DM n°05 · Lycée général · Terminale · spécialité maths
Construire la fonction de Takagi avec des outils de Terminale · Suites et limites · Continuité · Dérivation · Taux d’accroissement
Une fonction continue partout et dérivable nulle part
Construire pas à pas la fonction de Takagi et démontrer, avec des outils accessibles en Terminale spécialité, qu’elle est continue en tout réel mais dérivable en aucun point.
- Temps indicatif
- ≈ 3 h 30
- Chapitres
- Suites et limites · Continuité · Dérivation · Taux d’accroissement
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- 01Relier une construction par approximations successives à l’existence d’une fonction limite
- 02Contrôler quantitativement l’erreur entre une fonction et une approximation finie
- 03Transformer une estimation en preuve de continuité
- 04Relier dérivabilité, taux d’accroissement et comportement des pentes à des échelles de plus en plus fines
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Suites croissantes majorées et limites
- Sommes géométriques finies
- Continuité en un point définie par les limites
- Nombre dérivé et taux d’accroissement
- Fonctions affines et inégalité triangulaire
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 3 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Une fonction dérivable est toujours continue. La réciproque est fausse : peut-elle échouer au point qu'une fonction soit continue partout mais dérivable nulle part ? Nous allons construire un tel contre-exemple. L'idée est de superposer des dents triangulaires de plus en plus petites : leurs hauteurs disparaissent, mais pas leurs pentes.
I — Une dent triangulaire
On définit comme la distance de à l'entier le plus proche :
(a) Montrer que, pour tout réel ,
IDÉEDans le minimum qui définit , introduire et remarquer que parcourt encore tous les entiers.
(b) Pour , montrer que le minimum qui définit est atteint pour l'un des entiers ou . En déduire
(c) En déduire que
pour tout , puis tracer l'allure de sur .
- Montrer que, pour tous réels ,
IDÉEChoisir un entier tel que , utiliser l'inégalité triangulaire, puis échanger les rôles de et .
- Pour , on pose
Montrer que, pour tous ,
II — Construire la fonction limite
Pour , on additionne les premières dents et on pose
- Pour fixé, montrer que la suite est croissante et majorée. En déduire qu'elle converge. On note
(a) Soient . Écrire sous la forme d'une somme portant sur les indices .
(b) À l'aide de la question 3, montrer que
(c) En déduire que, pour tout ,
(a) Montrer que, pour tout , est -périodique.
(b) En déduire que chaque est -périodique.
(c) Montrer que est -périodique.
III — Montrer que la fonction limite est continue
Pour chaque réel , la valeur est définie comme la limite des valeurs . Nous allons comparer et en nous appuyant sur une approximation .
- Montrer que, pour tous et tout ,
IDÉEDévelopper puis utiliser l'inégalité triangulaire et la question 3.
(a) Écrire en faisant apparaître successivement puis .
(b) En utilisant l'inégalité triangulaire, la question 5 et la question 7, montrer que
En Terminale, la continuité de en un réel s'exprime par
Pour les fonctions usuelles, les règles de calcul sur les limites permettent souvent de vérifier directement cette égalité. L'estimation de la question 7 montre notamment que chaque est continue. Mais ici, est elle-même définie comme la limite de la suite de fonctions : la continuité de chacune des approximations ne permet pas, à elle seule, de conclure automatiquement que leur limite est continue. Pour exploiter l'estimation obtenue à la question 8, nous utiliserons une formulation plus précise de la même notion de limite, généralement formalisée dans l'enseignement supérieur et donnée ici :
Autrement dit, on doit pouvoir rendre aussi proche que l'on veut de en choisissant suffisamment proche de : fixe la précision souhaitée sur les valeurs de la fonction, tandis que indique à quel point il faut rapprocher de .
La question suivante consiste à établir exactement cette propriété.
- Soient et .
(a) Expliquer pourquoi on peut choisir un entier tel que
(b) Pour cet entier , donner un choix de tel que
(c) Pour ces choix de et , montrer que, pour tout ,
Conclure que est continue en , puis sur .
IV — Une grille pour lire les pentes
On appelle nombre dyadique tout réel qui peut s'écrire , avec et . Pour , on note
Deux points consécutifs de cette grille délimitent l'intervalle
- Soient
Montrer que
pour tout .
(a) Montrer que les changements de pente de ont lieu aux points de la forme
(b) Si , montrer que tous ces points appartiennent à . En déduire qu'aucun changement de pente de ne se trouve dans l'intervalle ouvert
(c) Montrer alors que est affine sur et que sa pente vaut ou .
- On reprend
et on note la pente de la corde joignant les points et .
(a) Pour , noter la pente de sur .
(b) En utilisant aussi la question 10, montrer que
V — Zoom autour d'un point non dyadique
Soit un réel non dyadique. Pour chaque , il existe un unique entier tel que
On pose
et on note la pente de la corde de entre et .
(a) Montrer que
(b) Montrer que est l'une des deux moitiés de . À l'aide de la question 12, montrer que
(c) En déduire que la suite ne converge pas dans .
- Soit une fonction dérivable en . On considère deux suites et telles que
(a) Pour tout , on définit
Déterminer les limites de et .
(b) Pour tout , on définit
Montrer que , que , puis que
(c) On note . Montrer que
(d) En déduire que
- Supposer que est dérivable en un réel non dyadique . Comparer les conclusions des questions 13 et 14 et obtenir une contradiction.
VI — Zoom autour d'un point dyadique
Un nombre dyadique appartient, à partir d'un certain rang, à toutes les grilles . Il doit donc être étudié séparément.
- Soit
une telle écriture étant toujours possible pour un nombre dyadique. Pour , on considère
(a) Soient et . Montrer que est entier et que
En déduire que est affine de pente sur .
(b) Vérifier que . Pour , utiliser la question 11 pour justifier que est affine sur . On note sa pente et on définit
Expliquer pourquoi ne dépend pas de .
(a) Montrer que les fonctions avec prennent la valeur aux deux extrémités de .
(b) En déduire que la pente de la corde de sur vaut
(c) Déterminer le comportement de cette pente lorsque . Expliquer pourquoi ne peut pas être dérivable en .
- Énoncer précisément le résultat obtenu pour la fonction .
IDÉELes hauteurs des nouvelles dents sont de l'ordre de : elles deviennent donc négligeables. Leurs pentes, elles, restent égales à ou . C'est cette opposition qui permet à la courbe de rester continue tout en empêchant toute tangente de se stabiliser.
Représentation de sur obtenue en traçant . D'après la question 5, l'écart vertical entre et est au plus .
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