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Corrigé détaillé · L3

Intervalles dyadiques, décalage binaire et propriétés presque partout · Mesure de Lebesgue · Intervalles dyadiques · Développement binaire · Ensembles négligeables

Que cachent les chiffres d’un réel typique ?

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — Des préfixes aux intervalles dyadiques

(a) Par définition,

I(u)=[k(u)2n,k(u)+12n[.I(u)=\left[\frac{k(u)}{2^n},\frac{k(u)+1}{2^n}\right[.

Sa longueur vaut donc

k(u)+1−k(u)2n=2−n.\frac{k(u)+1-k(u)}{2^n}=2^{-n}.

Ainsi

λ(I(u))=2−n.\boxed{\lambda(I(u))=2^{-n}.}

(b) Écrivons

x=∑j≥1εj2j.x=\sum_{j\ge1}\frac{\varepsilon_j}{2^j}.

En multipliant par 2n2^n,

2nx=∑j=1nεj2n−j+∑j>nεj2n−j.2^nx =\sum_{j=1}^n\varepsilon_j2^{n-j} +\sum_{j>n}\varepsilon_j2^{n-j}.

Le premier terme est un entier. Le second appartient à [0,1][0,1]. Il ne peut être égal à 11, car cela imposerait εj=1\varepsilon_j=1 pour tout j>nj>n ; on aurait alors

x=∑j=1nεj2j+12n,x=\sum_{j=1}^n\frac{\varepsilon_j}{2^j}+\frac1{2^n},

qui est dyadique. Comme xx ne l'est pas,

0≤∑j>nεj2n−j<1.0\le \sum_{j>n}\varepsilon_j2^{n-j}<1.

Par conséquent,

⌊2nx⌋=∑j=1nεj2n−j.\lfloor2^nx\rfloor =\sum_{j=1}^n\varepsilon_j2^{n-j}.

Or x∈I(u)x\in I(u) équivaut à

k(u)≤2nx<k(u)+1,k(u)\le2^nx<k(u)+1,

c'est-à-dire à ⌊2nx⌋=k(u)\lfloor2^nx\rfloor=k(u). L'écriture binaire d'un entier entre 00 et 2n−12^n-1 sur nn chiffres étant unique, cela équivaut à

(ε1,…,εn)=(u1,…,un).(\varepsilon_1,\ldots,\varepsilon_n)=(u_1,\ldots,u_n).

Donc

x∈I(u)  ⟺  ε1…εn=u.\boxed{x\in I(u)\iff \varepsilon_1\ldots\varepsilon_n=u.}

(a) Soit x∈(0,1)x\in(0,1) dyadique. On peut écrire

x=k2mx=\frac{k}{2^m}

avec m≥1m\ge1 choisi minimal. Alors kk est impair. L'écriture binaire de kk sur mm chiffres se termine donc par 11 : il existe des chiffres ε1,…,εm−1\varepsilon_1,\ldots,\varepsilon_{m-1} tels que

x=0,ε1…εm−11000…2.x=0,\varepsilon_1\ldots\varepsilon_{m-1}1000\ldots{}_2.

Comme

∑j=m+1∞12j=12m,\sum_{j=m+1}^{\infty}\frac1{2^j}=\frac1{2^m},

on a aussi

x=0,ε1…εm−10111…2.x=0,\varepsilon_1\ldots\varepsilon_{m-1}0111\ldots{}_2.

Le réel xx possède donc deux développements binaires distincts.

(b) Supposons qu'un réel x∈(0,1)x\in(0,1) possède deux développements

x=∑j≥1εj2j=∑j≥1ηj2j,x=\sum_{j\ge1}\frac{\varepsilon_j}{2^j} =\sum_{j\ge1}\frac{\eta_j}{2^j},

avec (εj)≠(ηj)(\varepsilon_j)\ne(\eta_j). Soit pp le premier indice où ils diffèrent. En échangeant les deux suites si nécessaire, on peut supposer

εp=0,ηp=1.\varepsilon_p=0, \qquad \eta_p=1.

L'égalité des deux sommes donne

12p=∑j>pεj−ηj2j.\frac1{2^p} =\sum_{j>p}\frac{\varepsilon_j-\eta_j}{2^j}.

Mais

∑j>pεj−ηj2j≤∑j>p12j=12p.\sum_{j>p}\frac{\varepsilon_j-\eta_j}{2^j} \le\sum_{j>p}\frac1{2^j} =\frac1{2^p}.

Pour atteindre cette valeur maximale, il faut nécessairement

εj=1,ηj=0(j>p).\varepsilon_j=1, \qquad \eta_j=0 \qquad (j>p).

Le second développement est donc terminé à partir du rang pp : xx est dyadique. Ainsi, dans (0,1)(0,1), les réels possédant deux développements sont exactement les dyadiques.

(c) Pour tout m≥0m\ge0, l'ensemble

Dm={k2m ; 0≤k≤2m}D_m=\left\{\frac{k}{2^m}\,;\ 0\le k\le2^m\right\}

est fini. Comme

D=⋃m≥0Dm,D=\bigcup_{m\ge0}D_m,

l'ensemble DD est dénombrable. Tout singleton est de mesure de Lebesgue nulle, donc toute réunion dénombrable de singletons l'est également :

λ(D)=0.\boxed{\lambda(D)=0.}

Sur X=[0,1]∖DX=[0,1]\setminus D, le développement binaire est unique. Retirer ou ajouter DD à un ensemble ne change pas sa mesure ; une assertion qui échoue éventuellement seulement sur DD reste donc vraie presque partout sur [0,1][0,1].

II — Le décalage binaire

(a) Pour x∈Xx\in X,

2x=ε1+∑n≥1εn+12n.2x =\varepsilon_1+ \sum_{n\ge1}\frac{\varepsilon_{n+1}}{2^n}.

La somme restante appartient à [0,1)[0,1) : si elle valait 11, tous les chiffres à partir de ε2\varepsilon_2 seraient égaux à 11 et xx serait dyadique. On a donc

⌊2x⌋=ε1,\lfloor2x\rfloor=\varepsilon_1,

puis

T(x)=2x−⌊2x⌋=∑n≥1εn+12n.T(x)=2x-\lfloor2x\rfloor =\sum_{n\ge1}\frac{\varepsilon_{n+1}}{2^n}.

La transformation TT supprime le premier chiffre. Par récurrence,

Tm(x)=∑n≥1εm+n2n.\boxed{ T^m(x)=\sum_{n\ge1}\frac{\varepsilon_{m+n}}{2^n}.}

(b) Le mot ww occupe les positions m+1,…,m+rm+1,\ldots,m+r de xx si et seulement si les rr premiers chiffres de Tm(x)T^m(x) sont ww. Remarquons que Tm(x)T^m(x) est encore non dyadique : si Tm(x)T^m(x) était dyadique, la relation

x=12m(∑j=1mεj2m−j+Tm(x))x=\frac{1}{2^m}\left(\sum_{j=1}^m \varepsilon_j2^{m-j}+T^m(x)\right)

montrerait que xx est lui-même dyadique. On a donc Tm(x)∈XT^m(x)\in X. D'après la question 1(b), les rr premiers chiffres de Tm(x)T^m(x) sont ww si et seulement si Tm(x)∈I(w)T^m(x)\in I(w). Ainsi

Am(w)=X∩(Tm)−1(I(w)).\boxed{A_m(w)=X\cap (T^m)^{-1}(I(w)).}

(c) Fixons les mm premiers chiffres de xx. Il existe 2m2^m mots possibles

v∈{0,1}m.v\in\{0,1\}^m.

Pour un tel vv, imposer ensuite le mot ww revient à imposer le préfixe concaténé vwvw de longueur m+rm+r. Par la première partie,

{x∈X:ε1…εm=v, εm+1…εm+r=w}=I(vw)∩X.\{x\in X:\varepsilon_1\ldots\varepsilon_m=v, \ \varepsilon_{m+1}\ldots\varepsilon_{m+r}=w\} =I(vw)\cap X.

Les 2m2^m intervalles I(vw)I(vw) sont deux à deux disjoints et ont chacun la longueur 2−(m+r)2^{-(m+r)}. Retirer DD ne change pas leur mesure. Par additivité,

λ(Am(w))=2m 2−(m+r)=2−r.\lambda(A_m(w)) =2^m\,2^{-(m+r)} =2^{-r}.

Donc

λ(Am(w))=2−r.\boxed{\lambda(A_m(w))=2^{-r}.}

Ce calcul ne fait intervenir ni indépendance probabiliste ni invariance préalable de λ\lambda par TT.

III — Éviter un mot sur des blocs disjoints

(a) La donnée successive des blocs

v0,v1,…,vN−1v_0,v_1,\ldots,v_{N-1}

détermine un unique mot binaire UU de longueur NrNr, obtenu par concaténation. L'ensemble recherché est donc

I(U)∩X.I(U)\cap X.

Il diffère de l'intervalle dyadique I(U)I(U) seulement par l'ensemble négligeable DD, et

λ(I(U)∩X)=2−Nr.\boxed{\lambda(I(U)\cap X)=2^{-Nr}.}

(b) À chaque emplacement de bloc, il existe 2r2^r mots binaires possibles, dont un seul est interdit : ww. Il reste donc 2r−12^r-1 choix pour chacun des NN blocs. Le nombre de suites admissibles est

(2r−1)N.(2^r-1)^N.

Chaque suite admissible correspond, d'après (a), à un intervalle dyadique de longueur 2−Nr2^{-Nr}, et ces intervalles sont disjoints. Ainsi

λ ⁣(⋂j=0N−1(X∖Ej))=(2r−1)N2−Nr=(2r−12r)N.\begin{aligned} \lambda\!\left(\bigcap_{j=0}^{N-1}(X\setminus E_j)\right) &=(2^r-1)^N2^{-Nr}\\ &=\left(\frac{2^r-1}{2^r}\right)^N. \end{aligned}

Par conséquent,

λ ⁣(⋂j=0N−1(X∖Ej))=(1−2−r)N.\boxed{ \lambda\!\left(\bigcap_{j=0}^{N-1}(X\setminus E_j)\right) =(1-2^{-r})^N.}

(c) Dans Fq,NF_{q,N}, les qq premiers blocs, c'est-à-dire les qrqr premiers chiffres, sont libres. Ils donnent

2qr2^{qr}

choix possibles. Les NN blocs suivants doivent tous être différents de ww, d'où

(2r−1)N(2^r-1)^N

choix. Au total, Fq,NF_{q,N} est, à DD près, la réunion disjointe de

2qr(2r−1)N2^{qr}(2^r-1)^N

intervalles dyadiques de longueur

2−(q+N)r.2^{-(q+N)r}.

Ainsi

λ(Fq,N)=2qr(2r−1)N2−(q+N)r=(2r−1)N2−Nr=(1−2−r)N.\begin{aligned} \lambda(F_{q,N}) &=2^{qr}(2^r-1)^N2^{-(q+N)r}\\ &=(2^r-1)^N2^{-Nr}\\ &=(1-2^{-r})^N. \end{aligned}

Donc, pour tout q≥0q\ge0,

λ(Fq,N)=(1−2−r)N.\boxed{\lambda(F_{q,N})=(1-2^{-r})^N.}

Le résultat ne dépend pas de qq précisément parce que les qrqr premiers chiffres sont laissés entièrement libres.

IV — Passer de « au moins une fois » à « une infinité de fois »

(a) Par définition,

Fq,N=⋂j=qq+N−1(X∖Ej)F_{q,N} =\bigcap_{j=q}^{q+N-1}(X\setminus E_j)

est l'ensemble des réels pour lesquels ww n'apparaît dans aucun des blocs numérotés q,q+1,…,q+N−1q,q+1,\ldots,q+N-1. En intersectant sur tous les N≥1N\ge1, on impose l'absence de ww dans chaque bloc d'indice j≥qj\ge q. Ainsi

Fq={x∈X: x∉Ej pour tout j≥q}.\boxed{F_q=\{x\in X:\ x\notin E_j\text{ pour tout }j\ge q\}.}

(b) Pour qq fixé, la suite (Fq,N)N≥1(F_{q,N})_{N\ge1} est décroissante et

Fq=⋂N≥1Fq,N.F_q=\bigcap_{N\ge1}F_{q,N}.

De plus, λ(Fq,1)≤1\lambda(F_{q,1})\le1. La continuité décroissante de la mesure donne

λ(Fq)=lim⁡N→∞λ(Fq,N)=lim⁡N→∞(1−2−r)N.\lambda(F_q) =\lim_{N\to\infty}\lambda(F_{q,N}) =\lim_{N\to\infty}(1-2^{-r})^N.

Comme 0<1−2−r<10<1-2^{-r}<1,

λ(Fq)=0.\boxed{\lambda(F_q)=0.}

(a) Si x∈Bwx\in B_w, l'ensemble des indices j≥0j\ge0 tels que x∈Ejx\in E_j est fini. Il existe donc q≥0q\ge0 tel que x∉Ejx\notin E_j pour tout j≥qj\ge q ; si cet ensemble d'indices est vide, on peut simplement prendre q=0q=0. Ainsi x∈Fqx\in F_q.

Réciproquement, si x∈Fqx\in F_q, le mot ww n'apparaît dans aucun des blocs de positions jr+1,…,jr+rjr+1,\ldots,jr+r pour j≥qj\ge q. Il ne peut donc apparaître que parmi les qq blocs d'indices 0,…,q−10,\ldots,q-1, donc un nombre fini de fois. Ainsi

Bw=⋃q≥0Fq.\boxed{B_w=\bigcup_{q\ge0}F_q.}

(b) Chaque FqF_q est négligeable. Une réunion dénombrable d'ensembles négligeables étant négligeable,

λ(Bw)=0.\boxed{\lambda(B_w)=0.}

Pour tout x∈X∖Bwx\in X\setminus B_w, le mot ww apparaît donc dans une infinité de blocs disjoints de positions jr+1,…,jr+rjr+1,\ldots,jr+r. Il apparaît a fortiori une infinité de fois dans le développement binaire de xx, sans restriction sur la position de départ.

En réintroduisant l'ensemble dyadique DD, lui-même négligeable, on obtient

pour presque tout x∈[0,1], le mot fixeˊ w apparaıˆt une infiniteˊ de fois.\boxed{\text{pour presque tout }x\in[0,1],\text{ le mot fixé }w\text{ apparaît une infinité de fois}.}

Le passage par les ensembles FqF_q est essentiel : faire seulement tendre

(1−2−r)N(1-2^{-r})^N

vers 00 pour les NN premiers blocs établirait que presque tout réel rencontre ww au moins une fois dans ces blocs. En recommençant après tout rang qq, on exclut au contraire la possibilité que les occurrences finissent par s'arrêter.

V — Tous les mots à la fois

(a) Pour chaque r≥1r\ge1, l'ensemble {0,1}r\{0,1\}^r contient exactement 2r2^r éléments ; il est donc fini. Or

W=⋃r≥1{0,1}r\mathcal W=\bigcup_{r\ge1}\{0,1\}^r

est une réunion dénombrable d'ensembles finis. Ainsi

W est deˊnombrable.\boxed{\mathcal W\text{ est dénombrable}.}

(b) Pour chaque mot w∈Ww\in\mathcal W, on a montré que λ(Bw)=0\lambda(B_w)=0. Comme W\mathcal W est dénombrable,

λ ⁣(⋃w∈WBw)=0.\lambda\!\left(\bigcup_{w\in\mathcal W}B_w\right)=0.

En ajoutant DD, qui est également négligeable,

λ ⁣(D∪⋃w∈WBw)=0.\boxed{ \lambda\!\left(D\cup\bigcup_{w\in\mathcal W}B_w\right)=0.}

(c) Soit

x∈[0,1]∖(D∪⋃w∈WBw).x\in[0,1]\setminus\left(D\cup\bigcup_{w\in\mathcal W}B_w\right).

Le réel xx n'est pas dyadique, donc son développement binaire est unique. De plus, pour tout mot binaire fini ww, on a x∉Bwx\notin B_w ; le mot ww apparaît donc une infinité de fois dans ce développement. Le complément de cet ensemble de réels est négligeable. Finalement,

pour presque tout reˊel x∈[0,1], chaque mot binaire fini apparaıˆt une infiniteˊ de fois.\boxed{\text{pour presque tout réel }x\in[0,1],\text{ chaque mot binaire fini apparaît une infinité de fois}.}

Ouverture — ce que la normalité demanderait en plus

La conclusion précédente porte uniquement sur l'existence d'une infinité d'occurrences. La normalité en base 22 impose une information quantitative supplémentaire : si ww a longueur rr, alors la proportion des positions de départ occupées par ww doit converger vers 2−r2^{-r}.

Ainsi,

normaliteˊ en base 2⟹chaque mot fini apparaıˆt une infiniteˊ de fois,\text{normalité en base }2 \quad\Longrightarrow\quad \text{chaque mot fini apparaît une infinité de fois},

mais l'argument précédent n'établit aucune convergence de fréquence. Il ne constitue donc pas une démonstration de la normalité presque partout.