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Corrigé détaillé · Terminale · spécialité maths

Une transformée de Fourier sans nombres complexes sur le cube binaire · Dénombrement · Sommes finies · Calcul algébrique · Inégalités

Fourier et principe d’incertitude : une porte vers Heisenberg

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — Des suites binaires aux motifs de signes

(a) L'ensemble E2={0,1}2E_2=\{0,1\}^2 est formé de tous les couples dont chaque coordonnée vaut 00 ou 11 :

E2={(0,0),(0,1),(1,0),(1,1)}.E_2=\{(0,0),(0,1),(1,0),(1,1)\}.

(b) Pour x=(x1,x2)x=(x_1,x_2) :

  • si a=(0,0)a=(0,0), alors εa(x)=1\varepsilon_a(x)=1 ;
  • si a=(1,0)a=(1,0), alors εa(x)=(−1)x1\varepsilon_a(x)=(-1)^{x_1} ;
  • si a=(0,1)a=(0,1), alors εa(x)=(−1)x2\varepsilon_a(x)=(-1)^{x_2} ;
  • si a=(1,1)a=(1,1), alors εa(x)=(−1)x1+x2\varepsilon_a(x)=(-1)^{x_1+x_2}.

(c) Dans l'ordre (0,0),(0,1),(1,0),(1,1)(0,0),(0,1),(1,0),(1,1) pour les valeurs de xx, on obtient :

a(0,0)(0,1)(1,0)(1,1)εa(x) lorsque x parcourt E2(1,1,1,1)(1,−1,1,−1)(1,1,−1,−1)(1,−1,−1,1)\begin{array}{c|cccc} a &(0,0)&(0,1)&(1,0)&(1,1)\\ \hline \varepsilon_a(x)\text{ lorsque }x\text{ parcourt }E_2 &(1,1,1,1)&(1,-1,1,-1)&(1,1,-1,-1)&(1,-1,-1,1) \end{array}

Ces quatre motifs montrent déjà deux propriétés qui seront essentielles : leurs valeurs sont toujours −1-1 ou 11, et deux motifs distincts présentent autant d'accords que de désaccords.

(a) Pour construire un mot de longueur mm, chacune des mm coordonnées peut être choisie indépendamment parmi deux valeurs, 00 ou 11. Le nombre total de mots est donc

2×⋯×2=2m.2\times\cdots\times2=2^m.

(b) L'exposant

a1x1+⋯+amxma_1x_1+\cdots+a_mx_m

est un entier. Toute puissance entière de −1-1 vaut −1-1 ou 11. Ainsi

εa(x)∈{−1,1},\varepsilon_a(x)\in\{-1,1\},

et, dans les deux cas,

εa(x)2=1.\varepsilon_a(x)^2=1.

(c) Si l'on change seulement xkx_k, l'exposant varie seulement par l'intermédiaire du terme akxka_kx_k.

Si ak=0a_k=0, ce terme vaut toujours 00 : le signe ne change pas.

Si ak=1a_k=1, remplacer xkx_k par 1−xk1-x_k change la parité de l'exposant. La puissance de −1-1 est donc multipliée par −1-1 : εa(x)\varepsilon_a(x) change de signe.

II — Une annulation par appariement

(a) Pour tout a∈Ema\in E_m,

εa(x)2=1.\varepsilon_a(x)^2=1.

Comme EmE_m contient 2m2^m mots,

C(x,x)=∑a∈Em1=2m.C(x,x)=\sum_{a\in E_m}1=2^m.

(b) Les mots aa et a∗a^* ne diffèrent qu'à la coordonnée kk. Comme xk≠ykx_k\ne y_k et que ces deux chiffres appartiennent à {0,1}\{0,1\}, on a xk+yk=1x_k+y_k=1.

Dans le produit

εa(x)εa(y)=(−1)a1(x1+y1)+⋯+am(xm+ym),\varepsilon_a(x)\varepsilon_a(y) =(-1)^{a_1(x_1+y_1)+\cdots+a_m(x_m+y_m)},

remplacer ak=0a_k=0 par ak∗=1a_k^*=1 ajoute donc exactement 11 à l'exposant. Par conséquent,

εa∗(x)εa∗(y)=−εa(x)εa(y).\varepsilon_{a^*}(x)\varepsilon_{a^*}(y) =-\varepsilon_a(x)\varepsilon_a(y).

(c) Chaque mot dont le kk-ième chiffre vaut 00 est associé à un unique mot dont ce chiffre vaut 11, et réciproquement. Ces paires sont disjointes et recouvrent tout EmE_m.

D'après (b), les deux termes correspondant à une même paire sont opposés. Ils s'annulent donc dans la somme, d'où

C(x,y)=0si x≠y.C(x,y)=0\qquad\text{si }x\ne y.

Avec le cas x=yx=y obtenu en (a),

∑a∈Emεa(x)εa(y)={2m,si x=y,0,si x≠y.\boxed{ \sum_{a\in E_m}\varepsilon_a(x)\varepsilon_a(y) = \begin{cases} 2^m,&\text{si }x=y,\\ 0,&\text{si }x\ne y. \end{cases}}

(a) On a

εa(x)=(−1)a1x1+⋯+amxm.\varepsilon_a(x)=(-1)^{a_1x_1+\cdots+a_mx_m}.

Comme aixi=xiaia_ix_i=x_ia_i pour chaque ii,

εa(x)=(−1)x1a1+⋯+xmam=εx(a).\varepsilon_a(x)=(-1)^{x_1a_1+\cdots+x_ma_m}=\varepsilon_x(a).

(b) Grâce à la symétrie précédente,

εa(x)εb(x)=εx(a)εx(b).\varepsilon_a(x)\varepsilon_b(x) =\varepsilon_x(a)\varepsilon_x(b).

La relation obtenue à la question 3, appliquée aux mots aa et bb, donne donc

∑x∈Emεa(x)εb(x)={2m,si a=b,0,si a≠b.(1)\boxed{ \sum_{x\in E_m}\varepsilon_a(x)\varepsilon_b(x) = \begin{cases} 2^m,&\text{si }a=b,\\ 0,&\text{si }a\ne b. \end{cases}} \tag{1}

Éclairage. En Première, dans un repère orthonormé, le produit scalaire de deux vecteurs de coordonnées (u1,u2)(u_1,u_2) et (v1,v2)(v_1,v_2) vaut u1v1+u2v2u_1v_1+u_2v_2 ; il est nul lorsque les vecteurs sont orthogonaux. Si l'on ordonne les mots de EmE_m, chaque fonction εa\varepsilon_a fournit une liste de 2m2^m coordonnées, et le membre de gauche de (1) est exactement la somme des produits des coordonnées correspondantes de deux telles listes. La relation (1) est donc la même idée de produit scalaire, étendue à des listes plus longues : deux motifs distincts sont orthogonaux. Cette généralisation sera systématisée plus tard en algèbre linéaire et en analyse.

III — Détecter les motifs et reconstruire une fonction

(a) Si f=εbf=\varepsilon_b, alors

f^(a)=∑x∈Emεb(x)εa(x).\widehat f(a) =\sum_{x\in E_m}\varepsilon_b(x)\varepsilon_a(x).

D'après (1),

f^(a)={2m,si a=b,0,si a≠b.\boxed{ \widehat f(a)= \begin{cases} 2^m,&\text{si }a=b,\\ 0,&\text{si }a\ne b. \end{cases}}

La transformation reconnaît donc parfaitement un motif élémentaire : un seul coefficient est non nul.

(b) La fonction gg est nulle partout sauf en yy, où elle vaut 11. Ainsi

g^(a)=∑x∈Emg(x)εa(x)=εa(y).\widehat g(a) =\sum_{x\in E_m}g(x)\varepsilon_a(x) =\varepsilon_a(y).

Donc

g^(a)=εa(y).\boxed{\widehat g(a)=\varepsilon_a(y)}.

Tous les coefficients valent −1-1 ou 11 ; en particulier, aucun n'est nul. Une fonction concentrée en un seul mot donne ici une transformée totalement étalée.

(a) En utilisant la définition (2),

R(y)=12m∑a∈Emf^(a)εa(y)=12m∑a∈Em(∑x∈Emf(x)εa(x))εa(y).\begin{aligned} R(y) &=\frac1{2^m}\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)\varepsilon_a(y)\\ &=\frac1{2^m}\sum_{a\in E_m} \left(\sum_{x\in E_m}f(x)\varepsilon_a(x)\right)\varepsilon_a(y). \end{aligned}

En développant la somme extérieure,

R(y)=12m∑a∈Em∑x∈Emf(x)εa(x)εa(y).R(y)=\frac1{2^m}\sum_{a\in E_m}\sum_{x\in E_m} f(x)\varepsilon_a(x)\varepsilon_a(y).

(b) Les deux ensembles d'indices sont finis : les mêmes 2m×2m2^m\times2^m termes peuvent donc être additionnés dans l'autre ordre. On obtient

R(y)=12m∑x∈Emf(x)(∑a∈Emεa(x)εa(y)).R(y)=\frac1{2^m}\sum_{x\in E_m}f(x) \left(\sum_{a\in E_m}\varepsilon_a(x)\varepsilon_a(y)\right).

(c) D'après la question 3, la somme intérieure vaut 00 lorsque x≠yx\ne y et 2m2^m lorsque x=yx=y. Tous les termes disparaissent donc sauf celui correspondant à x=yx=y :

R(y)=12mf(y) 2m=f(y).R(y)=\frac1{2^m}f(y)\,2^m=f(y).

Ainsi

f(y)=12m∑a∈Emf^(a)εa(y).(3)\boxed{ f(y)=\frac1{2^m}\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)\varepsilon_a(y). } \tag{3}

Éclairage. La transformation ne perd donc aucune information : à partir de tous les coefficients f^(a)\widehat f(a), la formule précédente redonne exactement chaque valeur de ff.

IV — Une quantité globale qui traverse la transformation

(a) Pour chaque aa,

f^(a)2=f^(a)∑x∈Emf(x)εa(x).\widehat f(a)^2 =\widehat f(a)\sum_{x\in E_m}f(x)\varepsilon_a(x).

En sommant sur aa,

∑a∈Emf^(a)2=∑a∈Em∑x∈Emf^(a)f(x)εa(x).\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 =\sum_{a\in E_m}\sum_{x\in E_m} \widehat f(a)f(x)\varepsilon_a(x).

Les sommes étant finies, on peut regrouper les termes suivant xx :

∑a∈Emf^(a)2=∑x∈Emf(x)(∑a∈Emf^(a)εa(x)).\boxed{ \sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 =\sum_{x\in E_m}f(x) \left(\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)\varepsilon_a(x)\right). }

(b) La formule de reconstruction (3), appliquée à xx, donne

∑a∈Emf^(a)εa(x)=2mf(x).\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)\varepsilon_a(x)=2^m f(x).

En remplaçant dans l'égalité précédente,

∑a∈Emf^(a)2=∑x∈Emf(x) 2mf(x),\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 =\sum_{x\in E_m}f(x)\,2^m f(x),

d'où

∑a∈Emf^(a)2=2m∑x∈Emf(x)2.(4)\boxed{ \sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 =2^m\sum_{x\in E_m}f(x)^2. } \tag{4}

C'est l'identité de Parseval dans la normalisation choisie ici.

V — Une inégalité élémentaire

(a) Développons d'abord le membre de droite. Dans la somme des (ui−uj)2(u_i-u_j)^2, chaque terme ui2u_i^2 apparaît une fois pour chacun des q−1q-1 autres indices. Ainsi

∑1≤i<j≤q(ui−uj)2=(q−1)∑i=1qui2−2∑1≤i<j≤quiuj.\sum_{1\le i<j\le q}(u_i-u_j)^2 =(q-1)\sum_{i=1}^q u_i^2 -2\sum_{1\le i<j\le q}u_i u_j.

D'autre part,

(∑i=1qui)2=∑i=1qui2+2∑1≤i<j≤quiuj.\left(\sum_{i=1}^q u_i\right)^2 =\sum_{i=1}^q u_i^2 +2\sum_{1\le i<j\le q}u_i u_j.

Par conséquent,

q∑i=1qui2−(∑i=1qui)2=∑1≤i<j≤q(ui−uj)2.q\sum_{i=1}^q u_i^2- \left(\sum_{i=1}^q u_i\right)^2 = \sum_{1\le i<j\le q}(u_i-u_j)^2.

(b) Le membre de droite est une somme de carrés, donc il est positif ou nul. Ainsi

q∑i=1qui2−(∑i=1qui)2≥0,q\sum_{i=1}^q u_i^2- \left(\sum_{i=1}^q u_i\right)^2\ge0,

d'où

(∑i=1qui)2≤q∑i=1qui2.(6)\boxed{ \left(\sum_{i=1}^q u_i\right)^2 \le q\sum_{i=1}^q u_i^2. } \tag{6}

VI — Peut-on concentrer les deux descriptions ?

(a) Par définition du support, f(x)=0f(x)=0 pour x∉Sx\notin S. Les termes correspondants ne contribuent donc pas à la somme :

f^(a)=∑x∈Emf(x)εa(x)=∑x∈Sf(x)εa(x).\widehat f(a) =\sum_{x\in E_m}f(x)\varepsilon_a(x) =\sum_{x\in S}f(x)\varepsilon_a(x).

(b) Comme SS contient ss éléments, écrivons

S={x(1),…,x(s)}.S=\{x^{(1)},\ldots,x^{(s)}\}.

Appliquons (6) aux ss nombres

ui=f(x(i))εa(x(i)).u_i=f\bigl(x^{(i)}\bigr)\varepsilon_a\bigl(x^{(i)}\bigr).

On obtient

f^(a)2≤s∑x∈Sf(x)2εa(x)2.\widehat f(a)^2 \le s\sum_{x\in S}f(x)^2\varepsilon_a(x)^2.

Or εa(x)2=1\varepsilon_a(x)^2=1, donc

f^(a)2≤s∑x∈Sf(x)2.\widehat f(a)^2 \le s\sum_{x\in S}f(x)^2.

Les termes f(x)2f(x)^2 sont nuls hors de SS, donc

f^(a)2≤s∑x∈Emf(x)2.(7)\boxed{ \widehat f(a)^2 \le s\sum_{x\in E_m}f(x)^2. } \tag{7}

(a) Seuls les tt mots de TT donnent des coefficients non nuls. Ainsi

∑a∈Emf^(a)2=∑a∈Tf^(a)2.\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 =\sum_{a\in T}\widehat f(a)^2.

Pour chacun des tt indices a∈Ta\in T, l'inégalité (7) donne la même majoration. En sommant ces tt inégalités,

∑a∈Emf^(a)2≤st∑x∈Emf(x)2.\boxed{ \sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 \le st\sum_{x\in E_m}f(x)^2. }

(b) Parseval donne aussi

∑a∈Emf^(a)2=2m∑x∈Emf(x)2.\sum_{a\in E_m}\widehat f(a)^2 =2^m\sum_{x\in E_m}f(x)^2.

Par conséquent,

2m∑x∈Emf(x)2≤st∑x∈Emf(x)2.2^m\sum_{x\in E_m}f(x)^2 \le st\sum_{x\in E_m}f(x)^2.

La fonction ff n'est pas nulle : au moins un des nombres f(x)2f(x)^2 est strictement positif, donc

∑x∈Emf(x)2>0.\sum_{x\in E_m}f(x)^2>0.

On peut diviser par cette quantité et obtenir 2m≤st2^m\le st. Ainsi

∣supp⁡f∣ ∣supp⁡f^∣≥2m.(8)\boxed{ |\operatorname{supp}f|\,|\operatorname{supp}\widehat f|\ge2^m. } \tag{8}

Cette forme permet déjà de préciser le sens de la double localisation. Comme s>0s>0,

t≥2ms.t\ge\frac{2^m}{s}.

Si ss devient petit, la borne imposée à tt devient grande. Par exemple, si s=1s=1, alors t≥2mt\ge2^m ; or T⊂EmT\subset E_m et ∣Em∣=2m|E_m|=2^m, donc nécessairement t=2mt=2^m. Une fonction non nulle en un seul mot a donc une transformée non nulle partout. La relation est symétrique : si tt est très petit, alors ss doit être grand.

(a) Les rr premières coordonnées de xx sont imposées et valent 00. Les m−rm-r autres sont libres, avec deux choix chacune. Ainsi

∣supp⁡fr∣=2m−r.\boxed{|\operatorname{supp}f_r|=2^{m-r}}.

(b) Supposons qu'il existe jj tel que r<j≤mr<j\le m et aj=1a_j=1. Dans la somme qui définit fr^(a)\widehat{f_r}(a), seuls les mots du support de frf_r interviennent. Comme j>rj>r, changer la coordonnée xjx_j laisse un mot dans ce support.

Associons à chaque mot xx du support le mot x∗x^* obtenu en remplaçant xjx_j par 1−xj1-x_j. Les mots xx et x∗x^* forment des paires. Comme aj=1a_j=1,

εa(x∗)=−εa(x).\varepsilon_a(x^*)=-\varepsilon_a(x).

De plus, fr(x)=fr(x∗)=1f_r(x)=f_r(x^*)=1. Les deux contributions d'une même paire s'annulent, donc

fr^(a)=0.\boxed{\widehat{f_r}(a)=0}.

(c) Supposons maintenant que aj=0a_j=0 pour tout jj tel que r<j≤mr<j\le m. Pour tout xx du support de frf_r, on a x1=⋯=xr=0x_1=\cdots=x_r=0. Les termes de l'exposant correspondant aux indices 1,…,r1,\ldots,r sont donc nuls, et ceux correspondant aux indices j>rj>r sont également nuls puisque aj=0a_j=0. Ainsi

a1x1+⋯+amxm=0,a_1x_1+\cdots+a_mx_m=0,

et chaque terme εa(x)\varepsilon_a(x) vaut 11. Comme le support contient 2m−r2^{m-r} mots,

fr^(a)=2m−r.\boxed{\widehat{f_r}(a)=2^{m-r}}.

La transformée est donc non nulle exactement pour les mots aa dont toutes les coordonnées d'indice j>rj>r sont nulles. Les rr premières coordonnées sont libres, d'où

∣supp⁡fr^∣=2r.\boxed{|\operatorname{supp}\widehat{f_r}|=2^r}.

Finalement,

∣supp⁡fr∣ ∣supp⁡fr^∣=2m−r2r=2m.|\operatorname{supp}f_r|\,|\operatorname{supp}\widehat{f_r}| =2^{m-r}2^r=2^m.

La borne du principe d'incertitude est donc exacte pour tout r∈{0,…,m}r\in\{0,\ldots,m\}, y compris aux deux extrémités : pour r=0r=0, f0f_0 vaut 11 partout et sa transformée n'est non nulle qu'en un mot ; pour r=mr=m, fmf_m n'est non nulle qu'au mot (0,…,0)(0,\ldots,0) et sa transformée est non nulle partout.

Synthèse. Les motifs de signes s'annulent deux à deux, cette orthogonalité permet de reconstruire une fonction à partir de ses coefficients de Walsh-Fourier, puis Parseval contrôle la somme de leurs carrés. L'inégalité élémentaire de la question 8 transforme enfin ce contrôle global en une contrainte sur les nombres de valeurs non nulles. La famille frf_r montre que cette contrainte est optimale.

\color{ABRose}\rule{18mm}{1pt}\hspace{2mm}\color{ABRule}\rule{100mm}{0.45pt}

Ouverture. La transformée de Walsh-Fourier est une forme d'analyse de Fourier adaptée aux données binaires. Dans la théorie de Fourier classique, les motifs élémentaires sont des oscillations sinusoïdales ou des exponentielles complexes ; ici, ils se réduisent aux signes −1-1 et 11. Les mêmes idées structurantes réapparaissent : orthogonalité, reconstruction, Parseval et impossibilité d'une double localisation arbitrairement forte.

L'inégalité obtenue ici rend cette dernière phrase quantitative. En notant s=∣supp⁡f∣s=|\operatorname{supp}f| et t=∣supp⁡f^∣t=|\operatorname{supp}\widehat f|,

st≥2m⟹t≥2ms.st\ge2^m \qquad\Longrightarrow\qquad t\ge\frac{2^m}{s}.

Plus ff est concentrée sur peu de mots, plus sa transformée doit être étalée. Si s=1s=1, alors t=2mt=2^m : une localisation maximale d'un côté force un étalement maximal de l'autre. Réciproquement, une transformée très concentrée impose que la fonction de départ occupe beaucoup de mots. Il n'est donc pas question d'une connaissance imprécise de ff ou de f^\widehat f : la reconstruction est exacte. L'« incertitude » désigne ici une incompatibilité entre deux formes de concentration.

En mécanique quantique, un même état peut être représenté par une fonction d'onde en position et par une fonction d'onde en impulsion ; ces deux représentations sont reliées, à des conventions de normalisation et de changement d'échelle près, par une transformée de Fourier. Pour un état normalisé, les modules au carré fournissent les densités de probabilité correspondantes. Les écarts-types Δx\Delta x et Δp\Delta p vérifient alors la relation de Heisenberg

Δx Δp≥ℏ2,\Delta x\,\Delta p\ge\frac{\hbar}{2},

avec ℏ=h/(2π)\hbar=h/(2\pi). Elle ne se confond pas avec (8) : notre inégalité porte sur le nombre exact de coefficients non nuls dans un ensemble fini, tandis que la relation quantique porte sur des dispersions de distributions continues. L'analogie est structurelle : dans les deux cas, une transformation de Fourier empêche deux descriptions complémentaires d'être simultanément arbitrairement concentrées.

En français, on rencontre également l'expression principe d'indétermination. On parle aussi de relations d'indétermination de Heisenberg. Certains physiciens préfèrent ce vocabulaire, car il évite d'assimiler la relation à une simple imperfection des instruments de mesure. « Principe d'incertitude » reste toutefois très courant.

Sources

[SOURCE] OpenStax — University Physics, Volume 3, § 7.2, The Heisenberg Uncertainty Principle. Lien direct [SOURCE] Étienne Klein — Comment dire avec des mots ce dont parle la physique ? — CEA, ESNT 2016. Lien direct