DM n°04 · Université · L3
Intervalles dyadiques, décalage binaire et propriétés presque partout · Mesure de Lebesgue · Intervalles dyadiques · Développement binaire · Ensembles négligeables
Que cachent les chiffres d’un réel typique ?
Un problème de L3 où les chiffres binaires d’un réel deviennent un objet mesurable. Les préfixes sont identifiés à des intervalles dyadiques, l’ambiguïté des développements dyadiques est isolée dans un ensemble négligeable, puis un comptage de blocs permet de mesurer les réels qui évitent un mot fixé. La continuité décroissante et les réunions dénombrables conduisent à une conclusion forte : pour presque tout réel de [0,1], chaque mot binaire fini apparaît une infinité de fois. Une courte ouverture distingue ce résultat de la normalité en base 2.
- Temps indicatif
- ≈ 2 h 30 à 3 h
- Chapitres
- Mesure de Lebesgue · Intervalles dyadiques · Développement binaire · Ensembles négligeables
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- 01Traduire des contraintes sur un développement binaire en conditions mesurables sur des intervalles dyadiques
- 02Isoler proprement un ensemble exceptionnel négligeable lorsqu’une représentation n’est pas unique partout
- 03Transformer des estimations de mesure finies en une propriété valable une infinité de fois grâce à la continuité de la mesure
- 04Construire des calculs de mesure par comptage direct sans importer d’hypothèse probabiliste inutile
- 05Combiner une famille dénombrable de propriétés presque partout en une conclusion simultanée
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Mesure de Lebesgue des intervalles et additivité dénombrable
- Ensembles de mesure nulle et réunions dénombrables
- Continuité décroissante de la mesure pour une suite d’ensembles de mesure finie
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 2 h 30 à 3 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Écrire un réel en base transforme un point de en une suite de et de . Mais que peut imposer la mesure de Lebesgue à cette suite ? Nous allons traduire des contraintes sur les chiffres en unions d'intervalles dyadiques, puis mesurer les réels qui évitent un motif donné. L'objectif est de faire apparaître une propriété très forte des développements binaires qui est pourtant vraie pour presque tout réel.
Dans les quatre premières parties, on travaille sur . On admet que tout possède au moins un développement binaire
La question de l'unicité sera traitée explicitement. On note la mesure de Lebesgue.
I — Des préfixes aux intervalles dyadiques
Soit un mot binaire de longueur . On lui associe l'entier
et l'intervalle dyadique
(a) Calculer .
(b) Soit un réel non dyadique, c'est-à-dire qui n'est pas de la forme . Si
montrer que
(a) Soit un dyadique. Montrer qu'il admet un développement binaire terminé par une infinité de , puis un second développement obtenu en remplaçant le dernier de l'écriture terminée par et en poursuivant par une infinité de .
(b) Réciproquement, montrer qu'un réel de possédant deux développements binaires distincts est dyadique.
(c) On note
Montrer que est négligeable. On posera désormais
Expliquer pourquoi on peut étudier les chiffres binaires sur sans modifier aucune conclusion valable presque partout sur .
II — Le décalage binaire
On définit, pour ,
(a) Soit et
Montrer que
En déduire l'effet de sur les chiffres binaires.
(b) Fixons un mot binaire de longueur . Pour , on note
Exprimer à l'aide de et de .
(c) Sans invoquer d'argument probabiliste ni de propriété d'invariance de la mesure par , montrer directement que
On pourra décomposer , à un ensemble négligeable près, en intervalles dyadiques de longueur .
III — Éviter un mot sur des blocs disjoints
Le mot de longueur reste fixé. Pour , on pose
Ainsi, est l'ensemble des réels de pour lesquels occupe exactement les positions .
(a) Soient des mots binaires de longueur . Montrer que l'ensemble des dont les premiers blocs successifs de longueur sont
est, à l'ensemble près, un intervalle dyadique de longueur .
(b) Combien existe-t-il de suites de blocs de longueur dont aucun bloc n'est égal à ? En déduire
(c) Pour et , poser
Montrer, par un nouveau comptage d'intervalles dyadiques, que
Le calcul doit faire apparaître le rôle des premiers chiffres, qui ne sont soumis à aucune contrainte.
IV — Passer de « au moins une fois » à « une infinité de fois »
Pour , définir
(a) Interpréter en termes d'occurrences du mot dans les blocs de positions , pour .
(b) À l'aide de la continuité décroissante de la mesure de Lebesgue, montrer que
On note l'ensemble des pour lesquels n'apparaît qu'un nombre fini de fois dans les blocs de positions , pour .
(a) Montrer que
(b) En déduire que , puis que, pour presque tout , le mot fixé apparaît une infinité de fois dans le développement binaire de .
V — Tous les mots à la fois
On note
l'ensemble de tous les mots binaires finis.
(a) Montrer que est dénombrable.
(b) Pour chaque , soit l'ensemble exceptionnel défini à la question 6. Montrer que
est négligeable.
(c) Conclure que
Ouverture — ce que la normalité demanderait en plus
Un réel est dit normal en base si, pour tout mot binaire de longueur , la fréquence des positions où commence existe et vaut . La propriété démontrée ici est plus faible : elle garantit une infinité d'occurrences de chaque mot, mais ne donne aucune information sur leur fréquence asymptotique.
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