∣. Sous convergence simple, le rang contrôlant le premier terme peut dépendre de x ; on ne dispose donc pas en général d'une fonction fN unique valable sur tout le voisinage.
(b) La suite (qn) converge simplement vers 0, mais
∫01qn(x)dx=34
pour tout n. Ainsi
nlim∫01qn=∫01nlimqn.
(c) La suite (pn) n'est pas uniformément convergente puisque ∥pn∥∞=32/27. Pourtant
∫01pn(x)dx=n1∫02ψ(u)du=3n4⟶0.
La convergence uniforme est donc une condition suffisante, mais non nécessaire, pour ce passage à la limite.
(a) Pour x=0, fn,α(0)=0. Si x>0, dès que n>2/x, pn(x)=0, donc nαpn(x)=0. Ainsi, pour tout α∈R,
fn,α(x)→0pour tout x∈[0,1].
(b) Puisque nα>0,
∥fn,α∥∞=2732nα.
Cette quantité tend vers 0 si et seulement si α<0. Donc
fn,α→0 uniformeˊment⟺α<0.
(c) On obtient
∫01fn,α(x)dx=nα3n4=34nα−1.
Par conséquent,
α<1:∫01fn,α→0,α=1:∫01fn,α=34,
et, si α>1, l'intégrale tend vers +∞.
(d) Pour 0≤α<1, la convergence n'est pas uniforme mais le passage à la limite sous l'intégrale reste valable. Pour α≥1, la convergence simple vers 0 subsiste alors que les intégrales ne tendent pas vers 0.
Les deux seuils sont donc distincts :
α=0 pour l’uniformiteˊ,α=1 pour les inteˊgrales.
IV — Peut-on dériver une limite ?
(a) Pour 0<t<2,
ψ′(t)=(t−2)(3t−2),
donc ψ′(t)→0 lorsque t→2−. À droite de 2, ψ est constante égale à 0, donc la dérivée vaut aussi 0. Ainsi ψ′(2)=0 et ψ est de classe C1. Par composition et multiplication scalaire, chaque rn est de classe C1 sur [0,1].
(b) Par dérivation,
rn′(x)=ψ′(nx),
donc
rn′(0)=ψ′(0)=4
pour tout n.
(c) Pourtant rn→0 uniformément sur [0,1], et la dérivée de la fonction limite est nulle. On n'a donc pas
rn′(0)→0.
La convergence uniforme des fonctions ne suffit pas pour dériver la limite ni pour assurer la convergence des dérivées vers la dérivée de la limite.
(a) Chaque gn′ est continue et (gn′) converge uniformément vers h. D'après la question 9,
h est continue sur [a,b].
(b) Par le théorème fondamental du calcul intégral,
gn(x)=gn(x0)+∫x0xgn′(t)dt.
Donc
gn(x)−G(x)=gn(x0)−ℓ+∫x0x(gn′(t)−h(t))dt.
D'où
∣gn(x)−G(x)∣≤∣gn(x0)−ℓ∣+∣x−x0∣∥gn′−h∥∞.
Comme ∣x−x0∣≤b−a,
∣gn(x)−G(x)∣≤∣gn(x0)−ℓ∣+(b−a)∥gn′−h∥∞.
Le membre de droite ne dépend pas de x et tend vers 0. Ainsi
gn→G uniformeˊment sur [a,b].
(c) Puisque h est continue,
G(x)=ℓ+∫x0xh(t)dt
est de classe C1 et
G′=h.
Fixons x0∈[a,b]. La convergence simple donne
gn(x0)→g(x0).
La question 13 s'applique donc avec ℓ=g(x0) et fournit
G(x)=g(x0)+∫x0xh(t)dt
tel que gn→G uniformément, donc simplement.
Mais gn→g simplement aussi. Par unicité de la limite réelle à chaque point,
g=G.
Ainsi
gn→g uniformeˊment,g∈C1([a,b]),g′=h.
La question 12 montre précisément que l'hypothèse de convergence uniforme des dérivées ne peut pas être remplacée par la seule convergence uniforme des fonctions.
V — Détecter la convergence uniforme sans connaître la limite
Supposons d'abord que fn→f uniformément sur E. Soit ε>0. Il existe N tel que, pour tout n≥N et tout x∈E,
∣fn(x)−f(x)∣<2ε.
Si p,q≥N, alors
∣fp(x)−fq(x)∣≤∣fp(x)−f(x)∣+∣fq(x)−f(x)∣<ε
pour tout x∈E. La propriété de Cauchy uniforme est donc nécessaire.
Réciproquement, supposons
∀ε>0,∃N,∀p,q≥N,∀x∈E,∣fp(x)−fq(x)∣<ε.
Fixons x∈E. Pour ce x, la suite réelle (fn(x)) est de Cauchy. Par complétude de R, elle converge ; définissons
f(x)=n→∞limfn(x).
Soit maintenant ε>0. Appliquons l'hypothèse de Cauchy uniforme avec ε/2. Il existe N tel que, pour p,q≥N et tout x∈E,
∣fp(x)−fq(x)∣<2ε.
Fixons n≥N et x∈E. Pour tout p≥N,
∣fn(x)−fp(x)∣<2ε.
En faisant tendre p vers +∞, on obtient
∣fn(x)−f(x)∣≤2ε<ε.
Le même N convient à tous les x, donc fn→f uniformément.
Ainsi
(fn) converge uniformeˊment⟺(fn) est de Cauchy uniformeˊment.
La complétude de R intervient exactement lorsqu'on transforme, pour chaque x, la suite de Cauchy (fn(x)) en une suite convergente.