DM n°08 · Agrégation de mathématiques · Agrégation interne
Des caractères de ℤ/nℤ aux séries de Fourier puis à la transformée sur ℝ · Groupes et caractères · Séries de Fourier · Transformée de Fourier · Convolution · Plancherel · Principes d’incertitude
Du fini au continu : Fourier et principes d’incertitude
Un problème de synthèse pour l’agrégation interne qui fait émerger l’analyse de Fourier à partir des translations sur un groupe cyclique, puis suit la même structure sur le cercle et sur la droite réelle. Deux ponts analytiques rigoureux relient les trois cadres avant une construction de Plancherel et l’étude de principes d’incertitude finis et continus.
- Temps indicatif
- ≈ 6 h
- Chapitres
- Groupes et caractères · Séries de Fourier · Transformée de Fourier · Convolution · Plancherel · Principes d’incertitude
Objectifs
Ce que ce DM fait travailler
- 01Reconnaître les caractères comme les modes naturellement adaptés aux translations d’un groupe abélien
- 02Comparer les espaces de fréquences de ℤ/nℤ, du cercle et de ℝ et comprendre pourquoi Fourier prend successivement la forme d’une somme finie, d’une série puis d’une intégrale
- 03Relier transformée de Fourier, translation et convolution avec des normalisations cohérentes dans les trois cadres
- 04Distinguer une analogie structurelle de véritables relations analytiques entre Fourier discret, périodique et continu
- 05Construire une identité de Plancherel dans une classe régulière puis analyser le conflit entre localisation et fréquences
Notions
Notions utiles pour ce devoir
Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.
- Groupes, morphismes et groupes quotients
- Nombres complexes et racines de l’unité
- Espaces hermitiens et inégalité de Cauchy-Schwarz
- Intégration sur un intervalle et intégrales impropres
- Séries de Fourier et identité de Parseval
- Intégrales dépendant d’un paramètre et théorème de Fubini
Méthode
Comment l’utiliser
Prévoir environ 6 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.
Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.
Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.
Énoncé
Le devoir
Une fonction peut vivre sur un cycle de positions, sur une variable périodique, ou sur toute la droite réelle. Dans les trois cas, une opération très simple revient sans cesse : translater l'argument. Quelles fonctions réagissent de la manière la plus simple possible à ces translations ? En répondant successivement à cette question sur , sur le cercle puis sur , on fera apparaître trois formes de l'analyse de Fourier et deux manifestations d'un même conflit entre localisation et fréquences.
I — Le premier laboratoire :
On fixe un entier et on note
Pour alléger les écritures, les éléments de seront représentés par des entiers, tous les indices étant compris modulo . On note l'espace vectoriel complexe des fonctions de dans et, pour ,
On munit du produit hermitien
et de la norme associée .
(a) Vérifier que et que
pour tous .
(b) Montrer que chaque translation conserve la norme :
- Soit non nulle. On suppose que, pour tout , il existe un nombre complexe tel que
(a) Montrer que pour tout , puis que
(b) On pose
Montrer qu'il existe un unique tel que
pour tout .
(c) Montrer que , puis en déduire que est proportionnelle à la fonction
Vérifier que est bien définie sur , puis vérifier directement que
Éclairage. Les fonctions sont les caractères de : ce sont les morphismes de groupes de vers le cercle unité. Elles sont exactement les fonctions non nulles qui transforment toutes les translations en multiplications scalaires.
(a) Pour , calculer
en distinguant les cas où divise ou non.
(b) En déduire que, pour ,
Pourquoi est-elle alors une base orthonormée de ?
(c) Pour , on définit
Établir la formule d'inversion
et l'identité de Parseval
(a) Déterminer en fonction de .
(b) Pour , on définit la convolution cyclique normalisée par
Montrer que
(c) Comparer les résultats de (a) et (b) avec la propriété de la question 2(c). En quoi les caractères simplifient-ils simultanément les translations et la convolution ?
- Pour , on note
Soit , et posons
(a) Montrer, pour tout , que
En utilisant Parseval, en déduire
(b) Vérifier que l'égalité est atteinte pour la fonction définie par et si , puis pour une fonction constante non nulle.
(c) Formuler avec vos mots ce que cette inégalité interdit à une fonction non nulle.
Une courte ouverture au-delà du groupe cyclique
- Soit désormais un groupe abélien fini. Un caractère de est un morphisme . On note l'ensemble des caractères de . On admet que possède éléments et que ses caractères forment une base orthonormée de pour
(a) Montrer que, pour tout ,
(b) En posant
écrire les analogues de la formule d'inversion et de Parseval.
(c) Avec la convolution normalisée
montrer que , puis expliquer pourquoi l'argument de la question 5 donne encore
Synthèse. Sur un groupe abélien fini, les fréquences ne sont pas choisies arbitrairement : ce sont les caractères, c'est-à-dire les fonctions qui rendent les translations scalaires. Fourier consiste alors à prendre les coordonnées d'une fonction dans cette base adaptée aux translations.
II — Quand le groupe devient continu et compact : le cercle
On note
La loi de groupe est l'addition des classes modulo .
- Montrer que l'application
est un isomorphisme de groupes.
- On commence par établir un lemme qui servira à identifier les fréquences du cercle et de la droite. Les intégrales de fonctions complexes sont prises composante par composante, c'est-à-dire que, si avec et à valeurs réelles et intégrables sur , on pose
Pour , on conserve la convention . Soit
un morphisme de groupes continu.
(a) Vérifier que . On pose
Montrer qu'il existe tel que .
(b) Établir, pour tout ,
En déduire que est dérivable.
(c) En dérivant l'identité par rapport à en , montrer qu'il existe une constante telle que
Utiliser pour montrer que avec .
(d) Résoudre l'équation différentielle obtenue et conclure que
pour un unique réel .
- Soit un caractère continu et soit la projection canonique.
(a) Appliquer la question 8 à .
(b) Exploiter la -périodicité de pour montrer que les caractères continus de sont exactement
En quel sens peut-on écrire
- Soit une fonction de classe et -périodique. On pose
(a) Pour
montrer que la famille est orthonormée.
On pourra utiliser sans démonstration, pour une fonction de classe et -périodique, la reconstruction par sa série de Fourier et l'identité de Parseval.
(b) Écrire ces deux relations avec la normalisation précédente. Comparer leur forme avec les relations de la question 3(c).
(c) Pour
calculer .
(d) Pour deux fonctions continues -périodiques, on définit
Montrer que
- Soit maintenant une fonction continue et -périodique. Pour tout , on veut échantillonner sur en posant, pour une classe ,
Vérifier que cette définition ne dépend pas du représentant entier choisi. Fixons ensuite .
(a) Montrer que
(b) Interpréter cette expression comme une somme de Riemann et établir
lorsque .
(c) Expliquer précisément ce qui vient d'être démontré. Pourquoi ce résultat ne suffit-il pas, à lui seul, à affirmer qu'une transformée de Fourier discrète « converge vers » une série de Fourier dans tous les sens possibles ?
Éclairage. Ici, le passage du fini au cercle repose sur une vraie convergence de sommes de Riemann, mais seulement pour chaque fréquence entière fixée. L'analogie entre les deux théories est plus large que cette seule procédure limite.
III — Quand la compacité disparaît : la droite réelle
(a) Utiliser la question 8 pour montrer que les caractères continus de sont exactement
Justifier l'écriture
(b) Pour une fonction continue telle que , on définit
Expliquer en quoi cette définition reprend exactement la même idée que les coefficients de Fourier des parties I et II.
Pour la suite, on note
lorsque cette intégrale est finie, et on considère la classe des fonctions pour lesquelles il existe une constante telle que, pour tout et tout ,
- Soient .
(a) Justifier que sont absolument intégrables sur , que sont de carré intégrable, et que est à la fois absolument intégrable et de carré intégrable.
(b) Pour , montrer que
(c) Pour , on pose
Montrer que
(d) On définit
Justifier l'usage du théorème de Fubini et montrer que
(e) À l'aide d'une intégration par parties puis d'une dérivation sous le signe intégral, établir
et
- Le passage du cercle à la droite possède lui aussi une relation exacte. Soit continue à support compact et soit . On définit sa périodisation par
(a) Montrer que la somme définissant est localement finie : pour tout , il existe un voisinage de sur lequel seuls un nombre fini d'indices peuvent donner un terme non nul. En déduire que est bien définie et continue sur , puis montrer qu'elle est -périodique.
(b) Pour , on définit le coefficient de Fourier de période par
Montrer que
(c) Quelle est la distance entre deux fréquences consécutives et ? Comment évolue-t-elle lorsque augmente ?
(d) Expliquer pourquoi l'identité de (b) constitue un lien rigoureux entre Fourier périodique et Fourier sur , sans être à elle seule une démonstration d'un théorème de passage à la limite lorsque .
IV — Conserver l'énergie
- Soit .
(a) Pour , effectuer deux intégrations par parties et montrer que
En déduire que est absolument intégrable et de carré intégrable sur .
(b) Montrer de même que est absolument intégrable et de carré intégrable.
On admet désormais le lemme d'inversion suivant : si est continue, si et sont absolument intégrables, alors
(c) On pose
Montrer que , puis établir
(d) En considérant , montrer que
et
Appliquer le lemme d'inversion à en pour établir
(e) Sans supposer que , reprendre l'argument de (d) avec en utilisant les intégrabilités établies en 13(a) et 15(b). Puis utiliser la question 13(e) pour obtenir
Synthèse. Avec la normalisation choisie, Parseval sur le groupe fini, Parseval sur le cercle et l'identité précédente ont la même fonction : la décomposition de Fourier conserve l'énergie quadratique, même si l'ensemble des fréquences est successivement fini, discret infini, puis continu.
V — Un second visage du principe d'incertitude
- Soit non nulle.
(a) Montrer que
lorsque , puis établir par intégration par parties
(b) En utilisant l'inégalité de Cauchy-Schwarz puis la question 15(e), démontrer
En déduire la forme intégrale
(c) Supposons qu'il y ait égalité. Étudier successivement les conditions d'égalité utilisées en (b) et montrer qu'il existe tel que
Déterminer alors toutes les fonctions non nulles pour lesquelles l'égalité est atteinte.
- Soient . Pour , on pose
(a) Vérifier que et montrer que
Calculer puis établir
(b) Déduire de la question 16 l'inégalité centrée
(c) Déterminer les cas d'égalité. On fera apparaître les translations et modulations de gaussiennes.
VI — Une même idée de Fourier
(a) Recopier et compléter le tableau suivant. Dans la deuxième colonne, identifier explicitement le groupe des caractères continus obtenu dans le problème ; dans la troisième, indiquer si la reconstruction de Fourier prend la forme d'une somme finie, d'une série ou d'une intégrale.
(b) Dans chacun des trois cadres, écrire la relation décrivant l'action d'une translation sur un caractère . Dégager une formule commune. Indiquer ensuite quelle opération, définie dans les trois cadres, la transformée de Fourier convertit en multiplication point par point.
(c) En utilisant les identifications des groupes de fréquences obtenues aux questions 2, 9 et 12, expliquer pourquoi la transformée de Fourier d'une fonction est respectivement une famille finie de coefficients, une suite indexée par , puis une fonction définie sur .
(d) Énoncer précisément les deux relations analytiques établies aux questions 11(b) et 14(b). Pour chacune, préciser les objets comparés, le paramètre qui varie ou reste fixé, et s'il s'agit d'une limite ou d'une identité exacte. Expliquer enfin ce que chacune de ces deux relations ne permet pas, à elle seule, de conclure sur un passage à la limite entre théories de Fourier.
(e) Pour chacun des principes d'incertitude des questions 5 et 16, préciser les deux quantités qui mesurent la localisation dans l'espace direct et dans l'espace des fréquences. Formuler ensuite l'idée commune exprimée par les deux inégalités, sans affirmer que l'une s'obtient comme limite de l'autre.
Ouverture. Un caractère est exactement une représentation complexe de dimension du groupe considéré. Lorsque le groupe cesse d'être abélien, les représentations irréductibles peuvent avoir dimension supérieure à : les « coefficients de Fourier » deviennent alors naturellement matriciels.
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