I — Une base qui tourne
Avec β=−1+i,
β2=(−1+i)2=−2i.
Puis
β3=(−2i)(−1+i)=2+2i,
et
β4=(2+2i)(−1+i)=−4.
Ainsi
β4=−4.
En élevant cette égalité au carré,
β8=16.
Par définition,
(10)β=β=−1+i,(11)β=1+β=i.
Ensuite,
(1100)β=β3+β2=(2+2i)−2i=2,
(1101)β=β3+β2+1=3,
et
(100000000)β=β8=16.
On obtient donc directement des entiers réels positifs à partir d'une base complexe :
2=(1100)β,3=(1101)β,16=(100000000)β.
II — Quel doit être le dernier chiffre ?
On rationalise le dénominateur :
−1+ia+ib=(−1+i)(−1−i)(a+ib)(−1−i).
Le dénominateur vaut 2, tandis que
(a+ib)(−1−i)=(b−a)−i(a+b).
Par conséquent,
−1+ia+ib=2b−a−i2a+b.
Ce quotient appartient à Z[i] si et seulement si b−a et a+b sont pairs. Cela équivaut à dire que a et b ont la même parité. Ainsi,
βa+ib∈Z[i]⟺a et b ont la meˆme pariteˊ.
(a) Si a et b ont la même parité, alors z=a+ib est divisible par β au sens de la question, tandis que les coordonnées de
z−1=(a−1)+ib
ont des parités différentes.
Inversement, si a et b ont des parités différentes, alors z n'est pas divisible par β, mais a−1 et b ont la même parité : z−1 l'est.
Exactement l'un des deux nombres z et z−1 convient.
(b) Le chiffre des unités est donc imposé :
ε0={0,1,si a et b ont la meˆme pariteˊ,sinon.
Alors
z1=βz−ε0∈Z[i]
et
z=ε0+βz1.
En utilisant la formule de la question 3 avec z−ε0=(a−ε0)+ib, on obtient aussi
z1=2b−a+ε0−i2a+b−ε0.
Partons de z0=4+3i. À chaque ligne, le chiffre est déterminé par la parité des deux coordonnées.
k0123456zk4+3i−3i−1+2i2−1−ii1εk1110011zk+1−3i−1+2i2−1−ii10
Les chiffres sont obtenus du rang le plus faible au rang le plus élevé :
ε0,…,ε6=1,1,1,0,0,1,1.
L'écriture se lit donc dans l'autre sens :
4+3i=(1100111)β.
Pour la vérifier, on utilise
β5=−4β=4−4i,β6=−4β2=8i.
Alors
(1100111)β=β6+β5+β2+β+1=8i+(4−4i)−2i+(−1+i)+1=4+3i.
III — L'algorithme finit-il toujours ?
(a) À chaque étape,
zk=εk+βzk+1.
En remplaçant successivement z1, z2 puis z3, on obtient
z=ε0+ε1β+ε2β2+ε3β3+β4z4.
Comme β4=−4,
z=ε0+ε1β+ε2β2+ε3β3−4z4.
(b) Avec
r=ε0+ε1β+ε2β2+ε3β3
et
β=−1+i,β2=−2i,β3=2+2i,
il vient
r=(ε0−ε1+2ε3)+i(ε1−2ε2+2ε3).
Comme chaque εj vaut 0 ou 1,
−1≤ε0−ε1+2ε3≤3
et
−2≤ε1−2ε2+2ε3≤3.
Donc
∣Re(r)∣≤3,∣Im(r)∣≤3.
Écrivons
z=a+ib,z4=A+iB,r=u+iv.
La relation z=r−4z4 donne
a=u−4A,b=v−4B,
donc
A=4u−a,B=4v−b.
Puisque ∣u∣≤3 et ∣v∣≤3,
∣A∣≤4∣a∣+3,∣B∣≤4∣b∣+3.
Ainsi,
M(z4)≤4M(z)+3.
Si M(z)>1, alors
M(z)+3<4M(z),
d'où
M(z4)<M(z).
Les coordonnées des zk étant entières, M(zk) est un entier naturel. Tant que M>1, chaque bloc de quatre étapes fait donc strictement diminuer cet entier. Une descente stricte dans N ne peut pas durer indéfiniment : après un nombre fini de blocs, on atteint nécessairement un entier de Gauss w tel que
M(w)≤1.
Les huit entiers de Gauss non nuls tels que M(w)≤1 sont
1, −1, i, −i, 1+i, 1−i, −1+i, −1−i.
La règle de la partie II donne les transitions suivantes :
1−i⟶−1⟶1+i⟶−i⟶i⟶1⟶0,
−1+i⟶1⟶0,−1−i⟶i⟶1⟶0.
Ces trois chaînes contiennent les huit valeurs possibles et atteignent toutes 0.
Tout entier de Gauss finit donc par atteindre 0. En remontant les relations
zk=εk+βzk+1,
on obtient une écriture finie
z=ε0+ε1β+⋯+εnβn,εk∈{0,1}.
Ainsi,
tout entier de Gauss posseˋde au moins une eˊcriture finie en base β.
IV — Peut-il y avoir deux écritures ?
Supposons
z=(εn⋯ε0)β=(δm⋯δ0)β.
Dans la première écriture, z−ε0 a un quotient par β dans Z[i]. Dans la seconde, il en va de même pour z−δ0.
Or la question 4 a montré qu'il existe un unique chiffre parmi 0 et 1 ayant cette propriété. Par conséquent,
ε0=δ0.
Retirons ce chiffre commun puis divisons par β :
βz−ε0=(εn⋯ε1)β=(δm⋯δ1)β.
Le même raisonnement impose alors ε1=δ1, puis ε2=δ2, et ainsi de suite.
Si l'une des écritures est plus courte, on peut la compléter à gauche par des zéros sans en changer la valeur. Tous les chiffres coïncident donc. Une fois les zéros initiaux supprimés, l'écriture est unique.
On obtient le résultat suivant :
\boxed{\begin{minipage}{0.82\linewidth}
Tout entier de Gauss $a+ib$, avec $a,b\in\mathbb Z$, possède une unique représentation finie normalisée
\[
a+ib=\sum_{k=0}^{n}\varepsilon_k(-1+i)^k,
\qquad \varepsilon_k\in\{0,1\}.
\]
Pour un nombre non nul, le chiffre de plus haut rang est $1$ ; le nombre $0$ est représenté par $0$.
\end{minipage}}
V — Un signe moins devenu inutile
Comme
1+β=1+(−1+i)=i,
on a
i=(11)β.
De même,
1+β+β2=1+(−1+i)−2i=−i,
donc
−i=(111)β.
Enfin,
(11101)β=β4+β3+β2+1=−4+(2+2i)−2i+1=−1,
d'où
−1=(11101)β.
Par ailleurs,
(11011)β=β4+β3+β+1=−4+(2+2i)+(−1+i)+1=−2+3i,
et
1+1=2=(1100)β.
Les puissances de −1+i changent elles-mêmes de signe et de direction dans le plan complexe. Les chiffres n'ont donc pas à porter séparément ces informations : une seule chaîne de 0 et de 1 peut coder simultanément la partie réelle, la partie imaginaire et leurs signes.
Repère historique
Dans son article de 1965 A "Binary" System for Complex Numbers, Walter Penney présente la base −1+i avec les seuls chiffres 0 et 1, et met en avant la possibilité de représenter en une seule écriture les nombres complexes à coordonnées entières. L'argument de terminaison par blocs de quatre utilisé aux questions 6 à 8 est une démonstration élémentaire distincte.
Sources
[SOURCE] Walter Penney — A "Binary" System for Complex Numbers, Journal of the ACM, vol. 12, no 2, 1965, p. 247-248. Lien direct