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DM n°08 · Agrégation de mathématiques · Agrégation interne

Des caractères de ℤ/nℤ aux séries de Fourier puis à la transformée sur ℝ · Groupes et caractères · Séries de Fourier · Transformée de Fourier · Convolution · Plancherel · Principes d’incertitude

Du fini au continu : Fourier et principes d’incertitude

Un problème de synthèse pour l’agrégation interne qui fait émerger l’analyse de Fourier à partir des translations sur un groupe cyclique, puis suit la même structure sur le cercle et sur la droite réelle. Deux ponts analytiques rigoureux relient les trois cadres avant une construction de Plancherel et l’étude de principes d’incertitude finis et continus.

Temps indicatif
≈ 6 h
Chapitres
Groupes et caractères · Séries de Fourier · Transformée de Fourier · Convolution · Plancherel · Principes d’incertitude

Objectifs

Ce que ce DM fait travailler

  • 01Reconnaître les caractères comme les modes naturellement adaptés aux translations d’un groupe abélien
  • 02Comparer les espaces de fréquences de ℤ/nℤ, du cercle et de ℝ et comprendre pourquoi Fourier prend successivement la forme d’une somme finie, d’une série puis d’une intégrale
  • 03Relier transformée de Fourier, translation et convolution avec des normalisations cohérentes dans les trois cadres
  • 04Distinguer une analogie structurelle de véritables relations analytiques entre Fourier discret, périodique et continu
  • 05Construire une identité de Plancherel dans une classe régulière puis analyser le conflit entre localisation et fréquences

Notions

Notions utiles pour ce devoir

Ce problème mobilise notamment les notions suivantes.

  • Groupes, morphismes et groupes quotients
  • Nombres complexes et racines de l’unité
  • Espaces hermitiens et inégalité de Cauchy-Schwarz
  • Intégration sur un intervalle et intégrales impropres
  • Séries de Fourier et identité de Parseval
  • Intégrales dépendant d’un paramètre et théorème de Fubini

Méthode

Comment l’utiliser

1. Chercher

Prévoir environ 6 h et garder une trace des essais, y compris ceux qui échouent.

2. Rédiger

Écrire une solution justifiée avant d’ouvrir le corrigé, même si certaines questions restent incomplètes.

3. Comparer

Repérer les différences de méthode, de précision et de rédaction plutôt que seulement les résultats.

Énoncé

Le devoir

Une fonction peut vivre sur un cycle de nn positions, sur une variable périodique, ou sur toute la droite réelle. Dans les trois cas, une opération très simple revient sans cesse : translater l'argument. Quelles fonctions réagissent de la manière la plus simple possible à ces translations ? En répondant successivement à cette question sur Z/nZ\mathbb Z/n\mathbb Z, sur le cercle puis sur R\mathbb R, on fera apparaître trois formes de l'analyse de Fourier et deux manifestations d'un même conflit entre localisation et fréquences.

I — Le premier laboratoire : Z/nZ\mathbb Z/n\mathbb Z

On fixe un entier n⩾2n\geqslant2 et on note

Gn=Z/nZ,U={z∈C ; ∣z∣=1}.G_n=\mathbb Z/n\mathbb Z, \qquad \mathbb U=\{z\in\mathbb C\ ;\ |z|=1\}.

Pour alléger les écritures, les éléments de GnG_n seront représentés par des entiers, tous les indices étant compris modulo nn. On note Fn\mathcal F_n l'espace vectoriel complexe des fonctions de GnG_n dans C\mathbb C et, pour a∈Gna\in G_n,

(τaf)(x)=f(x−a).(\tau_a f)(x)=f(x-a).

On munit Fn\mathcal F_n du produit hermitien

⟨f,g⟩n=1n∑x∈Gnf(x)g(x)‾,\langle f,g\rangle_n=\frac1n\sum_{x\in G_n}f(x)\overline{g(x)},

et de la norme associée ∥f∥n=⟨f,f⟩n\|f\|_n=\sqrt{\langle f,f\rangle_n}.

(a) Vérifier que τ0=Id⁡\tau_0=\operatorname{Id} et que

τaτb=τa+b\tau_a\tau_b=\tau_{a+b}

pour tous a,b∈Gna,b\in G_n.

(b) Montrer que chaque translation conserve la norme :

∥τaf∥n=∥f∥n.\|\tau_a f\|_n=\|f\|_n.
  1. Soit f∈Fnf\in\mathcal F_n non nulle. On suppose que, pour tout a∈Gna\in G_n, il existe un nombre complexe λ(a)\lambda(a) tel que
τaf=λ(a)f.\tau_a f=\lambda(a)f.

(a) Montrer que ∣λ(a)∣=1|\lambda(a)|=1 pour tout aa, puis que

λ(a+b)=λ(a)λ(b).\lambda(a+b)=\lambda(a)\lambda(b).

(b) On pose

ω=e2iπ/n.\omega=e^{2i\pi/n}.

Montrer qu'il existe un unique k∈{0,…,n−1}k\in\{0,\ldots,n-1\} tel que

λ(a)=ω−ka\lambda(a)=\omega^{-ka}

pour tout a∈Gna\in G_n.

(c) Montrer que f(0)≠0f(0)\neq0, puis en déduire que ff est proportionnelle à la fonction

χk(x)=ωkx.\chi_k(x)=\omega^{kx}.

Vérifier que χk\chi_k est bien définie sur GnG_n, puis vérifier directement que

τaχk=ω−kaχk.\tau_a\chi_k=\omega^{-ka}\chi_k.

Éclairage. Les fonctions χk\chi_k sont les caractères de GnG_n : ce sont les morphismes de groupes de GnG_n vers le cercle unité. Elles sont exactement les fonctions non nulles qui transforment toutes les translations en multiplications scalaires.

(a) Pour m∈Zm\in\mathbb Z, calculer

∑x=0n−1ωmx\sum_{x=0}^{n-1}\omega^{mx}

en distinguant les cas où nn divise mm ou non.

(b) En déduire que, pour k,ℓ∈{0,…,n−1}k,\ell\in\{0,\ldots,n-1\},

⟨χk,χℓ⟩n={1,k=ℓ,0,k≠ℓ.\langle\chi_k,\chi_\ell\rangle_n = \begin{cases} 1,&k=\ell,\\ 0,&k\neq\ell. \end{cases}

Pourquoi (χ0,…,χn−1)(\chi_0,\ldots,\chi_{n-1}) est-elle alors une base orthonormée de Fn\mathcal F_n ?

(c) Pour f∈Fnf\in\mathcal F_n, on définit

f^(k)=⟨f,χk⟩n=1n∑x∈Gnf(x)ω−kx.\widehat f(k)=\langle f,\chi_k\rangle_n =\frac1n\sum_{x\in G_n}f(x)\omega^{-kx}.

Établir la formule d'inversion

f(x)=∑k=0n−1f^(k)ωkx\boxed{ f(x)=\sum_{k=0}^{n-1}\widehat f(k)\omega^{kx} }

et l'identité de Parseval

∑k=0n−1∣f^(k)∣2=1n∑x∈Gn∣f(x)∣2.\boxed{ \sum_{k=0}^{n-1}|\widehat f(k)|^2 =\frac1n\sum_{x\in G_n}|f(x)|^2. }

(a) Déterminer τaf^(k)\widehat{\tau_a f}(k) en fonction de f^(k)\widehat f(k).

(b) Pour f,g∈Fnf,g\in\mathcal F_n, on définit la convolution cyclique normalisée par

(f∗ng)(x)=1n∑y∈Gnf(y)g(x−y).(f*_ng)(x)=\frac1n\sum_{y\in G_n}f(y)g(x-y).

Montrer que

f∗ng^(k)=f^(k)g^(k).\boxed{ \widehat{f*_ng}(k)=\widehat f(k)\widehat g(k). }

(c) Comparer les résultats de (a) et (b) avec la propriété de la question 2(c). En quoi les caractères simplifient-ils simultanément les translations et la convolution ?

  1. Pour f∈Fnf\in\mathcal F_n, on note
supp⁡f={x∈Gn ; f(x)≠0}.\operatorname{supp}f=\{x\in G_n\ ;\ f(x)\neq0\}.

Soit f≠0f\neq0, et posons

s=∣supp⁡f∣,t=∣supp⁡f^∣.s=|\operatorname{supp}f|, \qquad t=|\operatorname{supp}\widehat f|.

(a) Montrer, pour tout kk, que

∣f^(k)∣2⩽sn ∥f∥n2.|\widehat f(k)|^2\leqslant\frac{s}{n}\,\|f\|_n^2.

En utilisant Parseval, en déduire

st⩾n.\boxed{st\geqslant n.}

(b) Vérifier que l'égalité est atteinte pour la fonction δ0\delta_0 définie par δ0(0)=1\delta_0(0)=1 et δ0(x)=0\delta_0(x)=0 si x≠0x\neq0, puis pour une fonction constante non nulle.

(c) Formuler avec vos mots ce que cette inégalité interdit à une fonction non nulle.

Une courte ouverture au-delà du groupe cyclique

  1. Soit désormais GG un groupe abélien fini. Un caractère de GG est un morphisme χ:G→U\chi:G\to\mathbb U. On note G^\widehat G l'ensemble des caractères de GG. On admet que G^\widehat G possède ∣G∣|G| éléments et que ses caractères forment une base orthonormée de CG\mathbb C^G pour
⟨f,g⟩G=1∣G∣∑x∈Gf(x)g(x)‾.\langle f,g\rangle_G=\frac1{|G|}\sum_{x\in G}f(x)\overline{g(x)}.

(a) Montrer que, pour tout a∈Ga\in G,

τaχ=χ(a)‾ χ.\tau_a\chi=\overline{\chi(a)}\,\chi.

(b) En posant

f^(χ)=1∣G∣∑x∈Gf(x)χ(x)‾,\widehat f(\chi)=\frac1{|G|}\sum_{x\in G}f(x)\overline{\chi(x)},

écrire les analogues de la formule d'inversion et de Parseval.

(c) Avec la convolution normalisée

(f∗Gg)(x)=1∣G∣∑y∈Gf(y)g(x−y),(f*_Gg)(x)=\frac1{|G|}\sum_{y\in G}f(y)g(x-y),

montrer que f∗Gg^(χ)=f^(χ)g^(χ)\widehat{f*_Gg}(\chi)=\widehat f(\chi)\widehat g(\chi), puis expliquer pourquoi l'argument de la question 5 donne encore

∣supp⁡f∣ ∣supp⁡f^∣⩾∣G∣.|\operatorname{supp}f|\,|\operatorname{supp}\widehat f|\geqslant |G|.

Synthèse. Sur un groupe abélien fini, les fréquences ne sont pas choisies arbitrairement : ce sont les caractères, c'est-à-dire les fonctions qui rendent les translations scalaires. Fourier consiste alors à prendre les coordonnées d'une fonction dans cette base adaptée aux translations.

II — Quand le groupe devient continu et compact : le cercle

On note

T=R/2πZ.\mathbb T=\mathbb R/2\pi\mathbb Z.

La loi de groupe est l'addition des classes modulo 2π2\pi.

  1. Montrer que l'application
Φ:T⟶U,[x]⟼eix,\Phi:\mathbb T\longrightarrow\mathbb U, \qquad [x]\longmapsto e^{ix},

est un isomorphisme de groupes.

  1. On commence par établir un lemme qui servira à identifier les fréquences du cercle et de la droite. Les intégrales de fonctions complexes sont prises composante par composante, c'est-à-dire que, si h=u+ivh=u+iv avec uu et vv à valeurs réelles et intégrables sur [a,b][a,b], on pose
∫abh(t) dt=∫abu(t) dt+i∫abv(t) dt.\int_a^b h(t)\,dt =\int_a^b u(t)\,dt +i\int_a^b v(t)\,dt.

Pour b<ab<a, on conserve la convention ∫abh=−∫bah\int_a^b h=-\int_b^a h. Soit

ψ:(R,+)⟶U\psi:(\mathbb R,+)\longrightarrow\mathbb U

un morphisme de groupes continu.

(a) Vérifier que ψ(0)=1\psi(0)=1. On pose

F(x)=∫0xψ(t) dt.F(x)=\int_0^x\psi(t)\,dt.

Montrer qu'il existe a≠0a\neq0 tel que F(a)≠0F(a)\neq0.

(b) Établir, pour tout x∈Rx\in\mathbb R,

F(x+a)−F(x)=ψ(x)F(a).F(x+a)-F(x)=\psi(x)F(a).

En déduire que ψ\psi est dérivable.

(c) En dérivant l'identité ψ(x+y)=ψ(x)ψ(y)\psi(x+y)=\psi(x)\psi(y) par rapport à yy en y=0y=0, montrer qu'il existe une constante c∈Cc\in\mathbb C telle que

ψ′(x)=cψ(x).\psi'(x)=c\psi(x).

Utiliser ∣ψ(x)∣=1|\psi(x)|=1 pour montrer que c=iαc=i\alpha avec α∈R\alpha\in\mathbb R.

(d) Résoudre l'équation différentielle obtenue et conclure que

ψ(x)=eiαx\boxed{ \psi(x)=e^{i\alpha x} }

pour un unique réel α\alpha.

  1. Soit χ:T→U\chi:\mathbb T\to\mathbb U un caractère continu et soit π:R→T\pi:\mathbb R\to\mathbb T la projection canonique.

(a) Appliquer la question 8 à χ∘π\chi\circ\pi.

(b) Exploiter la 2π2\pi-périodicité de χ∘π\chi\circ\pi pour montrer que les caractères continus de T\mathbb T sont exactement

χk([x])=eikx,k∈Z.\boxed{ \chi_k([x])=e^{ikx}, \qquad k\in\mathbb Z. }

En quel sens peut-on écrire

T^≃Z ?\widehat{\mathbb T}\simeq\mathbb Z\ ?
  1. Soit f:R→Cf:\mathbb R\to\mathbb C une fonction de classe C2\mathcal C^2 et 2π2\pi-périodique. On pose
ck(f)=12π∫02πf(x)e−ikx dx,k∈Z.c_k(f)=\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}f(x)e^{-ikx}\,dx, \qquad k\in\mathbb Z.

(a) Pour

⟨f,g⟩T=12π∫02πf(x)g(x)‾ dx,\langle f,g\rangle_{\mathbb T} =\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}f(x)\overline{g(x)}\,dx,

montrer que la famille (x↦eikx)k∈Z(x\mapsto e^{ikx})_{k\in\mathbb Z} est orthonormée.

On pourra utiliser sans démonstration, pour une fonction de classe C2\mathcal C^2 et 2π2\pi-périodique, la reconstruction par sa série de Fourier et l'identité de Parseval.

(b) Écrire ces deux relations avec la normalisation précédente. Comparer leur forme avec les relations de la question 3(c).

(c) Pour

(τaf)(x)=f(x−a),(\tau_af)(x)=f(x-a),

calculer ck(τaf)c_k(\tau_af).

(d) Pour deux fonctions continues 2π2\pi-périodiques, on définit

(f∗Tg)(x)=12π∫02πf(y)g(x−y) dy.(f*_{\mathbb T}g)(x) =\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}f(y)g(x-y)\,dy.

Montrer que

ck(f∗Tg)=ck(f)ck(g).\boxed{ c_k(f*_{\mathbb T}g)=c_k(f)c_k(g). }
  1. Soit maintenant ff une fonction continue et 2π2\pi-périodique. Pour tout n⩾2n\geqslant2, on veut échantillonner ff sur GnG_n en posant, pour une classe [j]n∈Gn[j]_n\in G_n,
fn([j]n)=f ⁣(2πjn).f_n([j]_n)=f\!\left(\frac{2\pi j}{n}\right).

Vérifier que cette définition ne dépend pas du représentant entier jj choisi. Fixons ensuite k∈Zk\in\mathbb Z.

(a) Montrer que

fn^([k]n)=1n∑j=0n−1f ⁣(2πjn)e−2iπkj/n.\widehat{f_n}([k]_n) =\frac1n\sum_{j=0}^{n-1} f\!\left(\frac{2\pi j}{n}\right)e^{-2i\pi kj/n}.

(b) Interpréter cette expression comme une somme de Riemann et établir

fn^([k]n)⟶ck(f)\boxed{ \widehat{f_n}([k]_n)\longrightarrow c_k(f) }

lorsque n→+∞n\to+\infty.

(c) Expliquer précisément ce qui vient d'être démontré. Pourquoi ce résultat ne suffit-il pas, à lui seul, à affirmer qu'une transformée de Fourier discrète « converge vers » une série de Fourier dans tous les sens possibles ?

Éclairage. Ici, le passage du fini au cercle repose sur une vraie convergence de sommes de Riemann, mais seulement pour chaque fréquence entière fixée. L'analogie entre les deux théories est plus large que cette seule procédure limite.

III — Quand la compacité disparaît : la droite réelle

(a) Utiliser la question 8 pour montrer que les caractères continus de (R,+)(\mathbb R,+) sont exactement

χξ(x)=e2iπξx,ξ∈R.\boxed{ \chi_\xi(x)=e^{2i\pi\xi x}, \qquad \xi\in\mathbb R. }

Justifier l'écriture

R^≃R.\widehat{\mathbb R}\simeq\mathbb R.

(b) Pour une fonction continue ff telle que ∫R∣f(x)∣ dx<+∞\int_{\mathbb R}|f(x)|\,dx<+\infty, on définit

f^(ξ)=∫Rf(x)e−2iπxξ dx.\boxed{ \widehat f(\xi) =\int_{\mathbb R}f(x)e^{-2i\pi x\xi}\,dx. }

Expliquer en quoi cette définition reprend exactement la même idée que les coefficients de Fourier des parties I et II.

Pour la suite, on note

∥h∥2=(∫R∣h(x)∣2 dx)1/2\|h\|_2=\left(\int_{\mathbb R}|h(x)|^2\,dx\right)^{1/2}

lorsque cette intégrale est finie, et on considère la classe A\mathcal A des fonctions f∈C3(R,C)f\in\mathcal C^3(\mathbb R,\mathbb C) pour lesquelles il existe une constante C>0C>0 telle que, pour tout x∈Rx\in\mathbb R et tout j∈{0,1,2,3}j\in\{0,1,2,3\},

∣f(j)(x)∣⩽C(1+x2)2.|f^{(j)}(x)|\leqslant\frac{C}{(1+x^2)^2}.
  1. Soient f,g∈Af,g\in\mathcal A.

(a) Justifier que f,f′,f′′,f′′′f,f',f'',f''' sont absolument intégrables sur R\mathbb R, que f,f′f,f' sont de carré intégrable, et que x↦xf(x)x\mapsto xf(x) est à la fois absolument intégrable et de carré intégrable.

(b) Pour a∈Ra\in\mathbb R, montrer que

τaf^(ξ)=e−2iπaξf^(ξ).\boxed{ \widehat{\tau_af}(\xi) =e^{-2i\pi a\xi}\widehat f(\xi). }

(c) Pour b∈Rb\in\mathbb R, on pose

(Mbf)(x)=e2iπbxf(x).(M_bf)(x)=e^{2i\pi bx}f(x).

Montrer que

Mbf^(ξ)=f^(ξ−b).\boxed{ \widehat{M_bf}(\xi)=\widehat f(\xi-b). }

(d) On définit

(f∗g)(x)=∫Rf(y)g(x−y) dy.(f*g)(x)=\int_{\mathbb R}f(y)g(x-y)\,dy.

Justifier l'usage du théorème de Fubini et montrer que

f∗g^=f^ g^.\boxed{ \widehat{f*g}=\widehat f\,\widehat g. }

(e) À l'aide d'une intégration par parties puis d'une dérivation sous le signe intégral, établir

f′^(ξ)=2iπξ f^(ξ)\boxed{ \widehat{f'}(\xi)=2i\pi\xi\,\widehat f(\xi) }

et

xf^(ξ)=−12iπ (f^)′(ξ).\boxed{ \widehat{xf}(\xi) =-\frac1{2i\pi}\,(\widehat f)'(\xi). }
  1. Le passage du cercle à la droite possède lui aussi une relation exacte. Soit u:R→Cu:\mathbb R\to\mathbb C continue à support compact et soit L>0L>0. On définit sa périodisation par
PLu(x)=∑m∈Zu(x+mL).P_Lu(x)=\sum_{m\in\mathbb Z}u(x+mL).

(a) Montrer que la somme définissant PLuP_Lu est localement finie : pour tout x0∈Rx_0\in\mathbb R, il existe un voisinage de x0x_0 sur lequel seuls un nombre fini d'indices mm peuvent donner un terme non nul. En déduire que PLuP_Lu est bien définie et continue sur R\mathbb R, puis montrer qu'elle est LL-périodique.

(b) Pour k∈Zk\in\mathbb Z, on définit le coefficient de Fourier de période LL par

ck(L)(PLu)=1L∫0LPLu(x)e−2iπkx/L dx.c_k^{(L)}(P_Lu) =\frac1L\int_0^L P_Lu(x)e^{-2i\pi kx/L}\,dx.

Montrer que

ck(L)(PLu)=1Lu^ ⁣(kL).\boxed{ c_k^{(L)}(P_Lu) =\frac1L\widehat u\!\left(\frac{k}{L}\right). }

(c) Quelle est la distance entre deux fréquences consécutives k/Lk/L et (k+1)/L(k+1)/L ? Comment évolue-t-elle lorsque LL augmente ?

(d) Expliquer pourquoi l'identité de (b) constitue un lien rigoureux entre Fourier périodique et Fourier sur R\mathbb R, sans être à elle seule une démonstration d'un théorème de passage à la limite lorsque L→+∞L\to+\infty.

IV — Conserver l'énergie

  1. Soit f∈Af\in\mathcal A.

(a) Pour ξ≠0\xi\neq0, effectuer deux intégrations par parties et montrer que

f^(ξ)=1(2iπξ)2f′′^(ξ).\widehat f(\xi) =\frac{1}{(2i\pi\xi)^2} \widehat{f''}(\xi).

En déduire que f^\widehat f est absolument intégrable et de carré intégrable sur R\mathbb R.

(b) Montrer de même que f′^\widehat{f'} est absolument intégrable et de carré intégrable.

On admet désormais le lemme d'inversion suivant : si h:R→Ch:\mathbb R\to\mathbb C est continue, si hh et h^\widehat h sont absolument intégrables, alors

h(x)=∫Rh^(ξ)e2iπxξ dξ.\boxed{ h(x)=\int_{\mathbb R}\widehat h(\xi)e^{2i\pi x\xi}\,d\xi. }

(c) On pose

f~(x)=f(−x)‾.\widetilde f(x)=\overline{f(-x)}.

Montrer que f~∈A\widetilde f\in\mathcal A, puis établir

f~^(ξ)=f^(ξ)‾.\widehat{\widetilde f}(\xi)=\overline{\widehat f(\xi)}.

(d) En considérant h=f∗f~h=f*\widetilde f, montrer que

h(0)=∫R∣f(x)∣2 dxh(0)=\int_{\mathbb R}|f(x)|^2\,dx

et

h^(ξ)=∣f^(ξ)∣2.\widehat h(\xi)=|\widehat f(\xi)|^2.

Appliquer le lemme d'inversion à hh en 00 pour établir

∫R∣f(x)∣2 dx=∫R∣f^(ξ)∣2 dξ.\boxed{ \int_{\mathbb R}|f(x)|^2\,dx = \int_{\mathbb R}|\widehat f(\xi)|^2\,d\xi. }

(e) Sans supposer que f′∈Af'\in\mathcal A, reprendre l'argument de (d) avec f′f' en utilisant les intégrabilités établies en 13(a) et 15(b). Puis utiliser la question 13(e) pour obtenir

∥f′∥2=2π ∥ξf^∥2.\boxed{ \|f'\|_2=2\pi\,\|\xi\widehat f\|_2. }

Synthèse. Avec la normalisation choisie, Parseval sur le groupe fini, Parseval sur le cercle et l'identité précédente ont la même fonction : la décomposition de Fourier conserve l'énergie quadratique, même si l'ensemble des fréquences est successivement fini, discret infini, puis continu.

V — Un second visage du principe d'incertitude

  1. Soit f∈Af\in\mathcal A non nulle.

(a) Montrer que

x∣f(x)∣2⟶0x|f(x)|^2\longrightarrow0

lorsque x→±∞x\to\pm\infty, puis établir par intégration par parties

∥f∥22=−2Re⁡∫Rxf′(x)f(x)‾ dx.\|f\|_2^2 =-2\operatorname{Re} \int_{\mathbb R}x f'(x)\overline{f(x)}\,dx.

(b) En utilisant l'inégalité de Cauchy-Schwarz puis la question 15(e), démontrer

∥xf∥2 ∥ξf^∥2⩾14π∥f∥22.\boxed{ \|xf\|_2\,\|\xi\widehat f\|_2 \geqslant \frac1{4\pi}\|f\|_2^2. }

En déduire la forme intégrale

(∫Rx2∣f(x)∣2 dx)(∫Rξ2∣f^(ξ)∣2 dξ)⩾116π2(∫R∣f(x)∣2 dx)2.\boxed{ \left(\int_{\mathbb R}x^2|f(x)|^2\,dx\right) \left(\int_{\mathbb R}\xi^2|\widehat f(\xi)|^2\,d\xi\right) \geqslant \frac1{16\pi^2} \left(\int_{\mathbb R}|f(x)|^2\,dx\right)^2. }

(c) Supposons qu'il y ait égalité. Étudier successivement les conditions d'égalité utilisées en (b) et montrer qu'il existe α>0\alpha>0 tel que

f′(x)=−αxf(x).f'(x)=-\alpha x f(x).

Déterminer alors toutes les fonctions non nulles pour lesquelles l'égalité est atteinte.

  1. Soient a,b∈Ra,b\in\mathbb R. Pour f∈Af\in\mathcal A, on pose
g(x)=e−2iπbxf(x+a).g(x)=e^{-2i\pi bx}f(x+a).

(a) Vérifier que g∈Ag\in\mathcal A et montrer que

∥xg∥2=∥(x−a)f∥2.\|xg\|_2=\|(x-a)f\|_2.

Calculer g^\widehat g puis établir

∥ξg^∥2=∥(ξ−b)f^∥2.\|\xi\widehat g\|_2 =\|(\xi-b)\widehat f\|_2.

(b) Déduire de la question 16 l'inégalité centrée

∥(x−a)f∥2 ∥(ξ−b)f^∥2⩾14π∥f∥22.\boxed{ \|(x-a)f\|_2\, \|(\xi-b)\widehat f\|_2 \geqslant \frac1{4\pi}\|f\|_2^2. }

(c) Déterminer les cas d'égalité. On fera apparaître les translations et modulations de gaussiennes.

VI — Une même idée de Fourier

(a) Recopier et compléter le tableau suivant. Dans la deuxième colonne, identifier explicitement le groupe des caractères continus obtenu dans le problème ; dans la troisième, indiquer si la reconstruction de Fourier prend la forme d'une somme finie, d'une série ou d'une intégrale.

groupegroupe des freˊquencesforme de FourierZ/nZ??T??R??\begin{array}{c|c|c} \text{groupe} & \text{groupe des fréquences} & \text{forme de Fourier}\\ \hline \mathbb Z/n\mathbb Z & ? & ?\\ \mathbb T & ? & ?\\ \mathbb R & ? & ? \end{array}

(b) Dans chacun des trois cadres, écrire la relation décrivant l'action d'une translation τa\tau_a sur un caractère χ\chi. Dégager une formule commune. Indiquer ensuite quelle opération, définie dans les trois cadres, la transformée de Fourier convertit en multiplication point par point.

(c) En utilisant les identifications des groupes de fréquences obtenues aux questions 2, 9 et 12, expliquer pourquoi la transformée de Fourier d'une fonction est respectivement une famille finie de coefficients, une suite indexée par Z\mathbb Z, puis une fonction définie sur R\mathbb R.

(d) Énoncer précisément les deux relations analytiques établies aux questions 11(b) et 14(b). Pour chacune, préciser les objets comparés, le paramètre qui varie ou reste fixé, et s'il s'agit d'une limite ou d'une identité exacte. Expliquer enfin ce que chacune de ces deux relations ne permet pas, à elle seule, de conclure sur un passage à la limite entre théories de Fourier.

(e) Pour chacun des principes d'incertitude des questions 5 et 16, préciser les deux quantités qui mesurent la localisation dans l'espace direct et dans l'espace des fréquences. Formuler ensuite l'idée commune exprimée par les deux inégalités, sans affirmer que l'une s'obtient comme limite de l'autre.

Ouverture. Un caractère est exactement une représentation complexe de dimension 11 du groupe considéré. Lorsque le groupe cesse d'être abélien, les représentations irréductibles peuvent avoir dimension supérieure à 11 : les « coefficients de Fourier » deviennent alors naturellement matriciels.

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