Autrement dit, les indices n tels que x∈An ne sont pas bornés. Il y en a donc une infinité. Réciproquement, si x appartient à une infinité de An, alors, pour tout N, l’un de ces indices est supérieur ou égal à N, donc x∈⋃n≥NAn. Ainsi
x∈limsupAn⟺x appartient aˋ une infiniteˊ de An.
(b) On a
BN=n≥N⋃An.
Quand N augmente, on retire éventuellement des ensembles de l’union, donc
BN+1⊂BN.
La suite (BN) est décroissante et
N≥1⋂BN=N≥1⋂n≥N⋃An=limsupAn.
Chaque BN est mesurable comme union dénombrable d’ensembles mesurables. Par sous-additivité dénombrable,
ν(BN)=ν(n≥N⋃An)≤n≥N∑ν(An).
L’hypothèse
n=1∑∞ν(An)<+∞
implique en particulier
ν(B1)≤n=1∑∞ν(An)<+∞.
La suite (BN) étant décroissante et le premier terme ayant une mesure finie, la continuité décroissante s’applique :
ν(limsupAn)=ν(N≥1⋂BN)=N→∞limν(BN).
Or
0≤ν(BN)≤n≥N∑ν(An),
et le reste d’une série convergente à termes positifs tend vers 0. Par encadrement,
ν(limsupAn)=0.
II — Mesurer les approximations à l’échelle q−τ
(a) Pour p∈Z, posons
Ip,q(τ)=(qp−q−τ,qp+q−τ).
Alors
Eq(τ)=[0,1]∩p∈Z⋃Ip,q(τ).
Chaque Ip,q(τ) est ouvert, l’union est dénombrable, donc elle est borélienne. Son intersection avec [0,1] est encore borélienne. Ainsi Eq(τ) est un borélien.
(b) Supposons que Ip,q(τ) rencontre [0,1]. Il existe donc x∈[0,1] tel que
x−qp<q−τ.
Comme q≥2 et τ>0, on a q−τ<1. Par conséquent
−1<qp<2,
d’où, a fortiori,
−q≤p≤2q.
(c) Seuls les entiers p∈{−q,−q+1,…,2q} peuvent intervenir. Ils sont au nombre de 3q+1. Chaque intervalle Ip,q(τ) a longueur 2q−τ. Par sous-additivité,
λ(Eq(τ))≤(3q+1)2q−τ.
Comme q≥1,
2(3q+1)≤8q,
donc
λ(Eq(τ))≤2(3q+1)q−τ≤8q1−τ.
(a) La série s’écrit
q=2∑∞qτ−11.
C’est une série de Riemann. Elle converge exactement lorsque
τ−1>1,
c’est-à-dire lorsque
τ>2.
(b) Fixons τ>2. D’après la question 3,
q=2∑∞λ(Eq(τ))≤8q=2∑∞q1−τ<+∞.
La première partie du lemme de Borel–Cantelli, démontrée à la question 2, donne
λ(q→∞limsupEq(τ))=0.
Or appartenir à ce limsup signifie appartenir à Eq(τ) pour une infinité de dénominateurs q. Pour un q fixé, il n’y a qu’un nombre fini d’entiers p susceptibles de vérifier l’inégalité pour un x∈[0,1]. Ainsi
q→∞limsupEq(τ)=Wτ.
Par conséquent
λ(Wτ)=0.
(c) Fixons τ>2. Comme λ(Wτ)=0, pour presque tout x∈[0,1] on a x∈/Wτ. Par définition de Wτ, cela signifie qu’il n’existe qu’un nombre fini de couples (p,q)∈Z×N∗ tels que
x−qp<q−τ.
Ainsi, pour tout τ>2 fixé, cette inégalité n’a qu’un nombre fini de solutions pour presque tout x∈[0,1].
L’ordre des quantificateurs est important : à ce stade, l’ensemble exceptionnel peut dépendre de τ. La partie IV construira un même ensemble négligeable permettant de traiter simultanément tous les exposants strictement supérieurs à 2.
III — L’exposant 2 apparaît pour tout irrationnel
Partageons [0,1) en les N intervalles
[Nk,Nk+1),k=0,…,N−1.
Les N+1 parties fractionnaires
{0x},{x},…,{Nx}
sont réparties dans seulement N intervalles. Par le principe des tiroirs, deux d’entre elles, disons {rx} et {sx} avec 0≤r<s≤N, appartiennent au même intervalle. Elles vérifient donc
∣{sx}−{rx}∣<N1.
Écrivons
sx=⌊sx⌋+{sx},rx=⌊rx⌋+{rx}.
En posant
q=s−retp=⌊sx⌋−⌊rx⌋,
on obtient 1≤q≤N et
∣qx−p∣=∣{sx}−{rx}∣<N1.
En divisant par q>0,
x−qp<qN1.
Comme q≤N,
qN1≤q21.
Ainsi
x−qp<qN1≤q21.
(a) Pour chaque q∈{1,…,Q}, le nombre qx est irrationnel, donc n’est pas entier. Sa distance à Z est atteinte par un entier le plus proche et elle est strictement positive :
p∈Zmin∣qx−p∣>0.
On prend ensuite le minimum d’un nombre fini de nombres strictement positifs. Il reste strictement positif :
δQ>0.
(b) Fixons Q≥1. Choisissons un entier N tel que
N>QetN1<δQ.
La question 5 fournit des entiers p,q avec 1≤q≤N et
∣qx−p∣<N1<δQ.
Si l’on avait q≤Q, la définition de δQ imposerait au contraire
∣qx−p∣≥δQ,
ce qui est impossible. Donc q>Q. La question 5 donne aussi
x−qp<q21.
(c) La question précédente permet, pour chaque Q, de trouver une telle approximation avec q>Q. Les dénominateurs obtenus sont donc non bornés ; il y a en particulier une infinité d’approximations rationnelles distinctes vérifiant
x−qp<q21.
IV — Mesurer la qualité d’approximation d’un irrationnel
(a) La question 6 montre que l’exposant 2 appartient à l’ensemble dont on prend le supremum dans la définition de μ(x). Ainsi, pour tout irrationnel x,
μ(x)≥2.
(b) Supposons qu’il existe une infinité de couples (p,q) tels que
x−qp<q−τ.
Si 0<s<τ, alors, pour tout q≥1,
q−τ≤q−s.
Les mêmes couples satisfont donc
x−qp<q−s.
Il y en a encore une infinité.
(a) Pour chaque m≥1, on a 2+1/m>2. La question 4 donne donc
λ(Fm)=λ(W2+1/m)=0.
Une union dénombrable d’ensembles négligeables est négligeable, car
λ(F)≤m=1∑∞λ(Fm)=0.
Ainsi
λ(F)=0.
(b) Soit x∈[0,1]∖F irrationnel et supposons μ(x)>2. Par définition du supremum, l’ensemble des exposants admissibles ne peut pas être contenu dans (0,2] ; il existe donc un exposant τ>2 pour lequel
x−qp<q−τ
admet une infinité de solutions.
Choisissons m assez grand pour que
2+m1<τ.
D’après la question 7(b), x possède alors une infinité d’approximations d’exposant 2+1/m. Ainsi
x∈W2+1/m=Fm⊂F,
ce qui contredit x∈/F. Par conséquent
μ(x)≤2.
(c) Pour tout irrationnel x∈[0,1]∖F, les questions 7(a) et 8(b) donnent
2≤μ(x)≤2,
donc μ(x)=2.
Il reste seulement à tenir compte des rationnels. L’ensemble Q∩[0,1] est dénombrable, donc négligeable. L’ensemble exceptionnel
F∪(Q∩[0,1])
est donc négligeable. Ainsi
μ(x)=2pour presque tout x∈[0,1].
La définition de μ n’a pas besoin d’être étendue aux rationnels pour obtenir cet énoncé presque partout.
(a) Soit k∈Z. Pour tous p∈Z et q≥1,
(x+k)−qp=x−qp−kq.
L’application p↦p−kq est une bijection de Z pour chaque q. Les exposants pour lesquels il existe une infinité d’approximations sont donc exactement les mêmes pour x et x+k. Ainsi
μ(x+k)=μ(x).
(b) Pour k∈Z, notons Nk l’ensemble exceptionnel dans [k,k+1]. Par translation entière et par la question précédente, Nk est le translaté d’un ensemble négligeable de [0,1] ; il est donc négligeable. Or
R=k∈Z⋃[k,k+1].
L’ensemble de tous les réels exceptionnels est contenu dans l’union dénombrable des Nk, donc il est négligeable. Finalement,
μ(x)=2pour presque tout reˊel x.
Ouverture facultative — Des nombres exceptionnellement bien approchés
(a) Un nombre de Liouville possède en particulier une infinité d’approximations vérifiant
0<x−qp<q−3.
Si k=⌊x⌋, le calcul de la question 9(a) donne x−k∈W3, donc x∈k+W3. L’ensemble des nombres de Liouville est ainsi contenu dans ⋃k∈Z(k+W3), qui est négligeable par invariance par translation de la mesure de Lebesgue et stabilité par réunion dénombrable. Il est donc de mesure nulle.
(b) Posons
LN=j=1∑N10−j!.
C’est un rationnel que l’on peut écrire
LN=qNpN,qN=10N!,
sans exiger que cette écriture soit irréductible. De plus,
0<L−LN=j=N+1∑∞10−j!.
Pour N≥1, les exposants (N+1)!,(N+2)!,… croissent au moins d’une unité à chaque terme, donc
L−LN<210−(N+1)!.
Fixons un entier n≥1. Pour N assez grand, par exemple N≥n, on a
210−(N+1)!<10−nN!=qN−n.
Ainsi, pour tout n, les troncatures LN fournissent, pour une infinité de N, des approximations rationnelles telles que
0<L−qNpN<qN−n.
Le nombre L est irrationnel puisque son développement décimal comporte des chiffres 1 à des positions arbitrairement éloignées, séparés par des blocs de zéros de longueur non bornée, donc n’est pas périodique à partir d’un certain rang. Par conséquent
L est un nombre de Liouville.
(c) Écrivons r=a/b avec a∈Z et b≥1. Fixons n≥1. Comme x est de Liouville, il possède, pour des exposants arbitrairement grands, des approximations rationnelles. En particulier, on peut choisir une approximation p/q telle que
q>bnet0<x−qp<q−(n+1).
On peut imposer q>bn car ces dénominateurs sont non bornés : s’ils étaient tous inférieurs à un entier Q, il n’y aurait que finitement de valeurs de q et, pour chacune, seulement un nombre fini de numérateurs p possibles, contradiction.
Alors
qp+ba=bqbp+aq
et
0<x+r−bqbp+aq<q−(n+1).
Puisque q>bn,
q−(n+1)<b−nq−n=(bq)−n.
On obtient donc des approximations d’exposant n de x+r. En répétant l’argument avec des dénominateurs arbitrairement grands, il y en a une infinité. Ainsi x+r est encore un nombre de Liouville.
Comme L est de Liouville, tous les nombres
L+r,r∈Q,
sont de Liouville. Or L+Q est dense dans R puisque Q l’est. L’ensemble des nombres de Liouville est donc dense dans R et de mesure nulle.