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Corrigé détaillé · L3

Ensemble de Cantor, Cantor gras et fonction de Cantor · Mesure de Lebesgue · Ensembles boréliens · Ensembles de mesure nulle · Fonction de Cantor

Un ensemble peut-il être grand sans contenir aucun intervalle ?

Après avoir cherché le sujet, comparez votre démarche avec cette correction et repérez les écarts de méthode, de précision ou de rédaction.

I — Un ensemble non dénombrable de mesure nulle

(a) Dans C0=[0,1]C_0=[0,1], on supprime l'intervalle ouvert ]1/3,2/3[]1/3,2/3[ et l'on conserve les deux tiers fermés :

C1=[0,13]∪[23,1].C_1=\left[0,\frac13\right]\cup\left[\frac23,1\right].

Au rang suivant, on applique exactement la même opération à chacun de ces deux intervalles. On obtient

C2=[0,19]∪[29,13]∪[23,79]∪[89,1].C_2= \left[0,\frac19\right] \cup\left[\frac29,\frac13\right] \cup\left[\frac23,\frac79\right] \cup\left[\frac89,1\right].

(b) Pour n=0n=0, C0C_0 est un intervalle fermé de longueur 1=301=3^0. Supposons que CnC_n soit la réunion de 2n2^n intervalles fermés disjoints, chacun de longueur 3−n3^{-n}. Dans chacun d'eux, le retrait du tiers central ouvert laisse deux intervalles fermés, chacun de longueur 3−(n+1)3^{-(n+1)}. On obtient donc 2n+12^{n+1} intervalles fermés disjoints. Par récurrence,

Cn est la reˊunion de 2n intervalles de longueur 3−n.\boxed{C_n\text{ est la réunion de }2^n\text{ intervalles de longueur }3^{-n}.}

(c) Ces intervalles sont deux à deux disjoints. Par additivité finie de la mesure,

λ(Cn)=2n3−n=(23)n.\boxed{\lambda(C_n)=2^n3^{-n}=\left(\frac23\right)^n.}

(a) Chaque CnC_n est une réunion finie d'intervalles fermés ; il est donc fermé, donc borélien. Une intersection quelconque de fermés est fermée. Ainsi

C=⋂n≥0Cn est fermeˊ, donc boreˊlien.\boxed{C=\bigcap_{n\ge0}C_n\text{ est fermé, donc borélien}.}

(b) La suite (Cn)(C_n) est décroissante et λ(C0)=1<+∞\lambda(C_0)=1<+\infty. Par continuité de la mesure par décroissance,

λ(C)=lim⁡n→∞λ(Cn)=lim⁡n→∞(23)n=0.\lambda(C) =\lim_{n\to\infty}\lambda(C_n) =\lim_{n\to\infty}\left(\frac23\right)^n =0.

Donc

λ(C)=0.\boxed{\lambda(C)=0.}

(c) Si CC contenait un intervalle II de longueur strictement positive, alors λ(I)>0\lambda(I)>0. Par monotonie de la mesure,

0<λ(I)≤λ(C)=0,0<\lambda(I)\le\lambda(C)=0,

ce qui est impossible. Ainsi CC ne contient aucun intervalle de longueur strictement positive. En particulier, il ne contient aucun intervalle ouvert non vide ; d'après le rappel du sujet,

Int⁡(C)=∅.\boxed{\operatorname{Int}(C)=\varnothing.}

(a) Soit ε=(εk)k≥1\varepsilon=(\varepsilon_k)_{k\ge1} et posons ak=2εk∈{0,2}a_k=2\varepsilon_k\in\{0,2\}. Pour n≥1n\ge1, définissons

sn=∑k=1nak3k.s_n=\sum_{k=1}^{n}\frac{a_k}{3^k}.

Le mot ternaire a1…ana_1\ldots a_n, dont tous les chiffres valent 00 ou 22, repère l'un des intervalles conservés au rang nn ; cet intervalle est

In=[sn,sn+3−n]⊂Cn.I_n=\left[s_n,s_n+3^{-n}\right]\subset C_n.

Si

x=Φ(ε)=∑k=1∞ak3k,x=\Phi(\varepsilon)=\sum_{k=1}^{\infty}\frac{a_k}{3^k},

alors

0≤x−sn=∑k>nak3k≤∑k>n23k=3−n.0\le x-s_n =\sum_{k>n}\frac{a_k}{3^k} \le\sum_{k>n}\frac2{3^k} =3^{-n}.

Ainsi x∈In⊂Cnx\in I_n\subset C_n pour tout nn, donc

Φ(ε)∈C.\boxed{\Phi(\varepsilon)\in C.}

(b) Soient ε\varepsilon et η\eta deux suites distinctes, et soit mm le premier indice tel que εm≠ηm\varepsilon_m\ne\eta_m. Supposons par exemple εm=1\varepsilon_m=1 et ηm=0\eta_m=0. Alors

Φ(ε)−Φ(η)=23m+∑k>m2(εk−ηk)3k≥23m−2∑k>m13k=23m−13m=13m>0.\begin{aligned} \Phi(\varepsilon)-\Phi(\eta) &=\frac2{3^m}+ \sum_{k>m}\frac{2(\varepsilon_k-\eta_k)}{3^k}\\ &\ge \frac2{3^m}-2\sum_{k>m}\frac1{3^k}\\ &=\frac2{3^m}-\frac1{3^m}\\ &=\frac1{3^m}>0. \end{aligned}

Les images sont donc différentes :

Φ est injective.\boxed{\Phi\text{ est injective}.}

(c) Supposons {0,1}N\{0,1\}^{\mathbb N} dénombrable et écrivons ses éléments sous la forme

ε(1),ε(2),…,ε(j)=(εk(j))k≥1.\varepsilon^{(1)},\varepsilon^{(2)},\ldots, \qquad \varepsilon^{(j)}=(\varepsilon_k^{(j)})_{k\ge1}.

Définissons une nouvelle suite δ\delta par

δk=1−εk(k).\delta_k=1-\varepsilon_k^{(k)}.

Pour chaque kk, la suite δ\delta diffère de ε(k)\varepsilon^{(k)} à l'indice kk. Elle n'apparaît donc pas dans la liste, contradiction. Ainsi {0,1}N\{0,1\}^{\mathbb N} n'est pas dénombrable. Comme Φ\Phi est une injection de cet ensemble dans CC,

C n’est pas deˊnombrable.\boxed{C\text{ n'est pas dénombrable}.}

(d) Soit x∈Cx\in C. Pour chaque nn, le point xx appartient à un unique intervalle composant CnC_n. Comme ces intervalles sont emboîtés au fil de la construction, on peut noter εn=0\varepsilon_n=0 lorsque, au rang nn, xx se trouve dans le morceau de gauche de l'intervalle précédent, et εn=1\varepsilon_n=1 lorsqu'il se trouve dans le morceau de droite. Posons encore an=2εna_n=2\varepsilon_n et

sn=∑k=1nak3k.s_n=\sum_{k=1}^{n}\frac{a_k}{3^k}.

L'intervalle de CnC_n qui contient xx est alors

[sn,sn+3−n].\left[s_n,s_n+3^{-n}\right].

Par conséquent

0≤x−sn≤3−n.0\le x-s_n\le3^{-n}.

En faisant tendre nn vers l'infini,

x=lim⁡n→∞sn=∑k=1∞ak3k=Φ(ε).x=\lim_{n\to\infty}s_n =\sum_{k=1}^{\infty}\frac{a_k}{3^k} =\Phi(\varepsilon).

Ainsi Φ\Phi est surjective sur CC. Avec la question (b), elle est donc bijective entre {0,1}N\{0,1\}^{\mathbb N} et CC.

L'écriture ternaire de xx utilisant seulement les chiffres 00 et 22 est donc unique : deux telles écritures donneraient deux suites binaires ayant la même image par Φ\Phi, ce que l'injectivité exclut.

Cela ne contredit pas l'ambiguïté habituelle des développements en base 33. Certains nombres ont bien deux écritures ternaires, par exemple

13=0,13=0,02222…3,\frac13=0,1_3=0,02222\ldots_3,

mais une seule de ces deux écritures n'utilise que les chiffres 00 et 22. Les éventuelles secondes écritures des points frontières de CC font intervenir le chiffre 11.

Éclairage. La mesure nulle de CC et sa non-dénombrabilité ne se contredisent pas : la mesure de Lebesgue ne compte pas les points. Elle quantifie une autre notion de taille.

II — Épaissir Cantor sans créer d'intervalle

(a) Avant l'étape nn, il y a 2n−12^{n-1} intervalles fermés. On retire au centre de chacun d'eux un intervalle ouvert de longueur 4−n4^{-n}. La longueur totale retirée à l'étape nn vaut donc

2n−14−n=2n−12−2n=2−n−1.2^{n-1}4^{-n} =2^{n-1}2^{-2n} =\boxed{2^{-n-1}}.

(b) Après nn étapes, la longueur totale retirée est

∑j=1n2−j−1=12−12n+1.\sum_{j=1}^{n}2^{-j-1} =\frac12-\frac1{2^{n+1}}.

Par conséquent

λ(Kn)=1−(12−12n+1)=12+12n+1.\boxed{ \lambda(K_n) =1-\left(\frac12-\frac1{2^{n+1}}\right) =\frac12+\frac1{2^{n+1}}.}

(c) À chaque étape, tous les intervalles présents ont même longueur et subissent le même retrait central. Ainsi KnK_n est formé de 2n2^n intervalles fermés de même longueur ℓn\ell_n. Comme ils sont disjoints,

2nℓn=λ(Kn).2^n\ell_n=\lambda(K_n).

Donc

ℓn=12n+1+122n+1.\boxed{ \ell_n =\frac1{2^{n+1}}+\frac1{2^{2n+1}}.}

(d) À l'étape nn, on veut retirer dans chaque intervalle composant Kn−1K_{n-1} un intervalle de longueur 4−n=2−2n4^{-n}=2^{-2n}. D'après (c),

ℓn−1=2−n+2−2n+1.\ell_{n-1} =2^{-n}+2^{-2n+1}.

On a donc

ℓn−1>2−2n=4−n.\ell_{n-1}>2^{-2n}=4^{-n}.

L'intervalle ouvert centré de longueur 4−n4^{-n} tient strictement à l'intérieur de chaque composante de Kn−1K_{n-1}. La construction est donc bien définie à tout rang.

(a) Chaque KnK_n est fermé. Leur intersection KK est donc fermée, et en particulier borélienne. La suite (Kn)(K_n) est décroissante et λ(K0)=1\lambda(K_0)=1. Par continuité de la mesure,

λ(K)=lim⁡n→∞λ(Kn)=12.\lambda(K) =\lim_{n\to\infty}\lambda(K_n) =\boxed{\frac12}.

(b) Supposons qu'un intervalle II de longueur L>0L>0 soit contenu dans KK. Alors I⊂KnI\subset K_n pour tout nn. Choisissons nn assez grand pour que ℓn<L\ell_n<L. Comme KnK_n est réunion d'intervalles fermés disjoints séparés par des intervalles ouverts supprimés, un intervalle I⊂KnI\subset K_n ne peut rencontrer deux composantes distinctes : il contiendrait alors aussi des points du trou situé entre elles. Il doit donc être contenu dans une seule composante de KnK_n, ce qui imposerait L≤ℓnL\le\ell_n, contradiction.

Ainsi KK ne contient aucun intervalle de longueur strictement positive. En particulier,

Int⁡(K)=∅.\boxed{\operatorname{Int}(K)=\varnothing.}

(c) Les deux ensembles CC et KK sont fermés et d'intérieur vide. Pourtant

λ(C)=0,λ(K)=12.\lambda(C)=0, \qquad \lambda(K)=\frac12.

L'absence d'intérieur ne force donc pas la mesure à être nulle. La petitesse topologique et la petitesse au sens de la mesure sont deux notions distinctes.

(a) À l'étape nn, on retire 2n−12^{n-1} intervalles, chacun de longueur

dn=1−α22n−1.d_n=\frac{1-\alpha}{2^{2n-1}}.

La longueur totale retirée vaut

2n−1dn=(1−α)2−n.2^{n-1}d_n =(1-\alpha)2^{-n}.

Après nn étapes, la longueur totale retirée est donc

(1−α)∑j=1n2−j=(1−α)(1−2−n).(1-\alpha)\sum_{j=1}^{n}2^{-j} =(1-\alpha)(1-2^{-n}).

Ainsi

λ(Kn(α))=α+(1−α)2−n.\boxed{ \lambda(K_n^{(\alpha)}) =\alpha+(1-\alpha)2^{-n}.}

(b) Les 2n2^n intervalles composant Kn(α)K_n^{(\alpha)} ont même longueur. Par conséquent

ℓn(α)=λ(Kn(α))2n=α2n+1−α22n.\ell_n^{(\alpha)} =\frac{\lambda(K_n^{(\alpha)})}{2^n} =\boxed{\frac{\alpha}{2^n}+\frac{1-\alpha}{2^{2n}}}.

Au rang suivant, la longueur à retirer dans chacune de ces composantes est

dn+1=1−α22n+1.d_{n+1}=\frac{1-\alpha}{2^{2n+1}}.

Or

ℓn(α)−dn+1=α2n+1−α22n+1>0.\ell_n^{(\alpha)}-d_{n+1} =\frac{\alpha}{2^n}+\frac{1-\alpha}{2^{2n+1}}>0.

L'intervalle central à retirer est donc toujours strictement plus court que la composante dans laquelle on le place : la construction est bien définie à tout rang.

(c) Comme intersection de fermés, K(α)K^{(\alpha)} est fermé. Par continuité de la mesure,

λ(K(α))=lim⁡n→∞(α+(1−α)2−n)=α.\lambda(K^{(\alpha)}) =\lim_{n\to\infty}\left(\alpha+(1-\alpha)2^{-n}\right) =\boxed{\alpha}.

De plus

ℓn(α)=α2−n+(1−α)2−2n⟶0.\ell_n^{(\alpha)} =\alpha2^{-n}+(1-\alpha)2^{-2n} \longrightarrow0.

Si un intervalle de longueur L>0L>0 était contenu dans K(α)K^{(\alpha)}, il serait contenu dans Kn(α)K_n^{(\alpha)} pour tout nn. Pour nn assez grand, on aurait ℓn(α)<L\ell_n^{(\alpha)}<L, ce qui est impossible par le même argument qu'en 5(b). Ainsi

Int⁡(K(α))=∅.\boxed{\operatorname{Int}(K^{(\alpha)})=\varnothing.}

On a donc construit, pour tout α∈[0,1[\alpha\in[0,1[, un fermé d'intérieur vide de mesure exactement α\alpha.

(d) Soit E⊂[0,1]E\subset[0,1] fermé et supposons λ(E)=1\lambda(E)=1. Son complémentaire relatif

U=[0,1]∖EU=[0,1]\setminus E

est ouvert dans [0,1][0,1] et vérifie λ(U)=0\lambda(U)=0. S'il était non vide, il contiendrait un intervalle relatif de longueur strictement positive, donc un ensemble de mesure strictement positive, contradiction. Ainsi U=∅U=\varnothing, donc

E=[0,1].\boxed{E=[0,1].}

Son intérieur dans R\mathbb R est ]0,1[]0,1[, donc il n'est pas vide. La valeur α=1\alpha=1 ne peut donc pas fournir un fermé d'intérieur vide de même nature.

III — Une fonction qui monte sans pente presque partout

Pour n=0n=0, F0(x)=xF_0(x)=x est continue, croissante, avec F0(0)=0F_0(0)=0 et F0(1)=1F_0(1)=1.

Supposons ces propriétés vraies pour FnF_n. Sur [0,1/3][0,1/3], la fonction

x⟼12Fn(3x)x\longmapsto \frac12F_n(3x)

est continue et croissante ; il en va de même sur [2/3,1][2/3,1] pour

x⟼12+12Fn(3x−2).x\longmapsto \frac12+\frac12F_n(3x-2).

Sur [1/3,2/3][1/3,2/3], Fn+1F_{n+1} est constante égale à 1/21/2. Aux points de raccord,

12Fn(1)=12,12+12Fn(0)=12.\frac12F_n(1)=\frac12, \qquad \frac12+\frac12F_n(0)=\frac12.

Il n'y a donc pas de discontinuité. Les valeurs sur les trois morceaux sont ordonnées, ce qui conserve la croissance. Enfin

Fn+1(0)=12Fn(0)=0,Fn+1(1)=12+12Fn(1)=1.F_{n+1}(0)=\frac12F_n(0)=0, \qquad F_{n+1}(1)=\frac12+\frac12F_n(1)=1.

Par récurrence,

Fn est continue, croissante, Fn(0)=0, Fn(1)=1.\boxed{F_n\text{ est continue, croissante, }F_n(0)=0,\ F_n(1)=1.}

(a) Sur [0,1/3][0,1/3],

F1(x)=32x,F_1(x)=\frac32x,

donc F1(x)−F0(x)=x/2F_1(x)-F_0(x)=x/2, dont le maximum vaut 1/61/6. Sur [1/3,2/3][1/3,2/3],

F1(x)=12,F_1(x)=\frac12,

et le maximum de ∣1/2−x∣|1/2-x| vaut encore 1/61/6. Le dernier tiers est symétrique. Ainsi

∥F1−F0∥∞=16.\boxed{\|F_1-F_0\|_\infty=\frac16.}

(b) Pour n≥1n\ge1, les deux fonctions FnF_n et Fn−1F_{n-1} valent 1/21/2 sur [1/3,2/3][1/3,2/3]. Sur le premier tiers,

∣Fn+1(x)−Fn(x)∣=12∣Fn(3x)−Fn−1(3x)∣,|F_{n+1}(x)-F_n(x)| =\frac12|F_n(3x)-F_{n-1}(3x)|,

et, lorsque xx parcourt [0,1/3][0,1/3], 3x3x parcourt [0,1][0,1]. Le même calcul vaut sur le dernier tiers. On obtient donc

∥Fn+1−Fn∥∞=12∥Fn−Fn−1∥∞.\boxed{ \|F_{n+1}-F_n\|_\infty =\frac12\|F_n-F_{n-1}\|_\infty.}

(c) Par récurrence à partir de (a),

∥Fn+1−Fn∥∞=16 2n.\|F_{n+1}-F_n\|_\infty =\frac1{6\,2^n}.

Pour p>np>n,

∥Fp−Fn∥∞≤∑k=np−1∥Fk+1−Fk∥∞≤∑k=n∞16 2k=13 2n.\|F_p-F_n\|_\infty \le\sum_{k=n}^{p-1}\|F_{k+1}-F_k\|_\infty \le\sum_{k=n}^{\infty}\frac1{6\,2^k} =\frac1{3\,2^n}.

Le membre de droite tend vers 00 indépendamment de pp : la suite (Fn)(F_n) est donc uniformément de Cauchy. En particulier, pour chaque x∈[0,1]x\in[0,1], la suite réelle (Fn(x))(F_n(x)) est de Cauchy ; la complétude de R\mathbb R permet de définir

F(x)=lim⁡n→∞Fn(x).F(x)=\lim_{n\to\infty}F_n(x).

En faisant tendre pp vers l'infini dans l'estimation précédente, pour nn fixé, on obtient

∥F−Fn∥∞≤13 2n.\|F-F_n\|_\infty\le\frac1{3\,2^n}.

Ainsi

Fn⟶F uniformeˊment sur [0,1].\boxed{F_n\longrightarrow F\text{ uniformément sur }[0,1].}

Une limite uniforme de fonctions continues est continue ; donc FF est continue. Pour x≤yx\le y, on a Fn(x)≤Fn(y)F_n(x)\le F_n(y) pour tout nn ; en passant à la limite,

F(x)≤F(y),F(x)\le F(y),

donc FF est croissante. Enfin

F(0)=lim⁡nFn(0)=0,F(1)=lim⁡nFn(1)=1.F(0)=\lim_nF_n(0)=0, \qquad F(1)=\lim_nF_n(1)=1.

Elle n'est donc pas constante. Ainsi

F est continue, croissante, non constante, F(0)=0, F(1)=1.\boxed{F\text{ est continue, croissante, non constante, }F(0)=0,\ F(1)=1.}

(a) Pour n=1n=1, F1F_1 est constante sur l'intervalle supprimé ]1/3,2/3[]1/3,2/3[. Supposons que FnF_n soit constante sur tous les intervalles supprimés pendant les nn premières étapes. La définition de Fn+1F_{n+1} reproduit dans le premier et le dernier tiers une copie verticale réduite de FnF_n, tandis qu'elle crée le nouveau plateau [1/3,2/3][1/3,2/3]. Après changement d'échelle, les anciens plateaux réapparaissent dans chacun des deux tiers conservés. Ainsi Fn+1F_{n+1} est constante sur tous les intervalles supprimés pendant les n+1n+1 premières étapes.

De plus, une fois qu'un intervalle a été supprimé au cours de la construction de CC, toutes les fonctions FmF_m de rang ultérieur y gardent la même valeur constante.

(b) Si x∉C=⋂nCnx\notin C=\bigcap_nC_n, il existe NN tel que x∉CNx\notin C_N. Le complémentaire [0,1]∖CN[0,1]\setminus C_N est exactement la réunion des intervalles ouverts supprimés pendant les NN premières étapes. Le point xx appartient donc à l'un de ces intervalles, noté JJ. D'après (a), toutes les fonctions FmF_m pour m≥Nm\ge N prennent sur JJ une même valeur constante. En passant à la limite, FF est elle aussi constante sur JJ.

(c) Tout point de [0,1]∖C[0,1]\setminus C appartient donc à un intervalle ouvert sur lequel FF est constante. La fonction FF y est dérivable et

F′(x)=0.F'(x)=0.

Or λ(C)=0\lambda(C)=0. L'ensemble des points où cette démonstration n'établit pas F′(x)=0F'(x)=0 est contenu dans CC, donc dans un ensemble de mesure nulle. Par définition,

F′(x)=0presque partout sur [0,1].\boxed{F'(x)=0\quad\text{presque partout sur }[0,1].}

Cette conclusion n'affirme ni que FF est dérivable en tout point de CC, ni que sa dérivée y vaudrait nécessairement 00 lorsqu'elle existe. Pour conclure à une propriété presque partout, il suffit que l'ensemble des points non traités soit de mesure nulle.

Éclairage. Toute la variation globale de FF est compatible avec une dérivée nulle sur le complémentaire de CC, car ce complémentaire ne contient pas les points exceptionnels où se concentre le phénomène.

(a) La convergence uniforme implique la convergence ponctuelle. Pour un xx fixé dans l'un des trois tiers, on peut donc faire tendre nn vers l'infini dans la relation définissant Fn+1(x)F_{n+1}(x). On obtient

F(x)={12F(3x),0≤x≤13,12,13≤x≤23,12+12F(3x−2),23≤x≤1.F(x)= \begin{cases} \dfrac12F(3x), & 0\le x\le\dfrac13,\\[2mm] \dfrac12, & \dfrac13\le x\le\dfrac23,\\[2mm] \dfrac12+\dfrac12F(3x-2), & \dfrac23\le x\le1. \end{cases}

(b) Posons bk=ak/2∈{0,1}b_k=a_k/2\in\{0,1\}. Si le premier chiffre ternaire de xx vaut 00, la première relation donne un facteur 1/21/2 et décale le développement ternaire. S'il vaut 22, la troisième relation ajoute 1/21/2, puis applique le même mécanisme à la suite des chiffres.

Après nn itérations, on obtient

F(x)=∑k=1nbk2k+12nF(xn),F(x)=\sum_{k=1}^{n}\frac{b_k}{2^k} +\frac1{2^n}F(x_n),

où xn∈[0,1]x_n\in[0,1]. Comme FF est croissante avec F(0)=0F(0)=0 et F(1)=1F(1)=1, on a 0≤F≤10\le F\le1. Le reste est donc compris entre 00 et 2−n2^{-n} et tend vers 00. Ainsi

F(x)=∑k=1∞ak/22k.\boxed{ F(x)=\sum_{k=1}^{\infty}\frac{a_k/2}{2^k}.}

La fonction de Cantor remplace donc les chiffres ternaires 0,20,2 par les chiffres binaires 0,10,1.

(c) On a déjà F(C)⊂[0,1]F(C)\subset[0,1]. Réciproquement, soit y∈[0,1]y\in[0,1]. Choisissons un développement binaire

y=∑k=1∞bk2k,bk∈{0,1}.y=\sum_{k=1}^{\infty}\frac{b_k}{2^k}, \qquad b_k\in\{0,1\}.

Posons

x=∑k=1∞2bk3k.x=\sum_{k=1}^{\infty}\frac{2b_k}{3^k}.

D'après la question 3(a), x∈Cx\in C, et la formule de (b) donne F(x)=yF(x)=y. Donc

F(C)=[0,1].\boxed{F(C)=[0,1].}

Ainsi une fonction continue peut envoyer un ensemble de mesure nulle sur un intervalle entier.

(d) Les constructions séparent plusieurs notions de taille :

  • CC n'est pas dénombrable, bien que λ(C)=0\lambda(C)=0 ;
  • CC et KK sont tous deux fermés d'intérieur vide, mais λ(C)=0\lambda(C)=0 tandis que λ(K)=1/2\lambda(K)=1/2 ;
  • plus généralement, pour tout α∈[0,1[\alpha\in[0,1[, on a construit un fermé d'intérieur vide de mesure α\alpha.

Pour la fonction, FF est continue et croissante, elle passe de 00 à 11, et pourtant sa dérivée vaut 00 presque partout. Il n'y a pas de contradiction avec le théorème des accroissements finis : pour déduire d'une dérivée identiquement nulle qu'une fonction est constante, il faut qu'elle soit dérivable en tout point de l'intervalle ouvert considéré. Ici, on a seulement établi la dérivabilité et la nullité de la dérivée hors de CC ; l'ensemble exceptionnel CC, bien que de mesure nulle, empêche d'appliquer ce raisonnement sur tout [0,1][0,1].