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DM n°02 · Agrégation de mathématiques · Agrégation interne

Des racines de l’unité à la classification des matrices réelles d’ordre fini en dimension 2 · Nombres complexes et racines de l’unité · Polynômes annulateurs et polynôme minimal · Valeurs propres et diagonalisabilité · Matrices d’ordre fini · Rotations et similitude réelle

Racines de l’unité, polynôme minimal et matrices d’ordre fini

Une progression depuis les racines de l’unité et les polynômes annulateurs jusqu’au polynôme minimal, au critère de diagonalisabilité et à la classification, en dimension 2, des matrices réelles d’ordre fini.

Temps indicatif
≈ 4 h
Chapitres
Nombres complexes et racines de l’unité · Polynômes annulateurs et polynôme minimal · Valeurs propres et diagonalisabilité · Matrices d’ordre fini · Rotations et similitude réelle

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Relier une relation polynomiale satisfaite par une matrice à ses valeurs propres et à son polynôme minimal
  • 02Utiliser un critère polynomial de diagonalisabilité en vérifiant précisément ses hypothèses
  • 03Exploiter les racines de l’unité pour déterminer la structure spectrale d’une matrice d’ordre fini
  • 04Passer du cas complexe au cas réel en combinant conjugaison, polynômes quadratiques et rotations

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Nombres complexes : forme exponentielle et racines de l’unité
  • Calcul polynomial et division euclidienne
  • Notions de base sur les matrices, valeurs propres et vecteurs propres

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 4 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Soit K{Q,R,C}\mathbb K\in\{\mathbb Q,\mathbb R,\mathbb C\}. On note Md(K)M_d(\mathbb K) l'ensemble des matrices carrées de taille dd à coefficients dans K\mathbb K, et IdI_d la matrice identité.

Une matrice AGLd(K)A\in GL_d(\mathbb K) est dite d'ordre fini lorsqu'il existe un entier m1m\geqslant1 tel que

Am=Id.A^m=I_d.

Son ordre est le plus petit entier m1m\geqslant1 vérifiant cette égalité.

Le problème relie cette relation aux racines de l'unité, aux polynômes annulateurs, au polynôme minimal et à la diagonalisation, puis étudie le cas réel en dimension 22.

I — Racines de l'unité

  1. Déterminer les six solutions complexes de
z6=1.z^6=1.

En déduire les factorisations de X61X^6-1 dans C[X]\mathbb C[X], puis dans R[X]\mathbb R[X].

  1. Soit m1m\geqslant1 et
ωm=e2iπ/m.\omega_m=e^{2i\pi/m}.

Déterminer toutes les racines complexes de Xm1X^m-1, montrer qu'elles sont deux à deux distinctes et en déduire sa factorisation dans C[X]\mathbb C[X].

  1. Pour θRπZ\theta\in\mathbb R\setminus\pi\mathbb Z, on pose
Pθ(X)=(Xeiθ)(Xeiθ).P_\theta(X)=(X-e^{i\theta})(X-e^{-i\theta}).

Déterminer PθP_\theta explicitement et montrer qu'il est irréductible dans R[X]\mathbb R[X].

En regroupant les racines complexes conjuguées, factoriser Xm1X^m-1 dans R[X]\mathbb R[X], suivant la parité de mm.

On adoptera la convention qu'un produit portant sur un ensemble vide vaut 11.

II — Une relation polynomiale satisfaite par une matrice

Si

P(X)=a0+a1X++anXnP(X)=a_0+a_1X+\cdots+a_nX^n

et AMd(K)A\in M_d(\mathbb K), on définit

P(A)=a0Id+a1A++anAn.P(A)=a_0I_d+a_1A+\cdots+a_nA^n.

Un polynôme non nul PP tel que P(A)=0P(A)=0 est appelé polynôme annulateur de AA.

  1. Soit AMd(C)A\in M_d(\mathbb C), et soit λ\lambda une valeur propre de AA, associée à un vecteur propre v0v\neq0.

Montrer que, pour tout PC[X]P\in\mathbb C[X],

P(A)v=P(λ)v.P(A)v=P(\lambda)v.

Qu'en déduit-on sur les valeurs propres de AA lorsque PP est un polynôme annulateur ?

Appliquer ce résultat au cas où Am=IdA^m=I_d.

III — Le polynôme minimal

On pourra utiliser le fait que Md(K)M_d(\mathbb K) est un espace vectoriel de dimension d2d^2 sur K\mathbb K.

  1. Soit AMd(K)A\in M_d(\mathbb K).

Montrer qu'il existe au moins un polynôme non nul PK[X]P\in\mathbb K[X] tel que

P(A)=0.P(A)=0.
  1. Parmi les polynômes annulateurs non nuls de AA, on choisit un polynôme unitaire μA\mu_A de degré minimal.

Montrer que tout polynôme annulateur de AA est divisible par μA\mu_A.

En déduire que μA\mu_A est unique. On l'appelle le polynôme minimal de AA.

  1. Déterminer les polynômes minimaux des matrices
D=(1001),J=(1101).D=\begin{pmatrix}1&0\\0&-1\end{pmatrix}, \qquad J=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}.

Que montrent ces deux exemples sur l'information contenue dans un polynôme annulateur ?

IV — Quand un polynôme force la diagonalisabilité

Soient λ1,,λs\lambda_1,\ldots,\lambda_s des nombres complexes deux à deux distincts et

P(X)=j=1s(Xλj).P(X)=\prod_{j=1}^{s}(X-\lambda_j).

Pour j{1,,s}j\in\{1,\ldots,s\}, on pose

Lj(X)=1sjXλλjλ.L_j(X)= \prod_{\substack{1\leqslant \ell\leqslant s\\ \ell\neq j}} \frac{X-\lambda_\ell}{\lambda_j-\lambda_\ell}.
  1. Montrer que
j=1sLj(X)=1.\sum_{j=1}^{s}L_j(X)=1.

Soit maintenant AMd(C)A\in M_d(\mathbb C) telle que P(A)=0P(A)=0.

Montrer que, pour tout jj,

ImLj(A)ker(AλjId).\operatorname{Im}L_j(A)\subset\ker(A-\lambda_jI_d).

En déduire que AA est diagonalisable sur C\mathbb C.

  1. Réciproquement, soit AMd(C)A\in M_d(\mathbb C) diagonalisable et soient λ1,,λs\lambda_1,\ldots,\lambda_s ses valeurs propres distinctes.

Déterminer son polynôme minimal.

En déduire le critère suivant :

A est diagonalisable sur C    μA est scindeˊ sur C et aˋ racines simples.\boxed{A\text{ est diagonalisable sur }\mathbb C \iff \mu_A\text{ est scindé sur }\mathbb C\text{ et à racines simples}.}

V — Matrices d'ordre fini

Dans cette partie, K{Q,R,C}\mathbb K\in\{\mathbb Q,\mathbb R,\mathbb C\}, et une matrice à coefficients dans K\mathbb K pourra naturellement être considérée comme une matrice complexe.

  1. Soit AGLd(K)A\in GL_d(\mathbb K) d'ordre fini.

Démontrer que AA est diagonalisable sur C\mathbb C et que chacune de ses valeurs propres est une racine de l'unité.

  1. Soit rr l'ordre de AA.

Montrer que le polynôme minimal de AA, considéré dans K[X]\mathbb K[X], est un produit de polynômes irréductibles unitaires deux à deux distincts.

  1. On note λ1,,λd\lambda_1,\ldots,\lambda_d les valeurs propres de AA, répétées suivant leur multiplicité, et njn_j l'ordre de λj\lambda_j dans C×\mathbb C^\times.

Exprimer l'ordre de AA en fonction des njn_j.

  1. Montrer réciproquement qu'une matrice complexe diagonalisable dont toutes les valeurs propres sont des racines de l'unité est d'ordre fini.

VI — Le cas réel et les rotations

Pour θR\theta\in\mathbb R, on pose

Rθ=(cosθsinθsinθcosθ).R_\theta= \begin{pmatrix} \cos\theta&-\sin\theta\\ \sin\theta&\cos\theta \end{pmatrix}.
  1. On suppose θπZ\theta\notin\pi\mathbb Z.

Déterminer le polynôme minimal de RθR_\theta.

Montrer ensuite que RθR_\theta est semblable sur R\mathbb R à

(0112cosθ).\begin{pmatrix} 0&-1\\ 1&2\cos\theta \end{pmatrix}.
  1. Soit AGLd(R)A\in GL_d(\mathbb R) une matrice d'ordre fini.

Montrer que son polynôme minimal peut s'écrire

μA(X)=(X1)ε+(X+1)εj=1q(X22cosθjX+1),\mu_A(X) =(X-1)^{\varepsilon_+}(X+1)^{\varepsilon_-} \prod_{j=1}^{q}\left(X^2-2\cos\theta_j\,X+1\right),

ε+,ε{0,1},θj(0,π)2πQ,\varepsilon_+,\varepsilon_-\in\{0,1\}, \qquad \theta_j\in(0,\pi)\cap2\pi\mathbb Q,

et où les θj\theta_j sont deux à deux distincts.

  1. Classifier, à similitude près dans GL2(R)GL_2(\mathbb R), toutes les matrices réelles 2×22\times2 d'ordre fini. Donner une famille de représentants sans doublons.

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