Limites de suites en Terminale spécialité : méthodes et sens
En Terminale, l’étude des suites devient une véritable étude de convergence : il faut distinguer limite finie, divergence et outils permettant de conclure.
Niveau : Terminale spécialité maths
Converger, diverger : de quoi parle-t-on ?
Dire que (un) converge vers ℓ signifie que les termes finissent par être aussi proches que l’on veut de ℓ. Une suite peut aussi tendre vers +∞ ou −∞, ou ne posséder aucune limite.
Cette distinction empêche une erreur fréquente : une suite bornée n’est pas automatiquement convergente. Une suite peut rester dans un intervalle tout en oscillant indéfiniment.
À partir de quel rang les termes restent-ils près de la limite ?
Choisissez la largeur de la bande autour de 0. Comparez une suite convergente et une suite bornée qui oscille sans converger.
À partir de N = 6, chaque entier n ≥ N vérifie 0 < 1/n ≤ 1/6 < 1/5 = ε. La ligne verticale marque le premier rang qui convient pour cette valeur de ε.
Pourquoi cela prouve-t-il la convergence de un=1/n ? Pour tout ε>0, on peut choisir un entier N strictement supérieur à 1/ε. Alors, pour tout entier n≥N, on a
∣un−0∣=n1≤N1<ε.
Cette propriété vaut pour toutε>0, pas seulement pour les valeurs proposées dans le graphique. À l’inverse, pour vn=(−1)n, les termes pairs et les termes impairs restent respectivement égaux à 1 et −1 : la suite n’a pas de limite.
Les principaux outils de comparaison
Pour déterminer une limite, on utilise les opérations sur les limites, des majorations et minorations, ou des encadrements. Le théorème des gendarmes est particulièrement utile lorsqu’une expression difficile est coincée entre deux expressions de même limite.
Les suites géométriques qn constituent des modèles de référence. Leur comportement dépend de q ; il faut connaître les cas utiles plutôt que supposer qu’une puissance « devient toujours grande ».
Monotonie et bornes
Le programme utilise le résultat selon lequel une suite croissante majorée converge, et symétriquement une suite décroissante minorée converge. Cela donne une stratégie classique pour les suites définies par récurrence : montrer qu’elles restent dans un intervalle puis établir leur monotonie.
Attention : ce théorème assure l’existence d’une limite, mais ne donne pas automatiquement sa valeur. Il faut ensuite exploiter la relation définissant la suite lorsque les hypothèses permettent le passage à la limite.
Récurrence et suites définies par une fonction
Les raisonnements par récurrence servent souvent à prouver qu’une suite reste positive, bornée ou dans un intervalle stable. Pour une relation un+1=f(un), l’étude de f peut aider à comprendre le comportement des termes.
Il faut distinguer ce qui est démontré de ce qui est seulement suggéré par un graphique ou quelques valeurs numériques. Une simulation aide à conjecturer ; elle ne remplace pas une preuve de convergence.
Une méthode de travail efficace
Face à une suite, commencer par identifier sa définition et calculer quelques termes, puis rechercher une structure : géométrique, comparaison, monotonie, encadrement ou récurrence. La limite n’est que la dernière question ; la qualité du raisonnement dépend surtout du choix de l’outil qui justifie le comportement observé.
Pour mettre la notion en pratique
Des DM qui réutilisent cette notion
Des problèmes où cette notion intervient dans un raisonnement plus long, parfois à un niveau ultérieur.
Agrégation interne · ≈ 4 h 30
Méthode de Newton : convergence locale et contre-exemples
Un problème progressif de préparation à l’agrégation interne : à partir de la géométrie des tangentes pour x² − 2, on construit la méthode de Newton, on établit des critères de convergence et des estimations d’erreur, puis on analyse par des contre-exemples la portée exacte des résultats obtenus.
Convergences simple et uniforme des suites de fonctions
Une même famille de fonctions permet de comparer convergence point par point et contrôle uniforme, puis d’étudier ce que l’uniformité autorise pour la continuité, l’intégration et la dérivation. Le problème mène enfin au critère de Cauchy uniforme et à la convergence uniforme sur tout compact.
Construire trois procédures pour approcher π et quantifier leur erreur : polygones emboîtés, intégrale transformée en sommes rapidement convergentes, puis estimation de Monte-Carlo avec un risque contrôlé par Bienaymé-Tchebychev.
Une fonction continue partout et dérivable nulle part
Construire pas à pas la fonction de Takagi et démontrer, avec des outils accessibles en Terminale spécialité, qu’elle est continue en tout réel mais dérivable en aucun point.
Une dimension fractale détecte l’infinité des nombres premiers
Un DM de L3 inspiré de la preuve de Kota Saito : les étudiants construisent la dimension supérieure de boîte, démontrent son comportement sous produit, calculent la dimension de l’ensemble {1/n}, puis transforment la factorisation des entiers en contradiction géométrique pour prouver l’infinité des nombres premiers. Un prolongement facultatif généralise le calcul à {n^{-α}}.
Jusqu’à quelle précision peut-on approcher un réel par des fractions ?
Un problème de L3 qui mesure la précision d’une approximation rationnelle par la comparaison entre l’erreur |x-p/q| et les puissances q^{-τ}. Après une preuve élémentaire du premier lemme de Borel–Cantelli et une estimation de mesure des voisinages rationnels, un argument de Dirichlet par principe des tiroirs conduit au seuil 2 : tout irrationnel atteint l’erreur 1/q² une infinité de fois, tandis que presque tout réel n’atteint aucun exposant strictement supérieur une infinité de fois. Le problème aboutit à μ(x)=2 presque partout et s’ouvre sur les nombres de Liouville.