DM n°05 · Lycée général · Terminale · maths expertes
Comment décomposer une suite périodique en oscillations élémentaires, puis la reconstruire exactement ? · Nombres complexes · Racines de l’unité · Transformée de Fourier discrète
Des racines de l’unité à la transformée de Fourier discrète
Un DM de Terminale maths expertes qui part des racines de l’unité pour construire la transformée de Fourier discrète d’une suite périodique. Les élèves établissent la formule de reconstruction et une identité de Parseval, puis découvrent un principe d’incertitude discret reliant la concentration d’une suite à celle de ses fréquences, avec une ouverture précise vers le principe d’incertitude de Heisenberg en physique quantique.
- Temps indicatif
- ≈ 2 h 30
- Chapitres
- Nombres complexes · Racines de l’unité · Transformée de Fourier discrète
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- 01Exploiter les racines de l’unité pour faire apparaître des annulations dans des sommes complexes
- 02Construire et interpréter les coefficients de Fourier d’une suite périodique finie
- 03Établir une formule de reconstruction à partir de ces coefficients
- 04Combiner conjugaison, modules et sommes doubles pour obtenir une identité globale
- 05Relier une estimation coefficient par coefficient à une contrainte de concentration en fréquence
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Calculs dans ℂ, conjugaison et module
- Forme exponentielle d’un nombre complexe
- Racines n-ièmes de l’unité
- Sommes finies et manipulation d’indices
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 2 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Une suite de longueur peut être lue comme un motif qui se répète. Certaines suites très simples oscillent régulièrement autour du cercle unité. Peut-on utiliser ces oscillations comme des briques élémentaires pour analyser une suite quelconque, puis la reconstruire exactement ? Une même identité sur les racines de l'unité va répondre à cette question et conduire, à la fin, à une contrainte surprenante sur la concentration d'une suite et de ses fréquences.
I — Quand une somme s'annule
On fixe un entier et on pose
-
Vérifier que et que . En déduire que pour tout entier .
-
Pour tout entier , on note
(a) Montrer que si divise , alors . (b) On suppose que ne divise pas . Montrer que , puis calculer . En déduire la valeur de . (c) Soient . Montrer que
Éclairage. En géométrie, le produit scalaire permet de reconnaître deux vecteurs orthogonaux par une égalité du type . Ici, si l'on compare les deux listes et à l'aide de la somme , on retrouve exactement (1). Après le lycée, on définit de la même façon un produit scalaire adapté aux listes de nombres complexes ; lorsque , ces deux oscillations sont alors dites orthogonales.
II — Reconnaître une oscillation
Pour , considérons la suite
- Pour , calculer
Montrer en particulier que tandis que pour . Expliquer comment la liste permet alors de retrouver l'indice de l'oscillation .
- Soit désormais une suite complexe quelconque . Pour chaque , on définit
(a) Supposons que soit précisément l'une des oscillations précédentes : . En comparant la définition de avec celle de , déterminer les valeurs de . (b) Nous appellerons fréquence d'indice l'oscillation . D'après (a), comment la liste permet-elle de reconnaître une suite qui est constituée d'une seule fréquence ?
Éclairage. La suite est appelée la transformée de Fourier discrète de . Pour l'instant, nous savons qu'elle reconnaît parfaitement une oscillation pure. La suite du problème va montrer quelque chose de beaucoup plus fort : pour une suite quelconque, les nombres sont exactement les coefficients qui permettent de reconstruire .
III — Retrouver la suite
- Supposons qu'il existe des nombres complexes tels que, pour tout ,
Pour isoler un coefficient , l'idée est de faire apparaître les sommes d'annulation de (1). Soit donc . Multiplier (3) par , puis sommer les égalités obtenues pour . Réorganiser la double somme et utiliser (1) pour montrer que nécessairement
- Sans supposer cette fois l'existence d'une décomposition de la forme (3), montrer directement que, pour tout ,
Ainsi, la transformée permet non seulement d'analyser la suite, mais aussi de la reconstruire exactement.
- Deux cas extrêmes donnent une première idée de ce que fait la transformation. (a) Déterminer lorsque . (b) Déterminer lorsque . (c) Comparer, dans ces deux exemples, le nombre de termes non nuls de et celui de .
Point d'étape. Les questions 5 et 6 ont montré que et contiennent exactement la même information : on passe de l'une à l'autre sans perte. Les deux exemples de la question 7 suggèrent toutefois un autre phénomène : lorsqu'une suite est très concentrée sur quelques indices, sa transformée semble davantage étalée. Nous allons chercher à rendre cette observation précise.
IV — Une quantité qui traverse la transformation
- Montrer que, pour tout ,
En déduire une expression de sous la forme d'une somme double portant sur deux indices et .
- Sommer l'expression précédente sur , puis utiliser (1) pour montrer l'identité
Point d'étape. L'identité (7) relie une quantité globale calculée à partir de à la même quantité calculée à partir de . Pour transformer cette information globale en une contrainte sur le nombre de coefficients non nuls, il nous faudra aussi savoir contrôler le module d'une somme de nombres complexes. C'est l'objet de la partie suivante.
V — Une inégalité pour les sommes complexes
Soient et des nombres complexes.
-
Pour deux nombres complexes et , développer à l'aide de , et de leurs conjugués.
-
En sommant convenablement le résultat précédent sur les couples , montrer que
En déduire
Éclairage. L'inégalité (9) est un cas particulier de l'inégalité de Cauchy-Schwarz. Vous connaissez déjà le produit scalaire en géométrie, pour lequel une inégalité analogue relie aux longueurs de et . Après le lycée, Cauchy-Schwarz généralise ce type de contrôle à de nombreux produits scalaires, notamment sur des listes de nombres réels ou complexes. Ici, nous n'avons utilisé que le cas exact dont nous avions besoin.
VI — Jusqu'où peut-on se concentrer ?
Nous revenons maintenant à la question suggérée par les deux exemples de la question 7 : peut-on avoir à la fois peu de termes non nuls dans et peu de termes non nuls dans ?
On suppose désormais que n'est pas la suite nulle. On appelle support de l'ensemble
On note et . De même, on note
- Soit . Comme pour , réécrire sous la forme d'une somme portant seulement sur les indices de . Appliquer ensuite (9) aux nombres , , et utiliser pour montrer que
Point d'étape. La relation (10) borne séparément chacun des nombres . Mais (7) impose en même temps la valeur de leur somme totale. Si chaque terme est borné et que la somme totale est fixée, il faut suffisamment de termes non nuls pour porter cette somme : la question suivante quantifie exactement cette idée.
- À l'aide de (7), de (10) et du fait que lorsque , montrer que
Éclairage. La relation (11) est appelée un principe d'incertitude discret. En notant et , elle s'écrit : plus la suite de départ est concentrée sur peu d'indices, plus sa transformée est forcée d'être non nulle sur de nombreux indices de fréquence. Comme (11) est symétrique en et , on a aussi .
VII — La borne peut-elle être atteinte ?
- On prend et
On pose toujours . (a) Montrer que, pour tout ,
(b) En posant , déterminer les six valeurs . (c) Calculer et . Que constate-t-on dans (11) ?
Ouverture. Le résultat obtenu appartient à une famille beaucoup plus large de principes d'incertitude liés à l'analyse de Fourier : un objet et sa transformée ne peuvent pas être simultanément très concentrés. Ici, la concentration est mesurée par le nombre de coefficients non nuls ; dans d'autres cadres, on utilise plutôt une largeur, une dispersion ou la part d'énergie contenue dans une zone. En mécanique quantique, la description d'un état en fonction de la position et sa description en fonction de l'impulsion sont reliées par une transformation de Fourier. La relation d'Heisenberg affirme qu'on ne peut pas rendre arbitrairement petites à la fois les dispersions de position et d'impulsion. Notre inégalité n'est pas cette relation physique, mais un analogue discret fini fondé sur la même opposition mathématique : une forte localisation d'un côté impose un étalement de l'autre.
Nous sommes partis d'une identité d'annulation sur les racines de l'unité. Elle permet de distinguer les oscillations élémentaires, puis de reconstruire exactement une suite à partir de ses coefficients de Fourier. L'identité de Parseval montre ensuite que cette transformation conserve une quantité globale, tandis que l'inégalité (9) limite la taille de chaque coefficient. Leur combinaison conduit au principe d'incertitude discret : une suite non nulle et sa transformée ne peuvent pas être toutes deux concentrées sur trop peu d'indices. L'exemple montre enfin que la borne est exacte.
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