Aller au contenu

Corrigé détaillé · Terminale · spécialité maths

Construire la fonction de Takagi avec des outils de Terminale · Suites et limites · Continuité · Dérivation · Taux d’accroissement

Une fonction continue partout et dérivable nulle part

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

La fonction construite ici est la fonction de Takagi. Deux phénomènes s'opposent : la majoration géométrique des restes rend l'effet des nouvelles dents arbitrairement petit sur les valeurs de la fonction, tandis qu'à chaque nouvelle échelle une pente +1+1 ou −1-1 continue de s'ajouter.

I — Une dent triangulaire

(a) Par définition,

φ(x+1)=min⁡k∈Z∣x+1−k∣.\varphi(x+1)=\min_{k\in\mathbb Z}|x+1-k|.

Posons j=k−1j=k-1. Lorsque kk parcourt Z\mathbb Z, jj parcourt lui aussi Z\mathbb Z, et

∣x+1−k∣=∣x−j∣.|x+1-k|=|x-j|.

Ainsi

φ(x+1)=min⁡j∈Z∣x−j∣=φ(x).\varphi(x+1)=\min_{j\in\mathbb Z}|x-j|=\varphi(x).

La fonction φ\varphi est donc 11-périodique.

(b) Soit x∈[0,1]x\in[0,1]. Les distances de xx aux entiers 00 et 11 sont respectivement xx et 1−x1-x. Si k≤−1k\leq-1, alors ∣x−k∣≥1|x-k|\geq1 ; si k≥2k\geq2, alors ∣x−k∣≥1|x-k|\geq1. Or

min⁡(x,1−x)≤12.\min(x,1-x)\leq\frac12.

Aucun entier autre que 00 ou 11 ne peut donc donner une distance plus petite. Le minimum est atteint pour 00 ou 11 — pour x=1/2x=1/2, il est atteint pour les deux — et

φ(x)=min⁡(x,1−x).\varphi(x)=\min(x,1-x).

(c) Sur [0,1/2][0,1/2], φ(x)=x\varphi(x)=x ; sur [1/2,1][1/2,1], φ(x)=1−x\varphi(x)=1-x. On a donc

0≤φ(x)≤120\leq\varphi(x)\leq\frac12

sur [0,1][0,1], puis sur R\mathbb R par périodicité. Le graphe est une succession de dents triangulaires de hauteur 1/21/2 et de période 11.

  1. Choisissons p∈Zp\in\mathbb Z tel que φ(y)=∣y−p∣\varphi(y)=|y-p|. Comme φ(x)\varphi(x) est la distance minimale de xx à un entier,
φ(x)≤∣x−p∣.\varphi(x)\leq |x-p|.

Par l'inégalité triangulaire,

∣x−p∣≤∣x−y∣+∣y−p∣=∣x−y∣+φ(y).|x-p|\leq |x-y|+|y-p| =|x-y|+\varphi(y).

Donc

φ(x)−φ(y)≤∣x−y∣.\varphi(x)-\varphi(y)\leq |x-y|.

En échangeant xx et yy,

φ(y)−φ(x)≤∣x−y∣.\varphi(y)-\varphi(x)\leq |x-y|.

Les deux inégalités donnent

∣φ(x)−φ(y)∣≤∣x−y∣.|\varphi(x)-\varphi(y)|\leq |x-y|.
  1. Puisque 0≤φ≤1/20\leq\varphi\leq1/2,
0≤fn(x)=2−nφ(2nx)≤2−n−1.0\leq f_n(x)=2^{-n}\varphi(2^nx)\leq2^{-n-1}.

D'après la question 2,

∣fn(x)−fn(y)∣=2−n∣φ(2nx)−φ(2ny)∣≤2−n∣2nx−2ny∣=∣x−y∣.\begin{aligned} |f_n(x)-f_n(y)| &=2^{-n}|\varphi(2^nx)-\varphi(2^ny)|\\ &\leq2^{-n}|2^nx-2^ny|\\ &=|x-y|. \end{aligned}

II — Construire la fonction limite

  1. Pour xx fixé,
TN+1(x)−TN(x)=fN(x)≥0,T_{N+1}(x)-T_N(x)=f_N(x)\geq0,

donc (TN(x))(T_N(x)) est croissante. De plus,

TN(x)≤∑n=0N−12−n−1=1−2−N<1.T_N(x) \leq\sum_{n=0}^{N-1}2^{-n-1} =1-2^{-N}<1.

La suite est croissante et majorée ; elle converge. On peut donc définir

T(x)=lim⁡N→+∞TN(x).T(x)=\lim_{N\to+\infty}T_N(x).

(a) Si M>NM>N,

TM(x)−TN(x)=∑n=NM−1fn(x).T_M(x)-T_N(x) =\sum_{n=N}^{M-1}f_n(x).

(b) Les termes fn(x)f_n(x) sont positifs et fn(x)≤2−n−1f_n(x)\leq2^{-n-1}, donc

0≤TM(x)−TN(x)≤∑n=NM−12−n−1.0\leq T_M(x)-T_N(x) \leq\sum_{n=N}^{M-1}2^{-n-1}.

La somme géométrique finie vaut

∑n=NM−12−n−1=2−N(1−2−(M−N))≤2−N.\sum_{n=N}^{M-1}2^{-n-1} =2^{-N}\bigl(1-2^{-(M-N)}\bigr) \leq2^{-N}.

(c) Pour NN fixé, l'encadrement précédent vaut pour tout M>NM>N. Comme TM(x)→T(x)T_M(x)\to T(x),

0≤T(x)−TN(x)≤2−N.0\leq T(x)-T_N(x)\leq2^{-N}.

Cette estimation est valable pour tout réel xx.

(a) Comme 2n2^n est un entier et φ\varphi est 11-périodique,

fn(x+1)=2−nφ(2n(x+1))=2−nφ(2nx+2n)=2−nφ(2nx)=fn(x).\begin{aligned} f_n(x+1) &=2^{-n}\varphi(2^n(x+1))\\ &=2^{-n}\varphi(2^nx+2^n)\\ &=2^{-n}\varphi(2^nx) =f_n(x). \end{aligned}

Chaque fnf_n est donc 11-périodique.

(b) Une somme finie de fonctions 11-périodiques est 11-périodique, donc

TN(x+1)=TN(x).T_N(x+1)=T_N(x).

(c) Pour tout xx, les suites (TN(x+1))(T_N(x+1)) et (TN(x))(T_N(x)) sont égales terme à terme. Elles ont donc la même limite :

T(x+1)=T(x).T(x+1)=T(x).

Ainsi TT est 11-périodique.

III — Montrer que la fonction limite est continue

  1. On écrit
TN(x)−TN(y)=∑n=0N−1(fn(x)−fn(y)).T_N(x)-T_N(y) =\sum_{n=0}^{N-1}\bigl(f_n(x)-f_n(y)\bigr).

L'inégalité triangulaire et la question 3 donnent

∣TN(x)−TN(y)∣≤∑n=0N−1∣fn(x)−fn(y)∣≤∑n=0N−1∣x−y∣=N∣x−y∣.\begin{aligned} |T_N(x)-T_N(y)| &\leq\sum_{n=0}^{N-1}|f_n(x)-f_n(y)|\\ &\leq\sum_{n=0}^{N-1}|x-y|\\ &=N|x-y|. \end{aligned}

(a) On ajoute puis retranche TN(x)T_N(x) et TN(y)T_N(y) :

T(x)−T(y)=(T(x)−TN(x))+(TN(x)−TN(y))+(TN(y)−T(y)).T(x)-T(y) = \bigl(T(x)-T_N(x)\bigr) +\bigl(T_N(x)-T_N(y)\bigr) +\bigl(T_N(y)-T(y)\bigr).

(b) Par l'inégalité triangulaire, puis les questions 5 et 7,

∣T(x)−T(y)∣≤∣T(x)−TN(x)∣+∣TN(x)−TN(y)∣+∣TN(y)−T(y)∣≤2−N+N∣x−y∣+2−N.\begin{aligned} |T(x)-T(y)| &\leq |T(x)-T_N(x)| +|T_N(x)-T_N(y)| +|T_N(y)-T(y)|\\ &\leq 2^{-N}+N|x-y|+2^{-N}. \end{aligned}

Ainsi

∣T(x)−T(y)∣≤21−N+N∣x−y∣.|T(x)-T(y)|\leq2^{1-N}+N|x-y|.

Le sujet fournit ensuite la formulation quantifiée de la continuité. Elle est équivalente à l'écriture de Terminale lim⁡y→xT(y)=T(x)\lim_{y\to x}T(y)=T(x), mais elle rend l'estimation précédente directement exploitable. Intuitivement, ε\varepsilon fixe la précision souhaitée sur les valeurs de la fonction et δ\delta indique à quel point il faut rapprocher yy de xx pour garantir cette précision. Le point essentiel est de choisir d'abord NN pour rendre le terme 21−N2^{1-N} petit, puis de choisir δ\delta pour contrôler N∣x−y∣N|x-y|.

  1. Fixons x∈Rx\in\mathbb R et ε>0\varepsilon>0.

(a) Comme

21−N⟶0,2^{1-N}\longrightarrow0,

il existe N≥1N\geq1 tel que

21−N<ε2.2^{1-N}<\frac{\varepsilon}{2}.

(b) Pour ce NN, prenons par exemple

δ=ε2N>0.\delta=\frac{\varepsilon}{2N}>0.

Alors Nδ=ε/2N\delta=\varepsilon/2.

(c) Si ∣x−y∣<δ|x-y|<\delta, la question 8 donne

∣T(x)−T(y)∣≤21−N+N∣x−y∣<ε2+Nδ=ε.|T(x)-T(y)| \leq2^{1-N}+N|x-y| <\frac{\varepsilon}{2}+N\delta =\varepsilon.

Nous avons donc établi

∀ε>0, ∃δ>0, ∀y∈R,∣x−y∣<δ⟹∣T(x)−T(y)∣<ε.\forall\varepsilon>0,\ \exists\delta>0,\ \forall y\in\mathbb R,\quad |x-y|<\delta\Longrightarrow |T(x)-T(y)|<\varepsilon.

La fonction TT est continue en xx. Comme xx était quelconque,

T est continue sur R.\boxed{T\text{ est continue sur }\mathbb R.}

IV — Une grille pour lire les pentes

On rappelle qu'un nombre dyadique est un réel de la forme k/2mk/2^m et que

GN={k2N; k∈Z},IN,k=[k2N,k+12N].\mathcal G_N= \left\{\frac{k}{2^N};\,k\in\mathbb Z\right\}, \qquad I_{N,k}= \left[\frac{k}{2^N},\frac{k+1}{2^N}\right].
  1. Posons
a=k2N,b=k+12N.a=\frac{k}{2^N}, \qquad b=\frac{k+1}{2^N}.

Si n≥Nn\geq N,

2na=k2n−N∈Z,2nb=(k+1)2n−N∈Z.2^na=k2^{n-N}\in\mathbb Z, \qquad 2^nb=(k+1)2^{n-N}\in\mathbb Z.

Or φ(q)=0\varphi(q)=0 pour tout entier qq. Donc

fn(a)=fn(b)=0.f_n(a)=f_n(b)=0.

(a) La fonction φ\varphi change de pente aux entiers et aux demi-entiers, c'est-à-dire aux nombres j/2j/2, j∈Zj\in\mathbb Z. Ainsi fn(x)=2−nφ(2nx)f_n(x)=2^{-n}\varphi(2^nx) change de pente lorsque

2nx=j2,2^nx=\frac j2,

soit

x=j2n+1.x=\frac{j}{2^{n+1}}.

(b) Si n<Nn<N,

j2n+1=j2N−n−12N∈GN.\frac{j}{2^{n+1}} = \frac{j2^{N-n-1}}{2^N}\in\mathcal G_N.

L'intervalle ouvert

(k2N,k+12N)\left(\frac{k}{2^N},\frac{k+1}{2^N}\right)

ne contient aucun point de GN\mathcal G_N. Il n'y a donc aucun changement de pente de fnf_n dans cet intervalle.

(c) La restriction de fnf_n à IN,kI_{N,k} est affine. Sur un intervalle où φ\varphi a pente +1+1 ou −1-1, la fonction x↦φ(2nx)x\mapsto\varphi(2^nx) a pente ±2n\pm2^n, puis le facteur 2−n2^{-n} ramène cette pente à

2−n(±2n)=±1.2^{-n}(\pm2^n)=\pm1.

(a) Pour n<Nn<N, notons εn∈{−1,+1}\varepsilon_n\in\{-1,+1\} la pente de fnf_n sur IN,kI_{N,k}.

(b) Pour n<Nn<N,

fn(b)−fn(a)=εn(b−a).f_n(b)-f_n(a)=\varepsilon_n(b-a).

Pour n≥Nn\geq N, la question 10 donne fn(a)=fn(b)=0f_n(a)=f_n(b)=0. Les valeurs aux deux extrémités sont donc déjà stabilisées à partir de TNT_N :

T(a)=TN(a),T(b)=TN(b).T(a)=T_N(a), \qquad T(b)=T_N(b).

Ainsi

T(b)−T(a)=∑n=0N−1(fn(b)−fn(a))=(b−a)∑n=0N−1εn.\begin{aligned} T(b)-T(a) &=\sum_{n=0}^{N-1}\bigl(f_n(b)-f_n(a)\bigr)\\ &=(b-a)\sum_{n=0}^{N-1}\varepsilon_n. \end{aligned}

En divisant par b−ab-a,

σN,k=ε0+⋯+εN−1.\boxed{\sigma_{N,k} =\varepsilon_0+\cdots+\varepsilon_{N-1}.}

V — Zoom autour d'un point non dyadique

(a) Comme

aN<x<bN,bN−aN=2−N,a_N<x<b_N, \qquad b_N-a_N=2^{-N},

on a

0<x−aN<2−N,0<bN−x<2−N.0<x-a_N<2^{-N}, \qquad 0<b_N-x<2^{-N}.

Puisque 2−N→02^{-N}\to0,

aN→x,bN→x.a_N\to x, \qquad b_N\to x.

(b) La grille GN+1\mathcal G_{N+1} s'obtient en ajoutant le milieu de chaque intervalle délimité par deux points consécutifs de GN\mathcal G_N. Comme xx n'est jamais un point de la grille, l'intervalle IN+1I_{N+1} qui contient xx est l'une des deux moitiés de INI_N.

Pour f0,…,fN−1f_0,\ldots,f_{N-1}, les pentes sur IN+1I_{N+1} sont les mêmes que sur INI_N. Un seul nouveau terme apparaît dans la formule de la question 12 : fNf_N, dont la pente vaut +1+1 ou −1-1. Ainsi

sN+1=sN±1,s_{N+1}=s_N\pm1,

d'où

sN+1−sN∈{−1,+1}.s_{N+1}-s_N\in\{-1,+1\}.

(c) Si (sN)(s_N) convergait vers un réel ℓ\ell, alors (sN+1)(s_{N+1}) convergerait aussi vers ℓ\ell, et

sN+1−sN⟶0.s_{N+1}-s_N\longrightarrow0.

C'est impossible puisque

∣sN+1−sN∣=1|s_{N+1}-s_N|=1

pour tout NN. Donc (sN)(s_N) ne converge pas dans R\mathbb R.

  1. Soit gg dérivable en xx.

(a) On a

uN=g(x)−g(aN)x−aN=g(aN)−g(x)aN−x.u_N= \frac{g(x)-g(a_N)}{x-a_N} = \frac{g(a_N)-g(x)}{a_N-x}.

Comme aN→xa_N\to x,

uN→g′(x).u_N\to g'(x).

De même,

vN=g(bN)−g(x)bN−x→g′(x).v_N= \frac{g(b_N)-g(x)}{b_N-x} \to g'(x).

(b) Les quantités x−aNx-a_N et bN−xb_N-x sont positives, donc αN,βN≥0\alpha_N,\beta_N\geq0. De plus,

αN+βN=x−aN+bN−xbN−aN=1.\alpha_N+\beta_N = \frac{x-a_N+b_N-x}{b_N-a_N} =1.

Enfin,

αNuN+βNvN=x−aNbN−aNg(x)−g(aN)x−aN+bN−xbN−aNg(bN)−g(x)bN−x=g(bN)−g(aN)bN−aN.\begin{aligned} \alpha_Nu_N+\beta_Nv_N &= \frac{x-a_N}{b_N-a_N} \frac{g(x)-g(a_N)}{x-a_N}\\ &\quad+ \frac{b_N-x}{b_N-a_N} \frac{g(b_N)-g(x)}{b_N-x}\\ &= \frac{g(b_N)-g(a_N)}{b_N-a_N}. \end{aligned}

(c) Posons L=g′(x)L=g'(x). Comme αN+βN=1\alpha_N+\beta_N=1,

∣αNuN+βNvN−L∣=∣αN(uN−L)+βN(vN−L)∣≤αN∣uN−L∣+βN∣vN−L∣≤(αN+βN)max⁡(∣uN−L∣,∣vN−L∣)=max⁡(∣uN−L∣,∣vN−L∣).\begin{aligned} |\alpha_Nu_N+\beta_Nv_N-L| &= |\alpha_N(u_N-L)+\beta_N(v_N-L)|\\ &\leq \alpha_N|u_N-L|+\beta_N|v_N-L|\\ &\leq (\alpha_N+\beta_N) \max(|u_N-L|,|v_N-L|)\\ &= \max(|u_N-L|,|v_N-L|). \end{aligned}

(d) D'après (a), les deux quantités ∣uN−L∣|u_N-L| et ∣vN−L∣|v_N-L| tendent vers 00. Leur maximum tend donc vers 00. D'après (b) et (c),

∣g(bN)−g(aN)bN−aN−g′(x)∣⟶0.\left| \frac{g(b_N)-g(a_N)}{b_N-a_N}-g'(x) \right| \longrightarrow0.

Ainsi

g(bN)−g(aN)bN−aN⟶g′(x).\frac{g(b_N)-g(a_N)}{b_N-a_N} \longrightarrow g'(x).
  1. Supposons TT dérivable en un réel non dyadique xx. La question 13 donne
aN→x,bN→x,a_N\to x, \qquad b_N\to x,

mais la suite

sN=T(bN)−T(aN)bN−aNs_N= \frac{T(b_N)-T(a_N)}{b_N-a_N}

ne converge pas. La question 14, appliquée à g=Tg=T, imposerait pourtant

sN→T′(x).s_N\to T'(x).

Contradiction. Ainsi TT n'est dérivable en aucun réel non dyadique.

VI — Zoom autour d'un point dyadique

Un nombre dyadique appartient, à partir d'un certain rang, à toutes les grilles GN\mathcal G_N ; il faut donc traiter ce cas séparément.

  1. Soit x=k/2mx=k/2^m avec m≥1m\geq1 et
JN=[x,x+2−N],N≥m.J_N=[x,x+2^{-N}], \qquad N\geq m.

(a) Si n≥mn\geq m,

2nx=k2n−m∈Z.2^nx=k2^{n-m}\in\mathbb Z.

Pour t∈JNt\in J_N et m≤n<Nm\leq n<N,

0≤t−x≤2−N,0\leq t-x\leq2^{-N},

donc

0≤2n(t−x)≤2n−N≤12.0\leq2^n(t-x)\leq2^{n-N}\leq\frac12.

Posons u=2n(t−x)u=2^n(t-x). La périodicité de φ\varphi et la formule φ(u)=u\varphi(u)=u sur [0,1/2][0,1/2] donnent

φ(2nt)=φ(2nx+u)=φ(u)=u.\varphi(2^nt) = \varphi(2^nx+u) = \varphi(u) = u.

Ainsi

fn(t)=2−nu=t−x.f_n(t)=2^{-n}u=t-x.

La fonction fnf_n est donc affine de pente +1+1 sur JNJ_N.

(b) Comme x=k/2mx=k/2^m,

Jm=[k2m,k+12m]=Im,k.J_m= \left[ \frac{k}{2^m}, \frac{k+1}{2^m} \right] =I_{m,k}.

Pour n<mn<m, la question 11 montre que fnf_n est affine sur JmJ_m, donc sur chaque JN⊂JmJ_N\subset J_m. Sa pente cn∈{−1,+1}c_n\in\{-1,+1\} ne dépend pas de NN ; il en est de même de

C=c0+⋯+cm−1.C=c_0+\cdots+c_{m-1}.

(a) Les extrémités de JNJ_N sont deux points consécutifs de GN\mathcal G_N :

x=k2N−m2N,x+2−N=k2N−m+12N.x=\frac{k2^{N-m}}{2^N}, \qquad x+2^{-N}= \frac{k2^{N-m}+1}{2^N}.

La question 10 donne donc, pour tout n≥Nn\geq N,

fn(x)=fn(x+2−N)=0.f_n(x)=f_n(x+2^{-N})=0.

(b) Les fonctions f0,…,fm−1f_0,\ldots,f_{m-1} apportent ensemble la pente CC. Les N−mN-m fonctions

fm,fm+1,…,fN−1f_m,f_{m+1},\ldots,f_{N-1}

ont chacune, d'après la question 16, la pente +1+1 sur JNJ_N. Les termes de rang n≥Nn\geq N ont la même valeur aux deux extrémités. La pente de la corde vaut donc

C+(N−m).\boxed{C+(N-m).}

(c) Comme CC et mm sont fixes,

C+(N−m)⟶+∞.C+(N-m)\longrightarrow+\infty.

Or cette quantité est exactement

T(x+2−N)−T(x)2−N.\frac{T(x+2^{-N})-T(x)}{2^{-N}}.

Si TT était dérivable en xx, ces taux d'accroissement devraient tendre vers le réel T′(x)T'(x) lorsque 2−N→02^{-N}\to0. Ils tendent au contraire vers +∞+\infty. Donc TT n'est pas dérivable en xx.

  1. La question 9 montre que TT est continue sur R\mathbb R. La question 15 exclut toute dérivabilité aux points non dyadiques, et la question 17 l'exclut aux points dyadiques. Par conséquent,
T est continue en tout reˊel et n’est deˊrivable en aucun reˊel.\boxed{ T\text{ est continue en tout réel et n'est dérivable en aucun réel.} }

La fonction TT ainsi construite est appelée fonction de Takagi.

IDÉELe contre-exemple repose sur deux échelles différentes. Verticalement, les nouvelles dents ont une hauteur au plus 2−n−12^{-n-1}, si bien que leur effet sur la valeur de la fonction devient minuscule. Mais leurs pentes valent toujours ±1\pm1 : lorsque l'on zoome, la direction locale continue donc de changer au lieu de se stabiliser.

Sources

[SOURCE] Jeffrey C. Lagarias — The Takagi function and its properties. Lien direct