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Corrigé détaillé · Agrégation interne

Tangentes, racines simples, estimation de l’erreur et portée des hypothèses · Méthode de Newton · Suites et convergence · Dérivation et convexité · Estimation de l’erreur · Ordre de convergence · Contre-exemples

Méthode de Newton : convergence locale et contre-exemples

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — Une itération issue d'une tangente

  1. Construction géométrique

Pour f(x)=x22f(x)=x^2-2, on a f(x)=2xf'(x)=2x. La tangente en u>0u>0 a pour équation

y=f(u)+f(u)(xu)=u22+2u(xu).y=f(u)+f'(u)(x-u) =u^2-2+2u(x-u).

Ainsi

y=2uxu22.y=2ux-u^2-2.

Elle coupe l'axe des abscisses lorsque

2uxu22=0,2ux-u^2-2=0,

donc à l'abscisse

T(u)=u2+22u=12(u+2u).T(u)=\frac{u^2+2}{2u} =\frac12\left(u+\frac2u\right).

La relation de récurrence est donc

xn+1=12(xn+2xn).\boxed{x_{n+1}=\frac12\left(x_n+\frac2{x_n}\right).}

Sur le croquis, xn+1x_{n+1} est l'abscisse où la tangente en (xn,f(xn))(x_n,f(x_n)) coupe l'axe horizontal. Une nouvelle tangente est ensuite tracée au point de la courbe d'abscisse xn+1x_{n+1}. La suite traduit exactement cette construction géométrique.

Point de méthode. La formule n'est pas un procédé algébrique tombé du ciel : elle est la traduction de la linéarisation de ff au voisinage du point courant.

  1. Observation numérique

On obtient

x1=12(2+22)=32,x_1=\frac12\left(2+\frac22\right)=\frac32,

puis

x2=12(32+23/2)=12(32+43)=1712.x_2 =\frac12\left(\frac32+\frac{2}{3/2}\right) =\frac12\left(\frac32+\frac43\right) =\frac{17}{12}.

Enfin

x3=12(1712+2417)=5774081,41421568627.x_3 =\frac12\left(\frac{17}{12}+\frac{24}{17}\right) =\frac{577}{408} \simeq1{,}41421568627.

Avec 21,41421356237\sqrt2\simeq1{,}41421356237, les erreurs sont approximativement

nxn205,86×10118,58×10222,45×10332,12×106\begin{array}{c|c} n & |x_n-\sqrt2|\\ \hline 0 & 5{,}86\times10^{-1}\\ 1 & 8{,}58\times10^{-2}\\ 2 & 2{,}45\times10^{-3}\\ 3 & 2{,}12\times10^{-6} \end{array}

Ces valeurs suggèrent à la fois la convergence vers 2\sqrt2 et une accélération spectaculaire de l'erreur. Une conjecture raisonnable est que l'erreur suivante se comporte comme une constante multipliée par le carré de l'erreur précédente.

À ce stade, rien n'est démontré : quatre valeurs numériques ne prouvent ni la convergence de toute la suite, ni une loi asymptotique.

  1. Convergence dans l'exemple

Pour x>0x>0,

T(x)2=x2+222x2x=(x2)22x.T(x)-\sqrt2 = \frac{x^2+2-2\sqrt2\,x}{2x} = \frac{(x-\sqrt2)^2}{2x}.

De même,

T(x)x=x2+22x22x=2x22x.T(x)-x = \frac{x^2+2-2x^2}{2x} = \frac{2-x^2}{2x}.

Si x>2x>\sqrt2, alors

T(x)20T(x)-\sqrt2\geq0

et

T(x)x<0.T(x)-x<0.

Ainsi

2T(x)<x.\sqrt2\leq T(x)<x.

Comme x0=2>2x_0=2>\sqrt2, une récurrence montre que

2xn+1<xn\sqrt2\leq x_{n+1}<x_n

tant que xn>2x_n>\sqrt2. Si un terme vaut 2\sqrt2, la suite devient constante ; sinon elle est strictement décroissante et minorée par 2\sqrt2. Elle converge donc vers une limite 2\ell\geq\sqrt2.

La relation de récurrence et la positivité de \ell donnent, par passage à la limite,

=12(+2),\ell=\frac12\left(\ell+\frac2\ell\right),

d'où

2=2.\ell^2=2.

Comme >0\ell>0,

=2.\boxed{\ell=\sqrt2.}
  1. Première estimation quadratique

Avec

en=xn20,e_n=x_n-\sqrt2\geq0,

l'identité précédente donne

en+1=en22xn.e_{n+1}=\frac{e_n^2}{2x_n}.

Or xn2x_n\geq\sqrt2, donc

0en+1122en2.0\leq e_{n+1} \leq \frac{1}{2\sqrt2}\,e_n^2.

On peut prendre

C=122.\boxed{C=\frac1{2\sqrt2}.}

Cette relation est d'une nature entièrement différente d'une simple observation décimale : elle vaut pour tout nn, et elle montre que, dès que l'erreur est petite, son carré est beaucoup plus petit encore. La rapidité observée à la question 2 est donc expliquée par une identité exacte.

II — De la construction géométrique à un premier théorème global

  1. Définition générale

La tangente à la courbe de ff au point d'abscisse uu, avec f(u)0f'(u)\neq0, a pour équation

y=f(u)+f(u)(xu).y=f(u)+f'(u)(x-u).

Son intersection avec l'axe des abscisses vérifie

0=f(u)+f(u)(xu),0=f(u)+f'(u)(x-u),

donc

x=uf(u)f(u).x=u-\frac{f(u)}{f'(u)}.

Le domaine de définition de la transformation de Newton est

D={u:f(u)0}.D=\{u : f'(u)\neq0\}.

Pour uDu\in D, on pose

Nf(u)=uf(u)f(u).\boxed{N_f(u)=u-\frac{f(u)}{f'(u)}.}

Pour uDu\in D,

Nf(u)=u    f(u)f(u)=0    f(u)=0.N_f(u)=u \iff \frac{f(u)}{f'(u)}=0 \iff f(u)=0.

Les points fixes de NfN_f sont donc exactement les zéros de ff situés dans ce domaine.

  1. Un critère global sur un intervalle convexe

Soit x(α,b]x\in(\alpha,b]. Comme f>0f' >0 sur [α,b][\alpha,b], la fonction ff est strictement croissante. Puisque f(α)=0f(\alpha)=0,

f(x)>0.f(x)>0.

Il en résulte immédiatement

Nf(x)=xf(x)f(x)<x.N_f(x)=x-\frac{f(x)}{f'(x)}<x.

La convexité fournit l'autre inégalité. La courbe est au-dessus de sa tangente en xx, donc

f(α)f(x)+f(x)(αx).f(\alpha)\geq f(x)+f'(x)(\alpha-x).

Comme f(α)=0f(\alpha)=0,

f(x)f(x)(xα).f(x)\leq f'(x)(x-\alpha).

Puisque f(x)>0f'(x)>0,

f(x)f(x)xα,\frac{f(x)}{f'(x)}\leq x-\alpha,

et donc

Nf(x)=xf(x)f(x)α.N_f(x) =x-\frac{f(x)}{f'(x)} \geq\alpha.

Ainsi

αNf(x)<x.\boxed{\alpha\leq N_f(x)<x.}

Partant de x0(α,b]x_0\in(\alpha,b], tous les termes restent dans [α,b][\alpha,b]. La suite est décroissante tant qu'elle n'a pas atteint α\alpha, et minorée par α\alpha. Elle converge donc vers un réel [α,b]\ell\in[\alpha,b].

La fonction NfN_f est continue sur [α,b][\alpha,b], car ff' ne s'y annule pas. En passant à la limite dans

xn+1=Nf(xn),x_{n+1}=N_f(x_n),

on obtient

=Nf(),\ell=N_f(\ell),

donc f()=0f(\ell)=0. Comme ff est strictement croissante et f(α)=0f(\alpha)=0, ce zéro est unique :

=α.\boxed{\ell=\alpha.}

Le résultat est global sur l'intervalle [α,b][\alpha,b], du côté droit de la racine : aucun voisinage petit de α\alpha n'est imposé au point initial.

Le rôle des hypothèses est visible dans les deux inégalités :

  • f>0f'>0 garantit que f(x)>0f(x)>0, que le quotient de Newton est défini et que Nf(x)<xN_f(x)<x ;
  • la convexité donne, par la position de la courbe par rapport à sa tangente, l'inégalité Nf(x)αN_f(x)\geq\alpha.

La géométrie empêche donc ici les itérés de « dépasser » la racine vers la gauche.

III — Ce que l'on peut garantir près d'une racine simple

  1. La fonction d'itération près de la racine

Comme f(α)0f'(\alpha)\neq0 et ff' est continue, il existe un voisinage JJ de α\alpha sur lequel ff' garde un signe constant et ne s'annule pas.

Sur JJ,

Nf(x)=xf(x)f(x)N_f(x)=x-\frac{f(x)}{f'(x)}

est de classe C1\mathcal C^1. En dérivant,

Nf(x)=1(f(x))2f(x)f(x)(f(x))2,N_f'(x) = 1-\frac{(f'(x))^2-f(x)f''(x)}{(f'(x))^2},

d'où

Nf(x)=f(x)f(x)(f(x))2.\boxed{ N_f'(x)=\frac{f(x)f''(x)}{(f'(x))^2}. }

Comme f(α)=0f(\alpha)=0,

Nf(α)=αN_f(\alpha)=\alpha

et

Nf(α)=0.\boxed{N_f'(\alpha)=0.}

Ce dernier fait est le mécanisme local essentiel : au voisinage de la racine, la fonction d'itération est beaucoup plus plate qu'une application contractante quelconque.

  1. Théorème de convergence locale

La fonction NfN_f' est continue au voisinage de α\alpha et

Nf(α)=0.N_f'(\alpha)=0.

Fixons par exemple

q=12.q=\frac12.

Il existe r>0r>0, choisi assez petit pour que

[αr,α+r]J[\alpha-r,\alpha+r]\subset J

et

Nf(x)qpour tout x[αr,α+r].|N_f'(x)|\leq q \qquad \text{pour tout }x\in[\alpha-r,\alpha+r].

Pour tout xx de cet intervalle, le théorème des accroissements finis appliqué à NfN_f entre xx et α\alpha donne

Nf(x)Nf(α)qxα.|N_f(x)-N_f(\alpha)| \leq q|x-\alpha|.

Comme Nf(α)=αN_f(\alpha)=\alpha,

Nf(x)αqxα.\boxed{ |N_f(x)-\alpha| \leq q|x-\alpha|. }

En particulier,

Nf(x)αqr<r,|N_f(x)-\alpha| \leq qr<r,

donc

Nf([αr,α+r])[αr,α+r].N_f([\alpha-r,\alpha+r]) \subset[\alpha-r,\alpha+r].

L'intervalle est invariant.

Si x0x_0 y appartient, tous les xnx_n y appartiennent donc et la suite est bien définie. En outre,

xn+1αqxnα.|x_{n+1}-\alpha| \leq q|x_n-\alpha|.

Par récurrence,

xnαqnx0α.|x_n-\alpha| \leq q^n|x_0-\alpha|.

Comme 0<q<10<q<1,

qn0,q^n\longrightarrow0,

et finalement

xnα.\boxed{x_n\longrightarrow\alpha.}

Stratégie de preuve. On ne cherche pas d'abord à étudier directement la suite. On étudie la fonction d'itération. Le fait Nf(α)=0N_f'(\alpha)=0 permet de rendre NfN_f contractante sur un voisinage assez petit ; le théorème des accroissements finis transforme cette information différentielle en une estimation sur les itérés.

  1. Local contre global

Le théorème de la question 6 demande des hypothèses fortes sur tout un intervalle : signe strict de ff' et convexité. En échange, tout point initial de cet intervalle, du côté considéré, converge.

Le théorème de la question 8 ne demande ni convexité globale ni monotonie de ff sur un grand intervalle. Une racine simple et une régularité locale suffisent. En revanche, il ne garantit la convergence que pour les points initiaux suffisamment proches de α\alpha.

Rien dans la preuve ne contrôle ce que fait NfN_f loin de α\alpha : le dénominateur peut s'annuler, l'itération peut sortir de la zone où Nf<1|N_f'|<1, ou la dynamique peut posséder d'autres comportements. La partie V montrera que cette réserve n'est pas seulement technique.

IV — Estimation de l'erreur et ordre de convergence

  1. Formule exacte de l'erreur à un facteur intermédiaire près

Appliquons Taylor-Lagrange à ff, entre xnx_n et α\alpha. Il existe ξn\xi_n entre ces deux points tel que

f(α)=f(xn)+f(xn)(αxn)+12f(ξn)(αxn)2.f(\alpha) = f(x_n)+f'(x_n)(\alpha-x_n) +\frac12f''(\xi_n)(\alpha-x_n)^2.

Comme f(α)=0f(\alpha)=0 et en=xnαe_n=x_n-\alpha,

0=f(xn)f(xn)en+12f(ξn)en2.0 = f(x_n)-f'(x_n)e_n +\frac12f''(\xi_n)e_n^2.

Ainsi

f(xn)f(xn)=enf(ξn)2f(xn)en2.\frac{f(x_n)}{f'(x_n)} = e_n-\frac{f''(\xi_n)}{2f'(x_n)}e_n^2.

Or

en+1=xn+1α=enf(xn)f(xn).e_{n+1} = x_{n+1}-\alpha = e_n-\frac{f(x_n)}{f'(x_n)}.

Par conséquent

en+1=f(ξn)2f(xn)en2.\boxed{ e_{n+1} = \frac{f''(\xi_n)}{2f'(x_n)}e_n^2. }

Reprenons le segment K=[αr,α+r]K=[\alpha-r,\alpha+r] construit à la question 8, en diminuant rr si nécessaire. Tous les xnx_n ainsi que les points ξn\xi_n appartiennent à KK. Les fonctions f|f'| et f|f''| y sont continues et ff' ne s'y annule pas ; il existe donc

m=minxKf(x)>0m=\min_{x\in K}|f'(x)|>0

et

M=maxxKf(x)<+.M=\max_{x\in K}|f''(x)|<+\infty.

Donc

en+1M2men2.|e_{n+1}| \leq \frac{M}{2m}|e_n|^2.

On peut prendre

C=M2m.\boxed{C=\frac{M}{2m}.}
  1. Une contraction qui s'accélère

Supposons que la suite n'atteigne pas α\alpha en un nombre fini d'étapes. Les erreurs sont alors toutes non nulles. D'après la question 10,

en+1enCen.\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|} \leq C|e_n|.

Or en0e_n\to0, donc

en+1en0.\boxed{ \frac{|e_{n+1}|}{|e_n|}\longrightarrow0. }

À la question 8, on obtenait un facteur de contraction fixe q<1q<1 : l'erreur décroissait au moins géométriquement. Ici, le facteur effectif entre deux erreurs successives tend lui-même vers 00. Plus on approche de la racine, plus la contraction devient forte. C'est le premier signe précis de l'accélération propre à la méthode de Newton près d'une racine simple.

  1. Ordre exactement 22

La formule de la question 10 donne, lorsque en0e_n\neq0,

en+1en2=f(ξn)2f(xn).\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|^2} = \frac{|f''(\xi_n)|}{2|f'(x_n)|}.

Comme

xnαx_n\longrightarrow\alpha

et ξn\xi_n est situé entre xnx_n et α\alpha,

ξnα.\xi_n\longrightarrow\alpha.

Par continuité de ff' et ff'',

f(ξn)2f(xn)f(α)2f(α).\frac{|f''(\xi_n)|}{2|f'(x_n)|} \longrightarrow \frac{|f''(\alpha)|}{2|f'(\alpha)|}.

Sous l'hypothèse f(α)0f''(\alpha)\neq0, cette limite est finie et strictement positive. Donc

limnen+1en2=f(α)2f(α),\boxed{ \lim_{n\to\infty} \frac{|e_{n+1}|}{|e_n|^2} = \frac{|f''(\alpha)|}{2|f'(\alpha)|}, }

et la convergence est d'ordre exactement 22.

Si f(α)=0f''(\alpha)=0 et si les erreurs restent non nulles, la même formule conduit seulement à

en+1en20.\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|^2}\longrightarrow0.

Cela exclut l'ordre exactement 22 au sens défini ici, mais ne suffit pas à déterminer un ordre exact supérieur : une régularité et une information supplémentaires sur les dérivées suivantes seraient nécessaires. Il peut aussi arriver que la racine soit atteinte en un nombre fini d'étapes.

Par exemple, pour

f(x)=x+x3,α=0,f(x)=x+x^3, \qquad \alpha=0,

on a f(0)=1f'(0)=1 mais f(0)=0f''(0)=0, et

Nf(x)=xx+x31+3x2=2x31+3x2.N_f(x) = x-\frac{x+x^3}{1+3x^2} = \frac{2x^3}{1+3x^2}.

Ainsi, pour xx petit,

Nf(x)2x3,N_f(x)\sim2x^3,

ce qui fait apparaître un comportement cubique plutôt que quadratique.

V — Les limites du théorème

  1. Un cycle de Newton

On considère

p(x)=x32x+2.p(x)=x^3-2x+2.

Sa dérivée est

p(x)=3x22.p'(x)=3x^2-2.

Les deux points critiques sont

±a,a=23.\pm a, \qquad a=\sqrt{\frac23}.

Or

p(a)=a32a+2=243a>243=23>0,p(a) = a^3-2a+2 = 2-\frac43a > 2-\frac43 = \frac23>0,

et

p(a)=2+43a>0.p(-a)=2+\frac43a>0.

La fonction tend vers -\infty lorsque xx\to-\infty, puis croît jusqu'au maximum local en a-a, qui est positif. Elle possède donc exactement un zéro sur ],a[]-\infty,-a[. Entre les deux points critiques elle reste positive, puisque son minimum local p(a)p(a) est positif, et elle est ensuite croissante et positive.

De plus,

p(2)=2<0,p(1)=3>0,p(-2)=-2<0, \qquad p(-1)=3>0,

donc

α]2,1[.\boxed{\alpha\in]-2,-1[.}

Comme α<a\alpha<-a, on a

p(α)>0,p'(\alpha)>0,

donc le zéro est simple.

La fonction de Newton est

Np(x)=xx32x+23x22.N_p(x) = x-\frac{x^3-2x+2}{3x^2-2}.

En 00,

Np(0)=022=1.N_p(0) = 0-\frac2{-2} = 1.

En 11,

Np(1)=111=0.N_p(1) = 1-\frac1{1} = 0.

Par conséquent, si x0=0x_0=0,

0, 1, 0, 1, 0,\ 1,\ 0,\ 1,\ \ldots

et la suite ne converge pas.

On a donc un polynôme de classe C\mathcal C^\infty, avec un unique zéro réel simple, pour lequel Newton échoue depuis un point initial où toutes les itérations considérées sont parfaitement définies.

L'affirmation

« Si ff est suffisamment régulière et possède un zéro réel simple, alors la suite de Newton converge vers ce zéro depuis tout point initial où l'itération est définie »

est donc fausse.

Ce contre-exemple sépare nettement convergence locale et convergence globale.

  1. Une racine multiple : convergence seulement linéaire

Soit

f(x)=(xα)m,m2.f(x)=(x-\alpha)^m, \qquad m\geq2.

Pour xαx\neq\alpha,

f(x)=m(xα)m1.f'(x)=m(x-\alpha)^{m-1}.

Donc

Nf(x)=x(xα)mm(xα)m1=xxαm.N_f(x) = x-\frac{(x-\alpha)^m}{m(x-\alpha)^{m-1}} = x-\frac{x-\alpha}{m}.

Ainsi

Nf(x)α=(11m)(xα).N_f(x)-\alpha = \left(1-\frac1m\right)(x-\alpha).

Si en=xnαe_n=x_n-\alpha,

en+1=(11m)en,e_{n+1} = \left(1-\frac1m\right)e_n,

d'où

en=(11m)ne0.\boxed{ e_n= \left(1-\frac1m\right)^n e_0. }

Le rapport des erreurs est constant :

en+1en=11m(0,1).\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|} = 1-\frac1m\in(0,1).

Le rapport tend donc vers le nombre 11/m(0,1)1-1/m\in(0,1) : au sens de la définition donnée dans le sujet, la convergence est linéaire (ou d'ordre 11). En outre,

en+1en2=11/men+,\frac{|e_{n+1}|}{|e_n|^2} = \frac{1-1/m}{|e_n|}\longrightarrow+\infty,

puisque en0|e_n|\to0. Elle n'est donc pas au moins quadratique.

Ici

f(α)=0.f'(\alpha)=0.

La racine n'est pas simple. C'est précisément l'hypothèse qui disparaît, et avec elle le mécanisme

Nf(α)=0N_f'(\alpha)=0

utilisé pour obtenir l'accélération quadratique.

La méthode peut donc encore converger vers une racine multiple, mais la convergence quadratique disparaît ici : elle est remplacée par une convergence linéaire.

  1. Synthèse des hypothèses

Un énoncé correct est le suivant.

Théorème de convergence locale de Newton.
Soit II un intervalle ouvert, fC2(I)f\in\mathcal C^2(I) et αI\alpha\in I une racine simple de ff, c'est-à-dire

f(α)=0,f(α)0.f(\alpha)=0, \qquad f'(\alpha)\neq0.

Alors il existe r>0r>0 tel que, pour tout

x0[αr,α+r],x_0\in[\alpha-r,\alpha+r],

la suite de Newton

xn+1=xnf(xn)f(xn)x_{n+1} = x_n-\frac{f(x_n)}{f'(x_n)}

est bien définie, reste dans ce voisinage et converge vers α\alpha. De plus, il existe C>0C>0 tel que

xn+1αCxnα2.|x_{n+1}-\alpha| \leq C|x_n-\alpha|^2.

La convergence est donc au moins quadratique. Si, en outre,

f(α)0f''(\alpha)\neq0

et si la racine n'est pas atteinte en un nombre fini d'étapes, alors

xn+1αxnα2f(α)2f(α),\frac{|x_{n+1}-\alpha|}{|x_n-\alpha|^2} \longrightarrow \frac{|f''(\alpha)|}{2|f'(\alpha)|},

et la convergence est d'ordre exactement 22.

Le rôle des hypothèses se résume ainsi.

\renewcommand{\arraystretch}{1.22} \begin{array}{|>{\raggedright\arraybackslash}p{0.25\linewidth}|>{\raggedright\arraybackslash}p{0.65\linewidth}|} \hline \textbf{Hypothèse ou condition} & \textbf{Rôle} \\ \hline $f'(\alpha)\neq0$ & Rend la racine simple ; garantit que $f'$ reste non nul dans un voisinage ; permet de définir $N_f$ près de $\alpha$ et donne $N_f'(\alpha)=0$. \\ \hline $f\in\mathcal C^2$ près de $\alpha$ & Assure la continuité de $N_f'$ dans la preuve locale et permet Taylor-Lagrange ainsi que l'estimation quadratique. Cette régularité est suffisante pour la preuve donnée ; elle n'est pas revendiquée comme minimale. \\ \hline $x_0$ suffisamment proche de $\alpha$ & Maintient les itérés dans la zone où $N_f$ est contractante et où le dénominateur ne s'annule pas. Le cycle $0\leftrightarrow1$ montre qu'on ne peut pas supprimer cette restriction en général. \\ \hline Convexité sur un intervalle & Dans le critère global de la partie II, empêche les tangentes de produire un itéré situé de l'autre côté de la racine : elle fournit $N_f(x)\geq\alpha$. Elle n'est pas nécessaire au théorème local. \\ \hline $f'$ de signe constant non nul sur l'intervalle & Garantit que l'itération y est définie, que $f$ est strictement monotone et que l'itéré progresse vers la racine dans le critère global. \\ \hline $f''(\alpha)\neq0$ & N'est pas nécessaire à la convergence locale ni à la majoration quadratique ; elle sert à obtenir une limite quadratique strictement positive et donc l'ordre \textbf{exactement} $2$. \\ \hline \end{array}

Pour la préparation à l'agrégation

Quatre éléments sont particulièrement réutilisables.

  1. Le théorème à savoir formuler proprement. Au voisinage d'une racine simple d'une fonction C2\mathcal C^2, Newton est bien défini pour tout point initial suffisamment proche et converge au moins quadratiquement.

  2. Le canevas de preuve.

N_f(\alpha)=\alpha,\qquad N_f'(\alpha)=0

puis continuité de $N_f'$, contraction locale par le théorème des accroissements finis, et enfin Taylor-Lagrange pour passer de la convergence à l'estimation quadratique. 3. **La distinction local/global.** La convexité et la monotonie peuvent fournir un théorème global sur un intervalle, mais la régularité et la simplicité de la racine ne suffisent pas à garantir une convergence depuis tout point initial. 4. **Deux contre-exemples à retenir.**

p(x)=x^3-2x+2

donne le cycle de Newton $0\leftrightarrow1$, malgré un unique zéro réel simple ; et

f(x)=(x-\alpha)^m,\qquad m\geq2,

montrequuneracinemultiplepeutfairetomberlaconvergencedequadratiqueaˋlineˊaire. montre qu'une racine multiple peut faire tomber la convergence de quadratique à linéaire.