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DM n°03 · CPGE scientifiques · MPSI / MP2I

Pourquoi les translations font-elles apparaître les fréquences ? · Nombres complexes · Groupes cycliques · Sommes finies · Transformée de Fourier discrète · Principe d’incertitude discret

Des rotations aux fréquences : Fourier sur un groupe cyclique

À partir des rotations du polygone formé par les racines n-ièmes de l’unité, les fonctions z↦z^k apparaissent comme comportements élémentaires sous translation ; elles conduisent à la transformée de Fourier discrète, à sa formule d’inversion, à l’identité de Parseval puis à un principe d’incertitude sur les supports avec des cas d’égalité explicites.

Temps indicatif
≈ 3 h 30
Chapitres
Nombres complexes · Groupes cycliques · Sommes finies · Transformée de Fourier discrète · Principe d’incertitude discret

Ce devoir convient aux niveaux MPSI / MP2I.

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Exploiter une structure de groupe cyclique concrète pour organiser des symétries et des translations
  • 02Identifier des fonctions dont le comportement sous translation se réduit à un facteur multiplicatif
  • 03Utiliser les sommes sur les racines de l’unité pour séparer et recomposer des informations complexes
  • 04Passer entre une description sur les sommets et une description fréquentielle en contrôlant ce que conserve la transformation
  • 05Combiner une estimation locale et une identité globale pour obtenir une contrainte de concentration

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Nombres complexes et racines de l’unité
  • Groupes, sous-groupes et morphismes : vocabulaire de base
  • Sommes géométriques finies
  • Conjugaison et module d’un nombre complexe
  • Inégalité de Cauchy-Schwarz dans une forme élémentaire, rappelée et redémontrée dans le sujet

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 3 h 30 et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Le but du problème est de comprendre pourquoi une transformée de Fourier apparaît naturellement lorsqu'on étudie les rotations d'un polygone régulier. On attachera un nombre complexe à chaque sommet : une rotation déplacera alors ces valeurs d'un sommet à l'autre. On cherchera d'abord les fonctions non nulles pour lesquelles ce déplacement a un effet particulièrement simple : toutes les valeurs sont seulement multipliées par un même nombre complexe. On montrera que ces fonctions sont exactement, à une constante près, les fonctions z↦zkz\mapsto z^k. Elles deviendront ensuite les briques élémentaires permettant de reconstruire une fonction quelconque ; les coefficients de cette reconstruction formeront sa transformée de Fourier discrète. Enfin, on comparera le nombre de sommets où la fonction est non nulle au nombre de coefficients de Fourier non nuls.

Dans tout le problème, on fixe un entier n≥2n\geq 2 et

ω=e2iπ/n,Un={1,ω,ω2,…,ωn−1}.\omega=e^{2i\pi/n},\qquad \mathbb U_n=\{1,\omega,\omega^2,\ldots,\omega^{n-1}\}.

On considère des fonctions f:Un→Cf:\mathbb U_n\to\mathbb C.

I — Un polygone qui est aussi un groupe

  1. On commence par préciser la structure de l'ensemble Un\mathbb U_n.

(a) Montrer que les éléments 1,ω,…,ωn−11,\omega,\ldots,\omega^{n-1} sont deux à deux distincts et qu'ils sont exactement les racines nn-ièmes de l'unité.

(b) Vérifier que Un\mathbb U_n est stable par produit et par passage à l'inverse. En déduire que (Un,×)(\mathbb U_n,\times) est un groupe fini. Montrer enfin que tout élément de Un\mathbb U_n est une puissance de ω\omega. On dira que Un\mathbb U_n est un groupe cyclique et que ω\omega en est un générateur.

Éclairage. Multiplier un sommet zz par ω\omega le fait passer au sommet suivant du polygone régulier. Comme toute rotation par un angle multiple de 2π/n2\pi/n s'écrit z↦ωjzz\mapsto\omega^jz, la structure de groupe encode ici exactement les rotations du polygone.

II — Translater une fonction, c'est faire tourner son motif

Pour a∈Una\in\mathbb U_n, la multiplication z↦azz\mapsto az fait tourner les sommets. Pour transporter avec eux les valeurs d'une fonction ff, on définit

(τaf)(z)=f(a−1z),z∈Un.(\tau_af)(z)=f(a^{-1}z),\qquad z\in\mathbb U_n.

Ainsi, la valeur qui se trouvait au sommet yy se retrouve au sommet ayay.

  1. Soient a,b∈Una,b\in\mathbb U_n.

(a) Montrer que τaτb=τab\tau_a\tau_b=\tau_{ab}, que τ1\tau_1 est l'identité et que chaque τa\tau_a est bijective.

(b) Montrer que, pour tout j∈{0,…,n−1}j\in\{0,\ldots,n-1\},

τωj=(τω)j.\tau_{\omega^j}=(\tau_\omega)^j.

Vérifier également que (τωf)(ωz)=f(z)(\tau_\omega f)(\omega z)=f(z). Expliquer alors en quoi τω\tau_\omega correspond à une rotation du motif d'un sommet vers le suivant et pourquoi l'étude de cette seule translation suffit pour retrouver toutes les autres rotations.

III — Les fonctions les plus simples sous rotation

On cherche maintenant une fonction non nulle ff pour laquelle la rotation d'un cran ne change pas la forme du motif, mais multiplie toutes ses valeurs par un même facteur complexe. On suppose donc qu'il existe λ∈C\lambda\in\mathbb C tel que

τωf=λf.\tau_\omega f=\lambda f.
  1. Sous cette hypothèse :

(a) Montrer que λ≠0\lambda\neq0, que f(1)≠0f(1)\neq0 et que, pour tout j∈{0,…,n−1}j\in\{0,\ldots,n-1\},

f(ωj)=λ−jf(1).f(\omega^j)=\lambda^{-j}f(1).

(b) En utilisant la question 2, montrer que λn=1\lambda^n=1. En déduire qu'il existe un unique k∈{0,…,n−1}k\in\{0,\ldots,n-1\} et une constante c≠0c\neq0 tels que

f(z)=czkpour tout z∈Un.f(z)=cz^k\qquad\text{pour tout }z\in\mathbb U_n.

Pour k∈{0,…,n−1}k\in\{0,\ldots,n-1\}, on note désormais

mk(z)=zk.m_k(z)=z^k.

Ces fonctions seront appelées les modes du groupe cyclique.

(c) Montrer que, pour tout a∈Una\in\mathbb U_n,

τamk=a−kmk.\tau_am_k=a^{-k}m_k.

En déduire que la droite de fonctions {cmk ; c∈C}\{cm_k\,;\,c\in\mathbb C\} est stable par toutes les translations τa\tau_a et que l'action de τa\tau_a sur cette droite est entièrement décrite par le seul facteur a−ka^{-k}.

Éclairage. C'est en ce sens précis que les modes mkm_k sont adaptés aux translations : une opération qui permute en général toutes les valeurs d'une fonction devient, sur un mode, une simple multiplication par un nombre complexe.

IV — Séparer les modes par une somme géométrique

  1. Pour r∈Zr\in\mathbb Z, calculer
Sr=∑j=0n−1ωjr.S_r=\sum_{j=0}^{n-1}\omega^{jr}.

On distinguera les cas n∣rn\mid r et n∤rn\nmid r.

  1. La somme précédente permet de séparer deux modes.

(a) Pour k,ℓ∈{0,…,n−1}k,\ell\in\{0,\ldots,n-1\}, montrer que

∑z∈Unmk(z) mℓ(z)‾={n,k=ℓ,0,k≠ℓ.\sum_{z\in\mathbb U_n}m_k(z)\,\overline{m_\ell(z)} =\begin{cases} n,&k=\ell,\\ 0,&k\neq\ell. \end{cases}

(b) En déduire que si

∑k=0n−1ckmk(z)=0pour tout z∈Un,\sum_{k=0}^{n-1}c_km_k(z)=0\qquad\text{pour tout }z\in\mathbb U_n,

alors c0=⋯=cn−1=0c_0=\cdots=c_{n-1}=0.

Éclairage. La relation de la question 5(a) est l'analogue complexe d'une relation d'orthogonalité. Plus tard, le produit scalaire permettra d'organiser ce type de calcul : des directions orthogonales se séparent sans interférer. Ici, tout est obtenu directement avec la conjugaison et une somme géométrique.

V — Faire apparaître la transformée de Fourier

La question 5 suggère un moyen d'extraire la contribution du mode mkm_k dans une fonction quelconque : on multiplie par mk(z)‾=z−k\overline{m_k(z)}=z^{-k} puis on somme. On définit donc, pour k∈{0,…,n−1}k\in\{0,\ldots,n-1\},

f^(k)=∑z∈Unf(z)z−k.\widehat f(k)=\sum_{z\in\mathbb U_n}f(z)z^{-k}.

Le nombre f^(k)\widehat f(k) est le kk-ième coefficient de Fourier discret. L'entier kk sera désormais appelé indice de fréquence.

  1. Comprendre puis inverser cette transformation.

(a) Calculer mr^(k)\widehat{m_r}(k) pour r,k∈{0,…,n−1}r,k\in\{0,\ldots,n-1\}.

(b) Montrer que, pour tout z∈Unz\in\mathbb U_n,

f(z)=1n∑k=0n−1f^(k)zk.f(z)=\frac1n\sum_{k=0}^{n-1}\widehat f(k)z^k.

Indication : utiliser la question 4.

(c) En déduire que toute fonction sur Un\mathbb U_n se décompose de manière unique comme combinaison des modes m0,…,mn−1m_0,\ldots,m_{n-1}, et préciser le coefficient de mkm_k dans cette décomposition.

VI — Les translations après transformée de Fourier

  1. Pour a∈Una\in\mathbb U_n, exprimer τaf^(k)\widehat{\tau_af}(k) en fonction de f^(k)\widehat f(k). Comparer ce qui se passe avant et après transformée de Fourier : que devient une translation du motif lorsqu'on regarde les coefficients de Fourier ?

Éclairage. Le gain est désormais visible : dans les valeurs f(z)f(z), une translation déplace les données d'un sommet à l'autre ; dans les coefficients f^(k)\widehat f(k), elle agit séparément sur chaque fréquence par une simple multiplication. C'est exactement la simplification que les questions 2 et 3 cherchaient à faire apparaître.

VII — Une identité de conservation

  1. Établir l'identité
∑k=0n−1∣f^(k)∣2=n∑z∈Un∣f(z)∣2.\sum_{k=0}^{n-1}|\widehat f(k)|^2 =n\sum_{z\in\mathbb U_n}|f(z)|^2.

On pourra s'appuyer sur la question 4.

Éclairage. Cette formule est une forme discrète de l'identité de Parseval. Avec la normalisation choisie ici, elle dit que l'énergie totale de la fonction est conservée, à un facteur nn près, lorsqu'on passe des sommets aux fréquences. Dans le langage du produit scalaire, on l'interprétera comme une égalité de normes entre deux représentations d'un même objet.

VIII — Peut-on être concentré des deux côtés ?

On suppose désormais f≢0f\not\equiv0 et on pose

S=supp⁡f={z∈Un ; f(z)≠0},T=supp⁡f^={k∈{0,…,n−1} ; f^(k)≠0}.S=\operatorname{supp}f=\{z\in\mathbb U_n\,;\,f(z)\neq0\}, \qquad T=\operatorname{supp}\widehat f=\{k\in\{0,\ldots,n-1\}\,;\,\widehat f(k)\neq0\}.
  1. On va comparer la taille de ces deux supports.

(a) Soient x1,…,xmx_1,\ldots,x_m des réels positifs. Montrer que

(∑j=1mxj)2≤m∑j=1mxj2.\left(\sum_{j=1}^m x_j\right)^2\leq m\sum_{j=1}^m x_j^2.

On peut reconnaître une forme de l'inégalité de Cauchy-Schwarz ; une preuve élémentaire à partir de ∑i,j(xi−xj)2≥0\sum_{i,j}(x_i-x_j)^2\geq0 est également possible.

(b) Montrer que, pour tout k∈{0,…,n−1}k\in\{0,\ldots,n-1\},

∣f^(k)∣2≤∣S∣∑z∈Un∣f(z)∣2.|\widehat f(k)|^2\leq |S|\sum_{z\in\mathbb U_n}|f(z)|^2.

(c) Démontrer le principe d'incertitude discret

∣supp⁡f∣ ∣supp⁡f^∣≥n.|\operatorname{supp}f|\,|\operatorname{supp}\widehat f|\geq n.

Indication : utiliser la question 8.

(d) Supposons que ff soit non nulle sur exactement pp sommets. Quel nombre minimal de coefficients de Fourier non nuls l'inégalité impose-t-elle ? Donner l'énoncé symétrique si f^\widehat f est non nulle sur exactement qq fréquences. Expliquer alors, en termes précis, l'impossibilité d'une localisation simultanée exacte sur très peu de sommets et très peu de fréquences.

  1. Vérifier que l'inégalité de la question 9(c) est une égalité pour une fonction non nulle en un seul sommet et nulle ailleurs, puis pour une fonction constante non nulle.

On cherche enfin des cas d'égalité moins extrêmes. On suppose que n=abn=ab avec a,b≥2a,b\geq2 et on pose

H={1,ωa,ω2a,…,ω(b−1)a},f=1H.H=\{1,\omega^a,\omega^{2a},\ldots,\omega^{(b-1)a}\},\qquad f=\mathbf 1_H.
  1. Étudier cette fonction.

(a) Montrer que HH possède exactement bb éléments.

(b) Calculer f^(k)\widehat f(k) et montrer que

f^(k)={b,b∣k,0,b∤k,0≤k≤n−1.\widehat f(k)=\begin{cases} b,&b\mid k,\\ 0,&b\nmid k, \end{cases} \qquad 0\leq k\leq n-1.

(c) Déterminer ∣supp⁡f∣|\operatorname{supp}f| et ∣supp⁡f^∣|\operatorname{supp}\widehat f|. Que montre cet exemple sur l'optimalité de l'inégalité de la question 9(c) ?

Ouverture. Les résultats s'enchaînent maintenant ainsi : symétrie de rotation, fonctions adaptées aux translations, orthogonalité, coefficients de Fourier, reconstruction, conservation, puis incertitude. Joseph Fourier a développé au début du XIXe siècle des décompositions trigonométriques dans l'étude de la chaleur ; le cadre fini construit ici en est un modèle discret. En mécanique quantique, les descriptions en position et en impulsion sont liées par une transformée de Fourier et le principe d'incertitude de Heisenberg exprime lui aussi une incompatibilité de localisation. Il ne s'agit toutefois pas de la même inégalité : notre résultat porte sur les tailles exactes des supports, alors que l'inégalité physique usuelle porte notamment sur des dispersions.

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