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Corrigé détaillé · Terminale · maths expertes

Comment décomposer une suite périodique en oscillations élémentaires, puis la reconstruire exactement ? · Nombres complexes · Racines de l’unité · Transformée de Fourier discrète

Des racines de l’unité à la transformée de Fourier discrète

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — Quand une somme s'annule

Par définition,

ω=e2iπ/n.\omega=e^{2i\pi/n}.

En utilisant (eiθ)n=einθ\left(e^{i\theta}\right)^n=e^{in\theta},

ωn=e2iπ=1.\omega^n=e^{2i\pi}=1.

De plus, tout nombre complexe de la forme eiθe^{i\theta} a pour module 11, donc ∣ω∣=1|\omega|=1. Pour tout entier mm,

∣ωm∣=∣ω∣∣m∣=1|\omega^m|=|\omega|^{|m|}=1

si m≥0m\ge0 ; pour m<0m<0, ωm=1/ω−m\omega^m=1/\omega^{-m} et son module vaut encore 11. Ainsi ∣ωm∣=1|\omega^m|=1 pour tout entier mm.

On rappelle

Sm=∑j=0n−1ωjm.S_m=\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{jm}.

(a) Si nn divise mm, il existe un entier qq tel que m=nqm=nq. Alors

ωm=ωnq=(ωn)q=1.\omega^m=\omega^{nq}=(\omega^n)^q=1.

Tous les termes de SmS_m valent donc 11 :

Sm=1+⋯+1⏟n termes=n.S_m=\underbrace{1+\cdots+1}_{n\text{ termes}}=n.

(b) Supposons que nn ne divise pas mm. Si ωm=1\omega^m=1, alors

e2iπm/n=1=e2iπqe^{2i\pi m/n}=1=e^{2i\pi q}

pour un entier qq, ce qui imposerait m/n∈Zm/n\in\mathbb Z, donc n∣mn\mid m, contradiction. Ainsi ωm≠1\omega^m\ne1.

Posons q=ωmq=\omega^m. Alors q≠1q\ne1 et qn=ωmn=(ωn)m=1q^n=\omega^{mn}=(\omega^n)^m=1. En multipliant la somme géométrique par 1−q1-q,

(1−q)(1+q+⋯+qn−1)=1−qn=0.(1-q)(1+q+\cdots+q^{n-1})=1-q^n=0.

Comme 1−q≠01-q\ne0, on obtient

Sm=0.S_m=0.

Finalement,

Sm={n,n∣m,0,n∤m.\boxed{S_m= \begin{cases} n,&n\mid m,\\ 0,&n\nmid m. \end{cases}}

(c) On applique le résultat précédent à l'entier m=r−sm=r-s. Comme rr et ss appartiennent à {0,…,n−1}\{0,\ldots,n-1\}, on a

−(n−1)≤r−s≤n−1.-(n-1)\le r-s\le n-1.

Dans cet intervalle, le seul multiple de nn est 00. Ainsi n∣(r−s)n\mid(r-s) équivaut à r=sr=s. Donc

∑j=0n−1ωj(r−s)={n,r=s,0,r≠s.\boxed{\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{j(r-s)}= \begin{cases} n,&r=s,\\ 0,&r\ne s. \end{cases}}

IDÉELe point essentiel est l'annulation exacte lorsque les deux indices sont différents. Cette seule identité fera disparaître, à plusieurs reprises, tous les « termes croisés » qui ne nous intéressent pas.

II — Reconnaître une oscillation

On a

Dk=∑j=0n−1ωjmω−jk=∑j=0n−1ωj(m−k).D_k=\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{jm}\omega^{-jk} =\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{j(m-k)}.

Les entiers mm et kk appartiennent à {0,…,n−1}\{0,\ldots,n-1\}. D'après (1),

Dk={n,k=m,0,k≠m.\boxed{D_k= \begin{cases} n,&k=m,\\ 0,&k\ne m. \end{cases}}

On lit donc directement l'indice mm dans la liste (D0,…,Dn−1)(D_0,\ldots,D_{n-1}) : c'est l'unique indice pour lequel la valeur vaut nn au lieu de 00. Autrement dit, la liste permet de retrouver sans ambiguïté quelle oscillation p(m)p^{(m)} a été utilisée.

Pour une suite quelconque,

Xk=∑j=0n−1xjω−jk.X_k=\sum_{j=0}^{n-1}x_j\omega^{-jk}.

(a) Si x=p(m)x=p^{(m)}, alors xj=ωjmx_j=\omega^{jm} et

Xk=∑j=0n−1ωjmω−jk=Dk.X_k=\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{jm}\omega^{-jk}=D_k.

La question 3 donne donc immédiatement

Xk={n,k=m,0,k≠m.\boxed{X_k=\begin{cases}n,&k=m,\\0,&k\ne m.\end{cases}}

Ainsi, parmi X0,…,Xn−1X_0,\ldots,X_{n-1}, un seul coefficient est non nul : celui dont l'indice est précisément mm.

(b) On appelle fréquence d'indice kk l'oscillation p(k)p^{(k)}. Si xx est une fréquence pure p(m)p^{(m)}, la liste X0,…,Xn−1X_0,\ldots,X_{n-1} la reconnaît donc sans ambiguïté : le seul coefficient non nul est XmX_m.

À ce stade, cette interprétation n'est démontrée que pour une oscillation pure. Les questions suivantes vont justifier le rôle beaucoup plus fort des XkX_k pour une suite quelconque : les nombres Xk/nX_k/n seront exactement les coefficients qui permettent de reconstruire xx.

III — Retrouver la suite

On suppose

xj=∑k=0n−1akωjk.x_j=\sum_{k=0}^{n-1}a_k\omega^{jk}.

Soit r∈{0,…,n−1}r\in\{0,\ldots,n-1\}. Le but est d'isoler ara_r et de faire disparaître tous les autres coefficients. C'est précisément ce que permet l'identité (1) si nous faisons apparaître des puissances ωj(k−r)\omega^{j(k-r)}.

Multiplions donc l'égalité (3) par ω−jr\omega^{-jr} puis sommons pour j=0,…,n−1j=0,\ldots,n-1 :

∑j=0n−1xjω−jr=∑j=0n−1(∑k=0n−1akωjk)ω−jr.\sum_{j=0}^{n-1}x_j\omega^{-jr} = \sum_{j=0}^{n-1}\left(\sum_{k=0}^{n-1}a_k\omega^{jk}\right)\omega^{-jr}.

La somme de gauche est précisément XrX_r. Les sommes étant finies, on peut changer leur ordre à droite :

Xr=∑k=0n−1ak∑j=0n−1ωj(k−r).X_r = \sum_{k=0}^{n-1}a_k\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{j(k-r)}.

D'après (1), la somme intérieure vaut 00 si k≠rk\ne r et nn si k=rk=r. Tous les termes disparaissent donc sauf un :

Xr=nar.X_r=na_r.

Ainsi

ar=Xrn.\boxed{a_r=\frac{X_r}{n}.}

Cette relation montre que si une décomposition de la forme demandée existe, ses coefficients sont entièrement déterminés.

Il reste à montrer que les coefficients Xk/nX_k/n reconstruisent effectivement la suite, sans supposer à l'avance qu'une décomposition existe.

Fixons r∈{0,…,n−1}r\in\{0,\ldots,n-1\}. À partir de la définition de XkX_k,

1n∑k=0n−1Xkωrk=1n∑k=0n−1(∑j=0n−1xjω−jk)ωrk.\frac1n\sum_{k=0}^{n-1}X_k\omega^{rk} = \frac1n\sum_{k=0}^{n-1} \left(\sum_{j=0}^{n-1}x_j\omega^{-jk}\right)\omega^{rk}.

On regroupe les puissances de ω\omega puis on échange les deux sommes finies :

1n∑k=0n−1Xkωrk=1n∑j=0n−1xj∑k=0n−1ωk(r−j).\frac1n\sum_{k=0}^{n-1}X_k\omega^{rk} = \frac1n\sum_{j=0}^{n-1}x_j \sum_{k=0}^{n-1}\omega^{k(r-j)}.

D'après (1), la somme intérieure vaut nn lorsque j=rj=r et 00 sinon. Il ne reste donc que le terme d'indice j=rj=r :

1n∑k=0n−1Xkωrk=1n xr n=xr.\frac1n\sum_{k=0}^{n-1}X_k\omega^{rk} =\frac1n\,x_r\,n=x_r.

Ainsi, pour tout rr,

xr=1n∑k=0n−1Xkωrk.\boxed{x_r=\frac1n\sum_{k=0}^{n-1}X_k\omega^{rk}.}

La transformée de Fourier discrète contient donc exactement l'information de la suite de départ : aucune information n'est perdue.

(a) Pour x=(1,0,…,0)x=(1,0,\ldots,0), seul x0x_0 est non nul. Pour tout kk,

Xk=1⋅ω0=1.X_k=1\cdot\omega^{0}=1.

Donc

X=(1,1,…,1).\boxed{X=(1,1,\ldots,1).}

(b) Pour x=(1,1,…,1)x=(1,1,\ldots,1),

Xk=∑j=0n−1ω−jk.X_k=\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{-jk}.

Pour k=0k=0, on obtient X0=nX_0=n. Pour k∈{1,…,n−1}k\in\{1,\ldots,n-1\}, l'entier −k-k n'est pas divisible par nn, donc la somme vaut 00. Ainsi

X=(n,0,…,0).\boxed{X=(n,0,\ldots,0).}

(c) Dans le premier exemple, xx possède un seul terme non nul, tandis que XX en possède nn. Dans le second, c'est l'inverse : xx possède nn termes non nuls et XX un seul. Ces deux cas suggèrent qu'une forte concentration d'un côté s'accompagne d'un étalement de l'autre. Ce n'est encore qu'une observation sur deux exemples ; la fin du problème va établir une contrainte valable pour toute suite non nulle.

IV — Une quantité qui traverse la transformation

On part de

Xk=∑j=0n−1xjω−jk.X_k=\sum_{j=0}^{n-1}x_j\omega^{-jk}.

Le conjugué d'une somme est la somme des conjugués, donc

Xk‾=∑r=0n−1xr‾ ω−rk‾.\overline{X_k}=\sum_{r=0}^{n-1}\overline{x_r}\,\overline{\omega^{-rk}}.

Comme ∣ω∣=1|\omega|=1, on a ω‾=ω−1\overline\omega=\omega^{-1}, donc

ω−rk‾=ωrk.\overline{\omega^{-rk}}=\omega^{rk}.

Ainsi

Xk‾=∑r=0n−1xr‾ ωrk.\boxed{\overline{X_k}=\sum_{r=0}^{n-1}\overline{x_r}\,\omega^{rk}.}

On multiplie maintenant les deux sommes :

∣Xk∣2=XkXk‾=(∑j=0n−1xjω−jk)(∑r=0n−1xr‾ωrk).|X_k|^2=X_k\overline{X_k} = \left(\sum_{j=0}^{n-1}x_j\omega^{-jk}\right) \left(\sum_{r=0}^{n-1}\overline{x_r}\omega^{rk}\right).

En développant,

∣Xk∣2=∑j=0n−1∑r=0n−1xjxr‾ ωk(r−j).(12)\boxed{|X_k|^2= \sum_{j=0}^{n-1}\sum_{r=0}^{n-1} x_j\overline{x_r}\,\omega^{k(r-j)}.} \tag{12}

Sommons (12) sur kk :

∑k=0n−1∣Xk∣2=∑k=0n−1∑j=0n−1∑r=0n−1xjxr‾ ωk(r−j).\sum_{k=0}^{n-1}|X_k|^2 = \sum_{k=0}^{n-1} \sum_{j=0}^{n-1}\sum_{r=0}^{n-1} x_j\overline{x_r}\,\omega^{k(r-j)}.

Toutes les sommes sont finies, donc nous pouvons les réordonner :

∑k=0n−1∣Xk∣2=∑j=0n−1∑r=0n−1xjxr‾(∑k=0n−1ωk(r−j)).\sum_{k=0}^{n-1}|X_k|^2 = \sum_{j=0}^{n-1}\sum_{r=0}^{n-1} x_j\overline{x_r} \left(\sum_{k=0}^{n-1}\omega^{k(r-j)}\right).

L'identité (1) intervient exactement ici. Si r≠jr\ne j, la parenthèse vaut 00 ; si r=jr=j, elle vaut nn. Il ne reste donc que les termes diagonaux :

∑k=0n−1∣Xk∣2=∑j=0n−1xjxj‾ n.\sum_{k=0}^{n-1}|X_k|^2 = \sum_{j=0}^{n-1}x_j\overline{x_j}\,n.

Or xjxj‾=∣xj∣2x_j\overline{x_j}=|x_j|^2, d'où

∑k=0n−1∣Xk∣2=n∑j=0n−1∣xj∣2.\boxed{\sum_{k=0}^{n-1}|X_k|^2 =n\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2.}

IDÉELe même mécanisme est à l'oeuvre que dans la reconstruction : une somme sur les racines de l'unité élimine tous les couples d'indices différents et ne conserve que les indices égaux. L'identité (7) fixe ainsi une quantité globale. Pour obtenir ensuite une information sur le nombre de coefficients non nuls, il faudra la combiner avec une estimation de chaque coefficient XkX_k.

V — Une inégalité pour les sommes complexes

Pour deux nombres complexes uu et vv,

∣u−v∣2=(u−v)(u−v)‾=(u−v)(u‾−v‾).|u-v|^2=(u-v)\overline{(u-v)}=(u-v)(\overline u-\overline v).

En développant,

∣u−v∣2=∣u∣2+∣v∣2−uv‾−u‾ v.(13)\boxed{|u-v|^2=|u|^2+|v|^2-u\overline v-\overline u\,v.} \tag{13}

Cette quantité est réelle et positive ou nulle, puisqu'il s'agit du carré d'un module.

Appliquons (13) à chaque couple (ur,ut)(u_r,u_t) avec 1≤r<t≤s1\le r<t\le s :

∑r<t∣ur−ut∣2=∑r<t(∣ur∣2+∣ut∣2)−∑r<t(urut‾+ur‾ut).(14)\sum_{r<t}|u_r-u_t|^2 = \sum_{r<t}\bigl(|u_r|^2+|u_t|^2\bigr) - \sum_{r<t}\bigl(u_r\overline{u_t}+\overline{u_r}u_t\bigr). \tag{14}

Dans la première somme, chaque ∣uq∣2|u_q|^2 apparaît exactement s−1s-1 fois : il est associé à chacun des s−1s-1 autres indices. Ainsi

∑r<t(∣ur∣2+∣ut∣2)=(s−1)∑q=1s∣uq∣2.(15)\sum_{r<t}\bigl(|u_r|^2+|u_t|^2\bigr) =(s-1)\sum_{q=1}^s|u_q|^2. \tag{15}

D'autre part,

∣∑q=1suq∣2=(∑q=1suq)(∑q=1suq‾).\left|\sum_{q=1}^s u_q\right|^2 = \left(\sum_{q=1}^s u_q\right) \left(\sum_{q=1}^s\overline{u_q}\right).

En développant et en séparant les termes de même indice des termes d'indices différents,

∣∑q=1suq∣2=∑q=1s∣uq∣2+∑r<t(urut‾+ur‾ut).(16)\left|\sum_{q=1}^s u_q\right|^2 = \sum_{q=1}^s|u_q|^2 + \sum_{r<t}\bigl(u_r\overline{u_t}+\overline{u_r}u_t\bigr). \tag{16}

En utilisant (15) et (16) dans (14),

∑r<t∣ur−ut∣2=(s−1)∑q∣uq∣2−(∣∑quq∣2−∑q∣uq∣2).\sum_{r<t}|u_r-u_t|^2 =(s-1)\sum_q|u_q|^2 - \left(\left|\sum_q u_q\right|^2-\sum_q|u_q|^2\right).

Donc

s∑q=1s∣uq∣2−∣∑q=1suq∣2=∑r<t∣ur−ut∣2.\boxed{ s\sum_{q=1}^{s}|u_q|^2- \left|\sum_{q=1}^{s}u_q\right|^2 = \sum_{r<t}|u_r-u_t|^2.}

Le membre de droite est une somme de carrés de modules, donc il est positif ou nul. Par conséquent,

∣∑q=1suq∣2≤s∑q=1s∣uq∣2.\left|\sum_{q=1}^{s}u_q\right|^2 \le s\sum_{q=1}^{s}|u_q|^2.

Ainsi

∣∑q=1suq∣2≤s∑q=1s∣uq∣2.\boxed{\left|\sum_{q=1}^{s}u_q\right|^2 \le s\sum_{q=1}^{s}|u_q|^2.}

IDÉECette inégalité est exactement la quantité dont nous avons besoin : elle contrôle le module d'une somme de ss nombres complexes uniquement à partir de la somme des carrés de leurs modules.

VI — Jusqu'où peut-on se concentrer ?

Nous combinons maintenant les deux ingrédients préparés séparément : Parseval fixe la somme totale des ∣Xk∣2|X_k|^2, tandis que (9) va fournir une borne pour chacun d'eux lorsque xx n'est non nulle que sur ss indices.

Soit k∈{0,…,n−1}k\in\{0,\ldots,n-1\}. Par définition de S=supp⁡(x)S=\operatorname{supp}(x), les termes xjx_j sont nuls lorsque j∉Sj\notin S. La formule de XkX_k peut donc s'écrire

Xk=∑j∈Sxjω−jk.X_k=\sum_{j\in S}x_j\omega^{-jk}.

Il y a exactement s=#Ss=\#S termes dans cette somme. Appliquons l'inégalité (9) aux nombres

uj=xjω−jk,j∈S.u_j=x_j\omega^{-jk},\qquad j\in S.

On obtient

∣Xk∣2≤s∑j∈S∣xjω−jk∣2.|X_k|^2 \le s\sum_{j\in S}|x_j\omega^{-jk}|^2.

Or ∣ω−jk∣=1|\omega^{-jk}|=1, donc

∣xjω−jk∣2=∣xj∣2.|x_j\omega^{-jk}|^2=|x_j|^2.

Ainsi

∣Xk∣2≤s∑j∈S∣xj∣2.|X_k|^2 \le s\sum_{j\in S}|x_j|^2.

Les termes avec j∉Sj\notin S étant nuls, on peut réintroduire tous les indices :

∣Xk∣2≤s∑j=0n−1∣xj∣2.\boxed{|X_k|^2\le s\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2.}

D'après l'identité (7),

n∑j=0n−1∣xj∣2=∑k=0n−1∣Xk∣2.n\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2 = \sum_{k=0}^{n-1}|X_k|^2.

Par définition de T=supp⁡(X)T=\operatorname{supp}(X), on a Xk=0X_k=0 pour k∉Tk\notin T. Donc

∑k=0n−1∣Xk∣2=∑k∈T∣Xk∣2.\sum_{k=0}^{n-1}|X_k|^2 = \sum_{k\in T}|X_k|^2.

Pour chacun des t=#Tt=\#T indices de TT, la question 12 donne

∣Xk∣2≤s∑j=0n−1∣xj∣2.|X_k|^2\le s\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2.

En sommant ces tt inégalités,

∑k∈T∣Xk∣2≤st∑j=0n−1∣xj∣2.\sum_{k\in T}|X_k|^2 \le st\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2.

En combinant les deux relations,

n∑j=0n−1∣xj∣2≤st∑j=0n−1∣xj∣2.n\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2 \le st\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2.

La suite xx n'est pas nulle. Il existe donc au moins un indice jj tel que xj≠0x_j\ne0, et par conséquent

∑j=0n−1∣xj∣2>0.\sum_{j=0}^{n-1}|x_j|^2>0.

Nous pouvons diviser par cette quantité strictement positive :

st≥n.\boxed{st\ge n.}

Autrement dit,

#supp⁡(x)  #supp⁡(X)≥n.\boxed{\#\operatorname{supp}(x)\;\#\operatorname{supp}(X)\ge n.}

Comme s>0s>0, l'inégalité st≥nst\ge n peut aussi s'écrire

t≥ns.t\ge \frac{n}{s}.

Cette forme rend le sens du résultat immédiat : si xx n'est non nulle que sur peu d'indices, c'est-à-dire si ss est petit, alors tt ne peut pas l'être lui aussi. La transformée XX doit être non nulle sur suffisamment d'indices de fréquence. Comme l'inégalité st≥nst\ge n est symétrique en ss et tt, on obtient de même s≥n/ts\ge n/t : une transformée très concentrée force la suite de départ à être plus étalée.

Principe d'incertitude discret. Pour toute suite complexe non nulle de longueur nn, le produit du nombre de positions non nulles de la suite par le nombre de fréquences non nulles de sa transformée est au moins égal à nn.

VII — La borne peut-elle être atteinte ?

On prend n=6n=6 et

x=(1,0,1,0,1,0).x=(1,0,1,0,1,0).

Ainsi seuls les indices j=0,2,4j=0,2,4 contribuent à la somme définissant XkX_k.

(a) Pour tout k∈{0,…,5}k\in\{0,\ldots,5\},

Xk=1⋅ω0+1⋅ω−2k+1⋅ω−4k.X_k = 1\cdot\omega^{0} +1\cdot\omega^{-2k} +1\cdot\omega^{-4k}.

Donc

Xk=1+ω−2k+ω−4k.\boxed{X_k=1+\omega^{-2k}+\omega^{-4k}.}

(b) Posons

ζ=ω2=e2iπ/3.\zeta=\omega^2=e^{2i\pi/3}.

Alors ζ3=1\zeta^3=1 et

Xk=1+ζ−k+ζ−2k.X_k=1+\zeta^{-k}+\zeta^{-2k}.

Si kk est divisible par 33, alors ζ−k=1\zeta^{-k}=1 et

Xk=3.X_k=3.

Parmi 0,1,2,3,4,50,1,2,3,4,5, cela se produit pour k=0k=0 et k=3k=3.

Si kk n'est pas divisible par 33, le nombre q=ζ−kq=\zeta^{-k} est une racine cubique de l'unité différente de 11. On a donc

1+q+q2=0.1+q+q^2=0.

Ainsi Xk=0X_k=0 pour k=1,2,4,5k=1,2,4,5. Finalement,

X=(3,0,0,3,0,0).\boxed{X=(3,0,0,3,0,0).}

(c) La suite xx est non nulle exactement aux indices 0,2,40,2,4, donc

#supp⁡(x)=3.\#\operatorname{supp}(x)=3.

La transformée XX est non nulle exactement aux indices 0,30,3, donc

#supp⁡(X)=2.\#\operatorname{supp}(X)=2.

Par conséquent,

#supp⁡(x)  #supp⁡(X)=3×2=6=n.\#\operatorname{supp}(x)\;\#\operatorname{supp}(X)=3\times2=6=n.

La borne du principe d'incertitude est donc effectivement atteinte dans cet exemple non trivial.

Ouverture — de Fourier au principe d'incertitude en physique

Le résultat démontré ici est une version finie et discrète d'un phénomène beaucoup plus général. En analyse de Fourier, il existe de nombreux théorèmes disant qu'un objet et sa transformée de Fourier ne peuvent pas être simultanément trop concentrés. La notion de « concentration » dépend du cadre : elle peut être mesurée par la taille du support, comme ici, mais aussi par une largeur, une variance ou encore la proportion d'énergie contenue dans une région.

Dans notre situation,

s=#supp⁡(x),t=#supp⁡(X),s=\#\operatorname{supp}(x),\qquad t=\#\operatorname{supp}(X),

et l'inégalité

st≥nst\ge n

interdit que les deux supports soient simultanément petits. Si ss diminue, la borne t≥n/st\ge n/s force la transformée à occuper davantage d'indices de fréquence ; inversement, si tt diminue, alors s≥n/ts\ge n/t.

En mécanique quantique, une idée apparentée apparaît pour la position et l'impulsion. Une fonction d'onde peut être décrite en fonction de la position ; sa description en fonction de l'impulsion s'obtient, à des constantes de normalisation près, par une transformation de Fourier. Les dispersions correspondantes, notées usuellement Δx\Delta x et Δp\Delta p, vérifient la relation de Heisenberg

Δx Δp≥ℏ2.\Delta x\,\Delta p\ge \frac{\hbar}{2}.

Autrement dit, un état très localisé en position doit nécessairement être plus étalé en impulsion, et réciproquement.

Il faut cependant distinguer nettement les deux énoncés. L'inégalité st≥nst\ge n porte sur le nombre exact de coefficients non nuls d'une suite finie et de sa transformée discrète ; la relation de Heisenberg porte sur des dispersions de distributions continues associées à un état quantique. Notre résultat n'est donc pas une démonstration de la relation physique. Il en constitue un modèle mathématique fini particulièrement lisible : dans les deux cas, la transformation de Fourier rend impossible une localisation arbitrairement forte dans les deux descriptions à la fois.

Pour fixer précisément l'analogie :

  • Objet étudié — ici : une suite finie xx ; en mécanique quantique : une fonction d'onde décrite en position.
  • Description de Fourier — ici : les coefficients XkX_k ; en mécanique quantique : la description en impulsion.
  • Mesure de concentration — ici : le nombre de coefficients non nuls ; en mécanique quantique : une dispersion, mesurée par un écart-type.
  • Contrainte — ici : st≥nst\ge n ; en mécanique quantique : Δx Δp≥ℏ/2\Delta x\,\Delta p\ge\hbar/2.

Cette comparaison doit être lue comme une analogie de structure, et non comme une identification des grandeurs : les indices jj et kk de notre suite ne sont pas, à eux seuls, une position et une impulsion physiques.

Au terme de cette étude, une identité d'annulation sur les racines de l'unité permet d'abord de distinguer les oscillations élémentaires, puis de reconstruire exactement la suite à partir de ses coefficients de Fourier. L'identité de Parseval fixe ensuite une quantité globale, tandis que l'inégalité (9) contrôle chaque coefficient séparément. Leur combinaison impose une limite quantitative à la concentration simultanée de la suite et de sa transformée. Le cas n=6n=6 montre enfin que cette limite peut être atteinte exactement.

Sources

[SOURCE] David L. Donoho et Philip B. Stark — Uncertainty Principles and Signal Recovery, SIAM Journal on Applied Mathematics, 49(3), 1989, p. 906–931. Lien direct [SOURCE] OpenStax — University Physics, Volume 3, § 7.2, The Heisenberg Uncertainty Principle. Lien direct