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Lycée général · Terminale · maths expertes · ≈ 2 h

Une base complexe −1+i avec les seuls chiffres 0 et 1 · Nombres complexes · Divisibilité et parité · Algorithmique · Raisonnement par descente

Peut-on compter en binaire avec un nombre complexe ?

Ce problème construit une numération binaire complexe en base −1+i. À partir des puissances de la base et d’un critère de parité, l’élève découvre un algorithme de conversion des entiers de Gauss, démontre sa terminaison par blocs de quatre puis prouve l’unicité de l’écriture avec les seuls chiffres 0 et 1.

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Interpréter une écriture positionnelle dont la base est le nombre complexe −1+i
  • 02Déterminer le dernier chiffre d’une écriture à partir d’un critère élémentaire de parité
  • 03Construire un algorithme de conversion d’un entier de Gauss vers une écriture utilisant seulement 0 et 1
  • 04Démontrer la terminaison de l’algorithme par une descente obtenue en regroupant quatre étapes
  • 05Démontrer l’unicité de l’écriture normalisée sans utiliser de théorie algébrique des nombres

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Calculs et puissances dans ℂ
  • Divisibilité et parité des entiers
  • Raisonnement par récurrence ou descente
  • Manipulation d’un algorithme défini étape par étape

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 2 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

En base 2, la position d'un chiffre indique la puissance de 2 qui lui est associée. Ici, on remplace 2 par le nombre complexe β=1+i\beta=-1+i. À chaque changement de rang, les puissances changent à la fois de taille et de direction dans le plan. Rien ne garantit donc a priori que les deux seuls chiffres 0 et 1 suffisent encore.

On appelle entier de Gauss tout nombre complexe de la forme

a+ib,a,bZ,a+ib,\qquad a,b\in\mathbb Z,

et l'on note

Z[i]={a+ib: a,bZ}.\mathbb Z[i]=\{a+ib:\ a,b\in\mathbb Z\}.

Dans toute la suite, on fixe

β=1+i.\boxed{\beta=-1+i}.

Pour des chiffres ε0,,εn{0,1}\varepsilon_0,\ldots,\varepsilon_n\in\{0,1\}, on pose

(εnε1ε0)β=k=0nεkβk.(\varepsilon_n\cdots\varepsilon_1\varepsilon_0)_\beta =\sum_{k=0}^{n}\varepsilon_k\beta^k.

Le chiffre situé tout à droite correspond donc à la puissance 00. Comme en numération usuelle, des zéros ajoutés à gauche ne changent pas la valeur représentée.

I — Une base qui tourne

  1. Calculer β2\beta^2, β3\beta^3 et β4\beta^4, puis en déduire β8\beta^8.

  2. Calculer les nombres complexes représentés par

(10)β,(11)β,(1100)β,(1101)β,(100000000)β.(10)_\beta,\qquad (11)_\beta,\qquad (1100)_\beta,\qquad (1101)_\beta,\qquad (100000000)_\beta.

Que peut-on déjà remarquer à propos des trois dernières écritures ?

II — Quel doit être le dernier chiffre ?

Soit

z=a+ibZ[i].z=a+ib\in\mathbb Z[i].
  1. Montrer que
z1+i=ba2ia+b2.\frac{z}{-1+i}=\frac{b-a}{2}-i\,\frac{a+b}{2}.

En déduire une condition nécessaire et suffisante, portant seulement sur la parité de aa et bb, pour que z/βz/\beta appartienne encore à Z[i]\mathbb Z[i].

(a) Montrer que parmi les deux nombres zz et z1z-1, exactement l'un a un quotient par β\beta qui appartient à Z[i]\mathbb Z[i].

(b) En déduire qu'il existe un unique chiffre ε0{0,1}\varepsilon_0\in\{0,1\} tel que

z1=zε0βz_1=\frac{z-\varepsilon_0}{\beta}

soit encore un entier de Gauss. Exprimer ε0\varepsilon_0 en fonction de la parité de aa et bb.

On peut alors recommencer avec z1z_1, puis avec z2z_2, etc. À chaque étape,

zk=εk+βzk+1.z_k=\varepsilon_k+\beta z_{k+1}.
  1. Appliquer cet algorithme à z=4+3iz=4+3i. Présenter les valeurs successives de zkz_k et des chiffres εk\varepsilon_k, jusqu'à atteindre éventuellement 00.

En déduire une écriture de 4+3i4+3i en base β\beta, puis la vérifier directement à l'aide des puissances de β\beta.

III — L'algorithme finit-il toujours ?

Trouver un chiffre à chaque étape ne suffit pas : pour obtenir une véritable numération, il faut encore démontrer que le procédé ne peut pas se poursuivre indéfiniment.

Partons d'un entier de Gauss z=z0z=z_0 et effectuons quatre étapes. Si 00 est atteint plus tôt, on peut prolonger le procédé en prenant ensuite uniquement des chiffres nuls. On obtient ainsi des chiffres ε0,ε1,ε2,ε3\varepsilon_0,\varepsilon_1,\varepsilon_2,\varepsilon_3 et un entier de Gauss z4z_4.

(a) Montrer que

z=ε0+ε1β+ε2β2+ε3β34z4.z=\varepsilon_0+\varepsilon_1\beta+\varepsilon_2\beta^2+\varepsilon_3\beta^3-4z_4.

(b) On pose

r=ε0+ε1β+ε2β2+ε3β3.r=\varepsilon_0+\varepsilon_1\beta+\varepsilon_2\beta^2+\varepsilon_3\beta^3.

Montrer que

r=(ε0ε1+2ε3)+i(ε12ε2+2ε3),r=(\varepsilon_0-\varepsilon_1+2\varepsilon_3) +i(\varepsilon_1-2\varepsilon_2+2\varepsilon_3),

puis établir

Re(r)3,Im(r)3.|\operatorname{Re}(r)|\le 3, \qquad |\operatorname{Im}(r)|\le 3.
  1. Pour w=x+iyZ[i]w=x+iy\in\mathbb Z[i], on pose
M(w)=max(x,y).M(w)=\max(|x|,|y|).

Écrire z=a+ibz=a+ib et z4=A+iBz_4=A+iB. À l'aide de la question précédente, montrer que

M(z4)M(z)+34.M(z_4)\le\frac{M(z)+3}{4}.

En déduire que

M(z)>1M(z4)<M(z).M(z)>1\quad\Longrightarrow\quad M(z_4)<M(z).

Expliquer pourquoi, après un nombre fini de blocs de quatre étapes, l'algorithme atteint nécessairement un entier de Gauss ww tel que M(w)1M(w)\le1.

  1. Il n'existe que huit entiers de Gauss non nuls vérifiant M(w)1M(w)\le1. Les déterminer, puis appliquer à chacun la règle de la partie II pour montrer que l'algorithme finit par atteindre 00.

Conclure que tout entier de Gauss possède au moins une écriture finie en base β\beta avec les seuls chiffres 00 et 11.

IV — Peut-il y avoir deux écritures ?

  1. Supposons qu'un même entier de Gauss zz possède deux écritures finies
z=(εnε0)β=(δmδ0)β.z=(\varepsilon_n\cdots\varepsilon_0)_\beta =(\delta_m\cdots\delta_0)_\beta.

Montrer que ε0=δ0\varepsilon_0=\delta_0.

Après avoir retiré ce chiffre commun et divisé par β\beta, expliquer pourquoi le même raisonnement peut être recommencé. En déduire que les deux suites de chiffres coïncident, une fois les éventuels zéros initiaux supprimés.

  1. Formuler précisément le résultat obtenu sur l'existence et l'unicité de l'écriture des entiers de Gauss dans cette base.

V — Un signe moins devenu inutile

  1. Déterminer les écritures en base β\beta de
i,i,1.i,\qquad -i,\qquad -1.

Vérifier également que

2+3i=(11011)β-2+3i=(11011)_\beta

et que la règle d'addition

1+1=(1100)β1+1=(1100)_\beta

est correcte.

Expliquer en quelques phrases pourquoi cette numération n'a besoin ni d'un symbole séparé pour la partie imaginaire, ni d'un symbole « - » pour représenter des entiers négatifs.

Repère historique

En 1965, Walter Penney publie un court article consacré à un système « binaire » pour les nombres complexes fondé sur la base 1+i-1+i et les deux chiffres 00 et 11. Le système permet de traiter un nombre complexe à coordonnées entières comme une seule quantité, sans coder séparément ses parties réelle et imaginaire.

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