DM n°05 · Université · L3
Ensemble de Cantor, Cantor gras et fonction de Cantor · Mesure de Lebesgue · Ensembles boréliens · Ensembles de mesure nulle · Fonction de Cantor
Un ensemble peut-il être grand sans contenir aucun intervalle ?
Un problème de L3 de théorie de la mesure qui part de l'ensemble triadique de Cantor, calcule sa mesure nulle tout en établissant sa non-dénombrabilité, puis épaissit la construction jusqu'à un Cantor gras de mesure 1/2 et à des fermés d'intérieur vide de mesure prescrite. La dernière partie construit la fonction de Cantor comme limite uniforme de fonctions continues croissantes et montre, sans outil avancé d'intégration, qu'elle est non constante tout en vérifiant F'=0 presque partout.
- Temps indicatif
- ≈ 3 h 30 à 4 h
- Chapitres
- Mesure de Lebesgue · Ensembles boréliens · Ensembles de mesure nulle · Fonction de Cantor
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- 01Utiliser la continuité d'une mesure pour calculer la mesure d'une intersection décroissante
- 02Distinguer cardinalité, intérieur topologique et mesure de Lebesgue comme notions de taille
- 03Construire un fermé d'intérieur vide de mesure strictement positive et généraliser à une mesure prescrite
- 04Maîtriser les ambiguïtés des développements ternaires dans le codage de l'ensemble de Cantor
- 05Construire la fonction de Cantor par convergence uniforme et établir que sa dérivée est nulle presque partout
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Tribu borélienne de la droite réelle et stabilité par unions et intersections dénombrables
- Mesure de Lebesgue des intervalles et additivité sur des unions disjointes
- Continuité d'une mesure sur une suite décroissante de mesure finie
- Notion d'ensemble de mesure nulle
- Convergence uniforme de fonctions continues
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 3 h 30 à 4 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Sur la droite réelle, dire qu'un ensemble est « grand » peut signifier plusieurs choses : avoir beaucoup de points, contenir un intervalle, ou encore avoir une grande mesure. Ces trois idées coïncident pour les exemples les plus simples, mais elles finissent par se séparer de façon spectaculaire. On va partir d'une construction très mince, l'épaissir sans jamais créer d'intervalle, puis faire apparaître une fonction continue qui varie tout en ayant une dérivée nulle presque partout.
On note la mesure de Lebesgue sur . On pourra utiliser la continuité par décroissance : si est une suite décroissante d'ensembles mesurables et si , alors
On rappelle qu'un sous-ensemble de a un intérieur vide s'il ne contient aucun intervalle ouvert de longueur strictement positive.
I — Un ensemble non dénombrable de mesure nulle
On pose . Supposons déjà construit comme réunion finie d'intervalles fermés disjoints. Dans chacun de ces intervalles , on supprime l'intervalle ouvert
et l'on conserve les deux intervalles fermés
L'union de tous les intervalles ainsi conservés est notée . Autrement dit, dans chaque intervalle présent au rang précédent, on retire son tiers central ouvert. On définit enfin
(a) Décrire et .
(b) Montrer que est la réunion de intervalles fermés disjoints, chacun de longueur .
(c) En déduire .
(a) Montrer que est fermé dans , donc borélien.
(b) Calculer .
(c) Montrer que ne contient aucun intervalle de longueur strictement positive. Qu'en déduire sur son intérieur ?
La mesure vient de déclarer « négligeable ». Cela ne dit pourtant presque rien sur son nombre de points.
On note l'ensemble des suites dont chaque terme vaut ou . À une telle suite, on associe les chiffres
et l'on définit
Ainsi le chiffre binaire est codé par le chiffre ternaire , et le chiffre binaire par le chiffre ternaire .
(a) Montrer que pour toute suite .
(b) Montrer que est injective. On pourra considérer le premier indice auquel deux suites diffèrent.
(c) Montrer, par un argument diagonal, que n'est pas dénombrable. En déduire que n'est pas dénombrable.
(d) Montrer réciproquement que tout s'écrit sous la forme pour une suite . En déduire que chaque point de possède une unique écriture ternaire n'utilisant que les chiffres et . Expliquer pourquoi cela ne contredit pas le fait que certains réels possèdent deux développements ternaires.
II — Épaissir Cantor sans créer d'intervalle
On reprend le même principe de construction, mais on retire des intervalles beaucoup plus courts. On pose . Pour , supposons écrit comme réunion de intervalles fermés disjoints. Dans chacun d'eux, noté , on veut supprimer l'intervalle ouvert centré au milieu de et de longueur , c'est-à-dire
On conserve les deux intervalles fermés situés de part et d'autre ; leur union, pour tous les intervalles du rang précédent, est notée . La question 4(d) permettra de vérifier que l'intervalle que l'on veut retirer tient bien à l'intérieur de chacun des intervalles présents, à tout rang.
Par exemple, au premier rang on retire l'intervalle ouvert de longueur centré en , donc
On pose enfin
(a) À l'étape , combien d'intervalles sont retirés ? Quelle est leur longueur totale ?
(b) Montrer que
(c) Montrer que est la réunion de intervalles fermés de même longueur , et déterminer .
(d) Vérifier que, pour tout , l'intervalle de longueur que l'on veut retirer est strictement plus court que chaque intervalle composant . Conclure que la construction est bien définie à toutes les étapes.
(a) Montrer que est fermé et calculer exactement .
(b) Montrer que ne contient aucun intervalle de longueur strictement positive. En déduire que son intérieur est vide.
(c) Comparer les propriétés obtenues pour et . Que montrent-elles sur le lien entre mesure et intérieur topologique ?
Le choix de la mesure n'a rien de particulier. On peut régler l'épaisseur finale de la même manière.
Soit . On pose . Pour , supposons construit comme réunion de intervalles fermés disjoints. Au centre de chacun d'eux, on retire un intervalle ouvert de longueur
On note le fermé obtenu après étapes et
(a) Calculer la longueur totale retirée à l'étape , puis .
(b) Montrer que chacun des intervalles composant a pour longueur
Vérifier que l'intervalle que l'on souhaite retirer au rang suivant est toujours strictement plus court que ces intervalles.
(c) Montrer que est fermé, d'intérieur vide et de mesure .
(d) Montrer qu'un fermé de mesure est nécessairement égal à . Pourquoi la valeur ne peut-elle donc pas fournir un exemple de même nature ?
III — Une fonction qui monte sans pente presque partout
On revient à l'ensemble triadique . On définit une suite de fonctions sur par et, pour ,
Les trois expressions coïncident aux points de raccord et dès que et .
Montrer par récurrence que, pour tout , la fonction est continue, croissante et vérifie
On note .
(a) Calculer .
(b) Montrer que, pour ,
(c) Montrer que est uniformément de Cauchy sur . En déduire, en utilisant la complétude de , qu'elle converge uniformément sur vers une fonction .
Montrer que est continue, croissante, non constante, et que
Cette fonction est appelée fonction de Cantor.
(a) Montrer par récurrence que est constante sur chacun des intervalles ouverts supprimés pendant les premières étapes de la construction de .
(b) Soit . Montrer qu'il existe un intervalle ouvert contenant sur lequel est constante.
(c) En déduire que est dérivable en tout point de et que sa dérivée y vaut . Conclure que
Préciser exactement ce que cette démonstration affirme, et ce qu'elle n'affirme pas, aux points de .
Soit . D'après la question 3(d), il possède un unique codage ternaire utilisant seulement les chiffres et :
(a) En passant à la limite dans la définition de , établir les relations fonctionnelles satisfaites par sur les trois tiers de .
(b) En déduire
Interpréter cette formule comme un passage d'un codage ternaire à un codage binaire.
(c) Montrer que
(d) Résumer en quelques lignes les trois contrastes mis en évidence dans le problème : cardinalité, topologie et mesure pour les ensembles et , puis variation et dérivée pour la fonction . Pourquoi le théorème des accroissements finis ne permet-il pas de conclure que est constante ?
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