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DM n°03 · Agrégation de mathématiques · Agrégation interne

Tangentes, racines simples, estimation de l’erreur et portée des hypothèses · Méthode de Newton · Suites et convergence · Dérivation et convexité · Estimation de l’erreur · Ordre de convergence · Contre-exemples

Méthode de Newton : convergence locale et contre-exemples

Un problème progressif de préparation à l’agrégation interne : à partir de la géométrie des tangentes pour x² − 2, on construit la méthode de Newton, on établit des critères de convergence et des estimations d’erreur, puis on analyse par des contre-exemples la portée exacte des résultats obtenus.

Temps indicatif
≈ 4 h 30
Chapitres
Méthode de Newton · Suites et convergence · Dérivation et convexité · Estimation de l’erreur · Ordre de convergence · Contre-exemples

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Passer d’une construction géométrique par tangentes à une formulation rigoureuse de l’itération de Newton et de son domaine
  • 02Distinguer convergence locale et convergence globale en identifiant précisément le rôle des hypothèses
  • 03Établir des estimations d’erreur et interpréter la vitesse ainsi que l’ordre de convergence
  • 04Utiliser des contre-exemples pour tester la portée d’un théorème et repérer les hypothèses indispensables

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Dérivation et équation d’une tangente
  • Étude de fonctions et convexité élémentaire
  • Suites monotones, convergence et passage à la limite
  • Calcul algébrique et polynômes

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 4 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Pour une fonction réelle ff, la méthode de Newton cherche à approcher un zéro de ff en remplaçant localement sa courbe par une tangente. Le but est de comprendre jusqu'où cette idée géométrique peut être transformée en théorèmes : dans quels cas l'itération converge-t-elle, à quelle vitesse, et que peut-il se passer lorsque le point initial est mal choisi ou lorsqu'une hypothèse essentielle disparaît ?

I — Une itération issue d'une tangente

On considère

f(x)=x22f(x)=x^2-2

et on cherche son zéro positif. On part de x0=2x_0=2.

  1. Soit u>0u>0.

    (a) Écrire l'équation de la tangente à la courbe de ff au point d'abscisse uu.

    (b) Déterminer l'abscisse T(u)T(u) du point où cette tangente coupe l'axe des abscisses.

    (c) On définit xn+1=T(xn)x_{n+1}=T(x_n). Représenter sur un croquis les trois premières étapes de la construction et expliquer le lien entre la géométrie du tracé et la relation de récurrence obtenue.

  2. Calculer x1x_1 et x2x_2 exactement, puis donner une valeur décimale de x3x_3. En utilisant

21,41421356237,\sqrt2\simeq 1{,}41421356237,

observer les erreurs xn2|x_n-\sqrt2| pour n=0,1,2,3n=0,1,2,3 et formuler une conjecture sur la convergence et sur sa rapidité. Il s'agit à ce stade d'une observation, non d'une preuve.

  1. Pour x>0x>0, établir les deux identités
T(x)2=(x2)22x,T(x)x=2x22x.T(x)-\sqrt2=\frac{(x-\sqrt2)^2}{2x}, \qquad T(x)-x=\frac{2-x^2}{2x}.

En déduire que, si x>2x>\sqrt2, alors

2T(x)<x.\sqrt2\leq T(x)<x.

Montrer que la suite (xn)(x_n) converge et déterminer sa limite.

  1. En posant en=xn2e_n=x_n-\sqrt2, obtenir une majoration de la forme
0en+1Cen20\leq e_{n+1}\leq C e_n^2

avec une constante CC indépendante de nn. Expliquer en quoi ce résultat transforme l'observation numérique de la question 2 en une propriété démontrée.

II — De la construction géométrique à un premier théorème global

  1. Soit ff une fonction dérivable sur un intervalle et soit uu tel que f(u)0f'(u)\neq0. À partir de l'équation de la tangente à la courbe de ff au point (u,f(u))(u,f(u)), retrouver la transformation
Nf(u)=uf(u)f(u).N_f(u)=u-\frac{f(u)}{f'(u)}.

Préciser son domaine de définition et expliquer pourquoi ses points fixes sont exactement les zéros de ff appartenant à ce domaine.

La suite

xn+1=Nf(xn)x_{n+1}=N_f(x_n)

est appelée suite de Newton associée à ff.

On rappelle que fC1(J)f\in\mathcal C^1(J) signifie que ff est dérivable sur JJ et que ff' y est continue ; fC2(J)f\in\mathcal C^2(J) signifie que ff est deux fois dérivable et que ff'' y est continue.

  1. Soient α<b\alpha<b et fC1([α,b])f\in\mathcal C^1([\alpha,b]) tels que
f(α)=0,f(x)>0pour tout x[α,b],f(\alpha)=0,\qquad f'(x)>0\quad\text{pour tout }x\in[\alpha,b],

et supposons ff convexe sur [α,b][\alpha,b].

On pourra utiliser le fait que la courbe d'une fonction convexe dérivable est située au-dessus de chacune de ses tangentes.

(a) Montrer que, pour tout x(α,b]x\in(\alpha,b],

αNf(x)<x.\alpha\leq N_f(x)<x.

(b) En déduire que, pour tout x0(α,b]x_0\in(\alpha,b], la suite de Newton est bien définie et converge vers α\alpha.

(c) Ce résultat est-il local ou global sur l'intervalle considéré ? Identifier précisément le rôle joué par la convexité et par le signe de ff'.

III — Ce que l'on peut garantir près d'une racine simple

Pour la suite, on utilisera au besoin le théorème des accroissements finis : si gg est continue sur [a,b][a,b] et dérivable sur ]a,b[]a,b[, alors il existe c]a,b[c\in]a,b[ tel que

g(b)g(a)=g(c)(ba).g(b)-g(a)=g'(c)(b-a).

Soit II un intervalle ouvert, fC2(I)f\in\mathcal C^2(I), et αI\alpha\in I tel que

f(α)=0,f(α)0.f(\alpha)=0,\qquad f'(\alpha)\neq0.

Un tel zéro est dit simple. On appellera ici voisinage de α\alpha un intervalle contenant α\alpha en son intérieur.

  1. Montrer qu'il existe un voisinage JJ de α\alpha sur lequel ff' ne s'annule pas. Sur ce voisinage, calculer la dérivée de NfN_f et montrer que
Nf(α)=α,Nf(α)=0.N_f(\alpha)=\alpha,\qquad N_f'(\alpha)=0.
  1. À partir du résultat précédent, démontrer qu'il existe r>0r>0 tel que, pour tout
x0[αr,α+r],x_0\in[\alpha-r,\alpha+r],

la suite de Newton est bien définie, reste dans cet intervalle et converge vers α\alpha.

Obtenir en outre une estimation géométrique de l'erreur : il existe une constante q(0,1)q\in(0,1), indépendante de nn, telle que

xnαqnx0α|x_n-\alpha|\leq q^n|x_0-\alpha|

pour tout nn.

  1. Comparer le théorème obtenu à la question 8 avec celui de la question 6. Quelles hypothèses ont été gagnées ou perdues ? Pourquoi la question 8 ne permet-elle pas encore d'affirmer une convergence pour tout point initial où la formule de Newton a un sens ?

IV — Estimation de l'erreur et ordre de convergence

On pourra utiliser la formule de Taylor-Lagrange à l'ordre 22 : si gC2g\in\mathcal C^2 sur un intervalle contenant aa et bb, alors il existe ξ\xi entre aa et bb tel que

g(b)=g(a)+g(a)(ba)+12g(ξ)(ba)2.g(b)=g(a)+g'(a)(b-a)+\frac12 g''(\xi)(b-a)^2.

On reprend les hypothèses de la partie III et un point initial assez proche de α\alpha pour que la convergence de la question 8 soit acquise. On pose

en=xnα.e_n=x_n-\alpha.
  1. Montrer que, pour chaque nn, il existe un réel ξn\xi_n situé entre xnx_n et α\alpha tel que
en+1=f(ξn)2f(xn)en2.e_{n+1} = \frac{f''(\xi_n)}{2f'(x_n)}\,e_n^2.

En déduire qu'il existe une constante C>0C>0, indépendante de nn, telle que

en+1Cen2.|e_{n+1}|\leq C|e_n|^2.

On dira qu'une suite convergeant vers α\alpha converge au moins quadratiquement s'il existe C>0C>0 et un rang n0n_0 tels que

en+1Cen2(nn0).|e_{n+1}|\leq C|e_n|^2\qquad(n\geq n_0).
  1. Si la suite n'atteint pas α\alpha en un nombre fini d'étapes, montrer que
en+1en0.\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|}\longrightarrow0.

Interpréter ce résultat en termes d'accélération de la convergence. Pourquoi est-il plus fort que l'estimation géométrique obtenue à la question 8 ?

On dira que la convergence est d'ordre exactement 22 si, lorsque les erreurs ne deviennent pas nulles à partir d'un certain rang,

en+1en2\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|^2}

admet une limite finie strictement positive.

  1. On suppose de plus que f(α)0f''(\alpha)\neq0 et que la suite n'atteint pas exactement α\alpha en un nombre fini d'étapes. Montrer que
limnen+1en2=f(α)2f(α).\lim_{n\to\infty} \frac{|e_{n+1}|}{|e_n|^2} = \frac{|f''(\alpha)|}{2|f'(\alpha)|}.

Conclure que la convergence est alors d'ordre exactement 22.

Que peut-on affirmer si f(α)=0f''(\alpha)=0 ? Justifier pourquoi il serait incorrect de conclure, sans hypothèse supplémentaire, que l'ordre est exactement 22.

V — Les limites du théorème

  1. On considère
p(x)=x32x+2.p(x)=x^3-2x+2.

(a) Montrer que pp possède un unique zéro réel α\alpha, que ce zéro appartient à ]2,1[]-2,-1[, et qu'il est simple.

(b) Étudier la suite de Newton issue de x0=0x_0=0.

(c) En déduire qu'une fonction polynomiale de classe C\mathcal C^\infty, possédant un unique zéro réel simple, peut néanmoins avoir une suite de Newton non convergente alors que le point initial et tous les itérés obtenus appartiennent au domaine de définition de NpN_p.

Formuler explicitement l'affirmation globale trop forte que cet exemple réfute.

On dira qu'une convergence vers α\alpha est linéaire si, lorsque les erreurs restent non nulles, il existe λ(0,1)\lambda\in(0,1) tel que

en+1enλ.\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|}\longrightarrow\lambda.
  1. Soit m2m\geq2 et
f(x)=(xα)m.f(x)=(x-\alpha)^m.

Pour x0αx_0\neq\alpha, calculer explicitement la suite de Newton. Montrer qu'elle converge vers α\alpha avec un rapport d'erreurs constant strictement compris entre 00 et 11, puis vérifier qu'elle n'est pas au moins quadratique. Quelle hypothèse du théorème local est ici mise en défaut, et quelle conclusion disparaît avec elle ?

  1. À partir des résultats précédents, formuler un théorème de convergence locale de Newton aussi précis que possible. Puis, pour chacune des hypothèses ou conditions suivantes, indiquer le rôle qu'elle joue dans les preuves et les conclusions obtenues :
  • f(α)0f'(\alpha)\neq0 ;
  • fC2f\in\mathcal C^2 au voisinage de α\alpha ;
  • proximité du point initial avec α\alpha ;
  • convexité sur un intervalle ;
  • signe constant non nul de ff' sur cet intervalle ;
  • condition f(α)0f''(\alpha)\neq0.

On distinguera soigneusement ce qui concerne l'existence de l'itération, la convergence locale, une convergence globale sur un intervalle et l'ordre exact de convergence.

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