Pourquoi les systèmes invariants par décalage se simplifient-ils dans la même base ? · Réduction d’endomorphismes · Matrices circulantes · Transformée de Fourier discrète · Convolution cyclique · Principe d’incertitude discret
Décalages cycliques, matrices circulantes et transformée de Fourier
Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.
Comme dans le sujet, les coordonnées sont numérotées de 0 à n−1 et tout indice de coordonnée est ramené modulo n ; ainsi, par exemple, x−1=xn−1 et xn=x0. On conserve
ω=e2iπ/n.
I — Le spectre d'un décalage cyclique
L'application T est linéaire puisqu'elle ne fait que permuter les coordonnées. Après un décalage, chaque coordonnée avance d'une position ; après n décalages, chaque coordonnée retrouve sa place. Ainsi
Tn=IdE.
En particulier, T est inversible et
T−1=Tn−1.
Si λ est une valeur propre de T et si x=0 vérifie Tx=λx, alors
x=Tnx=λnx.
Comme x=0,
λn=1.
Toute valeur propre éventuelle est donc une racine n-ième de l'unité.
Soit x=(x0,…,xn−1)=0 tel que Tx=λx. Les égalités coordonnées par coordonnées donnent
xr−1=λxr,1⩽r⩽n−1,
et
xn−1=λx0.
Comme λn=1, on a λ=0. Les premières relations donnent alors
xr=λ−rx0.
Si x0=0, toutes les coordonnées seraient nulles ; donc x0=0. Les racines n-ièmes de l'unité sont 1,ω−1,ω−2,…,ω−(n−1).
Pour 0⩽k⩽n−1, prenons
λk=ω−k.
L'espace propre associé est alors la droite engendrée par
vk=(1,ωk,ω2k,…,ω(n−1)k).
Réciproquement, un calcul direct donne bien
Tvk=ω−kvk.
Les nombres ω−k, pour 0⩽k⩽n−1, sont deux à deux distincts. L'endomorphisme T possède donc n valeurs propres distinctes dans un espace de dimension n. Il est diagonalisable et
(v0,v1,…,vn−1)
est une base de E.
Si n divise m, alors ωm=1 et
Sm=r=0∑n−11=n.
Supposons maintenant que n ne divise pas m. Alors ωm=1 et la somme géométrique donne
Sm=1−ωm1−(ωm)n=1−ωm1−ωmn=0.
Ainsi
r=0∑n−1ωmr={n0si n∣m,sinon.
II — Les opérateurs invariants par décalage
Comme
er=Tre0,
l'action de A sur e0 détermine son action sur toute la base canonique. Écrivons
Ae0=j=0∑n−1ajej.
Pour tout r, on a Aer=A(Tre0)=Tr(Ae0)=∑j=0n−1ajej+r.
Les deux endomorphismes coïncident donc sur une base, d'où
A=j=0∑n−1ajTj.
L'unicité vient de l'égalité
Ae0=j=0∑n−1ajej,
qui détermine les coefficients aj de manière unique.
Réciproquement, toute combinaison linéaire de I,T,…,Tn−1 commute avec T.
Pour la matrice de A, le coefficient situé à la ligne r et à la colonne s est le coefficient de er dans Aes. Or
Aes=j=0∑n−1ajej+s.
Le terme er correspond à l’unique j∈{0,…,n−1} tel que j≡r−s(modn). Ainsi, si l’on note [r−s]n ce représentant,
Ar,s=a[r−s]n.
Chaque colonne s'obtient donc par décalage cyclique de la précédente : c'est bien la structure d'une matrice circulante.
D'après la question 2,
Tjvk=(ω−k)jvk=ω−jkvk.
Par conséquent,
Avk=j=0∑n−1ajTjvk=(j=0∑n−1ajω−jk)vk.
La valeur propre associée à vk est donc
ak=j=0∑n−1ajω−jk.
C'est précisément la formule qui conduira à la transformée de Fourier discrète.
La base (v0,…,vn−1) dépend uniquement de T, et non des coefficients aj. Toute matrice circulante est donc diagonale dans cette même base, avec diagonale
(a0,a1,…,an−1).
Un endomorphisme diagonal est inversible si et seulement si aucun coefficient diagonal n'est nul. Ainsi
A est inversible⟺∀k∈{0,…,n−1},ak=0.
III — Le changement de base de Fourier
Par définition de F,
(Fx)k=j=0∑n−1ω−kjxj=xk.
Donc
x=Fx.
Posons
G=(ωjk)0⩽j,k⩽n−1.
Le coefficient situé à la ligne r et à la colonne s de GF vaut
k=0∑n−1ωrkω−ks=k=0∑n−1ω(r−s)k.
D'après la question 3, cette somme vaut n si r=s et 0 sinon. Ainsi
GF=nIn.
Comme F est carrée,
F−1=n1G=n1(ωjk)0⩽j,k⩽n−1.
On obtient alors
x=F−1x,
c'est-à-dire, pour chaque j,
xj=n1k=0∑n−1xkωjk.
La coordonnée d'indice j de n1∑k=0n−1xkvk vaut n1∑k=0n−1xkωjk, c'est-à-dire xj par la formule d'inversion. Ainsi
x=n1k=0∑n−1xkvk.
Les coordonnées de x dans la base propre (vk) sont donc
La somme intérieure vaut n lorsque j=ℓ et 0 sinon. Il reste donc
k=0∑n−1∣xk∣2=nj=0∑n−1∣xj∣2.
IV — De la matrice circulante à la convolution
Comme (Tjx)r=xr−j, on obtient directement
(Cax)r=j=0∑n−1ajxr−j.
C'est donc bien la formule (a∗x)r=∑j=0n−1ajxr−j annoncée pour la convolution cyclique.
D'après la question 8, x=n1∑k=0n−1xkvk, tandis que la question 5 donne Cavk=akvk. Par conséquent,
a∗x=Cax=n1k=0∑n−1xkakvk.
Par unicité des coordonnées dans la base (vk), les coefficients de Fourier de a∗x sont
a∗xk=akxk.
La convolution dans la base canonique devient donc une multiplication coordonnée par coordonnée dans la base de Fourier.
Pour tout k, Tvk=ω−kvk et T−1vk=ωkvk. Ainsi
Lvk=(2−ω−k−ωk)vk.
(a) Comme ωk+ω−k=2cos(2πk/n), la valeur propre correspondante est
λk=2−2cos(n2πk)=4sin2(nπk).
Cette écriture montre immédiatement que λk est réelle et positive ou nulle. Ainsi
λk=4sin2(nπk)⩾0.
(b) Pour 0⩽k⩽n−1, on a λk=0 si et seulement si k=0. Ainsi kerL=Vect(v0) et, comme v0=(1,1,…,1),
kerL=Vect(1,1,…,1).
(c) Appliquons la transformée de Fourier à l’équation Lx=b. D’après la diagonalisation obtenue en (a), pour chaque k on a Lxk=λkxk. L’équation Lx=b équivaut donc à
λkxk=bk,0⩽k⩽n−1.
Pour k=0, λk>0, donc xk=bk/λk. Pour k=0, l'équation devient 0=b0, avec b0=∑j=0n−1bj.
Ainsi
Lx=b admet une solution⟺j=0∑n−1bj=0.
Lorsque cette condition est satisfaite, les coefficients xk sont imposés pour k=0, tandis que x0 est arbitraire. Deux solutions diffèrent donc d'un élément de kerL, c'est-à-dire d'un vecteur constant.
Si x∗ est une solution particulière,
{x∈E:Lx=b}=x∗+Vect(1,…,1).
V — Peut-on être concentré dans les deux bases ?
Posons
S=suppx,s=∣S∣,
et
R=suppx,r=∣R∣.
Comme x=0, on a s⩾1. La transformée de Fourier étant inversible, x=0 et donc r⩾1.
Pour tout k, ∣xk∣=∑j∈Sxjω−jk⩽∑j∈S∣xj∣.
En appliquant Cauchy-Schwarz aux deux familles réelles (∣xj∣)j∈S et (1)j∈S,
j∈S∑∣xj∣2⩽sj∈S∑∣xj∣2=s∥x∥22.
Par conséquent,
∣xk∣2⩽s∥x∥22.
Seuls les indices de R contribuent à ∥x∥22, donc
k=0∑n−1∣xk∣2=k∈R∑∣xk∣2⩽rs∥x∥22.
D'autre part, Parseval donne n∥x∥22=∑k=0n−1∣xk∣2.
Donc
n∥x∥22⩽rs∥x∥22.
Comme x=0, ∥x∥22>0 et l'on peut simplifier :
∣suppx∣∣suppx∣⩾n.
Comme q=n/d, les indices de {0,…,n−1} divisibles par q sont 0,q,2q,…,(d−1)q. Il y en a exactement d, donc ∣suppx∣=d.
Pour tout k, xk=∑m=0d−1ω−mqk. Or ωq=e2iπ/d, donc xk=∑m=0d−1e−2iπmk/d. Cette somme vaut d si d divise k, et 0 sinon. Ainsi
xk={d0si d∣k,sinon.
Dans {0,…,n−1}, les multiples de d sont 0,d,2d,…,(q−1)d. Il y en a q=n/d, donc ∣suppx∣=n/d. Finalement, ∣suppx∣∣suppx∣=d(n/d)=n.
L'égalité est donc atteinte. Si n est composé, tout diviseur non trivial 1<d<n fournit un exemple où les deux supports ont strictement moins de n éléments tout en saturant exactement le principe d'incertitude.
Le même changement de base relie ainsi la réduction d'un endomorphisme, la diagonalisation simultanée des matrices circulantes, la convolution cyclique et la concentration des vecteurs. La transformée de Fourier discrète n'est pas ici une formule isolée : elle est le système de coordonnées naturellement adapté au décalage cyclique.